“ THÉOKLYMÈNOS. Salut, ô tombeau de mon père ! En effet, afin de te saluer, je t’ai enseveli, Prôteus, au seuil de la demeure ; et, toujours, en entrant et en sortant, ô Père, ton fils Théoklymènos te parle ! — Vous, serviteurs, rentrez les chiens et les rets dans la maison royale. Pour moi, je me blâme souvent moi-même, car je ne mets pas les mauvais à mort. J’apprends à l’instant qu’un Hellène est venu ouvertement sur cette terre, et qu’il a échappé aux sentinelles. C’est un espion, ou il tente d’enlever secrètement Hélénè ; mais il mourra, si on le prend. ”
Hellène
Définition et enjeux
Citations sur “Hellène”
Pierre de Coubertin,
Histoire universelle — Tome II
“ Le tempérament énergique des vieux Romains s’y complut, en réaction contre les idées épicuriennes qu’ils confondaient avec l’hellénisme ; mais leur stoïcisme aussi était hellène. En vérité dans ce monde méditerranéen d’où la Grèce allait s’éclipser pour plusieurs siècles, tout était hellène, car le génie grec avait touché à tout et inventé ou façonné toutes choses. Dans tous les domaines, le sidéral et l’agricole, le gouvernemental et le pédagogique, le médical et l’artistique, le littéraire et le juridique c’étaient des Hellènes qui avaient perfectionné, innové, dirigé... ”
“ Car, nulle femme, Hellène ou Barbare, n’a enfanté un œuf blanc, tel que celui dans lequel on dit que Lèda m’a conçue de Zeus. Ma vie, en effet, est un prodige et une calamité, à cause de Hèra, d’une part, et, d’autre part, à cause de ma beauté. Plût aux Dieux que cette beauté pût être effacée comme une peinture, et que je pûsse devenir affreuse, de belle que je suis ! Plût aux Dieux que les Hellènes pussent m’oublier ou garder le souvenir de ma vertu, comme ils gardent celui de ma mauvaise renommée ! Si une seule calamité nous est infligée par les Dieux, elle est supportable, bien que cruelle ”
Anatole France,
La Révolte des anges
(1914)
“ Parce qu’il n’y eut là ni sacerdoce, ni dogme, ni révélation, et que les Grecs ne connurent jamais le dieu jaloux. C’est son propre génie, c’est sa propre beauté dont l’Hellène fit ses dieux et quand il levait ses regards au ciel, il y retrouvait son image. Il conçut toute chose à sa mesure et donna à ses temples des proportions parfaites : tout y était grâce, harmonie, mesure et sagesse ; tout y était digne des immortels qui les habitaient et qui, sous des noms heureux, sous des formes accomplies représentaient le génie de l’homme. ”
Gabriel d’Annunzio, Revue des Deux Mondes
“ Il était enraciné dans la substance de l’Hellène, le primitif sentiment homérique de la vie. L’énergique Hellène, à l’instar de ces guerriers célébrés par l’hexamètre sonore qui saluaient toujours « avec la même allégresse le tonnerre et les rayons du soleil », toujours aussi « saluait avec la même allégresse » le Bien et le Mal, sans autre envie que d’épancher son exubérance et d’exercer efficacement son instinct natif de domination. Soit dans l’acte terrible, soit dans la souffrance, il savait trouver une joie hautaine. ”
Dora d’Istria,
La Nationalité hellénique d’après les chants populaires
“ Mais l’amour est ingénieux. Combien de fois un jeune Hellène épris, ne pouvant franchir le seuil si bien gardé du gynécée, n’a-t-il pas profité de l’obscurité pour glisser en bateau sous les jalousies des palais grecs de Thérapia, dans l’espérance que son chant arriverait porté par la brise, jusqu’à des oreilles attentives ! D’autres plus timides, après avoir contemplé de loin l’objet aimé, confient leurs vœux au zéphyr, comme l’aurait fait un fils de la Grèce antique. ”
Victor Bérard, De l'origine des cultes arcadiens… (1894)
“ En arrivant en Grèce, les Hellènes ont trouvé une religion sémitique, aux dogmes aussi mystérieux que les temples eux-mêmes. Cachée au fond des sanctuaires, — on n'entre qu'une fois par an dans le temple d'Eurynomè, — la divinité n'était pas moins cachée sous un amas de symboles et de mythes. L'Hellène tira tout au grand jour, raisonna les dogmes et les légendes, pensa qu'un dieu ne mourait pas pour ressusciter, et qu'une déesse mère n'était pas en même temps une déesse vierge. ”
Charles Des Guerrois, Notes épiques (1894)
