“ Pendant deux jours, quoique chaque jour je visse Tyrrell, le destin ne m’offrit aucune occasion d’exécuter mon dessein. Le surlendemain arriva, Tyrrel était sur le champ de courses ; certain qu’il y resterait quelques heures, je mis mon cheval fatigué à l’écurie dans la ville, et, m’asseyant dans un coin obscur de la course, je me contentai de le surveiller de loin, comme le serpent fait sa victime. Peut-être vous souvenez-vous d’avoir passé devant un homme assis à terre dans un manteau de cavalier. ”
M. Tyrrel
Définition et enjeux
Citations sur “M. Tyrrel”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Le comte y fut pris, malgré l’air goguenard dont Tyrrel avait prononcé ces mots : « Je suis aveugle, » et dit par manière d’acquit : — Je vous plains, Spencer, je vous plains. — Sir Edmund, s’il vous plaît, milord, répondit lestement le juif, qui fit rouler ses prunelles avec une surprenante agilité. — Quant à votre commisération, je vous en tiens bon compte, mais je n’en ai que faire... ma cécité ne m’empêche pas de voir le triste changement opéré chez Votre Seigneurie... ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Angelo se mordit la lèvre jusqu’au sang. — À bas, Lovely ! grommela-t-il en rougissant ; — que diable, maître Tyrrel ou sir Edmund, ne me regardez pas ainsi ; vous ne verrez rien puisque vous êtes aveugle !... Que voulez-vous ?... si vous ne m’aviez pas interrompu, — ce dont je vous remercie, monsieur, — j’allais dire quelque sottise. — Le marquis a donc des desseins que nous ne connaissons pas ? prononça sourdement l’aveugle. ”
William Shakespeare,
La vie et la mort du roi Richard III
“ Occupe-toi de cela sur-le-champ: car il m'importe beaucoup d'arrêter toutes les espérances qui pourraient se fortifier à mon désavantage.-- (Catesby sort.) Il faut que j'épouse la fille de mon frère, ou mon trône ne posera que sur un verre fragile.--Égorger ses frères, et puis l'épouser! ce n'est pas là une route bien sûre pour y parvenir. Mais me voilà entré si avant dans le sang, qu'il faut qu'un crime chasse l'autre. La pitié larmoyante n'habita jamais dans ces yeux. (Entre le page avec Tyrrel.) T'appelles-tu Tyrrel? ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Du moins, un observateur l’eût pensé ainsi ; mais, en définitive, nous craindrions d’abuser de la confiance du lecteur en lui affirmant trop positivement que la qualité de lord de la Nuit donne aux aveugles la faculté de converser par signes. Quoi qu’il en soit, si Moore et Tyrrel soupçonnaient que M. le marquis de Rio-Santo gardait pour lui-même une bonne partie de sa pensée, ils ne se trompaient nullement. Le pillage de la Banque n’était qu’un accessoire de son grand projet, un détail de son plan. ”
Prosper Mérimée,
La Double Méprise
“ « Hélas ! si vous saviez ce que c’est que le juste prix d’un Turc ! Il fallut payer le mari, payer le pacha, payer l’ânier à qui Tyrrel avait cassé deux dents, payer pour le scandale, payer pour tout. Combien de fois Tyrrel s’écria douloureusement : « Pourquoi diable aller dessiner sur le bord de la mer ! » — « Quelle aventure, mon pauvre Darcy ! » s’écria madame Lambert ; « c’est donc là que vous avez reçu cette terrible balafre ? De grace, levez donc vos cheveux. Mais c’est un miracle qu’il ne vous ait pas fendu la tête ! » ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Tyrrel couvrit soudainement son visage de ce masque bénin et bonhomme que nous lui avons vu au commencement de ce récit. Ses yeux brillants s’éteignirent et se fixèrent, mornes, dans le vide, comme des yeux d’aveugle. — Votre Seigneurie, dit-il humblement, vient de remporter une facile victoire sur un pauvre homme... qu’elle daigne se rasseoir... ”
Edward Bulwer-Lytton,
Pelham
(1828)
