“ Je n’ai pas besoin de rappeler quelle large part revient à Charles Hugo dans cette infatigable et sainte prédication de la presse parisienne. Je n’ai pas à retracer l’œuvre de cette vie si courte et si pleine. Je n’en veux citer qu’une chose : c’est qu’il est entré dans la lutte en poussant un cri d’indignation contre un attentat à l’inviolabilité de la vie humaine. Il avait tout l’éclat de la jeunesse et toute la solidité de la conviction. Il avait les deux grandes puissances, celle que donne le talent et celle que donne la bonté. ”
Charles Hugo
Définition et enjeux
Citations sur “Charles Hugo”
“ Dans le groupe de camarades et de frères que nous étions, le plus robuste, le plus solide, le plus vivant était celui qui est mort le premier. Il est vrai que Charles Hugo n’a pas économisé sa vie. Il est vrai qu’il l’a prodiguée. À quoi ? Au devoir, à la lutte pour le vrai, au progrès, à la république. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Après le coup d’État de 1851, Charles Hugo voulut partager l’exil de son père. Il quitta la France, habita tantôt Jersey, tantôt la Belgique, et s’occupa à la fois de travaux littéraires et de photographie. En 1869, il fut, avec Paul Meurice et Vacquerie, un des fondateurs du Rappel, où il fit à l’Empire une guerre sans relâche, et dont il était encore un des plus actifs collaborateurs lorsqu’il mourut subitement à Bordeaux d’une congestion cérébrale. Son corps, transporté à Paris, fut conduit au Père-Lachaise le jour même de la révolution du 18 mars, Charles Hugo était un écrivain de talent. ”
“ Les amis intimes qui montaient étaient reçus par M. Charles Blanc. Dans une chambre reculée, Louis Blanc, désespéré, sanglotait. Victor Hugo lui disait de grandes et profondes paroles, qui auraient été des consolations, s’il y en avait. Mme Charles Hugo, Mme Ménard-Dorian, MM. Gambetta, Crémieux, Paul Meurice, etc., étaient venus donner au grand citoyen si cruellement éprouvé un témoignage de leur douloureuse amitié. ”
Jean-Jacques Weiss,
Trois années de théâtre. 1883-1885
“ De la préconisation constante du peuple et de la multitude, de complicités superbes et violentes du poète avec les révoltes de l’âme populaire contre tout ce qui est classification sociale inflexible, bureaucratie déprimante, ordre desséchant, pouvoir indigne, Victor Hugo a tiré l’unité morale de sa vie et de ses œuvres. Pensionnaire de Louis XVIII et de Charles X, pair de France de Louis-Philippe, héraut d’armes et promoteur pendant l’année 1848 du prince Louis Napoléon, peu importe, Victor-Hugo n’a pas cessé d’exalter parmi ces phases diverses l’en-bas contre l’en-haut. ”
Victor Hugo,
La Légende des siècles
“ Charles fut le vautour, Philippe est le hibou. Morne en son noir pourpoint, la toison d’or au cou, On dirait du destin la froide sentinelle ; Son immobilité commande ; sa prunelle Luit comme un soupirail de caverne ; son doigt Semble, ébauchant un geste obscur que nul ne voit, Donner un ordre à l’ombre et vaguement l’écrire. Chose inouïe ! il vient de grincer un sourire. Un sourire insondable, impénétrable, amer. C’est que la vision de son armée en mer Grandit de plus en plus dans sa sombre pensée ”
Alfred Barbou, Victor Hugo : sa vie, ses oeuvres (1880)
“ En vain Victor Hugo répondit que Louis XIII appartenait à l'histoire et qu'il n'était point permis de supposer qu'il eût voulu souffleter un roi vivant sur la joue d'un roi mort. Le gouvernement fut inébranlable. Le poëte mis en interdit, demanda une audience à Charles X, fut reçu au palais de Saint-Cloud, et plaida sa cause; il a raconté plus tard cette entrevue dans laquelle il dit : Ah ! sire, tout est grave en ce siècle où tout penche ! L'art tranquille et puissant veut une allure franche. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits contemporains/Tome 1
“ Voici M. Victor Hugo qui se présente à son tour, avec son audace presque militaire, son patriotique amour pour une France libre et glorieuse, sa vive sympathie pour une jeunesse dont il est un des chefs éclatants ; mais en même temps, par ses opinions premières, par les affections de son adolescence, qu’il a consacrées dans plus d’une ode mémorable, le poëte était lié au passé qui finit, et avait à le saluer d’un adieu douloureux en s’en détachant. Il a su concilier dans une mesure parfaite les élans de son patriotisme avec ces convenances dues au malheur ”