“ L'orgueil de la victoire est au cœur de la Grèce ; Depuis Mardonius dure la grande ivresse, Religieuse ivresse où l'Hellène abîmé Voit le noir Marathon de foudres désarmé. Mycale et Marathon, Salamine et Platée, Comme un seul cavalier la Perse culbutée, D'Athènes à Pyrgos ces souvenirs sacrés Vivent, ô Simonide, en vos vers inspirés, L'Hellène les reçoit en venant dans le monde ; Mourant, l'Hellène veut que son fils en réponde, Et son fils en répond, joyeux de ce dépôt : De neveux en neveux court le glorieux mot. Tous sont avec chacun vainqueurs de l'adversaire. ”
Dora d’Istria,
La Nationalité hellénique d’après les chants populaires
“ De même que l’Hellène des anciens temps éprouvait un irrésistible besoin de personnifier les forces de l’univers, de même le fils de la Grèce moderne, tel qu’il nous apparaît dans les chants à une époque où les vives lumières de l’Occident n’avaient pas brillé sur la péninsule, ne peut comprendre la nature qu’en supposant sous chaque phénomène une force vivante. ”
“ ATOSSA Les Dieux protègent la ville de la Déesse Pallas. Mais comment a commencé le heurt des vaisseaux ? Parle. Qui engagea le combat ? les Hellènes, ou mon fils, fier du nombre de ses vaisseaux ? LE MESSAGER Celui qui d’abord, ô Maîtresse, a causé tout le mal, c’est quelque démon vengeur ou méchant. Un Hellène, venu de l’armée athénienne, dit à ton fils Xerxès ceci : « Quand tombera la noire obscurité de la nuit, les Hellènes ne resteront pas ici : mais ils se réfugieront sur les bancs de leurs nefs, chacun s’en ira de son côté, et tous, par une fuite clandestine, sauveront leur vie. » ”
Dora d’Istria,
La Nationalité hellénique d’après les chants populaires
“ Quand on a une idée exacte de la situation de tout Hellène qui jadis voulait voyager, on comprend sans peine que le départ fût pire que la mort. « La mort a des consolations, et Kharos est capable de pitié ; — mais pour les vivans qui se séparent, il n’y a pas de consolation. » ”
“ Quand on a bien étudié ce qui fait de nos jours le fond d’un Hellène cultivé, on voit qu’il y a chez lui très-peu de christianisme : il est chrétien de forme, comme un Persan est musulman ; mais au fond il est « helléniste ». ”
Pierre de Coubertin,
L’Europe inachevée
“ Quand un savant allemand, Fallmerayer, nous assure que dans les veines de ce peuple émancipé il ne coule pas une goutte de véritable sang hellène, il avance un paradoxe dont tous ceux qui ont eu quelques rapports avec les Grecs modernes sont à même de constater l’inanité, car on retrouve aujourd’hui chez les Hellènes toutes les qualités et tous les défauts de leurs ancêtres. ”
Anatole France,
Pierre Nozière
“ Mais le regret, le souci de toi et le souvenir de ta tendresse m'on ôté la douce vie."Ainsi le vieux joueur de phorminx exprima la douleur harmonieuse et se montra déjà Hellène par le sentiment de la beauté, qui est la seule chose humaine qui ne trompe pas, car elle seule est de l'homme et toute de l'homme.Je ferme le vieux recueil des aèdes ioniens et j'ouvre le fenêtre de la chambre rustique. Je revois dans la nuit la baie des Trépassés. Tout à l'heure, j'étais avec l'antique Ulysse, et j'avais à peine changé de monde. ”
Élisée Reclus,
L’Homme et la Terre
“ Et dès que les différents peuples ont perdu les dieux spéciaux qui les distinguent, le grand Dieu lui-même ne s’évanouit-il pas au profit du bien et du beau qu’il représente ? De cité à cité, les Hellènes s’étaient reconnus comme fils d’ancêtres communs, cohéritiers d’une même langue et d’une même civilisation, créateurs d’un même type social. ”
“ Les Hellènes groupés en phalanges de travailleurs, âpres à s’enrichir et à se rendre par la richesse, indépendants des hommes et des circonstances — les Philhellènes unis pour la propagation de la langue et de la philosophie grecques, la sauvegarde des églises et des écoles, l’extension intellectuelle et morale de l’hellénisme — voilà comment je comprends le monde grec, idéalement organisé en vue d’une extension rapide et d’une transformation féconde. ”
Conrad Malte-Brun,
Géographie universelle de Malte-Brun…
(1855-1857)
