“ Que la lumière s'accentue ou s'affaiblisse, qu'elle change ou se déplace, aussitôt la réalité visuelle se modifie, alors que la réalité palpable demeure. Or c'est la réalité visuelle, c'est la tromperie et l'erreur de l'œil qu'il faut peindre puisque vous vous adressez aux yeux des spectateurs et non pas à leur toucher. ”
Convergence visuelle
Définition et enjeux
La convergence visuelle désigne le mouvement des yeux vers l'intérieur afin de fixer un objet proche, ce qui permet la perception des distances et du relief. Ce phénomène a été analysé par plusieurs auteurs : André Sainte-Laguë souligne son rôle dans l'évaluation des profondeurs, tandis qu'Émile Verhaeren met l'accent sur la supériorité de la réalité visuelle par rapport à celle tangible.
Félix Giraud-Teulon examine les illusions liées à une convergence imparfaite, et Léon Vignes souligne sa présence fréquente dans les activités quotidiennes. Auguste Laugel, quant à lui, interroge les mécanismes sensoriels permettant de dépasser l'image rétinienne pour percevoir l'espace. Cette notion, étroitement liée à la vision binoculaire et à l'accommodation oculaire, demeure centrale en optique et en neurophysiologie.
Citations sur “convergence visuelle”
André Sainte-Laguë, Le monde des formes (1948)
“ On dit couramment que la convergence de nos regards, plus grande s'il s'agit d'un objet rapproché, plus faible et pratiquement nulle s'il s'agit d'un objet éloigné, nous permet d'apprécier le relief et les distances. ”
Félix Giraud-Teulon,
Physiologie et pathologie fonctionnelle de la vision binoculaire…
(1861)
“ De même un presbyte, pointant son regard au delà, aurait pu voir l'image virtuelle derrière l'image réelle, mobile encore avec les mouvements de la tête. Nous ferons remarquer à cet égard que la convergence inexacte des axes optiques, dans les deux cas dont il s'agit ici, a lieu en sens contraire de celui supposé par le savant anglais; l'illusion qui rapproche et rappetisse les objets naissant d'un croisement des axes en arrière du tableau, celle qui les agrandit ayant lieu par augmentation de la convergence. ”
Léon Vignes, Technique de l'exploration oculaire… (1896)
“ De tous les mouvements associés des yeux, la convergence est assurément celui dont la répétition est de beaucoup la plus fréquente et les efforts les plus soutenus par la nécessité constante où l'homme se trouve, dans les conditions ordinaires de la vie, de porter constamment le regard sur des objets placés à distances variées, mais finies, du point où il se trouve. ”
Auguste Laugel,
L'Oeil et la Vision
“ L’œil s’instruit, il apprend sans cesse, il recueille des trésors toujours nouveaux dans la nature. Nous arrivons ici au problème le plus délicat de la sensation visuelle : l’œil n’apprécie pas seulement les couleurs et les gradations de lumière, il plonge au-dessous du tableau de l’image pour saisir les distances et les formes, il sonde l’espace. Comment cela peut-il se faire? Par quel procédé allons-nous au-delà de l’image rétinienne jusqu’aux choses elles-mêmes qui la produisent? Quel correspondance peut s’établir entre le cerveau et les points lumineux? ”
Hermann von Helmholtz,
Optique physiologique, par H. Helmholtz…
(1867)
“ L'imperfection avec laquelle 'nous jugeons le degré de convergence peut aussi provoquer des illusions dans l'appréciation des formes vues avec les deux yeux, en nous laissant attribuer aux phénomènes visuels une interprétation qui conviendrait à une autre convergence, mais qui n'est pas exacte pour la convergence actuelle. ”
Georges G Paraf, Hygiène et sécurité du travail industriel (1905)
“ Par suite de l'attention soutenue qu'exige le travail, la vue se trouve affaiblie de très bonne heure chez les typographes, et l'emploi constant de couleurs vi ves et superposées amène la modification de la réfraction visuelle chez les lithographes, écrivains et dessinateurs sur pierre. ”
Eugène Guillaume, Revue des Deux Mondes
“ L’air y manque pour dégrader les plans ; la perspective s’y détruit à mesure que le spectateur se meut. Les formes, si elles sont en raccourci, auront la vérité d’un trompe-l’œil vues de face, tandis que, de trois quarts, elles offriront d’affreuses difformités. Le bas-relief, il faut donc le reconnaître, part de l’imitation véritable des formes, tandis que la peinture repose sur les illusions d’optique. ”
Frédéric Paulhan, Revue philosophique de la France et de l’étranger
“ On se représente bien des images visuelles à forme vague et à couleur mal définie, cependant si la forme peut à la rigueur disparaître, ce qui est même difficile à admettre absolument, il faut bien qu’il reste encore quelque couleur et quelque luminosité, autrement je ne sais pas trop pourquoi nous appellerions l’image en question, une image visuelle. ”
