“ Jeune, brillant, doué d’un esprit fin, d’une parole facile, M. de Metternich passait pour un homme à bonnes fortunes. On se l’arrachait à la cour ; les dames de l’intimité impériale, et les princesses même, sœurs de Napoléon, n’étaient pas tout-à-fait indifférentes aux hommages du noble ambassadeur d’Autriche. Dirai-je une de ces mille aventures qui retentirent alors dans les salons de Paris ? Napoléon avait pris en grand goût les bals masqués ; il en commandait partout : chez le grave archi-chancelier, à l’opéra et même chez le ministre de la police. ”
M. P.
Élements biographiques
M. P. a publié des œuvres comme Revue des Deux Mondes. Ses écrits évoquent la France, l'Europe ou Metternich.
Citations de M. P.
“ On l’improvise ministre des sept jours ; il accourt tout haletant pour saisir le pouvoir, et le pouvoir lui échappe au moment même de son arrivée. On l’annonce comme grand orateur : il paraît à la tribune ; mais ce n’est pas l’éloquence claire, positive du parlement. Sa phrase est vide et sonore. M. Sauzet ne sait pas assez les affaires. Il y a en lui de l’avocat et du rhéteur tout à la fois, de l’avocat sans la science et l’érudition piquante de M. Dupin, du rhéteur sans la phrase élégante et achevée de M. Villemain. Je crois la carrière de M. Sauzet finie pour un ministère. ”
“ Et si l’on demande maintenant quel doit être le résultat de cette confédération, nous répondrons qu’il est à craindre pour l’Autriche que la Prusse ne prenne successivement et de plus en plus une importance allemande. La Prusse est trop singulièrement construite pour qu’elle ne cherche pas à s’étendre et à s’agglomérer. Elle le fera, ou matériellement par la conquête, ou moralement ; et c’est avec grande raison que M. de Metternich porte toute sa sollicitude vers le midi de l’Europe : c’est là que l’Autriche doit trouver une indemnité pour la perte de son influence dans l’Allemagne centrale. ”
“ L’administration de M. de Metternich paraît préoccupée de ce sentiment profondément éprouvé, que si la liberté civile est nécessaire à tous, la liberté politique n’est bonne qu’à quelques-uns, en tant qu’elle ne blesse point l’esprit et la durée des gouvernemens. Protection à l’intelligence, mais à l’intelligence sérieuse, qui ne s’évapore pas en pamphlets ; le progrès sans doute, mais le progrès sans turbulence. La maison d’Autriche a peur du bruit, elle craint qu’on parle d’elle, elle ne vise ni à l’éclat ni à la liberté bruyante ”
“ La fin de la vie d’Alexandre est remplie de cette préoccupation ; la sainte cause de la Grèce lui pèse comme un remords ; il en porte la douleur empreinte sur sa physionomie maladive ; mais que faire ? MM. de Nesselrode et de Metternich se sont emparés de son ame, ils l’ont livrée à mille terreurs ; désormais le libéralisme lui fait peur ; on lui présente comme un spectre menaçant les sociétés secrètes de son empire ; il ne comprend pas que le meilleur moyen d’occuper l’effervescence des Russes serait de les jeter sur la Turquie pour aider à la délivrance de la Grèce. ”
“ La pairie voit dans le ministère un point d’arrêt contre le mouvement de juillet ; les députés n’ont point en haine ce mouvement, mais ils en ont peur. La chambre haute voudrait une aristocratie, coûte que coûte, avec le trône de juillet comme avec la restauration ; la chambre basse, une démocratie, mais une démocratie toute bénévole, des libertés à l’eau tiède, comme a dit spirituellement un membre du parlement anglais. Le ministère profite de cette différence d’esprit dans les deux chambres ; et quand l’une adopte un principe qui le gêne, il est toujours sûr de le faire rejeter par l’autre. ”
