Langue russe

Définition et enjeux

Charles de Saint-Julien Revue des Deux Mondes

Si la langue russe a gardé l’unité de son caractère primitif, si elle ne se divise pas en deux branches, l’une vulgaire et commune pour le peuple, l’autre délicate et recherchée pour le monde, ce fait nous en expliquera un autre, c’est-à-dire pourquoi, lorsque la civilisation européenne fut venue donner des idées comme des modes nouvelles à la Russie, le riche idiome qui lui avait suffi jusque-là ne lui suffit plus.
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Portrait de Prosper Mérimée Prosper Mérimée Portraits historiques et littéraires

Riche, sonore, accentuée, abondante en onomatopées, habile à exprimer les nuances les plus délicates et les plus subtiles, douée, comme le grec, d’un pouvoir de composition presque sans bornes, la langue russe semble faite pour la poésie. La rime, importation étrangère, et certainement inutile dans un idiome où chaque mot a un rhythme très-marqué, et chez un peuple qui chante en quelque sorte en parlant, la rime est toujours facile en russe, et grâce à l’accent prosodique avec lequel elle se combine, elle ne prend jamais une importance exagérée.
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Portrait de Anatole Leroy-Beaulieu Anatole Leroy-Beaulieu L’Empire des tsars et les Russes

Les critiques russes l’ont mis en doute. Plusieurs, et non des moindres, ont rendu le slavon d’Église responsable du tardif développement de la langue russe. Ils ont accusé la langue liturgique d’avoir étouffé l’idiome parlé, et tué dans son germe toute littérature nationale populaire [6] . Plus grande était la ressemblance entre elles, plus il était difficile à la langue vulgaire de s’émanciper de la solennelle langue de l’Église. Moins voisines, elles eussent eu moins de peine à se séparer. Étroitement enchaînée à une langue morte, la langue vivante ne pouvait se former et croître librement.
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