“ Au fond de la chambre, une lourde portière s’ouvre, une femme apparaît. Elle est vêtue d’un peignoir, une sorte de peplum en crêpe de Chine blanc rattaché à l’épaule par un camée rouge. Ses cheveux tordus sont piqués sur le haut de la tête par un peigne formé de gros grains de corail, et pour bracelet, elle porte au bras, nu jusqu’à l’épaule, un large ruban de velours rouge agrafé d’or. — Salut à vous, duc de Perriane, dit Lysiane, avec un geste théâtral. Ces seuls mots interdisent Grégory. La voix est presque inconnue ; la douceur en est envolée, elle s’éraille. ”
Citations sur “Lysistrate”
Vtesse de Réville, La parisienne en 1900...
“ Lysistrata passait pour une des plus jolies femmes d'Athènes et cherchait à soutenir sa réputation par l'élégance de sa parure. Ses cheveux noirs, parfumés d'essences tombaient à grosses boucles sur ses épaules. Des bijoux d'or se faisaient remarquer à ses oreilles, des perles à son cou et à ses bras, des pierres précieuses à ses doigts. Peu contente des couleurs de la nature elle en avait emprunté d'artificielles pour paraître avec l'éclat des roses et des lys. ”
Jules Janin,
Contes, nouvelles et récits
“ Voilà comment, par la présence d’esprit d’un si bon chien et par une trompette en fer-blanc dont on ne voudrait pas à la foire de Saint-Cloud, fut délivré le château de Lysis-Lysida. Le lendemain de cette nuit terrible, accourut le peuple enthousiaste en criant : Vive la reine et vive le roi ! « En ai-je assez battus ! » disait Lysis. « En avons-nous assez malmenés ? » disait Lysida. Le ministre et la dame d’honneur avaient leur part dans cette gloire improvisée, et pas un mot de l’épagneul Azor, pas un mot du petit Noémi et de sa trompette. En ce temps-là, les peuples étaient bien ingrats ! ”
“ Lysiane ne répondit pas, mais une vague ironie plissa ses lèvres. En ce moment, elle lui sembla, — dans son mutisme, immobile, les cheveux noirs relevés en une torsade japonaise piquée de deux longues aiguilles à boules de corail, les yeux sombres, la taille allongée comme une amphore, les bras nus sous les manches de velours frappé, — elle lui sembla une sorte de Pythie moderne, mystérieuse’comme l’antique, et, comme elle, clairvoyante. — Mon brave Grégory, je ne puis pas vous empêcher d’aimer dans le passé ; le souvenir est une fatalité qu’on n’évite point ”
Charles Sorel,
Le Berger extravagant
“ Quand je n’en aurois point de mal, dit Lysis, il me faut laisser entier, car je suis un arbre sacré. Comme il disoit cela le dieu Morin foüilla dans un panier où il y avoit quelques restes de la collation, et y ayant trouvé une boiste fort creuse, ou il y avoit encore un peu de cotignac, il la presenta à Synope, en luy parlant par signes. Voicy ce qu’il me faut, dit-elle, et mettant cette calotte à Lysis, sans contester davantage, elle se trouva toute propre. Le fons estoit si bien poissé qu’elle tint à ses cheveux : il ne luy faloit point de bride. ”
Émile Deschanel,
Etudes sur Aristophane
“ LYSISTRATA. Cette comédie de Lysistrata est une des meilleures, mais une des plus effrontées. Elle montre jusqu'où pouvait aller la licence de la comédie ancienne, née de l'ivresse bacchique et des phallophories. Mieux que tout autre, elle ferait voir combien on doit se méfier de cette maxime, qu'une œuvre d'art, si elle est parfaite, est morale par cela seul. Lysistrata est une merveille d'art et de verve, mais un prodige d'obscénité. Il y a, dans le Musée secret de Naples, des priapées dont on ne peut contester la beauté plastique; dira-t-on qu'elles sont morales? ”
William Shakespeare,
Le songe d'une nuit d'été
(1909)
