“ Iphicrate marchait vers la Thrace, forcé par la nature des lieux d’étendre son armée en longueur, lorsqu’il apprit que l’ennemi avait dessein d’attaquer son arrière-garde. Il ordonna à ses cohortes d’ouvrir leurs rangs en appuyant de chaque côté du chemin, et de s’arrêter ; et aux autres troupes, de hâter le pas comme dans une fuite. À mesure qu’elles défilaient devant lui, il retenait les hommes d’élite ; et quand il vit les ennemis pêle-mêle, échauffés au pillage, et déjà fatigués, il fondit sur eux avec ses soldats reposés et en bon ordre, les tailla en pièces, et leur enleva le butin. ”
Frontin
Élements biographiques
Frontin (0030-0103) a publié des œuvres comme Les Stratagèmes. Ses écrits évoquent Romains, Annibal ou les troupes.
Citations de Frontin
“ Périclès, général athénien, poussé par les troupes du Péloponnèse dans un lieu entouré de rochers escarpés qui n’offraient que deux issues, coupa l’une par un fossé très-large, comme pour la fermer à l’ennemi, et étendit son camp vers l’autre, feignant de vouloir sortir de ce côté. Les troupes qui le tenaient investi, loin de croire que son armée s’échapperait par le fossé qu’elle avait creusé elle-même, accoururent toutes en tête de l’autre passage. Alors Périclès, qui avait préparé des ponts, les jeta sur le fossé, et fit sortir ses soldats sans éprouver aucune résistance. ”
“ Pompée, faisant la guerre en Albanie, et voyant que l’avantage de l’ennemi était dans une cavalerie innombrable, embusqua son infanterie dans un lieu étroit, près d’une colline, et voulut qu’elle couvrît ses armes, dont l’éclat pouvait la trahir. Ensuite il fit avancer sa cavalerie dans la plaine, comme si elle était suivie du reste de l’armée, avec ordre de faire retraite dès la première attaque de l’ennemi, et de se ranger aux deux ailes lorsqu’on arriverait près de l’infanterie mise en embuscade. ”
“ L’art de cacher ses entreprises et de découvrir celles de l’ennemi, de choisir et de disputer les postes, de dresser des embûches et d’y échapper, d’apaiser les séditions et d’enflammer le courage, de se ménager les avantages du temps et du lieu, de ranger les troupes en bataille et de déconcerter les dispositions prises par son adversaire, de dissimuler ses propres revers et de les réparer ”
“ Papirius Cursor le fils, étant consul, et combattant les Samnites, dont la résistance opiniâtre rendait la victoire incertaine, chargea, à l’insu de ses soldats, Spurius Nautius de conduire sur une colline qui regardait le flanc de la bataille, quelques cavaliers auxiliaires, et des valets d’armée montés sur des mulets, puis de les en faire descendre à grand bruit, et en traînant par terre des branches d’arbres. Aussitôt que ce détachement fut en vue, Papirius cria à ses troupes que son collègue arrivait victorieux, et qu’elles devaient, de leur côté, conquérir la gloire du présent combat. ”
“ Le même roi recommande, dans les préceptes de stratégie qu’il a laissés, de ne pas presser à outrance un ennemi qui est en fuite, non-seulement de peur que la nécessité ne le force à rétablir le combat et à se défendre avec plus de courage, mais encore pour qu’il plie une autre fois plus volontiers, sachant que le vainqueur ne s’attachera pas à le poursuivre jusqu’à entière destruction. ”
“ Agésilas, ayant établi son camp près d’Orchomène, ville alliée de Lacédémone, et apprenant que la plupart de ses soldats allaient déposer dans cette place ce qu’ils avaient de plus précieux, défendit aux habitants de rien recevoir de ce qui appartenait à son armée : il pensait que le soldat combattrait avec plus d’ardeur, quand il se verrait dans la nécessité de défendre tout ce qu’il possédait. ”
“ Si l’on a été heureux, il faut terminer la guerre. 1. C. Marius, ayant vaincu les Teutons, profita de la nuit, qui avait mis fin au combat, pour entourer le reste de leur armée ; et, au moyen d’un petit nombre de soldats, qui poussaient des cris de temps en temps, il tint ces barbares dans l’épouvante, et les priva de sommeil et de repos, ce qui lui rendit pour le lendemain la victoire plus facile. 2. Claudius Néron, vainqueur des Carthaginois qui avaient passé d’Espagne en Italie sous la conduite d’Asdrubal, fit jeter la tête de celui-ci dans le camp d’Annibal. ”
