“ La légende de cette nuit terrible que nous racontâmes au début de notre drame : l’accouchement de Domenica à l’hôtel Paléologue était surabondamment connue. On s’en moquait parmi cette valetaille repue qui encombrait la maison de Sampierre. Tous les marauds et toutes les maraudes qui mangeaient le pain de la marquise étaient blasés à force de rire sur cette aventure où il y avait de la honte et du sang. La Fontaine l’a dit, résumant d’un seul mot l’histoire de l’humanité : Notre ennemi, c’est notre maître. ”
Paléologue
Définition et enjeux
Citations sur “Paléologue”
“ L’Orient, tout l’Orient, était contenu cette nuit entre ces vieux murs féodaux du Paris des Valois. Tous les songes prodigieux, toutes les fumées étincelantes de l’ivresse asiatique allaient et ondulaient dans les salons de l’hôtel Paléologue, ivre d’éblouissements, d’harmonies et de parfums. Et la reine de la fête, la princesse-marquise faisant les honneurs de sa maison avec une grâce paresseuse, réalisait exactement l’idée de la beauté orientale. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Sa vie entière n’est qu’une cérémonie solennelle qui se déroule sans intermède dans la monotonie des heures, et les offices du culte presque liturgique qui lui est rendu semblent le poursuivre jusqu’au-delà de la mort, aux anniversaires funèbres où l’on convoque son âme dans les sépultures majestueuses que chaque dynastie s’élève à grands frais. ”
“ Avez-vous des motifs de craindre ou de haïr la marquise Domenica ? Sur les joues bronzées de l’aveugle, un peu de rouge était venu. Elle hésita avant de répliquer. — Celles qui vivent dans la nuit, dit-elle enfin, voient mieux le passé. Je me souviens du soleil. J’ai été une jeune fille rieuse, une femme heureuse, une mère orgueilleuse. Et puis, j’ai tant pleuré que la lumière de mes yeux s’est éteinte dans mes larmes. Je vois mes belles années, et le sourire de la Paléologue passe devant moi comme un rayon... Elle était si fort au-dessus de moi que l’envie ne m’était pas permise. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Même chez les parens de la défunte, il n’y avait pas une note d’émotion sincère, pas une larme vraie parmi tant de contorsions. C’était une douleur d’expression toute factice, et dont chaque intonation, chaque geste était appris et conforme aux rites. D’ailleurs, le décès de celle qu’on pleurait ainsi devait remonter à deux ou trois semaines au moins, et la douleur des siens avait eu le temps de se calmer. C’est l’usage, en effet, dans l’empire du Milieu, que les corps soient portés en terre longtemps, souvent plusieurs semaines, parfois même plusieurs mois après la mort. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Aussi, en prévision du long séjour qu’elle aurait à faire dans la maison même qu’elle habitait de son vivant, la défunte avait dû être ensevelie avec des soins minutieux. Les rites exigeaient en outre qu’elle fût soigneusement parce dans son cercueil. D’abord, on l’avait revêtue de ses plus belles robes, de ses robes de fête, toutes de soie avec des bouquets de fleurs brodées, des rosaces soutachées, des dragons fantastiques brochés dans la trame. ”
“ Et comme le marquis l’interrogeait du regard, il reprit d’un ton de profonde tristesse : — Il y a des instants où je me demande par quel miracle mon courage survit à tant de dégoûts ! Je suis seul contre une armée. Je n’ai même pas pour moi ceux à qui j’ai dévoué mon existence tout entière. Et voilà des années que cela dure ainsi ! mais n’importe, je ferai mon devoir jusqu’au bout. Croyez-moi ou ne me croyez pas, Giammaria, voilà ce qui arrive : Domenica Paléologue a donné à des intrigants la confiance qu’elle me refuse. ”
Alexandre Dumas,
La marquise de Brinvilliers ; La comtesse de Saint-Géran…
(1865)
“ Madame, lui dit le docteur, il est aussi indifférent pour votre salut que votre corps soit jeté au feu pour y être réduit en cendres, que mis en terre pour y être dévoré par les vers; qu'il soit traîné sur la claie et jeté à la voirie, qu'embaumé avec les parfums d'Orient et déposé dans un riche tombeau. De quelque manière qu'il finisse, il ressuscitera au jour marqué, et s'il est désigné pour le ciel, il sortira plus glorieux de ses cendres que certain cadavre royal qui dort en ce moment dans un cercueil doré. Les obsèques sont pour ceux qui survivent, madame, et non pour ceux qui meurent. ”
