“ Nerwinde mourait de peur de n’être pas pris pour un comte véritable. Le malheur d’un caractère si ferme en apparence, c’était d’abord d’être faible jusqu’à la pusillanimité ; la plaisanterie la plus simple et la moins fréquente, et que le défaut d’esprit condamnait à mourir en naissant, lui donnait de l’humeur pour huit jours. En second lieu, M. d’Aubigné-Nerwinde oubliait complètement son glorieux père, connu de la France et de l’Europe entière, le général Boucaud, comte de Nerwinde, et sans cesse il pensait à son grand-père Boucaud, petit chapelier de Périgueux. ”
Citations sur “Nerwinde”
Armand de Saint Hilaire, Mémoires de Saint-Hilaire. II. 1680-1697 (1903-1916)
“ Le village de Nerwinde étant pris à demeure, et l'infanterie des ennemis rompue, M. de Luxembourg étendit sa gauche du côté du village de Laer, que les ennemis abandonnèrent après un léger combat : en sorte que la cavalerie françoise eut une entrée facile pour tomber sur le flanc droit de l'ennemi, qui lui opposa quelques escadrons. ”
“ D’autres fois, quand le vent redouble, assis à côté de Norette, il nous semble que tout va partir, que les murs tanguent et s’ébranlent, et nous faisons le rêve de nous trouver seuls, tranquilles et perdus sur l’infini des flots, dans un naufrage sans danger. ”
Gérard de Nerval,
Revue des Deux Mondes
“ Les chers et doux yeux veillent sur ma tête, et ils brillent et clignotent du haut de la voûte azurée du ciel. A la voûte azurée du ciel je regardais heureux, durant de longues heures, jusqu’à ce qu’un voile de brume blanche me dérobât les yeux chers et doux. Contre la cloison où s’appuie ma tête rêveuse viennent battre les vagues, les vagues furieuses ; elles bruissent et murmurent à mon oreille : « Pauvre fou ! ton bras est court et le ciel est loin, et les étoiles sont solidement fixées là-haut avec des clous d’or. — Vains désirs, vaines prières ! tu ferais mieux de t’endormir. » ”
Gérard de Nerval,
Revue des Deux Mondes
“ Mais alors un sourire d’une douceur enfantine voltigeait autour de ses lèvres fièrement arquées, et ces lèvres fièrement arquées exhalaient des mots gracieux comme le clair de lune et suaves comme l’haleine de la rose. Et mon ame alors s’élevait et planait avec allégresse jusqu’au ciel. Faites silence, vagues et mouettes ! Bonheur et espoir ! espoir et amour ! tout est fini. Je gis à terre, misérable naufragé, et je presse mon visage brûlant sur le sable humide de la plage. ”
Louis Dantin,
Émile Nelligan et son œuvre
“ Peu importe que les yeux de notre ami ne soient pas éteints, que le cœur batte encore les pulsations de la vie physique : l’âme qui nous charmait par sa mystique étrangeté, le cerveau où germait sans culture une flore de poésie puissante et rare, le cœur naïf et bon sous des dehors blasés, tout ce que Nelligan était pour nous, en somme, et tout ce que nous aimions en lui, tout cela n’est plus. La Névrose, cette divinité farouche qui donne la mort avec le génie, a tout consumé, tout emporté. Enfant gâté de ses dons, le pauvre poète est devenu sa victime. ”
Maurice Renard,
Le Docteur Lerne, sous-dieu
“ Je tâchai de m’intéresser à d’autres objets, à la brune tombante, aux premières chauves-souris, aux bibelots de la chambre, aux bougies qui l’éclairaient mal, à regret, de lueurs dansantes... Le vent qui s’éleva sut m’occuper un instant ; il faisait mugir à travers la feuillée un invisible torrent, et, à l’écouter dans l’âtre fendre la nuit en gémissant, on croyait entendre passer le Temps. D’une poussée plus forte il éteignit une bougie ; l’autre vacilla. ”
Gérard de Nerval,
Aurélia
(1927)
“ Le séjour qui t'enchante a lui-même ses douleurs, ses luttes et ses dangers. La terre où nous avons vécu est toujours le théâtre où se nouent et se dénouent nos destinées; nous sommes les rayons du feu central qui l anime et qui déjà s'est affaibli... — Eh quoi ! dis-je, la terre pourrait mourir, et nous serions envahis par le néant? — Le néant, dit-il, n'existe pas dans le sens qu'on l'entend; mais la terre est elle-même un corps matériel dont la somme des esprits est l'âme. ”