“ En ce qui regarde la conduite et la distribution de l’eau, on a adopté le nom de module pour désigner la mesure des tuyaux. Comme on le verra plus loin, il y a une échelle de modules qui a eu pour base, soit le doigt, soit l’once, soit le quinaire (Voyez §§ 24 et 25) . On a confondu quelquefois d’une manière absolue le module avec le tuyau, et c’est à tort, car le premier est la mesure de l’orifice du second ; si on les identifie quelquefois dans le langage de la pratique, il faut au fond maintenir la distinction. C’est au moyen du calice (Voyez § 36) que la mesure est déterminée. ”
“ Empêché par l’ennemi de traverser l’Indus, Alexandre fit entrer sa cavalerie en différents endroits du fleuve, comme pour forcer le passage ; et pendant qu’il tenait les barbares dans cette attente, il fit passer dans une île peu éloignée un détachement faible d’abord, mais qui, bientôt renforcé, gagna de là l’autre rive. À la vue de cette troupe, tous les ennemis s’élancèrent à la fois pour l’anéantir ; Alexandre eut alors le gué libre, passa le fleuve, et réunit toute son armée. ”
“ Alexandre, roi de Macédoine, voyant que les ennemis étaient campés dans un bois situé sur une hauteur, partagea ses troupes en deux corps, ordonna à celui qu’il laissait au camp d’allumer autant de feux qu’à l’ordinaire, pour faire croire à la présence de l’armée entière ; et, conduisant lui-même l’autre corps par des chemins détournés, il alla fondre d’un lieu plus élevé sur l’ennemi, et le débusqua. ”
“ Timothée, général athénien, étant près d’en venir aux mains avec les Lacédémoniens, dont la flotte, rangée en bataille, s’avançait contre lui, envoya en avant vingt de ses plus légers vaisseaux, pour harceler l’ennemi par toutes sortes de ruses et de manœuvres ; et, aussitôt qu’il s’aperçut que les mouvements de l’ennemi se ralentissaient, il aborda et défit aisément cette flotte déjà fatiguée. VI. Laisser fuir l’ennemi, de peur que, se voyant enfermé, il ne rétablisse le combat par désespoir. ”
“ En Espagne, Sertorius, ayant établi son camp près de Lauron, en face de celui de Pompée, et voyant qu’on ne pouvait aller au fourrage dans deux cantons, l’un voisin, l’autre éloigné des camps, voulut que ses troupes légères fissent de continuelles incursions dans le premier, et que pas un homme armé ne parût dans l’autre, jusqu’à ce que l’ennemi fût convaincu que le lieu le plus éloigné était le plus sûr. ”
“ Guidés par le Ligurien, ils s’aident, pour monter, de courroies et de clous, parviennent au château du côté opposé à l’attaque, où pour cela même ils ne trouvent pas de résistance, et se mettent à sonner de la trompette et à faire un grand bruit, selon l’ordre qu’ils ont reçu. À ce signal, Marius encourage ses troupes, et presse plus vivement les assiégés. Ceux-ci étant rappelés de l’autre côté de la place par une multitude intimidée qui la croit déjà prise par derrière, les Romains s’élancent à leur poursuite, et s’emparent du château. ”
“ M. Furius Camillus, tribun des soldats avec puissance de consul, voyant l’hésitation de son armée en présence des Volsques et des Latins, saisit par la main un porte-enseigne, et l’entraîna vers l’ennemi ; la honte força les autres à le suivre. 6. M. Furius s’élança au-devant de ses soldats qui fuyaient, et leur déclara qu’aucun ne rentrerait dans le camp que victorieux. Les ayant ainsi ramenés au combat, il remporta la victoire. 7. Scipion, voyant ses troupes prendre la fuite près de Numance, leur annonça qu’il traiterait en ennemi tout soldat qu’il trouverait rentré au camp. ”