F. Maria Gelcen, Des sympathies des organes du corps humain… (1822)
“ Le médecin , arrêtant sur les bords de la tombe les pas d'un être défaillant, n'est il pas la vive image de ces êtres supérieurs que l'imagination se représente, portant sur la terre les messages propices de la divinité ? ”
Compte rendu de la séance solennelle tenue le 28 mars 1833… (1833)
“ Vous n'êtes plus; la tombe où vos cendres reposent, pourra seule recevoir l'expression de notre reconnaissance, en même temps qu'elle sera témoin de nos éternels regrets. Ils ont dignement suivi l'exemple des Médecins, les Élèves qui sont venus à notre aide. Étrangers parmi nous, ils pouvaient nous quitter, ils pouvaient fuir le danger, abandonner une ville devenue si meurtrière à ses habitans, calmer, par un prompt retour, les alarmes de leur famille. Mais l'humanité parle, ils obéissent à sa voix ”
François Gallé, Observation clinique, précédée et suivie de quelques réflexions sur la véritable situation de la médecine… (1826)
“ Mais pour réunir glorieusement tous les suffrages, il faut faire l'ouverture des cadavres. C'est là qu'on trouve à son gré de quoi rendre évidente et palpable l'excellence de son diagnostic et de sa thérapeutique. C'est là qu'on est sûr d'avoir à choisir entre les manières les plus ingénieuses de prouver que la maladie devait, de toute nécessité , se terminer par la mort. Peu importe, en pareille occurrence, que les spectateurs aient des connaissances en anatomie et en médecine ou qu'ils n'y connaissent rien ”
Restauration du tombeau et de la chapelle du chancelier de Lhospital dans l'église de Champmoteux (1834)
“ Ce qui frappe surtout dans le chancelier de LHOSPITAL tel que nous le représente l'histoire, avec les traits que la tradition nous en a conservés et qui imposent encore jusque sur ce tombeau, c'est une gravité naturelle et une remarquable dignité, unies à une grande énergie de caractère. ”
Mort édifiante, ou Récit des dernières heures de Mlle de La Musse (1843)
“ Tu vois mon affliction et mon pauvre état, et tu sais mieux que moi-même ce qui m'est expédient et salutaire. O grand Dieu! je sais que tu peux tout, et que c'est toi qui fais la plaie et qui la bandes. Tu navres, et PRIÈRES ET MEDITATIONS. 75 tes mains guérissent ; tu mènes au sépulcre , et tu en ramènes; tu guéris quand il te plaît, les plus désespérés; et c'est toi qui fais revivre les morts et qui appelles les choses qui ne sont point, comme si elles étaient. O incomparable Médecin ! non-seulement tu peux répandre ta bénédiction sur les remèdes qui sont administrés ”
Maurice Paléologue,
Vauvenargues
“ « L’art d’imiter, quand il n’est pas parfait, dégénère toujours en déclamation ; il est très rare qu’on soit emphatique par trop de chaleur ; mais c’est un défaut où l’on tombe presque inévitablement lorsqu’on n’est animé que d’une chaleur empruntée ». Une même admiration, à laquelle s’ajoutait une particulière et intime sympathie, attirait Vauvenargues vers Fénelon. L’âme tendre et touchante qui s’épanchait dans le Télémaque parlait à son cœur ; la grâce persuasive de ce style naturel, abondant et mélodieux charmait son esprit. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Je questionne l’Empereur sur les impressions qu’il rapporte du front. — Mes impressions, me dit-il, sont excellentes. Je suis plus confiant et plus en train que jamais. La vie que je mène à la tête de mon armée est si saine et si réconfortante ! Quel superbe soldat que le soldat russe ! Je ne sais pas ce qu’on n’obtiendrait pas de lui ! Et il a une telle volonté de vaincre, une telle foi dans la victoire ! — Je suis heureux de vous entendre parler ainsi ; car l’effort qui nous reste à accomplir est énorme encore et nous ne serons victorieux qu’à force de ténacité. ”
Maurice Paléologue,
Vauvenargues
“ Et n’est-ce pas encore une chose admirable qu’il ait su mêler aux passions, et à toute la véhémence et à la naïveté du sentiment, tout l’or de l’imagination ? En un mot, il me semble aussi supérieur à Corneille par la poésie et le génie, que par l’esprit, le goût et la délicatesse. ”
Maurice Paléologue,
Vauvenargues
