“ Iphicrate marchait vers la Thrace, forcé par la nature des lieux d’étendre son armée en longueur, lorsqu’il apprit que l’ennemi avait dessein d’attaquer son arrière-garde. Il ordonna à ses cohortes d’ouvrir leurs rangs en appuyant de chaque côté du chemin, et de s’arrêter ; et aux autres troupes, de hâter le pas comme dans une fuite. À mesure qu’elles défilaient devant lui, il retenait les hommes d’élite ; et quand il vit les ennemis pêle-mêle, échauffés au pillage, et déjà fatigués, il fondit sur eux avec ses soldats reposés et en bon ordre, les tailla en pièces, et leur enleva le butin. ”
Frontin
Résumé
"Les Stratagèmes" de Frontin, rédigé au Ier siècle apr. J.-C., est un traité militaire qui rassemble plus de cinq cents exemples de ruses tirés de l'histoire grecque et romaine, destinés aux généraux. Structuré en quatre livres (dont l'authenticité du quatrième est contestée), il combine l'expérience personnelle de l'auteur, ancien général sous Domitien, et des références à des auteurs antérieurs comme Livie.
Les thèmes centraux — tactiques de combat, manœuvres de troupes, gestion des ressources et psychologie de l'adversaire — sont illustrés par des épisodes célèbres, comme la ruse d'Iphicrate en Thrace ou la ruse de Périclès face aux troupes du Péloponnèse. Ce texte, traduit dès le Moyen Âge, reste un témoignage fondamental de la pensée militaire antique.
Citations de Les Stratagèmes (Frontin)
“ Périclès, général athénien, poussé par les troupes du Péloponnèse dans un lieu entouré de rochers escarpés qui n’offraient que deux issues, coupa l’une par un fossé très-large, comme pour la fermer à l’ennemi, et étendit son camp vers l’autre, feignant de vouloir sortir de ce côté. Les troupes qui le tenaient investi, loin de croire que son armée s’échapperait par le fossé qu’elle avait creusé elle-même, accoururent toutes en tête de l’autre passage. Alors Périclès, qui avait préparé des ponts, les jeta sur le fossé, et fit sortir ses soldats sans éprouver aucune résistance. ”
“ Pompée, faisant la guerre en Albanie, et voyant que l’avantage de l’ennemi était dans une cavalerie innombrable, embusqua son infanterie dans un lieu étroit, près d’une colline, et voulut qu’elle couvrît ses armes, dont l’éclat pouvait la trahir. Ensuite il fit avancer sa cavalerie dans la plaine, comme si elle était suivie du reste de l’armée, avec ordre de faire retraite dès la première attaque de l’ennemi, et de se ranger aux deux ailes lorsqu’on arriverait près de l’infanterie mise en embuscade. ”