“ La race hellénique proprement dite a disparu ; ce qui porte le nom d'Hellènes est un mélange de sang grec avec des Slaves, des Albanais, des Asiatiques; néanmoins, ces Hellènes bâtards ont un caractère, une langue, des traits particuliers. Ils se disent les successeurs des citoyens d'Athènes et de Sparte. Ils se glorifient du npm d'Hellènes, des souvenirs de l'antiquité, « des dons précieux, dit Cicéron, que la Grèce a répandus sur le genre humain ». ”
José-Maria de Heredia,
Les Trophées
“ Les pins du bois natal que charmait ton haleine N'ont pas brûlé ta chair, ô malheureux! Tes os Sont dissous, et ton sang s'écoule avec les eaux Que les monts de Phrygie épanchent vers la plaine.Le jaloux Citharède, orgueil du ciel hellène, De son plectre de fer a brisé tes roseaux Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux; Il ne reste plus rien du chanteur de Célène.Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if Auquel on l'a lié pour l'écorcher tout vif. Ô Dieu cruel! Ô cris! Voix lamentable et tendre!Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant, La flûte soupirer aux rives du Méandre ... ”
Pierre de Coubertin,
Pour ceux qui vont en Grèce
“ Rome, Venise, Byzance pour désigner les annales de ces peuples ou des États dont ces villes furent les capitales. Mais quand il s’agit des Hellènes, une expression inusitée s’impose. On dit alors : l’Hellénisme. Et, en effet, l’histoire des Hellènes, c’est avant tout l’histoire de l’Hellénisme, c’est-à-dire d’une forme de civilisation ou mieux d’une conception de la vie différentes de celles des autres races et dont ils ont posé l’empreinte partout où ils ont passé, sauf en Égypte et en Palestine. ”
Albert Dumont, Souvenirs de l’Adriatique (1871-1872…
“ Rien ne choque davantage l’Occidental, rien ne choque moins l’Hellène. On est peu au fait de l’esprit des Grecs quand on croit que les mots ont pour eux le sens qu’ils ont pour nous, leurs compatriotes ne s’y trompent pas ; c’est une langue qu’il faut apprendre, et alors nulle méprise ne reste possible. Ce qui domine chez ce peuple, c’est l’intelligence ? on voit bien par cet exemple ce qu’est la vie intellectuelle quand elle ne comporte pas de fortes passions. La passion arrête l’esprit sur un sujet de réflexions, lui impose des travaux difficiles, le rend solide et sérieux ”
“ Et les fils de Zeus, les Dioskoures, ne sont plus ! C’est pourquoi, au milieu de tant de malheurs, je péris, et non par mes fautes. Enfin, si je retourne dans la patrie, je serai enchaînée ; car les Hellènes croient que je suis cette Hélénè qui vint à Ilios, et que Ménélaos a poursuivie. Car, si mon mari vivait, nous nous reconnaîtrions l’un l’autre, grâce à des signes qui ne sont connus que de nous seuls ; mais cela ne se peut plus maintenant, et il ne reviendra jamais. Pourquoi donc vivrai-je davantage ? ”
“ Tous les Hellènes reconnaissent ton intelligence, et tu as acquis la gloire ; mais, si tu habitais aux extrêmes limites de la terre, il ne serait nullement parlé de toi. Qu’il n’y ait ni or dans mes demeures, ni chant plus beau que celui d’Orpheus, si une illustre fortune n’y est jointe ! J’ai dit ce que j’ai fait pour toi, puisque tu as engagé ce combat de paroles. Pour les noces royales que tu me reproches, je prouverai d’abord qu’en ceci j’ai été prudent et modéré, et, enfin, un grand ami pour toi et pour mes enfants. Mais reste calme. ”
George Sand,
Théâtre de Nohant
“ Elle s’appelle volonté ou courage, et son temple est partout sous le ciel. MYRTO, avec tendresse. Parle-moi encore ! N’es-tu pas né au delà de l’Hémus, dans les déserts de la Scythie ? BACTIS. Le nom de ma patrie ne t’apprendrait rien. Pour vous autres Hellènes, tous les peuples étrangers à vos lois et à vos mœurs sont des barbares ; mais sache que nous avons nos coutumes, aussi belles que les vôtres ; nos familles, nos préceptes et nos sages, plus respectés que les vôtres. Mais que t’importe ce que nous sommes ? ”
