“ Pétrone est admirable partout, dans la pureté de son style, dans la délicatesse de ses sentiments. Ce qui me surprend davantage est cette grande facilité à nous donner ingénieusement toutes sortes de caractères. Térence est peut-être l’auteur de l’antiquité qui entre le mieux dans le naturel des personnes : j’y trouve cela à redire, qu’il a trop peu d’étendue ; et tout son talent est borné à faire bien parler des valets et des vieillards, un père avare, un fils débauché : voilà où s’étend la capacité de Térence. ”
Pétrus Térence
Définition et enjeux
Citations sur “Pétrus Térence”
Albert Robida,
Le XIXe siècle, texte et dessins
(1888)
“ A quoi tient la vie? Si Pétrus ne m'avait pas remarquée au magasin et s'il n'avait, par ses œillades brûlantes, causé l'écroulement de ma vertu, je n'aurais sans doute jamais eu l'occasion de rencontrer le député d'Angoulême, je ne serais pas entrée au théâtre, et, pas de théâtre, bien des fautes de moins à confesser, mais aussi, pas de poète, pas d'écrivain et pour finir, pas de prince! Les émotions poignantes de l'amour trahi, je ne les eusse pas connues, ni les joies de l'amour partagé ! Pétrus fut la cause première de tout. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Puis, pour la première fois de sa vie, Pétrus pensa que la coutume chizerote qui fait se tutoyer les gens de même génération, quelque différence de fortune qui existe entre eux, est une fort sotte coutume. ”
“ N’attendez de lui ni galanterie, ni passion, ni les sentiments, ni les discours d’un honnête homme. Pétrone, d’un esprit universel, trouve le génie de toutes les professions et se forme comme il lui plaît à mille naturels différents. S’il introduit un déclamateur, il en prend si bien l’air et le style qu’on dirait qu’il a déclamé toute sa vie. Rien n’exprime plus naturellement le désordre d’une vie débauchée que les querelles d’Encolpe et d’Ascylte sur le sujet de Giton. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Pétrus ajouta mille fables qui ne réussirent pas à vaincre la répugnance de Paul. Si celui-ci refusa absolument de décamper, suivant l'expression de son camarade, il ne put résister au chagrin qu'il éprouvait en voyant la robe de toile de sa sœur toute mouillée. La pluie avait tourné en averse; elle était mêlée de grêlons qui déchiraient les feuilles des arbres et rebondissaient comme de petites balles sur la capote goudronnée de la charrette. ”
René de Pont-Jest,
Sang-Maudit
“ Chez des amis, mon enfant, lui répondit la personne qui la soignait ; chez des amis, où vous n’avez plus rien à craindre. En ce moment même, Pétrus entra dans la chambre où la noyée reprenait ses forces. ”
“ A la tête des nombreux admirateurs de Pétrone marchent Vossius et Douza, Turnèbe et Pithou, Briet et Ronsin. Les censures même hasardées contre Pétrone sont mêlées, disent-ils, d’éloges arrachés par la force de la vérité ; et, dans la bouche d’un ennemi, la louange est d’un bien plus grand poids que les reproches. Cette barbarie même et cette bassesse d’expression, qui paraissent défigurer quelquefois le style de Pétrone, sont aux yeux de Ménage le chef-d’œuvre de l’art ; il ne les a placées que dans la bouche des valets et des débauchés sans délicatesse. ”
Albert Robida,
Le XIXe siècle, texte et dessins
(1888)