“ Après un instant de réflexion, je frappai chez le portier, je me procurai de l’eau froide, et je baignai les tempes de Tyrrel. Au bout de quelques moments il revint à lui. Il ouvrit les yeux lentement et se mit à regarder avec inquiétude autour de lui. « Parti ! (murmura-t-il) parti ! qu’est-ce qu’il venait faire ici dans un pareil moment ? se venger ? de quoi ? je ne pouvais pas lui dire ce qui l’avait tuée, il ne doit s’en prendre qu’à sa propre folie. Je ne crains rien ; je brave sa méchanceté. » ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ D’autres montèrent à l’assaut et tombèrent à leur tour, le visage sanglant, l’estomac fêlé. Chaque fois que le poing de Brian quittait la parade, chaque fois que son bras musculeux se tendait avec l’élasticité soudaine d’un ressort de métal, un homme était violemment précipité sur le trottoir et ne se relevait point. Les rangs des assaillants s’éclaircissaient, leur ardeur diminuait. Tyrrel était obligé de les pousser de force, et le médecin répétait en suivant la lutte avec beaucoup d’intérêt : — Diable ! ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Tyrrel frappa du pied et prit cet air terrible qui faisait jadis trembler Susannah et Roboam. — Paddy O’Chrane le considéra curieusement. — Par Gween et Gwenn de Carlisle, milord, acheva-t-il sans se presser ; je crois, tonnerre du ciel ! que Votre Seigneurie éprouve quelque contrariété ?... Tyrrel croisa ses bras sur sa poitrine et prit un air de résignation. — En somme, dit-il, vous êtes venu pour quelque chose... Y a-t-il du nouveau dans White-Chapel ? — Je veux mourir si je le sais, milord, mourir comme un chien, dans le ruisseau !... ”
Prosper Mérimée,
La Double Méprise
“ Tyrrel, quoique gastronome, est fort chevaleresque. Il se leva comme un furieux, courut à l’ânier, et lui demanda en Anglais, tant il était troublé par la colère, ce qu’il conduisait ainsi et ce qu’il prétendait faire de son sac. L’ânier n’avait garde de répondre, mais le sac s’agita violemment : des cris de femme se firent entendre ; sur quoi les deux esclaves se mirent à donner sur le sac de grands coups de courroies dont ils se servaient pour faire marcher l’âne. Tyrrel était poussé à bout. D’un vigoureux et scientifique coup de poing il jeta l’ânier à terre, saisit un esclave à la gorge ”
Alfred Loisy,
George Tyrrell et Henri Bremond
(1936)
“ Miss Petre, de son côté, m'écrivait, le 13 novembre 1926 : Dire que Tyrrell poursuivait (en écrivant) des buts particuliers est grotesquement le méconnaître. Son défaut était. l'opposé : le manque de plan défini, la promptitude à suivre l'impulsion et la lumière du moment. Mais, pardessous et à travers tout, rien qu'un dévouement total à la religion, un dévouement plus fort, à la vérité, que sa conviction, et si fort, qu'il estimait sa vie de nulle valeur sans cela. Naturellement il s'adaptait à sa compagnie ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Un éclat de rire de Tyrrel, auquel se joignit bientôt la bruyante hilarité des hommes de police, interrompit brusquement Lancester. — Décidément, il est fou ! prononça péremptoirement le médecin. — Fou à lier, pour le malheur de notre maison ! cria de sa fenêtre le comte de White-Manor. — Faites votre devoir ! dit le magistrat, en se rejetant au fond de sa voiture. Les policemen s’élancèrent tous à la fois ; mais la voix de White-Manor avait révélé le piège à Brian qui, lâchant le collet de Tyrrel, remonta d’un bond les marches du perron. ”
“ Or Thornton était encore penché sur lui et examinait le contenu du portefeuille pour s’assurer que tout allait bien. Le clair de lune ne laissa aucun doute à Tyrrell sur nos personnes ; et se débattant pour se relever, il s’écria : « Je vous connais ! je vous connais ! et je vous ferai pendre ». Il n’eût pas plus tôt proféré ces imprudentes paroles que tout fut fini pour lui. « Nous verrons, sir John, » dit Thornton, posant le genou sur la poitrine de Tyrrel, et le clouant à terre. Pendant qu’il était ainsi occupé, il me dit de tâter la poche de son habit pour y prendre son couteau à gaine. ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Brian, pâle comme un spectre, avait le front couvert de sueur et haletait. — Sur mon honneur, balbutia-t-il, — non, je ne puis croire... non ! — Vous mentez, nobleman, reprit Tyrrel avec une joie hideuse ; — ce nom, je n’ai même pas besoin de le prononcer... votre conscience vous le crie... Eh bien ! vous ne vous trompez pas. Il est son père, milord, elle est sa fille, et vous ne serez jamais son époux. ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ C’est un hasard diabolique ! — Cette miss Trevor est la fiancée de Rio-Santo ? dit Tyrrel. — Oui... j’aurais parié dix mille livres qu’elle était perdue ! C’est sa fiancée en effet... Cela fait partie de son grand projet, — de son secret ; — il veut acquérir par ce mariage l’éventualité d’une pairie... Pourquoi ?... c’est ce que nous ignorons. — C’est ce que nous saurons, docteur, avec de la patience et du temps. Moore ne répondit point, mais Tyrrel put l’entendre murmurer entre ses dents convulsivement serrées : — Une catalepsie qui finit comme une migraine !... Hartwell, le misérable ! ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ À ce moment même la porte extérieure s’ouvrait, et Brian descendait les marches du perron. Au bas du perron se tenait Tyrrel l’Aveugle. Brian le reconnut tout de suite. — Il reconnut aussi pour des policemen les hommes qui entouraient la maison de son frère. — Voilà qui se trouve à merveille ! dit-il à haute voix. Messieurs, je vous requiers de mettre la main sur cet homme. En même temps il saisit Tyrrel au collet. L’intendant de police et le médecin mirent la tête à la portière de la voiture. — Vous le voyez, dit Tyrrel ; — il n’y a pas à s’y tromper... Faites votre devoir. ”
Henri Rivière,
Le Meurtrier d’Albertine Renouf
(1867)
“ Ses habitudes d'esprit, sceptiques et hardies, cette longue dissimulation dont il s'était servi pour parvenir, et qui avait été pour lui un goût autant qu'un besoin, sa réserve savante en face des hommes et des choses, lui avaient donné cette impassibilité de visage sous laquelle se cachent les secrets desseins de l'âme et les agitations du coeur. C'était là d'ailleurs un masque qu'il aimait et qu'il ne déposait que rarement. Il y a quelque plaisir à rester impénétrable. M. de Tirlay était tout ensemble froid et passionné, ce qui ne s'exclut qu'en apparence. ”
Edward Bulwer-Lytton,
Pelham
(1828)
“ Je promenai mes yeux autour de moi et je vis Thornton en conversation intime avec un homme qui me tournait le dos, mais que je reconnus aussitôt pour Tyrrel. « Oh ! il ne tardera pas à venir, dit le premier, et nous le saignerons dans les règles ce soir. C’est singulier que vous qui jouez beaucoup mieux que lui, vous ne l’ayez pas plumé hier soir ! » Tyrrel répondit à voix basse et je ne pus l’entendre ; un instant après, la porte s’ouvrit et Warburton entra. ”
Paul Féval, Les Mystères de Londres
“ Tyrrel attendit durant quelques secondes, espérant que Lancester allait s’expliquer ; mais Lancester garda le silence, ce qui porta le juif à réfléchir. — Milord, reprit-il après une pause, vous me demandez là un secret qui est à vendre. — Je ne refuse pas de le payer, dit Brian. — C’est que vous êtes bien pauvre, milord ! ajouta Tyrrel en souriant ; plus pauvre que vous ne pensez... La main qui s’ouvrait dans l’ombre pour mettre tous les mois cent guinées à votre disposition, est aujourd’hui la main d’un pauvre prisonnier... ”
Edward Bulwer-Lytton,
Pelham
(1828)
“ Qu’est-ce que pouvait gagner Warburton (à supposer que ce fût bien la personne que je croyais) à se déguiser ainsi qu’il faisait ? Il était trop riche pour chercher un profit dans ses gains à la table de jeu, quelle que fût la somme qu’il gagnât à Tyrrel, et trop au-dessus de Thornton dans l’échelle sociale, pour tirer aucun plaisir ni aucun avantage de ses relations avec un pareil personnage. Les sombres menaces de vengeance dans le Jardin des Plantes et son allusion aux deux cents livres que Tyrrel possédait, me mettaient, à la vérité, sur la voie de son but réel. ”
“ Notre conversation fut interrompue par de grosses gouttes de pluie qui se mirent à tomber sur nous. Le nuage obscurcissait la lune et s’avançait d’une manière menaçante au-dessus de nos têtes. Tyrrell n’était ni d’âge, ni de complexion, ni de caractère à supporter avec la même indifférence que moi la perspective d’être trempé jusqu’aux os. « Allons, allons ! me cria-t-il, il faut que vous fassiez marcher votre cheval plus vite ; pour tous les chevaux du monde je ne voudrais pas être mouillé. » ”