“ Mais, comme l’ennemi se présentait aussi constamment dans ce même ordre de bataille, Scipion, le jour où il avait résolu d’en venir aux mains, changea cette disposition en plaçant aux ailes ses plus vaillants soldats, c’est-à-dire les légionnaires, et au centre ses troupes légères, qu’il retint en arrière des autres. Ainsi disposées en forme de croissant, les ailes, où étaient ses principales forces, attaquèrent l’armée ennemie par les parties les plus faibles, et la mirent facilement en déroute. ”
“ VI. Ruiner les garnisons ennemies. 1. Lorsque Annibal eut repassé en Afrique, Scipion, sachant que plusieurs villes, dont ses plans exigeaient qu’il se rendît maître, étaient défendues par de fortes garnisons, envoyait de temps en temps quelques troupes pour les inquiéter. Il se présenta enfin lui-même comme pour les enlever de vive force ; puis il feignit d’avoir peur, et fit un mouvement de retraite. Annibal, persuadé que son ennemi avait réellement pris l’épouvante, appela de toutes parts les garnisons, afin d’engager une affaire décisive, et se mit à sa poursuite. ”
“ Ces troupes, qui ne pouvaient prendre la fuite parce que les Carthaginois se tenaient derrière elles, devaient, sinon faire éprouver des pertes aux ennemis, du moins les harceler. Les Carthaginois formaient la seconde ligne, pour tomber, encore frais, sur les Romains déjà fatigués. En dernier lieu venaient les Italiens, dont Annibal suspectait la fidélité et le courage, attendu que la plupart avaient été amenés malgré eux de leur pays. À cette ordonnance de bataille, Scipion opposa ses formidables légions, qu’il rangea sur trois lignes, hastats, princes et triaires ”
“ Être lu, être consulté avec profit au point de vue pratique des sciences qui ont occupé sa vie, c’est toute la gloire qu’il ambitionne : il le déclare lui-même. Ce qui le recommande surtout, c’est la netteté de ses idées, et l’ordre méthodique auquel il sait les plier toutes. Ainsi, pour commencer par ses Stratagèmes, l’antiquité ne nous a légué aucun monument plus logique dans son ensemble. Recueillir dans l’histoire un nombre aussi prodigieux de faits ; les réunir selon leurs analogies, et les séparer par leurs différences, abstraction faite des personnages, des temps et des lieux ”
“ Agésilas, roi de Lacédémone, allant faire la guerre à Tissapherne, feignit de se diriger sur la Carie, comme devant combattre avec plus de succès dans ce pays montueux, contre un ennemi qui lui était supérieur en cavalerie. Cette démonstration ayant fait passer Tissapherne lui-même en Carie, Agésilas fit irruption en Lydie, où était la capitale du royaume ; et, prenant au dépourvu les habitants, il s’empara des trésors du roi. ”
“ Le même général, ayant envoyé ses auxiliaires dans un lieu où ils furent cernés par l’ennemi, et tués, craignit que cette perte ne jetât l’épouvante dans toute son armée. Il annonça que ces troupes avaient médité une trahison, et que, pour ce motif, il leur avait assigné une position désavantageuse. En faisant ainsi passer une perte évidente pour un châtiment, il donna du courage à ses soldats. ”
“ C. César, suspectant la fidélité des Égyptiens, visita avec une feinte sécurité la ville d’Alexandrie et ses fortifications, se livra en même temps à de voluptueux festins, et voulut paraître épris des charmes de ces lieux, au point de s’abandonner aux habitudes et au genre de vie des Alexandrins ; et, tout en dissimulant ainsi, il fit venir des renforts et s’assura de l’Égypte. ”
“ Il partagea en deux corps sa cavalerie, et chargea L. Quinctius d’en opposer une partie à Spartacus, pour le tenir en échec, puis de provoquer, avec le reste, les Gaulois et les Germains, commandés par Castus et Gannicus, afin de les attirer, par une fuite simulée, jusqu’à l’endroit où il se tenait lui-même avec son armée rangée en bataille. Aussitôt qu’elle se vit chargée par les barbares, la cavalerie se retira vers les deux ailes, et tout à coup l’infanterie romaine, mise à découvert, s’élança en poussant de grands cris. ”
