Résumé

Portrait de Élisée Reclus Élisée Reclus Voyage dans la Nouvelle-Grenade…

Qu’ils franchissent le seuil de leurs portes, aussitôt ils voient les deux grandes pointes bleues de la Horqueta se dresser au-dessus des forêts et des pics. Cette double cime, c’est la grande, la redoutable déesse de toutes les tribus qui vivent sous son ombre; c’est elle qui arrache des nuages au ciel pour les ceindre autour de son front, c’est elle qui épanche les torrens de ses gorges et de ses vallées, elle qui mugit par la voix des orages; la plaine qui s’étend à ses pieds est fertilisée par ses pluies et par ses ruisseaux.
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On regarde, on regarde sans cesse, et l’on ne sent point les heures s’envoler. Le soir surtout, quand le bord inférieur du soleil commence à plonger dans la mer et que l’eau tranquille vient soupirer au pied des falaises, la plaine verte, les vallées obscures de la sierra, les nuages roses et les sommets lointains, saupoudrés d’une poussière de feu, présentent un spectacle si beau qu’on cesse de vivre par la pensée et qu’on ne sent plus que la volupté de voir.
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Ainsi la plaine semble soulevée entre les bras du géant Horqueta et doucement inclinée comme une corbeille de feuillage vers les flots éblouissans de lumière. Le promontoire du nord se continue par une chaîne sous-marine et se redresse au-dessus de l’eau pour former le Morillon et le Morro, îles rocheuses qui servent de brise-lames au port. L’ensemble du paysage enfermé dans cette enceinte est d’une harmonie indescriptible : tout est rhythmique dans ce monde à part, limité vers le continent, mais ouvert du côté de l’infini des eaux
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