Louis-Auguste Clavel, Le corps et l'âme, ou Histoire naturelle de l'espèce humaine (1851)
“ La lumière et la couleur, en devenant pour l'œil un agent d'images et de figures, sont aussi un moyen d'estimer les distances et les dimensions, qui, elles-mêmes, deviennent un moyen d'appréciation du mouvement. ”
Babinet,
Revue des Deux Mondes
“ Tout le monde conçoit en effet que, puisque la vision par les deux yeux nous donne le sentiment du relief, on produirait ce même résultat en introduisant immédiatement dans chaque œil, au moyen de deux peintures différentes et prises de deux points de vue convenables, les mêmes images que reçoit l’œil de l’objet lui-même. ”
Paul Otlet,
Traité de documentation
“ Un œil donné voit avec plus ou moins de netteté, dans des conditions d’éclairage déterminées, suivant l’état où cet éclairage met : a) l’acuité visuelle (l’acuité est dite d’autant plus grande que sont plus voisins les points que l’œil distingue nettement l’un de l’autre) ; b) la sensibilité relative de l’œil, sa facilité d’apprécier les différences d’éclat et de couleur. Comme le regard n’embrasse à la fois qu’un champ extrêmement limité et se déplace donc continuellement, la netteté dépend encore de la rapidité de perception, de la rapidité d’accommodation. ”
D' Alembert, L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Les premieres grossissent l’objet, parce qu’elles rendent les rayons plus convergens qu’ils n’étoient avant que de traverser le verre ; les autres le diminuent, parce qu’elles rendent les rayons moins convergens. Voyez Convergent. Dans le premier cas, l’angle visuel est augmenté par la convergence augmentée des rayons ; dans le second il est diminué par la diminution de cette même convergence : mais ces deux especes de lunettes font voir l’objet plus distinctement qu’à la vûe simple. ”
Ernst Fuchs, Manuel d'ophtalmologie (1897)
“ Nos perceptions visuelles sont de trois espèces : nous voyons de tout objet la forme, la couleur et la clarté. La faculté que possède l'oeil d'apprécier la forme des objets est désignée sous le nom de sens de l'espace, et elle trouve son expression numérique dans l'acuité visuelle; la faculté de distinguer les couleurs constitue le sens chromatique; celle qui lui donne la sensation de la clarté est le sens lumineux. Ces trois facultés appartiennent à la rétine dans toute son étendue, mais à des degrés très variés. ”
Antonie Joseph Wiertz, Oeuvres littéraires (Édition réservée à la France… (1870)
“ Les masses d'ombre et de lumière, les oppositions, la variété, l'éclat, la vérité, l'harmonie, toutes ces qualités ne sont-elles pas dans l'effet général ? Au premier coup d'œil, on juge la couleur d'un tableau; on la juge bonne ou mauvaise, avant l'examen du détail. Au milieu d'une vaste galerie, on saisit, on trouve aussitôt l'œuvre la mieux coloriée. L'effet du premier coup d'œil, c'est l'effet de l'esquisse. ”
Auguste Serre, Recherches sur la vision binoculaire simple et double et sur les conditions physiologiques du relief… (1855)
“ Ce que l'art n'a pas reproduit, la science vient de le réaliser d'une autre manière. Les expériences du savant Anglais exposent à nos yeux émerveillés, dans la fusion des deux images différentes d'un objet, les conditions de saillie qu'offre l'unique original de ces deux images dans toutes les variétés de ses apparences. Ce que chaque œil aperçoit de son point de vue particulier sur le réel, il le retrouve dans la sensation de ses deux images conjuguées, à la faveur de cette sorte de transparence vitale que la peinture matérielle chercherait vainement à imiter. ”
P. Banet-Rivet, Revue des Deux Mondes
“ Mais on ne saurait en dire autant de la distribution des ombres et des pénombres sur le corps éclairé, distribution dont les peintres et les photographes savent tirer un si grand parti ; ici encore, c’est à une longue éducation de l’œil que nous devons de saisir à peu près convenablement la forme intégrale d’un objet, et c’est par suite de cette éducation que certaines projections cinématographiques, surtout pour les parties où le contraste entre la lumière et l’ombre est très accentué, nous donnent, parfois, une si forte sensation de relief. ”
Félix Giraud-Teulon,
Leçons sur le strabisme et la diplopie…
(1863)