“ Il y eut là, à de certaines heures, dans cette modeste retraite de la rue du Paon, un spectacle d’une rare grandeur morale, celui d’un homme jeune, ambitieux, épris de gloire, justement persuadé de sa valeur, conscient de l’œuvre qu’il portait en soi, n’ayant pourtant connu dans la vie que souffrances et déceptions, mais qui, à l’instant où la mort vient le saisir, n’a pas un mot d’amertume, pas un cri de révolte aux lèvres. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Le spectacle est grandiose. Dans une lumière vibrante et argentée, sur des flots de turquoise et d’émeraude, la France, laissant un long sillage derrière elle, avance avec lenteur, puis s’arrête majestueusement. ”
Maurice Paléologue,
Vauvenargues
“ Malgré la différence des temps et des idées, un même souffle les traverse, parfois un même sentiment les anime, comme si l’homme laissait quelque chose de sa pensée dans les pays où il a aimé, rêvé, souffert, et que Vauvenargues, faisant campagne aux mêmes lieux où seize siècles auparavant le divin empereur guerroyait contre les tribus germaniques, y avait recueilli le plus pur parfum de sa grande âme et s’en était inspiré. ”
Auguste Corlieu,
La mort des rois de France depuis François Ier…
(1892)
“ Le roi étant mort, le premier médecin et le premier chirurgien, assistés des médecins et chirurgiens ordinaires, se trouvaient à l'ouverture du corps, ainsi que le grand chambellan, le premier gentilhomme de la chambre, le maître de la garde-robe. Le corps est posé sur une table, couvert d'un grand linceul, et le premier médecin commande aux chirurgiens d'en faire l'ouverture. On dresse procès-verbal et le corps est embaumé par les chirurgiens, puis moulé et exposé dans une chapelle ardente. ”
Léon Le Fort, Étude sur l'organisation de la médecine en France et à l'étranger (1874)
“ Ils ont appris non point à deviner après la mort et sur de menues parcelles de cadavre à quelle maladie le médecin a eu affaire; mais à reconnaître, pendant la vie, quelle est l'affection dont est atteint le malade qu'ils sont appelés à soigner, et comment aussi ils peuvent espérer le guérir. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ A mesure que l’hiver déroule sur la Russie son linceul funèbre, les âmes se dépriment, les volontés se relâchent. Je ne vois partout que des visages mornes ; je n’entends partout que des propos découragés ; toutes les conversations sur la guerre se résument dans la même pensée, expresse ou tacite : « A quoi bon poursuivre la lutte ? Ne sommes-nous pas déjà vaincus ? Est-il possible de croire que nous nous relevions jamais ? » ”
Maurice Paléologue,
Les Lettres d’amour de la religieuse portugaise
“ Il n’y a au ciel ni en la terre rien de plus doux que l’amour, rien de plus fort, rien de plus haut, rien de plus étendu, rien de plus joyeux, rien de plus rempli, rien de meilleur, — car l’amour est né de Dieu et ne se peut reposer qu’en Dieu par-dessus toutes les choses créées. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Sous de gros nuages ténébreux et lourds, la neige tombe en flocons si épais et d’une chute si lente que je ne distingue même plus le parapet de granit qui borde, à vingt pas de mes fenêtres, le lit glacé de la Néwa : on se croirait aux pires jours de l’hiver. La tristesse du paysage et l’hostilité de la nature ne s’harmonisent que trop bien au spectacle sinistre des événements. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ La neige tombe à gros flocons ; elle s’accumule, elle se tasse, elle durcit, elle étend sur la terre un tapis égal et résistant. Aussitôt, le traînage s’organise. De toutes parts la vie se réveille, le mouvement renaît sur l’immensité blanche. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Les fidèles, hommes et femmes, se réunissent la nuit, tantôt dans une isba, tantôt dans la clairière d’une forêt. Là, invoquant Dieu, clamant des hymnes, vociférant des cantiques, ils dansent des rondes avec une vitesse progressive, forcenée. Le chef de la danse flagelle ceux dont la vigueur faiblit. Bientôt le vertige les fait rouler tous à terre, dans l’extase ou les convulsions. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Autour d’eux, une attention extrême ; nulle interruption ; chacun écoute, les yeux fixes, l’oreille tendue, cette parole naïve, grave, confuse, ardente, pleine d’illusions et de rêves, qui, depuis des siècles, germait dans l’âme silencieuse du peuple russe. ”
Pierre Dionis,
Cours d'opérations de chirurgie…
(1740)