“ M. Pozzo di Borgo arriva, le gouvernement provisoire l’avait averti. Il arrêta, et cette fois sans retour, le noble mouvement de son souverain. — La régence, s’écria-t-il, c’était toujours Napoléon ! et la France n’en voulait plus. Lui dicter une paix si dure qu’elle fût, c’était s’exposer à une reprise d’armes. Si l’Europe tenait au repos, il fallait en finir avec le régime impérial ; il fallait abattre l’empereur. — Le général demeura deux heures près du czar, il ne le quitta pas qu’il n’eût obtenu de lui la promesse qu’on ne traiterait plus avec l’empereur ni avec sa famille. ”
“ Il semblait que chacune des parties voulait gagner du temps, et que toutes se mettaient en mesure de recommencer les batailles. L’Autriche elle-même prenait ses précautions, et dans l’impossibilité d’obtenir le traité qu’elle imposait à la France, elle s’associait au congrès militaire de Trachenberg, où le prince royal de Suède, Bernadotte, traçait le vaste plan de campagne des alliés. Là, la Russie et la Prusse accueillaient toutes les propositions de M. de Metternich sans difficultés ; on sentait l’importance d’obtenir la coopération de l’armée autrichienne ; aucun sacrifice n’était épargné. ”
“ Le tiers-parti appelle une forte répression, l’unité gouvernementale, l’ordre public, la paix au dehors, et avec cela il proclame tout ce qui n’est ni l’ordre au dedans, ni la paix à l’extérieur ; il a un faible pour la propagande, un instinct pour la révolution ; il n’a point de systèmes, mais des peurs. Ce n’est pas qu’il ne compte dans son sein des hommes véritablement distingués : qui peut contester à M. Dupin une verve remarquable, une érudition vaste, une puissance de moquerie et de sarcasme éminente ? ”
“ Un ministre jeune, ardent, sans expérience, se serait précipité peut-être dans la guerre. Ce fut un grand bonheur pour les amis de la paix en Europe qu’il y eût en Prusse un roi sage et tempéré par l’âge, et en Autriche un ministre qui avait vu tant d’orages sans en être effrayé. Un des traits saillans du caractère de M. de Metternich, c’est de n’être prévenu d’avance ni contre un homme, ni contre un évènement, de sorte qu’il les juge tous avec une certaine supériorité. Il attendit donc la révolution l’arme au bras ”
“ La Prusse devait se rapprocher de la Russie, et s’éloigner de l’Autriche dans la question de la Saxe et de la suprématie allemande ; l’Angleterre s’opposer à la Russie en ce qui concernait la Pologne ; et la France, quoique si fortement secouée par une récente invasion et le changement de dynastie, devait chercher, dans un rapprochement avec l’Autriche et l’Angleterre, à reprendre quelque crédit sur le continent, soit en ce qui touchait la Saxe, soit pour la question polonaise. Il faut rendre cette justice à Louis xviii et à M. de Talleyrand, qu’ils comprirent parfaitement cette situation. ”
“ POZZO DI BORGO. Si, par une belle nuit de septembre, vous prenez à Toulon le bateau à vapeur qui fait le voyage de Corse, après un trajet de dix-huit heures, durant lequel la Méditerranée vous a doucement bercé sur son flot d’azur, vous arrivez dans la baie d’Ajaccio. Là, au fond, sur la plage de sable, s’élève la capitale de l’île. On la reconnaît de loin à ses maisons blanches, qui réfléchissent joyeusement le beau soleil du midi. La grande nappe d’eau qui la baigne est pour elle un miroir toujours pur. ”
“ Alors, au contraire, c’étaient l’Autriche et la Prusse, grandes puissances prépondérantes, qui devaient absorber toute l’influence, et régner, par un protectorat plus ou moins direct, sur l’ensemble de la confédération, la Prusse au nord, et l’Autriche au midi. Il fallait, lorsque la patrie allemande serait menacée, que toutes les populations pussent être appelées sous les armes et servir communément avec la Prusse et l’Autriche. L’unité allemande était donc ici établie comme barrière contre la Russie et la France, et s’opposant également aux invasions de l’une et de l’autre. ”
