“ Joseb et Varia sont au lit. Une aube se levant dans sa fiole blonde (le blond le plus pâle est du cristal vide) , le notaire, la barbe longue des fourrures de l’ivresse, a titubé hors de l’étude vers cette fiole plus sombre, sa femme. Il n’est pas beau à voir, mais Varia ne le voit pas. Elle s’est endormie à l’ordre du cartel. Joseb croit ses yeux clos du spasme que ses baisers conseillent. Et que semble prouver la contracture des membres, qui enlacent son cou d’une striction inexorable. Le vieux Sindbad oscille plus comme un pendu que comme un ivrogne. ”
Varia
Définition et enjeux
Citations sur “Varia”
André Chevrillon,
Revue des Deux Mondes
“ Au cours du XIXe siècle, tout cet idéal a beaucoup et plusieurs fois changé, en même temps que changeait la condition moyenne de l’homme, l’idéal variant toujours comme le réel dont il est une projection dans le rêve. ”
“ Madame Joseb — Varia, l’Autre, la femme du notaire, ne ressemble pas du tout à Miriam. Elle est moins jeune. Elle a vingt-cinq ans, par acte de naissance. Miriam en a quinze. Mais Varia est moins vieille aussi. Miriam raconte volontiers de ses aventures qui lui sont arrivées il y a soixante-douze mille ans. Quand on est si vieille, ce n’est plus de l’âge. C’est de l’art. Monsieur Dieu, en créant Miriam, a été le sculpteur d’une Vénus qui est arrivée en l’an Premier de notre vingtième siècle sans cette infirmité, plus signe de vieillesse que la chute des cheveux, celle des bras. ”
Émile Saisset, Revue des Deux Mondes (1859)
“ Mais parmi ces différences et ces variations, au-dessus de ces formes religieuses qui naissent, s'organisent, se mélangent, dégénèrent et meurent, il y a un certain nombre de vérités qui ne meurent point. ”
“ Le second loup introduit Varia par sa robe, la laine au page de ses dents. Et Emmanuel, sortant du foyer, ce qui éclaire la salle, et avançant le premier loup comme le grondement d’une bergère en tonnerre, dit : — Madame, asseyez-vous sur le camarade. Varia, comme à un réveil, retrouve, avec quelque effroi, les deux loups de diamant noir, et qu’il n’y en a jamais eu d’autres, sous les deux sourcils d’Emmanuel. IXDe sinople à une hermine en abîmeEt par la raison que ces démons sont aqueux, ils sont excessivement lascifs. ”
“ Emmanuel Dieu savait si bien que par le meurtre de Varia (meurtre plus réel que la radiation de l’univers selon la chair, l’expulsion hors de l’Absolu — à tout le poignard qui est l’épée de feu de l’Ange qui ferme les Paradis...) il n’avait pas tué Miriam ! ”
“ C’est par une analogue absorption que Madame Joseb se substitu toute à Miriam. Sur la paupière de marbre, blanc comme le globe dépoli d’une lampe implique qu’il recèle un éblouissement, les cils de Varia plantent leur conquérante palissade de drapeaux de deuil vivant. On dirait des profils noirs de baïonnettes ou de n’importe quelle chose militaire et pointue. Ils piquent à distance comme des rayons d’étoile sale. Il est bien évident que leurs prolongements crèvent l’œil à même lequel ils s’entrecroisent. Ils fourgonnent brutalement le foyer d’amour absolu. ”
“ Et qui vous dit que je trompe Nastasia Philippovna ? Quant à Varia, elle fera comme il lui plaira. En voilà assez ! Allons, il est plus que temps d’en finir ! À mesure qu’il parlait, Gania s’échauffait davantage. Obéissant à un inconscient besoin d’activité, il marchait à grands pas dans la chambre. Chaque fois que cette question délicate était mise sur le tapis, la conversation tournait aussitôt à l’aigre. — J’ai dit que, si elle entrait ici, j’en sortirais, et je tiendrai parole, déclara Varia. — Par entêtement ! vociféra Gania. — C’est aussi par entêtement que tu ne te maries pas ! ”
“ Entr’acte : Les étoiles tombent du ciel. César-Antechrit. Du même geste, troc ou coup-fourré, que Dieu reprend son os au notaire, la femme du notaire revole à Dieu Miriam. Miriam, pour être, anéantissait Varia : les paupières blondes de la Femme de Dieu, comme une bouche, broutaient les cils et les sourcils nègres de Madame Joseb, et buvaient jusqu’à la vague violette de sa chevellure. ”
Alfred Espinas,
La Philosophie sociale du XVIIIe siècle et la Révolution