Victor Hugo,
Napoléon le Petit
(1907)
“ Vie pauvre, exil, mais liberté. Mal logé, mal couché, mal nourri. Qu'importe que le corps soit à l'étroit pourvu que l'esprit soit au large ! Il travaillait. Charles Hugo sortait de prison le 28 janvier. Victor Hugo devait songer à le loger. A la fin du mois, il quittait le n° 16 de la grande place et allait au n° 27 changeant pour la troisième fois de domicile. Il occupait au premier étage une chambre très haute de plafond, meublée d'un divan de crin qui se transformait en lit, de six chaises, d'une table ronde pour le travail et les repas, d'un vieux miroir surmontant une cheminée ”
Louis Barthou,
Le général Hugo (1773-1828) : lettres et documents inédits
(1926)
“ Je suis enchanté que tu aies vu cesser tes inquiétudes sur l'état de la chère petite Didine ; embrasse-la, ainsi que ta femme, pour moi. Je t'embrasse de même. Ce mois de juin 1825 marque donc une date également heureuse dans la carrière du général et dans celle de Victor, qui éprouvèrent, le père surtout à cause du fils, les bienfaits de Charles X. La nomination du comte Hugo comme lieutenant général avait été bien accueillie. La plupart des journaux de Paris en avaient parlé « de la manière la plus flatteuse. » Mais est-il une « position élevée » qui ne provoque pas la jalousie et l'envie? ”
Charles de Mazade,
Lamartine, sa vie littéraire et politique
“ Assurément dans cette poésie nouvelle qui naissait après les Méditations, il y a eu plus d’une note émouvante, plus d’un accent qui retentit encore. Chaque talent a eu son originalité et ses dons particuliers. Victor Hugo ressemble à un puissant ouvrier forgeant ses strophes, pliant et tordant la langue, faisant jaillir les images comme des éblouissemens d’étincelles autour de lui ; il arrive au génie par la volonté et souvent à l’effet par l’étonnement qu’il inspire, par l’effort, qui n’est même pas toujours invisible dans ses pages les plus gracieuses. ”
Alfred Feuillet, Flânerie littéraire à travers quelques oeuvres récentes (1859)
“ Déjà M. Victor Hugo avait éprouvé un vif chagrin de se séparer de cette fille aînée, lorsqu'en 1843 (15 février) , la mariant au jeune M. Charles Vacquerie, il lui disait : Aime celui qui t'aime, et sois heureuse en lui. — Adieu ! — Sois son trésor, ô toi qui fus le nôtre ! Va, mon enfant béni, d'une famille à l'autre. Emporte le bonheur et laisse-nous l'ennui ! 10 VICTOR HUGO. Ici, l'on te retient ; là-bas, ou te désire. Fille, épouse, ange, enfant, fais ton double devoir. Donne-nous un regret, donne-leur un espoir, Sors avec une larme! entre avec un sourire! ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Ce que nous regrettons surtout de ne pas trouver en lui, c’est ce que nous, Allemands, nous appelons le naturel. Victor Hugo est forcé et faux, et souvent dans le même vers l’un des hémistiches est en contradiction avec l’autre; il est essentiellement froid, comme l’est le diable d’après les assertions des sorcières, froid et glacial même dans ses effusions les plus passionnées. Son enthousiasme n’est qu’une fantasmagorie, un calcul sans amour, ou plutôt il n’aime que lui-même. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire…
“ Assurément si M. Victor Hugo voulait bien se contenter d’être simplement un poète de génie, un des plus éminens écrivains de la France, il aurait toute sorte de titres à être dans un sénat comme il a autrefois ambitionné d’être dans la chambre des pairs sous la monarchie de juillet ; mais cela ne lui suffit pas, il éprouve le besoin d’être plus radical que tous les radicaux, de se tracer à lui-même, comme il le dit, des programmes plus larges que tous les programmes révolutionnaires. Une fois lancé, il s’enivre de sa propre parole, il ne s’arrête plus devant rien, pas même devant le ridicule ”
Léon-Charles Bienvenu,
Le Trombinoscope
“ Au physique, Victor Hugo est de moyenne taille, le front est vaste, l’œil perçant ; à deux cents pas il distinguerait un agent bonapartiste d’un repris de justice. Il laisse pousser sa barbe et des clameurs idiotes à tous les imbéciles qui jappent autour de lui. — Il écrit peut-être trop volontiers aux garçons pharmaciens qui lui adressent des vers : « Vous êtes un des rayons-enclume de l’humanité-clarinette. » Les garçons pharmaciens ne comprennent pas ; mais ils n’en sont que plus heureux. ”