“ Le péril pour la maison d’Autriche ne viendrait plus de la France, mais de la Russie : on avait appris aux Russes le chemin du midi de l’Europe, ils s’en souviendraient. La France, avec une certaine constitution de forces, une certaine étendue territoriale, était nécessaire à l’équilibre européen. L’Autriche débarrassée de ses dangers en Allemagne, en Italie, pouvait sans crainte prêter aide et secours à l’empire français menacé, et c’est sans doute cette considération qui favorisa l’ouverture des négociations avec M. de Saint-Aignan au commencement de 1814. ”
“ M. de Metternich vient de perdre François ii, cet empereur qui était associé à toutes ses pensées sur la maison d’Autriche, prince modeste, et qui s’abandonnait de confiance au premier ministre de son cabinet. L’empereur Ferdinand, qui lui succède, a vécu dans un monde trop à part, pour qu’il puisse apprécier les services et comprendre la portée d’un système ; mais il est plus timide encore que son père. Sans avoir la vieille affection de François ii pour M. de Metternich, il s’est habitué à le voir à la tête des affaires, à le craindre même dans ses résolutions. ”
“ Dans ce conflit violent, les états de l’Union gardèrent la neutralité. C’était une position magnifique, La France et l’Angleterre avaient besoin mutuellement de leurs produits et elles ne pouvaient les échanger, puisqu’elles couraient l’une sur l’autre, puisque sur l’espace de deux mille lieues leurs flottes se croisaient, leurs corsaires arboraient leur pavillon et désolaient le commerce des deux pays. Les Américains s’offraient comme des intermédiaires, comme des courtiers, pour me servir de l’expression du temps, entre les deux peuples ennemis. ”
“ L’Autriche parut à peine en ligne sur les bords du Rhin, où elle eut à combattre Rapp et Lecourbe ; ses armées se répandirent dans le midi de la France ; elles occupèrent la Provence, le Languedoc jusqu’à l’Auvergne ; leurs têtes de colonnes étaient à Lyon et à Dijon. Dans le fatal traité de Paris, l’Autriche et la Prusse se concertèrent pour représenter les intérêts allemands. Jamais ces intérêts ne s’étaient montrés plus hostiles à la nation française. Les efforts gigantesques que l’Europe avait faits contre Napoléon avaient profondément irrité les populations germaniques ”
“ Quand notre gouvernement traite, et qu’il s’engage à des subsides, c’est qu’il est tellement assuré de la majorité du parlement, qu’il peut répondre d’avance de l’obtenir pour la convention qu’il signe. C’est là sa force vis-à-vis de l’étranger ; on ne voit pas alors le scandale d’une signature donnée en vain au but d’un acte diplomatique ; la parole du cabinet est sacrée, et lorsque le cabinet ne peut la tenir, il se retire et proteste ainsi de sa ferme conviction dans la justice et l’équité du traité dont il demande les moyens d’exécution. ”
“ D’ailleurs le prince de Metternich s’identifiant à la dette publique et à l’aristocratie, est tellement inhérent à l’œuvre de la monarchie autrichienne, qu’une révolution complète pourrait seule le renverser de son poste éminent. Cette révolution ne serait pas seulement dans les hommes, mais encore dans les choses, et l’esprit pacifique et conservateur du gouvernement autrichien s’y oppose. Ce n’est pas à Vienne que l’on aime à tenter les expériences et les épreuves. ”
“ La vie intime de M. de Metternich a été traversée par plus d’un malheur domestique ; le deuil a frappé sa maison ; les distractions d’un monde agité n’ont pu toujours consoler sa douleur. Affable dans la vie privée, il aime à se reposer des fatigues de son vaste ministère. Un homme d’esprit a remarqué qu’il passait une grande partie de sa vie en conversations. C’est le faible des hommes qui ont tant vu, de faire de l’histoire dans ces causeries de coin du feu, recueillies avec avidité. Et qui n’a entendu M. de Talleyrand ? ”
“ Selon l’habile tactique conseillée dès long-temps par Bernadotte et Pozzo di Borgo, la coalition s’appliqua dès cet instant à séparer Napoléon de la France ; c’était à ce but que tendaient toutes les proclamations de Schwartzemberg et de tous les corps d’armée qui passèrent le Rhin. Il n’en coûtait rien de promettre l’intégralité du territoire et une constitution indépendante de l’empereur ; on l’isolait ainsi de plus en plus ; on appelait au secours de l’alliance tous les mécontentemens sans s’engager avec aucun. ”