“ Placé comme Tyrrell l’était alors dans l’échelle sociale, toute autre réparation que celle que j’avais rejetée d’abord, semblait désormais impossible. Ce fut donc à celle-là, toute faible, toute miséricordieuse qu’elle me parût, que j’eus recours. Vous avez bien voulu vous charger de mon cartel pour Tyrrell, vous vous rappelez sa conduite. Une mauvaise conscience ne peut jamais faire de nous que des lâches ! ”
Alfred Loisy,
Mémoires pour servir à l'histoire religieuse de notre temps…
(1930-1931)
“ Houtin avait relativement peu de lettres, et il a vu Tyrrell deux ou trois fois. Il est évident que des amis de toujours, comme Miss Petre et Brémond, savent beaucoup mieux à quoi s'en tenir au sujet de Tyrrell, et l'on sait d'avance ce qu'ils répondront. Ici je citerai seulement quelques lignes de la très belle lettre que m'écrivit de Pau, le 11 novembre 1926, Henri Brémond : Comment expliquer à ces rigides ce qu'est une pensée vivante, qui n'est pas qu'une pensée, et qui se cherche, évoluant constamment, allant bravement aux extrêmes. Au fond, je crois, un mysticisme fondamental,. ”
“ Ma main était sur mon pistolet que je venais de saisir pour ma vengeance préméditée, quand un cri aigu, perçant, solitaire, vint éclater à mon oreille. « Aucun bruit ne suivit, tout redevint silencieux. J’approchais justement du bas de la descente, lorsqu’un cheval sans cavalier passa devant moi. L’averse avait cessé et la lune depuis quelques minutes s’était échappée de derrière les nuages ; à sa clarté je reconnus le cheval monté par Tyrrell. « Peut-être, pensai-je, il a désarçonné son maître et maintenant ma victime ne peut plus m’échapper ! » ”
Julien Caboche, Vies des enfants célèbres de tous les temps et de tous les pays… (1844)
“ Il y avait alors à Londres un nommé James Tyrrel, homme perdu de dettes et de débauches, qui ne conservait de l'humanité que les passions les plus viles, les plus honteuses. Gloucester vit bien que celui-là était son homme, il lui confia cette hor- rible besogne. Tyrrel choisit trois complices ; ils se mirent quatre hommes pour étouffer deux pauvres petits enfants. Presque toujours le crime est lâche. Eux, ils étaient endormis l'un près de l'autre; ils se tenaient enlacés dans leurs bras innocents et blancs comme l'albâtre. Un livre de prières était posé sur leur chevet. ”
Edward Bulwer-Lytton,
Pelham
(1828)
“ Il se dirigea aussitôt vers Thornton et son compagnon, et après les salutations d’usage, Warburton dit de ce ton de modulation artificielle qu’il avait l’habitude de donner à sa voix : « Je suis sûr, Tyrrel, que vous avez hâte de prendre votre revanche. Perdre contre un novice comme moi, c’est plus qu’il ne faut pour doubler le chagrin de la défaite et le désir des représailles. » ”
“ Le service que j’ai à vous demander c’est d’aller trouver immédiatement sir John Tyrrell avec un cartel de ma part. Depuis la dernière fois que je vous ai vu, j’ai donné la chasse en vain à cet homme. Il avait quitté Londres ; il y est revenu ce soir et doit en repartir demain ; vous n’avez pas de temps à perdre. — Mon cher Glanville, lui dis-je, je ne désire point apprendre les secrets qu’il vous convient de me cacher ; mais laissez-moi vous demander quelques instructions plus précises : comment dois-je provoquer en votre nom sir John Tyrrell ? ”
Alexandre de Saillet, Histoire des duels célèbres (1857)
“ Comme meurent les tyrans, percé mortellement à la chasse par une main inconnue, la main d'une de ses victimes. (Voir au chapitre premier.) On a voulu repousser cette vérité : il fut frappé à la chasse, disent quelques historiens, par la maladresse d'un chevalier français nommé Gautier Tyrrel, qui s'enfuit aussitôt sur le continent et vint à la cour de France. Là, il pouvait avouer sans danger sa mala- dresse, et Suger nous apprend que Tyrrel ne cessa de protester contre l'imputation de ce meurtre, fût-il involontaire, et prouva qu'il n'était pas même en Angleterre quand l'événement eut lieu. ”