“ C’est un fait trop peu remarqué que nos volontés empruntent dans l’immense majorité des cas une forme générale et reproduisent avec de faibles variantes un type commun. Chaque groupe de ces coutumes ou règles porte le nom d’Art ”
“ « On ne peut assez répéter que les règles du Beau sont éternelles, immuables, et que les formes en sont variables. ”
Henri Bergson,
L’Évolution créatrice
“ Mais, précisément parce que nous fermons les yeux sur l’incessante variation de chaque état psychologique, nous sommes obligés, quand la variation est devenue si considérable qu’elle s’impose à notre attention, de parler comme si un nouvel état s’était juxtaposé au précédent. ”
“ Malgré l’exiguïté de la cahutte, Emmanuel apparaît à Varia debout, au dos le manteau d’une grande cheminée de granit rose. Sous le manteau. Il est le feu. Les chenets, à sa droite et à sa gauche, sont tout déchiquetés, le fer usé par le feu. Ou plutôt il n’y a qu’un chenet, le loup bourru, de profil, assis, montrant bien ses dents séparées et ses entre-poils, et un seul œil comme un trou à travers les deux. Trop symétrique pour être seul. ”
“ L’hermine est une bête très sale. Elle est à soi-même un drap de lit précieux, mais comme elle n’en a pas de paire de rechange, elle fait la lessive avec sa langue Gargantua l’eût définie : — L’oison qui sait approfondir. Mais le « chat de mars » l’exulcéra, ne limant ses griffes que pour d’autres hermines. Le jour où Emmanuel ne dit plus à Varia : Maman, mais : Madame, elle lui proposa, à la sortie de Condorcet, le « fiacre au Bois et à l’heure », ou le cabinet particulier. ”
Pierre de Fermat,
Œuvres de Fermat
“ Copies de lettres de Roberval à Fermat du 11 octobre 1636 et du 16 août 1636, déjà imprimées dans les Varia, mais la seconde avec un texte conmplètement refondu. Fonds latin 11196: fos 46 à 53. Novus secundarum et ulterioris ordinis radicum in analyticis usus (ci-après, p. 181) — f° 54. Lettre de Fermat à Carcavi (voir plus haut, sur les papiers du fonds Libri) . Fonds latin 11197 : fos 17 à 20. Copie de la lettre n° 12 de la liste d'Arbogast (ci-après, p. 167) — f° 20v. Extrait de la lettre de Fermat à Mersenne du 3 juin 1636 (la première lettre des Varia) . ”
Pierre de Fermat,
Œuvres de Fermat
“ On peut y distinguer : 1° Divers brouillons des copies au net contenues dans le manuscrit A, savoir la lettre n° 9 et les opuscules 13, 6, 7, 11, 12 de la liste d'Arbogast (textes publiés par M. Ch. Henry, Recherches, 2e partie, nos 15, 17, 18, 19, 21, 22) ; 2° Des copies ou extraits de quelques pièces déjà imprimées dans les Varia; 3° Des extraits (ou notes tirées) des Ouvrages de Descartes (en particulier de ses Lettres) , Fagnano, Mersenne, Wallis, Hérigone, Viète, Albert Girard, Euler, Lagrange; 4° Des essais de démonstrations sur diverses questions traitées par Fermat ”
Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy,
Encyclopédie méthodique
(1788)
“ Mais cela signifie-t-il que l’ame ne demande, par exemple, à la peinture, que des figures rangées sur une ligne droite ; à l’architecture, qu’une façade sans division et sans détails ; à l’art de l’orateur, qu’un discours sans mouvemens ; à l’art du chant, que des accords à l’unisson ; au poète, qu’un drame sans action, des récits sans fiction, des compositions sans épisodes ? Non sans doute : l’ame appelle au contraire la variété à l’aide de l’unité. La variété est pour elle, comme au physique, l’assaisonnement est ce qui éveille et soutient l’appétit. ”
Pierre de Fermat,
Œuvres de Fermat
“ On remarquera qu’elle comporte 14 numéros pour les opuscules et 20 pour les lettres, en dehors de quelques pièces ne concernant pas Fermat. ipsæ tangentes indigeant ; 3 pag. in-folio ; copie d’une main inconnue. Cet opuscule n’a pas (a) été imprimé. No 4. Opuscule sur la méthode des tangentes, commence par ces mots : Doctrinam tangentium antecedit jamdudum habita methodus de inventione maximæ, etc., et finit par ceux-ci : fusius aliquando explicabimus et demonstrabimus ; 14 pag. in-folio, belle copie, écriture peu serrée. Cet opuscule a été imprimé dans les Opera Varia. No 5. ”
Achille Chéreau, Notice sur l'origine de la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris… (1878)