“ M. de Talleyrand put s’en convaincre dès les préliminaires du traité de Paris. Le czar avait de profonds griefs contre l’ancien plénipotentiaire de Vienne, il ne voulut entendre parler d’aucune négociation conduite par ce premier ministre ; la médiation d’Alexandre était pourtant bien nécessaire à nos intérêts dans la discussion du traité de paix. L’Angleterre, la Prusse et l’Allemagne, montraient des exigences exorbitantes ; elles voulaient exploiter sans pitié leur victoire et nous dépouiller à l’envi. ”
“ L’appui lointain de l’Angleterre lui fut insuffisant. Ce n’était pas assez de quelques régimens tirés de Gibraltar pour contenir la population des villes dévouées à la France, alors puissante et victorieuse, qui, par sa proximité, menaçait incessamment le frêle pouvoir de Paoli. Une crise était imminente. Les trois couleurs allaient être arborées à Ajaccio. Pozzo di Borgo n’attendit pas le jour où il les verrait flotter. Il s’embarqua avec les Anglais. Leur escadre quitta les parages de la Corse, emmenant avec elle tous les débris du gouvernement déchu. ”
“ Ce que voulait la nation russe, c’était la réunion de la Pologne. Sans partager sur ce point tous les préjugés des vieux Moscovites, le chancelier d’état était d’avis que cette nationalité divisée, que ce gouvernement double et simultané nuisait à l’unité politique et administrative de la Russie. C’est un fait remarquable que cet ensemble d’administrations diverses qui constituent le vaste empire russe, et qui toutes correspondent à un centre commun sous la main de l’empereur. Le cabinet de Saint-Pétersbourg commande à mille peuples divers : Tartares, Mahométans, Polonais, Cosaques. ”
“ Ainsi, pour bien résumer la majorité ministérielle, elle compte d’abord les bancs purement doctrinaires, liés de principes, hommes honorables parce qu’ils votent de conviction, et qu’au-dessus de leur ministérialisme domine un sentiment élevé d’harmonie sociale et d’ordre, reposant peut-être sur des bases illusoires, mais enfin qui touchent profondément à leurs convictions. À côté d’eux siége une autre espèce de députés, ministériels par état, mais non vendus au ministère, qui se passionnent pour les idées qu’ils ont conçues et pour la peur qu’ils éprouvent. ”
“ Nous concevons très bien un parti de progrès et à grandes idées ; devant les générations s’ouvre une ère de perfectibilité humaine ; de bons et grands esprits peuvent envisager l’avenir des peuples dans un vaste but de civilisation ; mais au sein d’une chambre où tout se réduit à des proportions parlementaires, il n’y a pas d’autre distinction à faire, on est ou on n’est pas ministériel, c’est-à-dire qu’on défend le système que le gouvernement développe et applique, ou qu’on professe les théories de l’opposition. ”
“ M. de Broglie devait voir la question des États-Unis trop exclusivement dans les intérêts de l’Amérique contre la France impériale. Aussi son discours fut-il une apologie, apologie des neutres en face des deux grands belligérans, Napoléon et l’Angleterre ; on vit, défendant les droits de la paix, l’homme essentiellement pacifique, le descendant du maréchal de Broglie, à qui Napoléon ne pardonna jamais de solliciter une place d’auditeur au conseil d’état, lorsqu’il lui offrait une épée. ”
“ Il y a encore une fraction de la majorité que j’appellerai les gardes du corps du ministère, espèce de ferrailleurs qui veulent non-seulement soutenir le cabinet de leurs boules, mais encore qui brûlent de briser une lance pour l’honneur du système. Ceux-là ne souffrent pas qu’on dise qu’il y a de la bêtise et de la corruption au fond de certains actes et de certaines affaires, que le traité avec les États-Unis est une transaction honteuse qu’une majorité ne vote qu’en se compromettant. Ils répondent à tout en jetant le gant à leurs adversaires. ”