“ Êtes-vous le fils, le parent ou simplement l'homonyme de Pétrus Ringard, peintre romantique des environs de 1830, cette belle, heureuse et lumineuse époque qui, dans notre triste et orageux xtx" siècle, fait l'effet d'un superbe coup de soleil ? Êtes-vous Pétrus lui-même ? Sorti de la lutte, disparu complètement depuis vingt-cinq ou trente ans, je le croyais mort, comme lui-même a pu me croire enterré depuis plus longtemps encore. Si vous êtes Pétrus Ringard, si tu es Pétrus, mon vieil ami, permets qu'après quarante années je te serre la main aussi vigoureusement que je pourrai. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Puisqu'il vous faut des camarades, continua le maître du Pilori, je vous enverrai demain mon fils Pétrus, qui est de votre âge; il a plus d'esprit et d'éducation que votre bénicheux, et c'est un ami qui vous convient mieux que le fils d'un simple vigneron. ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut
“ Pétrus donna à son visage huileux une expression solennelle. On eût dit un fakir accouchant d’une prophétie. Il contempla longtemps l’Androgyne avant d’énoncer, d’un ton fatal : « Mademoiselle, vous tentez en vain de vous dérober à l’irrésistible séduction masculine. Vous terminerez certainement votre carrière amoureuse entre les bras d’un homme. » ”
Albert Robida,
Le XIXe siècle, texte et dessins
(1888)
“ En ai-je vu avec Pétrus, à l'Ambigu, à la Galté, à la Porte-Saint-Martin !. La Tête de bronze, la Morte Vivante, Walter le cruel, la Muette de la forêt, l'Aigle des Pyrénées, la Tête dé mort, le Remords, le Vampire, le Solitaire, le Corregidor, Han d'Islande, Sept heures, l'Honneur dans le crime!. etc. Pétrus riait quelquefois, moi je frissonnais! J'en rêvais, j'ai toujours adoré avoir peur! Comment je devins actrice, c'est plus difficile à dire. Voilà : le député d'Angoulême qui faisait semblant d'aimer la peinture de Pétrus, m'avait déjà proposé de me faire entrer au Conservatoire. ”
Pétrarque,
Les Rimes de François Pétrarque
“ Celle-ci, qui avec son regard dérobe les âmes, m’ouvrit la poitrine et me prit le cœur avec la main, en me disant : ne parle point de cela. Puis je la revis seule, sous un nouvel aspect, et telle que je ne l’avais point connue (ô sens humain !) je lui dis au contraire la vérité, plein de peur ; et elle, reprenant aussitôt son air habituel, me changea hélas ! d’homme que j’étais, en un rocher quasi vivant et épouvanté. Elle parlait d’un air si courroucé, qu’elle me fit trembler dans la pierre où j’étais, en entendant : Je ne suis pas telle que tu me crois sans doute. ”
“ Là, rien n’est feint ; les attitudes sont d’une telle vérité, qu’elles enflammeraient le vieux Priam et l’infirme Nestor. Déjà les désirs exaltés veulent être assouvis ; déjà chaque femme reconnaît qu’elle ne tient dans ses bras qu’une femme impuissante, et l’antre retentit de ces cris unanimes : Introduisez les hommes ; la déesse le permet. Mon amant dormirait-il ? qu’on l’éveille. Point d’amant ? je me livre aux esclaves. Point d’esclaves ? qu’on appelle un manœuvre. A son défaut, si les hommes manquent, l’approche d’un âne ne l’effrayerait pas. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Pétrus, hasardant sa tête hors de la capote de toile, aperçut à deux cents pas en arrière, sur la grand’route, un homme robuste qui accourait en faisant les grands bras et en lui montrant le poing, puis, sur le chemin de Marna, un jeune garçon de tournure dégagée qui agitait dans sa main une forte gaule de coudrier. ”
Sixième centenaire de la naissance de Pétrarque… (1904)
“ « Tu descends où l'amour me mène ; marche en avant. Arrête-toi dans le pays enchanté où, sur ta rive gauche, brille la radieuse beauté à laquelle j'ai voué ma vie. Baise ses pieds, baise sa main ; dis-lui dans un murmure que si je vais lentement, mon âme a des ailes. » Mon Dieu ! pourquoi lutter davantage puisque la résistance a été héroïque, puisque l'amour est d'essence divine ! Pétrarque succombe, Pétrarque est vaincu. Mais la fanfare qui sonne la défaite du philosophe sonne en même temps le triomphe du poète et son entrée dans l'immortalité. ”
Les perles : pièces d'écrin artistique et littéraire (1867)