“ La lune était pour moi le refuge des âmes fraternelles qui, délivrées de leurs corps mortels, travaillaient plus librement à la régénération de l’univers. Pour moi déjà, le temps de chaque journée semblait augmenté de deux heures ; de sorte qu’en me levant aux heures fixées par les horloges de la maison, je ne faisais que me promener dans l’empire des ombres. Les compagnons qui m’entouraient me semblaient endormis et pareils aux spectres du Tartare, jusqu’à l’heure où pour moi se levait le soleil. Alors, je saluais cet astre par une prière, et ma vie réelle commençait. ”
Gérard de Nerval,
Œuvres complètes de Gérard de Nerval
“ L’hymne interrompu de la terre et des cieux retentit harmonieusement pour consacrer l’accord des races nouvelles. Et, pendant que les fils de Noé travaillaient péniblement aux rayons d’un soleil nouveau, les nécromants, blottis dans leurs demeures souterraines, y gardaient toujours leurs trésors et se complaisaient dans le silence et dans la nuit. Parfois ils sortaient timidement de leurs asiles et venaient effrayer les vivants ou répandre parmi les méchants les leçons funestes de leurs sciences. ”
Paule Régnier,
La vivante paix
“ Seule, la persistante blancheur de la neige luisait faiblement dans l’obscurité morne. Le vent commençait à s’élever, avec une rumeur pareille à celle de la mer montante. Les ténèbres qui délivrent la nature comme l’être humain des contraintes imposées par le jour, invitaient toute douleur à délirer, et la forêt, sortant de sa stupeur, ouvrant enfin ses mille bouches, se plaignait longuement sur le cœur de la nuit. ”
“ À travers des nuages rapidement chassés par le vent, je vis plusieurs lunes qui passaient avec une grande rapidité. Je pensai que la terre était sortie de son orbite et qu’elle errait dans le firmament comme un vaisseau démâté, se rapprochant ou s’éloignant des étoiles qui grandissaient ou diminuaient tour à tour. Pendant deux ou trois heures, je contemplai ce désordre et je finis par me diriger du côté des halles. Les paysans apportaient leurs denrées, et je me disais : « Quel sera leur étonnement en voyant que la nuit se prolonge... » ”
Gérard de Nerval,
Les Illuminés
“ Personne ne vient : minuit sonne ; au dernier coup, ses yeux fondent en larmes... Il se rappelle ce que lui a dit Sara, ce qu’a insinué sa mère. À une heure du matin, n’y pouvant plus tenir, il se met à parcourir les rues. Le hasard le ramène sur les quais déserts de l’île Saint-Louis. Il cherche à la clarté de la lune les pierres où il a inscrit les chiffres amoureux complétés par la main de Sara, et, en les retrouvant, il pousse des gémissements et des cris de désespoir. Un homme ouvre sa croisée et lui demande ce qu’il a. — C’est un père, répond-il, qui a perdu sa fille ! ”
Gérard de Nerval,
Nouvelles et fantaisies
(1928)
“ Du noir au blanc, des milliers de corbeaux s'abattaient et criaient dans le vent. Eh bien! j'achevai là ma journée. Le soir tombait et le soir vient vite en septembre; le soir, d'ailleurs, par le temps qu'il faisait,- c'était déjà la nuit; je rentrai. Personne dans les rues, personne sur la place. Je voyais de loin la lanterne triangulaire de mon hôte qui jetait par en haut ses deux cornes de lumière, sous le prétexte insidieux d'éclairer la porte. Il faut dire que l'on ne manquait jamais de se heurter contre le seuil, du moment où la lanterne était allumée. ”
Gérard de Nerval,
Œuvres complètes de Gérard de Nerval
“ Pâle et déchiré, le croissant de la lune s’amincissait tous les soirs et allait bientôt disparaître ; peut-être ne devions-nous plus le revoir au ciel ! Cependant, il me semblait que cet astre était le refuge de toutes les âmes sœurs de la mienne, et je le voyais peuplé d’ombres plaintives destinées à renaître un jour sur la terre... Ma chambre est à l’extrémité d’un corridor habité d’un côté par les fous, et de l’autre par les domestiques de la maison. Elle a seule le privilège d’une fenêtre, percée du côté de la cour, plantée d’arbres, qui sert de promenoir pendant la journée. ”