“ Un supplément d'expérience va nous montrer ce que devient le principe de la vision unique en présence de l'impuissance où nous venons de mettre le système musculaire de le satisfaire. § 23. — Ce que devient le principe de la vision simple, en présence de doubles images, au delà ou en deçà des limites de la convergence des axes optiques, mais dans le voisinage de cette convergence. Nous sommes toujours en face de l'objet pris pour point de mire, et un prisme de quelques degrés, le sommet dirigé en dehors, crée des images doubles homonymes que nos efforts sont impuissants à fusionner. ”
“ La lumière, et la couleur même, franchissent, en un clin d’œil, des espaces immenses, pénètrent à travers des corps très compacts, tels que le verre, à travers l’eau, et y forment des milliers d’images qui se diversifient à l’infini, enfin, elles s’y réfractent, et s’y réfléchissent. ”
Charles Dupin,
Géométrie et méchanique des arts et métiers et des beaux-arts…
(1828)
“ Ainsi, l'admirable phénomène de la vision s'effectue, chez l'homme et chez la plupart des animaux, au moyen de surfaces coniques tracées dans l'espace et dans notre œil, par les rayons de lumière que répandent, en tout sens, les corps lumineux par eux-mêmes ou par reflet. ”
Nephtali-Théodore Klein, De l'influence de l'éclairage sur l'acuité visuelle (1873)
“ Il n'en est pas ainsi chez l'homme sain, qui non-seulement distingue la lu- � mière des ténèbres,,mais reconnaît" à l'aide de la sensation lumineuse, la présence des objets qui l'entourent, leur forme, leurs dimensions, leur distance, leur structure et leur couleur. Tous ces détails lui sont indiqués par la nature, la direction des rayons lumineux et par leurs différences d'intensité, Plus son œil est puissant, plus il a de facilité à distinguer toutes ces différences et c'est à l'aide de ces différences qu'il obtient la vision nette ou distincte des objets qui l'entourent. ”
Pierre Lagleyze, Du Strabisme, recherches étiologiques… (1913)
“ Le pouvoir d'accommodation est impuissant à produire la formation d'images nettes, même avec une convergence anormale des yeux, et les sujets s'exercent avec plus de profit à se rendre compte des objets à l'aide d'images imparfaites, qu'à corriger ces images par la convergence forcée des lignes visuelles. ”
Eugène Guillaume, Revue des Deux Mondes
“ En effet, reproduire tous les objets qui frappent la vue, les représenter sous leurs aspects innombrables, rendre l’apparence des choses dans le milieu subtil qui les environne ! , tel est le domaine de la peinture : elle s’y établit par la perspective ; elle y produit l’illusion par la couleur. Mais si, en se développant sur une surface plane, elle a cet avantage de réunir à l’unité du point de vue la fixité de l’effet, le bas-relief le plus déprimé dans ses saillies peut être envisagé sous mille aspects et recevoir la lumière suivant les angles les plus divers. ”
Auguste Le Pileur, Le corps humain (3e édition illustrée de 46 vignettes par Léveillé… (1873)
“ Sans doute, il faut distinguer ici ce qui tient à l'appareil visuel et ce qui procède de l'intelligence. L'œil perçoit les teintes que lui offre la nature, dans leur délicatesse et leur variété presque illimitée, l'intelligence les compare et reconnaît les couleurs élémentaires dont elles se composent; l'œil reflèle tour à tour le modèle, la palette et le tableau, l'intelligence saisit les rapports des teintes, et les combine de telle sorte que leur mélange ou leur rapprochement donne un résultat conforme à l'impression première ”
Édouard Colas, Lettre d'un médecin de campagne (1836)
“ C'est avec ces combinaisons que les couleurs parviennent à produire une quantité suffisante d'images pour donner à l'œil la puissance qui le met au premier rang parmi les autres sens- externes. C'est l'œil qui fournit au cerveau les images les plus nombreuses, les plus distinctes, qui les reçoit de l'extérieur à de plus grandes distances, et avec le plus de promptitude. ”
Heinrich Frey, Le Microscope, manuel à l'usage des étudiants… (1867)
“ Une certaine habitude est indispensable pour reconnaître un objectif qui définit bien. Les contours de l'image qu'ils présentent paraissent très-fins et très-vifs; des objets placés les uns à côté des autres et ceux placés les uns au-dessus des autres, occupant le même plan optique, laissent voir distinctement leurs contours, et on s'oriente facilement; toute l'image, ressemblant à une bonne gravure ou à une impression avec des lettres bien accentuées, l'ensemble enfin a quelque chose de net et d'élégant. Il suffit, pour constater l'effet contraire, de recourir à un fort oculaire. ”
Émile Valude, Nouveaux éléments d'ophtalmologie… (1908)