“ Cette belle collection forme ce que nous appelons, à la bibliothèque de la Faculté, les Mélanges in-4° et in-8°. Le premier fonds en a été considérablement augmenté par les successeurs de Sue, et nous avois aujourd'hui, de ces ltfélanges, 240 volumes m-4<> et 659 volumes in-80. Si nous ajoutous à cela 666 volumes de brochures en Collection, un groupe de 97 volumes de Dissertations, un autre groupe de Varia, 4e 187 volumes, nous arrivou ainsi à 1,849 volumes iD-iD. ou in-8° de Mélanges, de près de 40,000 brochures se référant à toutes les branches de l'art de guérir. ”
Léon Daudet,
Le monde des images
“ Ce que nous avons dit de la formation du mot, de la phrase et du style dans l’esprit, montre que nous rattachons la conception littéraire à la conception tout court, et le développement du langage à celui de l’être, corps et idées, celles-ci précédant et dominant leurs prolongements somatiques et organiques. ”
Émile Littré,
Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l’usage
“ Cette multitude de petits faits, dispersés dans mon dictionnaire, est ici mise sous un même coup d’œil. Elle a l’intérêt de la variété ; et, en même temps, comme ce sont des faits, elle a l’intérêt de la réalité. La variété amuse, la réalité instruit. ”
Léon Daudet,
Le monde des images
“ Répétez le mot « volonté ». le mot « intelligence », le mot « négation » et suivez les images qu’ils soulèvent dans notre esprit-corps, images accompagnées de mouvements. Pour le vocable « volonté », par exemple, vous voyez la forme graphique, ou imprimée, du mot, et vous entendez sa sonorité. Il s’y joint la sensation diffuse, atténuée, d’un effort, d’une application, sensation qui se précise, mais aussi se limite, par l’évocation d’une personne volontaire de votre famille, de votre entourage, de l’histoire, etc... ou d’un acte déterminé, témoignant de cette volonté. ”
Edmond de Goncourt,
Journal des Goncourt
“ Vous avez mis dans votre style les jeux de la lumière, les frissons du plein air, la coloration et la vie du monde extérieur ; vous y avez mis aussi les secousses intérieures, les émotions subtiles, les troubles secrets du monde moral ; et désireux de retenir dans votre phrase, un peu de ce qui luit ou de ce qui vibre, de ce qui aime ou de ce qui souffre, vous avez demandé à la richesse et à la diversité des formes, l’art d’exprimer fidèlement la multiplicité infinie de la nature. ”
Auguste Barbier,
Revue des Deux Mondes
“ Comme dans l’épopée, les caractères et les passions sont mis en relief par les évènemens, et les évènemens sont encadrés dans la nature, les mœurs et les coutumes des peuples ; mais les évènemens, les mœurs des nations et les beautés de la nature ne sont que des moyens de faire valoir et saillir le principal, les caractères et les passions. Les faits, les coutumes et le paysage ne sont que l’accessoire. ”
E. Caro, Un Moraliste inédit, M. Doudan
“ A ce signe, vous reconnaîtrez ces beautés éternelles, qu’on a longtemps appelées classiques, qui parlent à toutes les générations, dans un langage toujours intelligible, des sentimens permanens de l’humanité. ”
Jules Huret,
Enquête sur l’évolution littéraire
“ Le symbole de la vie humaine, soit la traduction essentielle de la vie humaine, serait ainsi donné en ses trois formes élevées, la recherche, la connaissance du vrai et du beau, la divination d’un nouveau beau et d’un nouveau vrai ou plutôt d’une évolution plus neuve du beau et du vrai. ”
Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy,
Encyclopédie méthodique
(1788)
“ Dans ce dernier sens, style, appliqué à l’idée qu’on prend de la forme que chacun donne à l’expression de ses pensées, selon la propriété de ses facultés particulières, selon la nature des sujets qu’il traite, selon la diversité des genres auxquels se rapportent ses productions, selon l’influence des causes physiques, politiques ou morales, dans les diverses contrées, style, disons-nous, devient synonyme decaractère, ou de la manière propre, de la physionomie distinctive qui appartiennent à chaque ouvrage, à chaque auteur, à chaque genre, à chaque école, à chaque pays, à chaque siècle, etc. ”
Baltasar Gracián,
Le Héros
(1725)