“ Thrasybule, général des Milésiens, voyant ses troupes fatiguées du long siége qu’elles soutenaient contre Alyatte, qui espérait les réduire par famine, ordonna que tout le blé de la ville fût apporté sur la place publique avant l’arrivée des députés lydiens qu’il attendait, et fit préparer pour le même temps des festins chez tous les citoyens. En montrant ainsi la ville en fête, il fit croire à l’ennemi qu’il lui restait assez de vivres pour soutenir longtemps encore le siége. ”
“ Himilcon, général carthaginois, faisant le siége d’Agrigente, mit en embuscade, non loin de la place, une partie de ses troupes, avec ordre, lorsque les assiégés se seraient éloignés dans la campagne, d’allumer des feux avec du bois mouillé ; ensuite, s’étant lui-même avancé, dès le point du jour, à la tête du reste de son armée, pour attirer les ennemis au combat, il feignit de lâcher pied, et les entraîna au loin à sa poursuite. Ceux de l’embuscade mirent le feu à des monceaux de bois en avant des murailles, comme ils en avaient reçu l’ordre ”
“ Philippe, roi de Macédoine, faisant la guerre aux Illyriens, et s’étant aperçu qu’ils avaient réuni leurs meilleurs soldats au centre de leur armée, et que les ailes étaient plus faibles, plaça à sa droite l’élite de ses troupes, fondit sur l’aile gauche des ennemis, jeta le désordre dans toute leur armée, et remporta la victoire. ”
“ La cavalerie romaine ne pouvant nullement tenir tête à celle des Campaniens, Q. Névius, centurion de l’armée du proconsul Fulvius Flaccus, imagina de choisir dans toutes les troupes les soldats de petite taille qui paraissaient les plus agiles, de les armer de boucliers courts, de casques légers, d’épées, et de sept javelots javelots longs de quatre pieds environ, de les mettre en croupe derrière les cavaliers, et de les faire avancer jusqu’aux murailles, où, mettant pied à terre, ils devaient combattre la cavalerie ennemie. ”
“ Philippe, assiégeant une ville maritime, fit joindre ensemble deux vaisseaux que l’on couvrit de madriers, et sur lesquels on construisit des tours hors de la vue des assiégés ; puis il livra par terre une attaque avec d’autres tours. Pendant qu’il tenait l’ennemi en échec de ce côté des remparts, de l’autre approchaient les deux vaisseaux, et par là, ne trouvant pas de résistance, il pénétra dans la ville. ”
“ Lucullus, ayant en tête Mithridate et Tigrane, près de Tigranocerte, dans la Grande Arménie, ne comptait pas plus de quinze mille combattants dans son armée, tandis que les troupes ennemies étaient innombrables, mais, par cela même, difficiles à faire manœuvrer. Profitant de cet inconvénient, Lucullus les attaqua avant qu’elles fussent rangées en bataille, et les mit si promptement en déroute, que les deux rois eux-mêmes prirent la fuite, après s’être dépouillés de leurs insignes. ”
“ Poleni, Spon lui-même, n’osent rien en affirmer ; Facciolati fait observer que les Romains n’ont commencé à porter de la barbe que sous Adrien ; enfin, bien que Gronovius ait foi en cette médaille, Oudendorp, qui la reproduit, comme ornement, au frontispice de son édition des Stratagèmes, pense que cette tête est celle de Jupiter, ou d’Hercule, mais non celle de Frontin ; et il déclare que telle est l’opinion des plus célèbres numismates. Si l’on veut apprécier à leur valeur les ouvrages de Frontin, il faut se pénétrer de l’idée qu’il n’a nullement songé à se créer une réputation d’écrivain. ”
“ Dans la guerre des Samnites, le consul M. Atilius opposa des troupes à ceux de ses soldats qui abandonnaient le champ de bataille pour se réfugier dans le camp, et déclara à ceux-ci qu’ils avaient à combattre contre lui-même et les bons citoyens, ou contre l’ennemi. Par ce moyen il les ramena tous au combat. ”
“ Alcibiade, général athénien, voulant prendre la ville de Cyzique, s’en approcha pendant la nuit à l’improviste, et fit sonner la charge du côté opposé à celui qu’il allait attaquer. Les assiégés pouvaient suffire à la défense de leurs remparts ; mais, comme tous se portèrent vers le lieu où ils croyaient qu’on donnait l’assaut, Alcibiade franchit les murailles sur un point qui ne lui offrait pas de résistance. ”