“ Lysandre, si vous êtes vivant, éveillez-vous, mon cher seigneur ! LYSANDRE. [S'éveillant] Ah ! je passerais à travers le feu pour l'amour de ta douce personne, Lumineuse Hélène ! la nature montre ici son art, en me faisant voir ton cœur à travers ta poitrine. Où est Démétrius ? Oh! quel nom mieux fait que ce vil nom pour périr sous mon épée. HÉLÈNE. Ne parlez pas ainsi, Lysandre ; ne parlez pas ainsi. Qu'est-ce que cela fait qu'il aime votre Hermia? qu'est-ce que cela fait, seigneur ? Hermia ne vous en aime pas moins toujours ; ainsi soyez heureux. ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ Mais, il faut bien le dire, c’était là presque toute l’éloquence de Lysias. Rien de plus tiède et même d’aussi peu intéressant que ses discours, à moins qu’on y cherche des renseignements historiques ou des particularités grammaticales. Quelques narrations bien faites, où tout a un air de naturel et de vraisemblance, c’est beaucoup trop peu pour justifier ceux qui veulent voir dans Lysias autre chose qu’un habile artisan de style. Lysias n’a pas même cette étincelle de la flamme oratoire qu’on sent chez Andocide. ”
George Perrot, L’Éloquence politique et judiciaire à Athènes
“ A d’autres égards, Isée est pourtant, on ne saurait le nier, en progrès sur Lysias. Son style a plus de mouvement et de chaleur ; la passion s’y donne plus libre carrière et le colore de teintes plus vives. Lysias, poursuivant en son propre nom l’homme qui a voulu le faire périr, qui l’a ruiné et qui a tué son frère, paraît froid, si on compare son discours contre Eratosthène à cette ardente invective qu’Isée a mise dans la bouche d’un de ses cliens. ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ Lysarque Qu’ai-je fait qui vous porte à craindre le contraire ? Rosidor Tu vas apprendre tout ; mais aussi, l’ayant su, Avise à ta retraite. Hier, un cartel reçu De la part d’un rival... Lysarque Vous le nommez ? Rosidor Clitandre. Au pied du grand rocher il me doit seul attendre ; Et là, l’épée au poing, nous verrons qui des deux Mérite d’embraser Caliste de ses feux Lysarque De sorte qu’un second... Rosidor Sans me faire une offense, Ne peut se présenter à prendre ma défense : Nous devons seul à seul vider notre débat. ”
Georges Perrot,
L'éloquence politique et judiciaire à Athènes
“ On devine tout ce qu’y auraient perdu la vérité et la vie. Pénétrant observateur, Lysias, après avoir causé avec son client et avoir obtenu de lui, dans le silence du cabinet, un récit sincère, le connaissait mieux qu’il ne se connaissait lui-même; il entrait dans ses sentimens, dans ses idées, dans ses mœurs. Quand il était devenu pour un moment, par cet effort d’esprit, comme une vivante copie de son client, comme une seconde épreuve tirée par la nature du même moule, il avait sur lui cet avantage, qu’il savait mieux traduire ce qu’il avait dans l’âme. ”
Edmond Courbaud, Revue des Deux Mondes
“ Pline exagère bien un peu. Lysistratos a eu des précurseurs dans cette voie du réalisme : l’exemple de Démétrios, que nous citions tout à l’heure, le prouve suffisamment. Mais par son invention, il complétait l’œuvre de son frère. Lysippe avait indiqué le but à poursuivre, l’imitation de la nature vivante ; Lysistratos enseignait une manière commode, pratique de l’atteindre, en mettant à la portée de tous un procédé d’une précision infaillible. Désormais, accidens de la physionomie, détails individuels, déformations du visage, rien n’échappera à l’artiste des particularités de son modèle. ”
Jurien de La Gravière, Revue des Deux Mondes
“ Lysandre le premier en a compris la nécessité; son orgueil indompté n’en rêve pas moins une satisfaction dernière. Il veut qu’on sache bien qu’au moment où il retourne à Sparte, tout ce qu’on pouvait combattre est vaincu, tout ce qu’on pouvait soumettre est conquis. « Je te remets, dit-il à Callicratidas, le commandement de cette flotte que j’ai rendue maîtresse de la mer. C’est à un vainqueur, ne l’oublie pas, que tu succèdes. J’ai acquis devant Notium le droit de prendre le titre de thalassocrate. » Voilà bien du bruit pour vingt-deux vaisseaux coulés ! ”
Lysias, Œuvres complètes de Lysias