“ Car la variété des inclinations et des penchants est prodigieuse ; elle est égale à celle des humeurs, des sons de voix, des sentiments, des goûts, des visages, à celle de tous les différents états de la vie. ”
Jules Lemaître,
Les Contemporains, 3ème Série
“ «Souvent traditionnelles, générales comme il convient à un esprit philosophique, effacées quelquefois par l'usage, peu nourries, toujours délicates, les comparaisons interviennent dans son style poétique non pas comme d'insistantes et serviles copies de la réalité, mais comme les allusions légères d'un esprit qui plane sur la nature.» ”
Gabriel Séailles,
Eugène Carrière, essai de biographie psychologique…
(1911)
“ Habitué à interroger la nature et à entendre ses réponses, à trouver dans les lignes et dans leurs rapports, dans les volumes et dans les proportions, dans les clartés et les ombres, les signes de sa propre pensée, il ne peut douter que ces signes ne soient le langage d'un grand esprit fraternel, dont la logique répond à sa raison, et la beauté à son sentiment. ”
André Jean Marie Hamon, Vie de saint François de Sales… (1930)
“ Là, l'esprit contemple avec délices la vérité exposée dans son plein jour, embellie de maximes également ingénieuses et pratiques, revêtue d'un style alerte et naturel, relevée par la justesse d'observations fines et délicates, et par le charme de comparaisons gracieuses et variées. ”
Émile Montégut, La Poésie d’une vieille Civilisation
“ Ces genres n’expriment, à tout prendre, que la partie la plus matérielle, la plus prosaïque, la plus extérieure de la vie, et les réalités prosaïques de l’existence se ressemblent beaucoup en tout pays. ”
Jules Huret,
Enquête sur l’évolution littéraire
“ Parmi les étranges et infiniment multiples transformations en lesquelles se fondent tous les décors de notre civilisation, qu’est-ce qui se transforme plus étrangement que notre pensée humaine, que notre cervelle humaine et sa production de sentiments et d’idées ? ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ THÉÉTÈTE. A présent, je suis au fait, et j’admets deux espèces d’épuration, l’une pour l’âme, l’autre pour le corps, indépendante de la première. L’ÉTRANGER. A merveille. Maintenant, fais attention à ce que je vais te dire, pour tâcher de subdiviser encore en deux la division que nous venons d’établir. THÉÉTÈTE. Partout où tu me conduiras, je tâcherai de te suivre dans tes divisions. L’ÉTRANGER. Nous admettons que dans l’âme la méchanceté et la vertu sont deux choses différentes. THÉÉTÈTE. Eh bien ? ”
Élie Faure,
Histoire de l'Art. L'Esprit des formes…
(1927)
“ C'est un moment unique de l'Histoire que celui où la structure interne de la forme à l'état d'immobilité et l'apparence extérieure des relations et des échanges venant à se rencontrer, la vérité et le devenir, l'instinct et l'intelligence, le sujet et l'objet, la vie et le style, le particulier et le général fusionnent dans une expression universelle et moyenne. ”
Marcel Mauss,
Essais de sociologie
“ Et tous ces éléments, en nombre infini, se combinent pour déterminer le genre, l’espèce des choses naturelles, le sens des forces en mouvement, les actes qui doivent être accomplis, donnant ainsi l’impression d’une philosophie à la fois subtile et naïve, rudimentaire et raffinée. ”
Alfred Morel-Fatio,
Études sur l'Espagne
(1888-1925)
“ Et cette conscience, il veut la porter en tout, dans les petites choses comme dans les grandes, dans la citation d'un chiffre comme dans la peinture des coeurs et des âmes, dans le dessin d'un blason comme dans l'analyse des caractères et des passions. ”
Leconte de Lisle,
Derniers Poèmes
“ Exprimer l’humanité dans une espèce d’œuvre cyclique, la peindre successivement et simultanément sous tous ses aspects, histoire, fable, philosophie, religion, science, lesquels se résument en un seul et immense mouvement vers la lumière. ”
E. Beulé, Études et portraits du siècle d’Auguste
“ La culture de l’esprit, la connaissance approfondie des langues, des lettres et des arts, le goût de l’intrigue, l’habitude des grandes spéculations, le sentiment de leur supériorité intellectuelle, un raffinement singulier de corruption, la science de tous les plaisirs, développaient encore la distinction de leur type. ”