Henri de Régnier,
Les Jeux rustiques et divins
“ Puisqu’il n’a pas compris la Nymphe aux cheveux d’or Qui voulait se baigner plus nue à la fontaine, Et puisqu’il n’a pas reconnu celle qui dort Auprès de la mer vaste où nue est la Sirène, Puisqu’il a dédaigné la Nymphe aux cheveux d’or, Qu’il s’en aille à jamais où son Destin le mène, Et que la Femme, hélas ! le conduise à la mort. Le ciel est tout à fait noir. Un éclair brille et se casse comme un glaive. * Au soleil couchant, la même grève qu’à l’aurore. ”
Gérard de Nerval,
Les Chimères et les Cydalises
(1897)
“ Tout est mort ! J'ai parcouru les mondes ; Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés, Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes, Répand des sables d'or et des flots argentés : Partout le sol désert côtoyé par des ondes, Des tourbillons confus d'océans agités... Un souffle vague émeut les sphères vagabondes, Mais nul esprit n'existe en ces immensités. ”
Michelle LeNormand,
La Maison aux phlox
“ Un feu brûla bientôt dans l’âtre, éclairant la pièce à mesure que le jour tombait. D’avance, avais-je réellement eu peur ? Une grande sérénité avec le beau ciel enveloppait ici le monde. Il me sembla qu’il ne ferait jamais noir. Des pinsons chanteurs gazouillaient ; le bruit rythmé de la mer accentuait le silence... L’été, dont j’avais tant rêvé, la mer, que j’avais tant désiré revoir, tout était là ; je pouvais m’endormir ; aucune obscurité ne m’effrayerait plus jamais. Dieu était trop bon de m’accorder ainsi la réalisation d’un rêve... ”
Théophile Gautier,
Portraits et Souvenirs littéraires
“ GÉRARD DE NERVAL I « Les morts vont vite par le frais ! » dit Bürger dans sa ballade de Lenore, si bien traduite par Gérard de Nerval ; mais ils ne vont pas tellement vite, les morts aimés, qu’on ne se souvienne longtemps de leur passage à l’horizon, où, sur la lune large et ronde, se dessinait fantastiquement leur fugitive silhouette noire. ”
Jacques Normand, Le Laurier Sanglant
“ Maisons, prés, bois, ruisseaux, tout reluit, tout s’éclaire ; Le voile de la nuit s’écarte, déchiré : Voici qu'un jour nouveau s’allonge sur la terre, Provenant d’un astre ignoré. Mais, au bout d'un instant, sans pâlir ni s’éteindre, Cet ample rayon meurt aussi pur qu’il est né ; Le ciel redevient noir, et la nuit semble étreindre L’horizon tout illuminé... Ainsi pour nous. Un jour on nous dit : « Délivrance ! Victoire ! » Mais bientôt, hélas ! ”
“ En dehors des commis voyageurs et des explorateurs, peu d’hommes ont fait autant de lieues que Gérard de Nerval. Il connaissait la moitié de l’Europe sur le bout du doigt, pour l’avoir arpentée dans tous les sens, et à pied, autant que faire se pouvait. Ses préparatifs de départ n’étaient pas plus compliqués que ceux des oiseaux migrateurs ; il s’envolait, libre comme l’air, léger comme lui, et arrive que pourra ! ”
Clairville,
Daphnis et Chloé
(1849)
“ I Néréa, La nuit est sereine, Néréa, Mon âme est en peine, Viens et n’attendons pas du jour Le retour. Je me meurs sans toi ! Prends pitié de mon délire ! Ah ! de Néréa, le sourire Me fait plus heureux qu’un roi ! ”
“ Le soleil disparu, le phare allume sa lanterne, et entre nous et lui la distance reste la même. Nous renonçons au port, et, nos maux un peu calmés, nous entrons dans une vie de songe. Une demi-nuit nous enveloppe. Les lueurs du falot illuminent la voile, et le bateau soulève, par gerbes, les fleurs de feu de la mer. On n'entend que le bruit du flot, ce bruit d'un tapis qu'on secoue, et le mâchement des deux marins, qui mangent encore, accroupis sur les paniers de provisions et les bouteilles. Les membres cotonneux, nous ne savons plus où nous allons. Il nous serait égal de mourir. ”
Gérard de Nerval,
Œuvres complètes de Gérard de Nerval