“ Pierre, c'est Bel-Amour, notre brave cousin, qu'on va faire mourir. — Que ne suis-je morte ! s'écria Terrette avec l'accent du désespoir. En même temps, elle roulait sur ses doigts les longues mèches noires de sa chevelure, qu'elle s'efforçait d'arracher.-Le roi est bon ! il est bon ! répétait-elle avec une sorte de rage ; puis, en grinçant les dents, de ses mains crispées elle déchirait ses vêtements. — Fais donc attention, Terrette ! Que veux-tu que le monde pense de toi? Tiens, on nous regarde! Ah! mon Dieu! mon Sauveur! grand saint Remi! ayez compassion!. Elle en deviendra folle. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Nous ne venons que pour nous promener, répondit Pétrus qui fit filer sa bande en aval de la Saône afin d’esquiver une plus longue admonestation. Pétrus, reprit Mme Chardet, passé les genêts il y a de grands trous dans la rivière, du côté où tu vas. On perd pied tout de suite. ”
“ Le Pétrone dont parle Tacite est pour moi le véritable Pétrone. Il est homme de goût et d’esprit ; il est homme d’état et homme de plaisirs ; il dort le jour, la nuit il s’amuse et il travaille ; il meurt sous Néron, et il meurt en riant ”
“ Le dernier vers, traduit mot à mot, est plat, incohérent, ridicule ; il ternit toutes les grâces des précédents ; il présente l’idée funeste d’une mort véritable. Pétrone ne sait presque jamais s’arrêter. C’est le défaut d’un jeune homme dont le goût est encore égaré. C’est dommage que ces vers ne soient pas faits pour une femme ; mais enfin il est évident qu’ils ne sont pas une satire de Néron. Ce sont les vers d’un jeune homme dissolu qui célèbre ses plaisirs infâmes. ”
Albert Robida,
Le XIXe siècle, texte et dessins
(1888)
“ D'autres invités de Pétrus survenant, le portier dut regagner sa loge où il se barricada. Et jusqu'au matin la maison fut livrée aux pierrots, pierrettes, débardeurs, débardeuses, sauvages et sauvagesses. Dans le très petit appartement de Pétrus, ils étaient bien vingt-cinq sur nos têtes qui faisaient du bruit comme deux cents. ”
“ À PERETTE La voyez-vous cette jeune Perette, Aux pieds légers, quoique peu délicats, En bavolet, en cheveux plats, En jupe simple, mais proprette ? Eh bien ! de la pauvre fillette Je voudrois pour toujours assurer le bonheur. Ah ! qui m’a fait sentir le plaisir d’être aimée, A des droits sacrés sur mon cœur. Par sa naïveté Perette m’a charmée. ”
“ Contre moi si ce mot excitoit votre humeur !... Dans ce moment, quoique bien attendrie, Je ris de sa naïve peur ; Mais après, pour toujours, Perette en fut guérie. Ô doux pouvoir du sentiment ! Depuis cet aveu si touchant, Tout ce qu’elle fait sait me plaire : Elle a de l’esprit, des appas ; Mon potage est meilleur, et mon lait est plus gras, Présenté par la main de cette ménagère. Perette, dans tes goûts, ne sois jamais légère ”
Marcel Schwob,
Vies imaginaires
(1929)
“ Ainsi Pétrone vécut mollement, pensant que l'air même qu'il aspirait fût parfumé pour son usage. Quand il fut parvenu à l'adolescence, après avoir enfermé sa première barbe dans un coffret orné, il commença de regarder autour de lui. Un esclave du nom de Syrus, qui avait servi dans l'arène, lui montra les choses inconnues. Pétrone était petit, noir, et louchait d'un œil. Il n'était point de race noble. Il avait des mains d'artisan et un esprit cultivé. ”
Henryk Sienkiewicz,
Quo vadis
(s. d. (avant 1936))
“ C’est vrai, seigneur, rien ne peut échapper à la sagacité de Pétrone. Je ne lui ai pas donné d’argent, ou plutôt je lui en ai donné en intention, en mon for intérieur, ce qui devrait lui suffire, s’il était un vrai philosophe... ”