Lucien Descaves,
Philémon, vieux de la Vieille
(1922)
“ « Je suis absolument de votre avis, et la preuve, c'est que je me propose d'accorder la part la plus large, dans mon travail, non pas aux gros bonnets de la proscription, mais au fretin, qui lui fit honneur aussi. On doit approuver Charles Hugo d'avoir écrit, dans ses Hommes de l'exil : « Les pros- « crits illustres ont sur eux le regard de l'Histoire; les obscurs « ne se sentent vus que par eux-mêmes. » ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits contemporains/Tome 1
“ Depuis neuf ans, la vie de Victor Hugo n’a pas changé ; pure, grave, honorable, indépendante, intérieure, magnifiquement ambitieuse dans son désintéressement, de plus en plus tournée à l’œuvre grandiose qu’il se sent appelé à accomplir. Ses opinions politiques et religieuses ont subi quelque transformation avec l’âge et la leçon des événements ; ses idées de poésie et d’art se sont de jour en jour étendues et affermies. ”
Louis Barthou,
Le général Hugo (1773-1828) : lettres et documents inédits
(1926)
“ Ne te donne pas la peine de rien m'écrire sur Reims : les journaux te suppléeront. Prépare ton travail, ne désespère de rien, une grande gloire t'attend. M. de Lamartine a publié trop à la hâte ce qu il a fait, et ce que j'ai vu ne dit pas grand'chose. Porte-toi bien. Embrasse pour ma femme et pour moi Adèle, Didine, M. et Mme Foucher et vos deux familles. Je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que ta femme. Victor Hugo avait suivi les sages conseils de son père et il n'avait pas écrit l' Ode sur le Sacre de Charles X avec la hâte qu'y avait mise Lamartine. ”
Ernest Dupuy, Victor Hugo, son oeuvre poétique
“ Un mois après la perte de son fils Charles, qui mourut à Bordeaux le 13 mars, d'une rupture d'anévrisme, Victor Hugo, retenu à Bruxelles par les intérêts de ses petits-enfants dont il fallait régler la succession, apprenait par les journaux les tragiques horreurs de la guerre civile, et une fois de plus il poussait son superbe appel à la concorde, à la clémence. Le 15 avril, dans la pièce intitulée Un cri, il disait:Combattants! ”
Victor Hugo,
Notre-Dame de Paris
“ Nous avons là une indication précieuse sur sa manière de travailler : composer avant d’écrire. Il prit encore près de deux mois pour revoir ses notes, compléter son plan et se replonger, au sortir de l’Espagne de Charles-Quint, dans le Paris de Louis XI. C’est à ce moment sans doute qu’il donna à la Esmeralda son troisième amoureux, Phœbus. Trois pour une, tres para una, comme dans Hernani. Victor Hugo se mit enfin à sa table de travail le 25 juillet 1830 et écrivit deux ou trois pages. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ A ceux qui s’inquiètent fort peu du génie, qui ne cherchent que des occasions toujours nouvelles de guerres irritantes, de manifestations tumultueuses. Heureusement Victor Hugo est de ceux qui ont un assez illustre passé pour que leur renommée ne reste pas livrée aux hasards de ces conflits d’un jour, et quand ceux qui prétendent se servir de sa mémoire auront déjà disparu, il rentrera dans sa sphère sereine, il restera pour la France le poète qui a charmé deux ou trois générations avec les Orientales et les Feuilles d’automne, avec Hernani et la Légende des siècles. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ « La gloire de Victor Hugo n’appartient à aucun parti, à aucune opinion, elle est l’apanage et l’héritage de tous... » M. le président de la chambre des députés ne s’est pas contenté de ce généreux et impartial hommage ; il a voulu faire du nom de Victor Hugo la propriété de la république et il a presque transformé en poète républicain inavoué le jeune homme inspiré qui chantait, il y a soixante ans, les funérailles de Louis XVIII et, il y a quarante ans, le retour des cendres de l’empereur. C’était déjà altérer le caractère des « obsèques nationales » qu’on préparait au poète. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 30 avril 1869