“ Je me perdis plusieurs fois dans les longs corridors, et, en traversant une des galeries centrales, je fus frappé d’un spectacle étrange. Un être d’une grandeur démesurée — homme ou femme, je ne sais, — voltigeait péniblement au-dessus de l’espace et semblait se débattre parmi des nuages épais. Manquant d’haleine et de force, il tomba enfin au milieu de la cour obscure, accrochant et froissant ses ailes le long des toits et des balustres. Je pus le contempler un instant. Il était coloré de teintes vermeilles, et ses ailes brillaient de mille reflets changeants. ”
Émile Nelligan,
Émile Nelligan et son œuvre
“ S’étalait à sa proue, au soleil excessif. Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil. ”
Romain Rolland,
Colas Breugnon
“ Ainsi, je rêve dans mon grenier. Le vent s’éteint. La lumière tombe. La neige, du bout de ses ailes, frôle la vitre. L’ombre se glisse. Mes yeux se brouillent. Je me penche sur mon livre, et je suis le récit, qui dans la nuit s’enfuit. Mon nez touche le papier: tel un chien à la piste, je renifle l’odeur humaine. ”
“ Cependant la nuit s’épaississait peu à peu, et les aspects, les sons et le sentiment des lieux se confondaient dans mon esprit somnolent ; je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe. Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu, et mille fleuves pareils, dont les teintes indiquaient les différences chimiques, sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau. ”
“ Donne-t-on sa nièce à un misérable qu’on aime peut-être ? Enfin je ne me sens pas du tout mariable. Des transes couleur de rouille s’amoncellent en mon esprit et j’appréhende l’orage. Je frôle des rochers qui portent des noms redoutables. Depuis l’éternité qu’ils sont là, chacune de leur pointe a peut-être troué un ventre de barque. Parfois un choc me déséquilibre, jette ma godille à l’eau. Je mouille mon front, mes tempes, et mon envie se passe de m’égarer sur la mer. ”
Victor Revillon, Aventures d'un gentleman trappeur au Nouveau monde (1980)
“ Sur la neige, une trace de sang nous révèle le passage d'un chasseur heureux ; Nninkon, peut-être ? Un bruit s'élève d'un taillis voisin, semblable au crissement familier d'une raquette. Mon cœur bat à tout rompre. Est-ce notre guide qui nous rejoint enfin ? Ce n'est qu'une hallucination. La forêt que nous traversons s'éclaircit pourtant graduellement, les pins s'espacent, le terrain se dénude ; soudain le vent du sud chasse les nuages chargés de neige ; au loin, dans une rouelle de lumière, une ligne éclatante brille comme une barre de métal : le lac !... ”
Henri de Régnier,
Les Jeux rustiques et divins
“ Écouté dans les vieux roseaux pleurer le vent Et d’avoir vu, hélas ! sur le mont et le bois, Tant d’aurores, hélas ! se lever tant de fois Et tant de lourds soleils s’abîmer dans la mer... La ronce du chemin est dure à notre chair ; Jamais pour nous, jamais la pierre acariâtre Ne voulut être seuil, ne voulut se faire âtre, Car la flamme est de l’or, et nous, nous somme nus ; De tous les malveillants nous sommes malvenus, Le loquet est rétif et la porte est fermée ”
“ Il y avait beaucoup de monde, et je restai quelque temps à regarder l’hippopotame qui se baignait dans un bassin. — J’allai ensuite visiter les galeries d’ostéologie. La vue des monstres qu’elles renferment me fit penser au déluge, et, lorsque je sortis, une averse épouvantable tombait dans le jardin. Je me dis : — Quel malheur ! Toutes ces femmes, tous ces enfants, vont se trouver mouillés !... Puis je me dis : — Mais c’est plus encore ! c’est le véritable déluge qui commence. ”
Gérard de Nerval,
Aurélia
(1927)
“ Mon ami m'avait quitté, voyant ses efforts inutiles, et me croyant sans doute en proie à quelque idée fixe que la marche calmerait. Me trouvant seul, je me levai avec effort et me remis en route dans la direction de l'étoile sur laquelle je ne cessais de fixer les yeux. Je chantais en marchant un hymne mystérieux dont je croyais me souvenir comme l'ayant entendu dans quelque autre existence, et qui me remplissait d'une joie ineffable. En même temps, je quittais mes habits terrestres et je les dispersais autour de moi. ”