“ Si l'objet est à grande distance, les lignes visuelles sont presque parallèles et leur convergence est minime. S'il est à petite distance, les lignes visuelles sont très obliques et leur convergence est plus grande. Quand il est sur la ligne médiane interoculaire, la convergence est égale pour les deux yeux;.quand l'objet est latéralement placé, la couvergence est inégale, plus faible pour l'oeil correspondant que pour l'oeil opposé. ”
Auguste Laugel,
L'Oeil et la Vision
“ Qu’on étende le bras et qu’on regarde l’ongle du pouce : cette petite surface couvre la partie de l’horizon visuel où les images atteignent le maximum de netteté. En dehors de cet espace si restreint, la vue est indirecte : l’œil voit encore, mais voit sans regarder. La mobilité extrême de l’œil déguise, il est vrai, cette infirmité naturelle, car nous promenons le regard dans toutes les directions; la vision directe suit tous les contours, fouille toutes les profondeurs, scrute sans cesse de nouveaux points et s’empare successivement de toutes les parties d’un objet. ”
Lucrèce,
De la nature des choses
“ Ces simulacres donc, lancés de toutes parts, S’échappent en tout sens dans l’étendue épars. Mais comme on ne peut voir que par les yeux, l’image Se porte où l’œil se tourne et nous frappe au visage. La forme et la couleur, qui figurent l’objet, En désignent aussi la place ; leur trajet Indique la distance entre l’œil et la chose. L’image fend les flots de l’air qui s’interpose ; Il lui faut les pousser, les chasser en avant. Ils roulent, effleurant notre organe ; leur vent Rase d’un vol léger nos prunelles et passe, Et par la pression nous mesure l’espace. ”
Auguste Laugel,
L’Optique et les Arts
“ Il me semble qu’en voici la raison : le propre des objets brillans est de donner aux deux yeux, comme on l’a expliqué dans l’étude sur la vision des images tout à fait dissemblables ; la vue d’un objet brillant éveille donc naturellement la sensation du relief. La saillie chatoyante du cadre prépare les yeux à l’illusion que doit produire l’image du tableau où les profondeurs et les distances sont figurées sur le même plan. ”
Auguste Serre, Recherches sur la vision binoculaire simple et double et sur les conditions physiologiques du relief… (1855)
“ Il a surpris les secrets les plus intimes des phénomènes visuels, en réalisant, à volonté, les conditions du relief, de manière à confondre, dans la même impression, celle de l'original et celle des images différentes qu'il projette sur chaque rétine. r Lorsqu'un objet est vu à une distance telle que les axes optiques soient sensiblement parallèles, les perspectives que l'on en prend séparément avec chaque œil sont identiques : l'aspect qu'il présente est donc exactement le même que si on ne le regardait qu'avec un seul œil. ”
Léonard de Vinci,
Traité élémentaire de la peinture
“ Pourquoi les visages vus de loin paroissent obscurs. Les choses visibles qui servent d’objet aux yeux, n’y font impression que par les images qu’elles envoient ; ces images ne sont autre chose que les rayons de lumière : ces rayons partent du contour et de toutes les parties de l’objet, et passent au travers de l’air ; ils aboutissent à la prunelle de l’œil, et y forment un angle en se rencontrant ”
Frédéric Auguste Antoine Goupil, Géométrie populaire artistique et dessin linéaire familier… (1859)
“ L'œil saisit l'impression des lignes plus rapidement que celle des points , des points espacés présentent plusieurs impressions séparées; s'ils sont très- espacés ils exigent par leur dispersion moins de concentration visuelle, ce qui explique pourquoi, pour tracer correctement à vue d'œil des lignes un peu étendues, il faut pour les exécuter comme elles doivent être conçues s'éloigner suffisamment. ”
Amédée Guillemin,
Le ciel : notions d'astronomie à l'usage des gens du monde et de la jeunesse
(1866)
“ Seulement, plus le grossissement est considérable, plus l'image formée au foyer de l'objectif éparpille, pour ainsi dire, sur un grand espace, les rayons lumineux qui la forment; moins la clarté est grande, plus la netteté de l'image est compromise. ”
Charles Nicolas Alexandre Haldat Du Lys, Recherches expérimentales sur le mécanisme de la vision… (1842)
“ On choisit préférablement une perspective de bâtiments, une galerie éclairée, et, s'il se peut, se détachant sur un fond de ciel. Tout étant ainsi disposé, on reconnaît la situation et la figure de l'image à la loupe; alors on dirige l'axe de la lunette vers cette image, on l'amène au foyer, et l'on invite la personne en expérience, à porter l'œil alternativement vers des objets-voisins et vers des objets éloignés placés dans la même direction; comparant alors l'image amplifiée dans ces deux cas, on juge ainsi de la constance dans la convexité de la cornée. On le fait sans crainte d'erreur ”