“ C’est ce qui porta si souvent l’empereur Napoléon à des mesures presque violentes contre les ambassadeurs russes ; ceux-ci se procuraient les états militaires, les conventions secrètes, ils pénétraient les mystères les plus intimes du cabinet. Indépendamment de ces agens officiellement accrédités, le czar envoie encore des aides-de-camp sans autre mission patente que celle d’un voyage ou d’un compliment ; ces aides-de-camp examinent, font des rapports aussi bien sur les gouvernemens et les populations qu’ils inspectent que sur les agens mêmes de la Russie. ”
“ L’explosion du volcan avait ébranlé toute l’Europe. La Corse ressentit vivement la secousse ; mais le mouvement y fut complexe et d’une double violence à raison de la diversité des races. Les villes s’agitèrent autrement que la montagne et à d’autres fins. Les familles étrangères, faciles au joug du dehors et déterminées par leurs rapports tout établis avec la France, acceptèrent docilement et sans restriction les idées et les formes de notre révolution. Les familles indigènes, non moins enthousiastes de liberté, n’adhérèrent que sous la réserve secrète de leur propre nationalité. ”
“ Jamais le prince de Metternich ne fut plus brillant qu’à cette époque ; il avait atteint sa quarante-unième année, et il voyait s’accomplir l’œuvre de ses soucis et de ses pensées. Vienne offrait le plus riche spectacle. Les souverains y étaient réunis, et avec eux, vingt-deux chefs de maisons princières, avec leur famille, leur cour et leur suite nombreuse ; les intrigues d’amour le disputaient aux séances plus sérieuses du congrès. Tout ce que l’Europe possédait d’hommes distingués, diplomates, artistes, s’étaient rendus à Vienne ”
“ Il n’y a rien de plus persévérant, de plus adroitement envahisseur que le cabinet russe ; il va lentement, sans beaucoup de bruit ; et, depuis un siècle, il a accru son empire de onze millions d’habitans, occupant plus de cinq cents lieues carrées, en y comprenant la Géorgie et la portion de la Tartarie réunie au gouvernement de la Crimée. Indépendamment de ces conquêtes, la Russie a acquis l’incontestable protectorat de la Moldavie et de la Valachie, une influence en Perse, telle qu’aucune autre puissance n’est désormais en mesure de lui tenir tête ”
“ Napoléon n’a pas perdu tout espoir d’entraîner l’Autriche dans les intérêts de la France ; il propose de négocier pendant la guerre ; M. de Metternich, répond qu’il va porter à la connaissance des alliés les propositions de la France ; mais pendant ce temps les armées autrichiennes s’ébranlent. C’était chose immense que l’adhésion de l’Autriche à la coalition ; deux cent mille Autrichiens débouchaient de la Bohême, et pouvaient tourner la ligne de l’armée française. ”
“ Ce ministère avait souvent parlé de son homogénéité ; il n’était dans le fait qu’un cabinet de coalition ; le maréchal Gérard n’appartenait pas à la même école que M. Guizot, M. Thiers que M. Humann. Les sympathies du maréchal pour le tiers-parti étaient visibles. Ce même amalgame, ce même pêle-mêle se produisit dans la chambre des députés, car si le parti légitimiste avait obtenu quelques voix de plus, la gauche extrême s’était amoindrie dans une proportion plus grande encore. ”
“ Le ministère exploita avec une incontestable habileté cette situation des esprits. À toutes les époques, la bourgeoisie se préoccupe de certaines idées qui l’empêchent de distinguer les vérités les plus simples. Le peuple a ses instincts du vrai ; l’aristocratie, son esprit de convenance fin et délicat, qui lui tient souvent lieu d’intelligence haute et ferme dans les questions sociales ; mais la classe moyenne se dessine tout d’une pièce : quand elle a peur, aucun autre sentiment ne l’atteint ; quand ses intérêts sont menacés, elle jetterait au pied du pouvoir liberté, garanties ”