“ Une mort prompte & subire qui épouvante une famille, ou qui excite la curiollté des Médecins & des Chirurgiens, oblige souvent d'ouvrir un corps après la mort, comme il est arrivé à deux personnes mortes à Versailles. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ C’est en hiver surtout, pendant les interminables veillées de l’isba ou les monotones parcours sur la neige. Une lente et mélancolique rêverie les absorbe alors tout entiers : ils songent à la destinée humaine, au sens de la vie, aux paraboles de l’Évangile, au devoir de l’aumône, au rachat des fautes par la souffrance, à la justice qui finira par triompher sur la terre de Dieu. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Ainsi, les faits, les traditions et les croyances, en donnant à l’empereur de Chine la toute-puissance absolue, lui créent par là même une existence toute factice, inviolable, inaccessible et presque mythique. Étranger à la réalité des choses, isolé dans sa grandeur, privé même de sa personnalité, il est la réalisation la plus complète, la plus grandiose qui fut jamais d’une fiction humaine. ”
Amédée-Eugène Battaille, Discours prononcé par M. Battaille… (1853)
“ Médecin en chef de l'Hospice civil de Versailles. « MESSIEURS , ». Avant que se sépare, tristement impressionné, l'imposant cortège dont le concours imprime à cette pieuse cérémonie un si solennel appareil, jetons un dernier, un douloureux regard sur cette tombe— un homme de bien vient d'y descendre., homme de coeur et d'intelligence aussi. — 2 — » Une vie vient de s'éteindre, tout entière consacrée aux incessantes et chaleureuses préoccupations de la science et de l'humanité ”
Pierre-Augustin Didiot, Code des officiers de santé de l'armée de terre… (1863)
“ Il est fourni une bière particulière pour chaque officier ou autre militaire réputé tel ; tous les décédés sont enveloppés d'un suaire ; les inhumations sont faites à la pointe du jour ou après le coucher du soleil. (Art. 739.) Le malade décédé est porté dans la chapelle funéraire , où les prières prescrites par Le rituel sont récitées par l'aumônier. Après cette cérémonie et après le délai prescrit par l'article précédent, si les officiers de santé ne jugent pas devoir procéder à l'autopsie, le corps est transporté au cimetière, autant que possible, dans un chariot couvert. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Je croirais plutôt que mes quarante années de séjour en Russie, — tout ce que j’y ai connu de bonheur, tout ce que j’y ai formé de rêves, tout ce qu’on m’y a témoigné d’affection et de bonté, — m’ont fait une âme entièrement russe. ”
Maurice Paléologue,
Vauvenargues
“ C’est cette pratique de la vie intérieure qui est le secret de la commune originalité de Vauvenargues et de Rousseau ; de là, chez tous les deux, cette puissance des impressions personnelles, cette vivacité de l’émotion, cette hardiesse de la conscience, ce sérieux de la pensée. ”
Charles Dubreuilh, Discours prononcé sur la tombe de M. le Dr Pujos… (1863)
“ Ayant accepté de vous, Messieurs, l'honorable et douloureuse mission de jeter en votre nom quelques fleurs sur la tombe de notre collègue et d'exprimer les justes regrets que sa perte nous cause, je suis convaincu que le récit pur et simple d'une vie utilement remplie suffira pour acquitter la dette de la reconnaissance de la Société de Médecine, allumer l'émulation dans de jeunes coeurs, et recommander la mémoire de celui que nous pleurons à la vénération de nos concitoyens. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Le regard est tantôt voilé, fuyant, presque insaisissable entre les paupières mi-closes, tantôt acéré, provocateur et fulgurant. Mêmes contrastes dans la voix qui est généralement caverneuse et rauque, avec des éclats subits d’une stridence et d’une sonorité superbes. ”
Maurice Paléologue,
Vauvenargues
“ Dans cette lente agonie qui dura plus d’un an, l’âme de Vauvenargues demeura-t-elle toujours ferme, sereine et maîtresse d’elle-même ? Non, par instants elle a payé tribut à la faiblesse humaine. C’est la loi commune : les consciences les plus fortes de l’humanité, au moment de l’épreuve suprême, ont eu, comme les autres, leur angoisse et leur détresse intime ; mais la supériorité de leur nature les a si vite ressaisies, leur défaillance a été si courte et si secrète, que parfois le monde n’en a rien su. ”