“ Il dépend de moi que les Barbares ne tentent plus désormais d’enlever les femmes de l’heureuse Hellas et qu’ils expient l’opprobre de Hélénè que Paris a enlevée. Je rachèterai tout cela par ma mort, et ma gloire sera grande, parce que j’aurai délivré la Hellas. Certes, il ne convient pas que j’aime tant la vie. Tu m’as enfantée pour tous les Hellènes, et non pour toi seule. Quoi ! tant d’hommes porteurs de boucliers, tant de rameurs, à cause de la patrie offensée, oseront lutter glorieusement contre les ennemis et mourir pour la Hellas, et ma seule vie empêcherait tout cela ! ”
“ Et quand le jour aux chevaux blancs fut venu, de sa splendeur, éblouir toute la terre, on entendit, du côté des Hellènes, la mer qui retentissait de la clameur sacrée des hymnes, chant que répétaient hautement les échos rocheux de l’île. Et la crainte s’emparait des Barbares trompés dans leur espoir : car ce n’était pas en hommes qui fuient que les Hellènes chantaient le pæan vénérable, c’était en hommes qui s’élancent à la bataille avec une intrépide hardiesse ; et le cri de la trompette enflammait les courages. ”
Dragasès Paléologue, Les volontaires hellènes, aux Invalides… (1915)
“ La Grèce fidèle à son histoire défendra comme par le passé la noble cause de la justice et de la vérité, l'idée de la Patrie et de la foi byzantine, double conception du culte national que les Athéniens prêchaient dans les temples Delphiens, dans les sanctuaires du Dieu inconnu. Nous prêtons le même serment, nous les Hellènes qui jamais ne connurent la peur, que nous accueillerons avec la même joie et le même enthousiasme le baptême de feu, que nous ne jouissons du charme de notre nature et de l'éclat de notre histoire. ”
“ Il ne faut pas qu’il combatte seul contre tous les Hellènes, à cause d’une femme, ni qu’il meure. Un seul homme est plus digne que mille femmes de voir la lumière. Et si Artémis veut prendre ma vie, résisterai-je à une Déesse, moi qui suis mortelle ? Cela ne se peut. Je donne donc ma vie à la Hellas. Tuez-moi, et renversez Troia ! Ce seront là mes monuments éternels, mes noces, mes enfants et ma gloire ! Mère ! il convient que les Hellènes commandent aux Barbares, et non les Barbares aux Hellènes. ”
José-Maria de Heredia,
Les Trophées
“ POUR LE VAISSEAU DE VIRGILE Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger, Dioscures brillants, divins frères d’Hélène, Le poète latin qui veut, au ciel hellène, Voir les Cyclades d’or de l’azur émerger. Que des souffles de l’air, de tous le plus léger, Que le doux lapyx, redoublant son haleine, D’une brise embaumée enfle la voile pleine Et pousse le navire au rivage étranger. À travers l’Archipel où le dauphin se joue, Guidez heureusement le chanteur de Mantoue ; Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon. La moitié de mon âme est dans la nef fragile Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion, ”
Dominique Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Égypte… (1893)
“ Les Hellènes se répandent alors en tous sens ; ils apprennent à connaître les civilisations orientales, ils s'en inspirent directement, et, de même qu ils imitent les oeuvres de leurs artistes, ils empruntent à leurs religions les mythes, les personnifications divines, les pratiques, qui semblent les plus conformes aux données de leur propre culte. ”
Chants du peuple en Grèce. Tome 2 (1851)
“ Ainsi me disait, dans un des palais de bois de Thérapia, un Hellène que les lettres consolaient de quelques disgrâces politiques; et il cita ce distique à l'appui de son observation : « Voilà, ajouta-t-il, trois longues épithètes que « nous comprenons tous à la première vue, et que « nos hôteliers ne chantent pas sans sourire. Vaine« ment les chercheriez-vous dans nos Dictionnaires les « plus complets; et vous-même, à qui je les explique, « vous aurez peine à les traduire. Tel s'est perpétué, « à travers les siècles, le génie de notre bel idiome! » ”
V. Duruy, Revue des Deux Mondes
“ Celle des premiers Hellènes, résultat de l’influence des lieux où elle prit naissance et se développa, ne fut à l’origine qu’un naturalisme grossier ; quand les dieux, se détachant des élémens au milieu desquels ils étaient confondus, devinrent des êtres vivans et passionnés, la trace de leur premier caractère demeura reconnaissable jusqu’au milieu du riche développement de la mythologie hellénique. ”