“ Le progrès intellectuel, il n’est même pas peut-être aujourd’hui d’une façon bien évidente dans le dernier roman de M. Victor Hugo, l’Homme qui rit, œuvre d’une imagination puissante qui tourne dans le même cercle, s’égare dans les mêmes excès, et en est venue à se fixer dans un certain ordre de conceptions d’une monotonie grandiose et laborieuse. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits contemporains/Tome 1
“ Durant ce même temps, Victor Hugo composait son premier volume d’Odes royalistes et religieuses. On sait comment son royalisme lui était venu : quant à la religion, elle lui était entrée dans le cœur par l’imagination et l’intelligence ; il y voyait avant tout la plus haute forme de la pensée humaine, la plus dominante des perspectives poétiques. ”
Charles Baudelaire,
Curiosités esthétiques
“ Victor Hugo, dont je ne veux certainement pas diminuer la noblesse et la majesté, est un ouvrier beaucoup plus adroit qu’inventif, un travailleur bien plus correct que créateur. Delacroix est quelquefois maladroit, mais essentiellement créateur. M. Victor Hugo laisse voir dans tous ses tableaux, lyriques et dramatiques, un système d’alignement et de contrastes uniformes. L’excentricité elle-même prend chez lui des formes symétriques. Il possède à fond et emploie froidement tous les tons de la rime, toutes les ressources de l’antithèse, toutes les tricheries de l’apposition. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Critiques et portraits littéraires…
(1836-1841)
“ Comme écrivain , M. Hugo a sévèrement et pittoresquement caractérisé Mirabeau . En nous montrant ce revers de style pâteux , mal lié , mou aux extrémités des phrases , avec des mosaïques bizarres de métaphores peu adhérentes , en nous offrant en regard le cachet du grand prosateur et la substance particulière dont est fait le grand style , souple et molle d' abord , et puis figée , lave d' abord , et puis granit , il a peint lui-même sa manière , il a donné l' empreinte et le moule de son procédé . ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits contemporains/Tome 1
“ Telles sont les réponses de Victor Hugo aux détracteurs que sa gloire croissante a soulevés ; telles sont les marques de ses pas infatigables dans la carrière. Chaque degré vers le temple a son autel, et quelquefois double ; chaque année dans ses domaines a plus d’une moisson. ”
Charles Maurras,
Poètes
(1924)
“ En bon républicain, il aura plié la tête et fléchi les genoux ; la liberté d'esprit n'est pas facile à défendre en régime électif. Mais ce n'est pas ainsi qu'on se fait écouter d'un public jeune, intelligent et qui demande à réfléchir avant d'affirmer. On aura beau imprimer toutes les quinzaines à d'innombrables exemplaires que Hugo est, des quatre ou cinq plus grands poètes de tous les temps, le plus grand poète français, que même. ”
Charles Maurras,
L’Avenir de l’intelligence
“ Le génie de Hugo tient surtout au nombre et à la vivacité des sensations qu’enregistre sa mémoire et qui entrent en mouvement les unes par les autres. C’est le voyant, c’est l’entendant, par excellence. ”
Charles Maurras,
Poètes
(1924)
“ Poésie pure, si l 'on veut. Soit encore ! Hugo a fait un monde à lui à côté du vrai. Seulement, il faut avouer que ce monde idéal n'était pas très beau, ni de ligne, ni de couleur, ni d'expression d'élan profond. Construit sans pessimisme, sans dégoût très déterminé de l'être tel qu 'il est, sans goût décidé d'autre chose, ce monde merveilleux devient très vite affreusement monotone parce qu'il est toujours formé de l'opposition de mêmes pièces ou de mêmes morceaux, de l'agitation des mêmes paillons, des mêmes splendeurs de clinquant, d'ailleurs prodiguées. ”
Charles Baudelaire,
L’Art romantique
“ J’ignore dans quel monde Victor Hugo a mangé préalablement le dictionnaire de la langue qu’il était appelé à parler ; mais je vois que le lexique français, en sortant de sa bouche, est devenu un monde, un univers coloré, mélodieux et mouvant. ”
Charles Baudelaire,
L’Art romantique
“ Mais Victor Hugo ne tranche pas le nœud gordien des choses avec la pétulance militaire de Voltaire ; ses sens subtils lui révèlent des abîmes ; il voit le mystère partout. Et, de fait, où n’est-il pas ? ”