“ Ératosthène, je l'ai su depuis, était alors dans la maison. [12] Je disais à ma femme de descendre pour allaiter son fils, et le calmer. D'abord elle refusait, sous prétexte qu'elle me revoyait avec plaisir après une longue absence. Mais comme je me fâchais, et que je la pressais de descendre ; sans doute, me dit-elle, tu veux t'amuser avec une de nos esclaves, tu lui as déjà fait violence un jour que tu étais échauffé par le vin. Je riais de son reproche ; [13] elle se lève, et en se retirant elle tire sur elle la porte, la ferme par manière de plaisanterie, et prend la clef. ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ Lysandre. Qui ?Dorimant. Qui ? C’est la question ; mais s’il faut s’en remettre À ce qu’à mes regards sa coiffe a pu permettre, Je n’ai rien vu d’égal : mon Cléante la suit, Et ne reviendra point qu’il n’en soit bien instruit, Qu’il n’en sache le nom, le rang et la demeure.Lysandre. Ami, le cœur t’en dit.Dorimant. Nullement, ou je meure ; Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté, J’ai voulu contenter ma curiosité.Lysandre. Ta curiosité deviendra bientôt flamme ; C’est par là que l’amour se glisse dans une âme. ”
“ Et elle sut. Les vers de Baudelaire, ces deux strophes mystérieuses lues naguère, elle se les rappela ; elle se souvint encore de ses premiers troubles tôt apaisés, et en elle se fit un éblouissement où toutes les choses mal comprises s’éclairèrent. Le nom de Lysiane, entendu dans un chuchotement, lorsqu’elle était encore jeune fille et songeait à peine à Grégory, lui revint, perfide en son harmonie, et cruel comme une prédiction de malheur. Ce nom, une nuit en songe, Grégory l’avait balbutié avec un accent qui ressemblait à un frisson. ”
George Perrot, L’Éloquence politique et judiciaire à Athènes
“ Sans doute l’œuvre d’Isée, telle que le temps l’a faite, est loin d’avoir la variété de celle de Lysias ; tous les discours d’Isée roulent sur des sujets analogues, et par suite nous sommes exposés à y trouver des redites et quelque uniformité. Eussions-nous conservé le recueil complet de ses discours, Lysias aurait encore sur lui un avantage, celui d’avoir été mêlé à toutes les luttes, ému de toutes les passions de son temps. Chez lui, derrière l’orateur, on sent l’homme qui a de justes ressentimens à satisfaire, un frère et des amis à venger. ”
George Perrot, L’Éloquence politique et judiciaire à Athènes
“ Ceux-là mêmes sont pourtant loin d’égaler, comme mouvement et comme couleur, les discours de Lysias. Dans ceux de ses plaidoyers qui touchent à la politique, Isocrate manque de chaleur et de flamme ; dans ceux qui roulent tout entiers sur des intérêts privés, il n’a pas cette vivacité pittoresque, cette abondance et cette précision de détails que nous avons admirées chez son rival. Partout et toujours il a moins que lui le don suprême, la vie. ”
Pierre Corneille,
Œuvres complètes de P. Corneille et de Th…
“ Souffrez-lui donc sa part en ces ravissements ; Et pardonnez, de grâce, à mon impatience... lysander Allez : on m’a vu jeune, et par expérience Je sais ce qui se passe au cœur des vrais amants. Scène V Lysander, Cléoncléon Seigneur, n’êtes-vous point d’une humeur bien facile D’applaudir à Cotys sur son manque de foi ? lysander Je prends pour l’attacher à moi Ce qui s’offre de plus utile. D’un emportement indiscret Je ne voyais rien à prétendre : Vouloir par force en faire un gendre, Ce n’est qu’en vouloir faire un ennemi secret. ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ Lysandre. J’en sens croître la joie au milieu de mon âme, Comme si de nouveau l’on acceptait ma flamme.Hippolyte, à Lysandre. Ferez-vous donc enfin quelque chose pour moi ? Lysandre. Tout, hormis ce seul point, de lui manquer de foi.Hippolyte. Pardonnez donc à ceux qui, gagnés par Florice, Lorsque je vous aimais, m’ont fait quelque service.Lysandre. Je vous entends assez ; soit. Aronte impuni Pour ses mauvais conseils ne sera point banni ; Tu le souffriras bien, puisqu’elle m’en supplie.Célidée. Il n’est rien que pour elle et pour toi je n’oublie.Pleirante. ”
“ LYSISTRATA. Bonjour, Calonice. CALONICE. Bonjour, Lysistrata. D’où te vient cet air inquiet ? Déride-toi, ma chère : ces sourcils froncés ne te vont pas. LYSISTRATA. Le sang, Calonice, me bout dans les veines : notre sexe me fait la plus grande pitié. Ces hommes prétendent que nous ne sommes que perversité. CALONICE. Et ils ont raison. LYSISTRATA. Les femmes ont ordre de se trouver ici pour délibérer sur une affaire de grande importance : eh bien, elles se reposent, et aucune ne vient. CALONICE. Elles viendront, ma bonne amie. Les femmes ne quittent pas si aisément leur ménage. ”
Lysias, Œuvres complètes de Lysias
“ La servante ayant pris le moment où je sortais de ma maison : « Euphilète, me dit-elle en m'abordant, ce n'est par aucune envie de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas que je suis venue vous trouver. L'homme qui vous déshonore, vous et votre femme, est notre ennemi. Prenez l'esclave qui va au marché et qui vous sert, menez-la à la torture, et elle vous instruira de ce qui se passe chez vous. C'est Ératosthène qui met le désordre dans votre ménage, il a déjà séduit bien d'autres femmes ; il se fait un art et un jeu de la séduction. » ”
Charles Sorel,
Le Berger extravagant
“ Le peuple qui void cecy commence à siffler les comediens, et chacun s’imaginant que Lysis est de leur bande, l’on crie tout haut qu’il n’a rien fait qui vaille. Anselme et tous ceux qui estoient avec luy n’en pouvoient plus, tant ils rioient de bon courage de cette admirable avanture, et ayans la curiosité de sçavoir ce que faisoit alors Lysis, ils s’en allerent le treuver. ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ On dit que le père de Lysandre, Aristoclitus, bien qu’il ne fût pas de la maison des rois, appartenait néanmoins à la race des Héraclides. Lysandre fut élevé dans la pauvreté, et se montra, autant que pas un autre, fidèle observateur des coutumes de la patrie. Son courage mâle, à l’épreuve de toutes les voluptés, ne connut d’autre plaisir que celui que donne l’estime publique, qui est le prix des belles actions. ”
William Shakespeare,
Un songe de nuit d’été
“ Tiens parole, Lysandre !... Il faut qu’une journée Nous puissions vivre sans nous voir ! LYSANDREVa, compte sur mon cœur ! Tu connais mon espoir ! (À HÉLÈNE) Puisse Démétrius enfin répondre au vôtre !...HERMIA et LYSANDRE sortent séparément.HÉLÈNE Ah, que certains mortels sont plus heureux que d’autres ! ”
“ V. La forme de son corps n’est nulle part mieux représentée que dans les statues de Lysippe, le seul statuaire auquel Alexandre eût permis de le jeter en fonte. Plusieurs de ses successeurs et de ses amis affectèrent bien dans la suite d’imiter les manières de ce héros ; mais Lysippe fut le seul qui rendit parfaitement l’attitude de son cou qu’il penchait un peu sur l’épaule gauche, et la douceur qui paraissait dans ses yeux. Apelle, qui le peignit sous la forme de Jupiter armé de la foudre, ne sut pas saisir la couleur de son teint ”
Raoul Vèze, Le Baiser en Grèce (1908)
“ Sur l’invitation de Lysistrata à s’abstenir du baiser (a pene) , les femmes se détournent, se mordent les lèvres, secouent la tête, pâlissent, pleurent, déclarent préférer passer par le feu plutôt que se priver « de ce qu’il y a de plus doux au monde », plutôt que de s’endormir sans une tendre caresse (sine mentula) . Lysistrata les appelle « sexe dissolu, bonnes seulement pour l’amour. » ”
Élie Berthet,
Le val-perdu
(1851)
“ Galatée, êtes-vous décidée à me confier sans réserve le soin de votre sort? Etes-vous prête à me suivre?-Je vous suivrai, Armand, répliqua la bergère; hélas! mon sort, maintenant, n'est-il pas pour toujours uni au vôtre? Mais répondez-moi, êtes-vous sûr que Lysandre, le sage Lysandre, consente à favoriser nos projets? Vous ne lui avez pas dit, vous n'avez pas osé lui dire. — Il sait que nous nous aimons, et il est généreux. Cependant, je l'avoue, mon ange, je redoute quelques difficultés de la part de Lysandre. ”
Charles Sorel,
Le Berger extravagant
“ Respondit Lysis, ne voyez vous pas que c’est mon ombre, et que la lune luit fort maintenant ? Nullement, dit Synope, je sens icy la chair fraische. Nous sommes trahies. Voila un mortel, fuyons mes compagnes. En disant ces paroles elle s’enfuit, et toute la troupe la suivit incontinent : de sorte que Lysis se mit à courir apres, leur disant le plus haut qu’il lui estoit possible : où courés vous ? Cheres divinitez, arrestez vos pas ; ce n’est qu’un miserable berger que vous fuyez. ”