“ Encolpe, soit que, dès son bas âge, par quelque accident ordinaire il eût perdu ses parents, soit que simplement, dans les premiers jours de l’adolescence, emporté par la fougue des passions, il se fût, sans tarder, soustrait à la domination ordinairement si douce, presque toujours si utile, mais parfois importune, d’un père et d’une mère, Encolpe, dis-je, paraît avoir été représenté par Pétrone comme ayant été de très bonne heure livré à lui-même et maître de ses actions. ”
Ammien Marcellin, Marcellin, Jornandès, Frontin, Végèce…
“ Cette passion, chez le prince, était encore excitée par son beau-père Pétrone, personnage hideux de mœurs autant que d’aspect, qui, de simple officier de la légion Martense, n’avait fait qu’un saut au patriciat. Pétrone, avide de dépouilles, se prenant à tous avec la même fureur, enveloppait dans ses filets innocents et coupables. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Sans autre ressource que leur industrie, sans respect pour des lois qui leur avaient fait une existence si dure, forcés de vivre aux dépens des autres et s’y résignant sans peine, ils étaient merveilleusement préparés par leur situation à faire des héros d’aventures. C’est à cette classe d’hommes qu’appartiennent les personnages de Pétrone. Le principal d’entre eux, Encolpe, celui qui raconte son histoire, est un misérable qui a tué, volé, déshonoré la femme d’un ami, et qui ne paraît pas s’en faire de scrupules. ”
Vittorio Alfieri,
Mémoires de Victor Alfieri, d’Asti
“ Six ou sept ans après, je me trouvais logé en face d’elle ; elle m’accueillit d’une manière toute charmante. Je n’avais rien à faire, et le dirai-je ? j’avais peut-être une de ces âmes dont Pétrarque a dit avec tant de vérité et de sentiment : « Je sais comme aisément se laisse entraîner une âme noble, quand elle est seule, et qu’il n’est là personne pour la défendre. » ”
“ On ne saurait douter que Pétrone n’ait voulu décrire les débauches de Néron, et que ce prince ne soit le principal objet de son ridicule, mais de savoir si les personnes qu’il introduit sont véritables ou feintes ; s’il nous donne des caractères à sa fantaisie, ou le propre naturel de certaines gens, la chose est fort difficile, et on ne peut raisonnablement s’en assurer. Je pense, pour moi, qu’il n’y a aucun personnage dans Pétrone qui ne puisse convenir à Néron. Sous Trimalcion, il se moque apparemment de sa magnificence ridicule et de l’extravagance de ses plaisirs. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ C’est donc vraiment un royaume que gouverne Trimalchion, et dans ses possessions il vit comme un prince. Ses gens imitent ses manières ; ils sont insolens pour les étrangers, durs à leurs serviteurs. Esclaves eux-mêmes et souvent maltraités par le maître, ils ont des esclaves qu’ils maltraitent pour se venger. Pétrone nous en représente un qui est prêt à punir de mort un de ses serviteurs. Tout le monde lui demande de faire grâce, mais il se fait prier pour y consentir. ”
Victor Hugo,
Proses philosophiques
“ On peut, à coup sûr, être un esprit ironique et tranquille, ne croire à rien, et quitter cette vie d’une façon fière. Pétrone, homme de plaisir, fait tout ce qu’il peut pour mourir voluptueusement. Il se met dans un bain tiède, relit l’ordre de Néron, récite quelques vers d’amour, puis prend un couteau et se coupe les quatre veines ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Quand il s’agit de reproduire les entretiens de ces pauvres gens, Pétrone attrape avec une habileté merveilleuse leur façon de plaisanter et de moraliser. Il suit pas à pas tous les caprices de leurs interminables commérages. Il est d’abord question d’un camarade qu’ils viennent de perdre. ”
“ La première difficulté qui se présentait, c’était le choix d’un texte : l’ouvrage de Pétrone a tellement souffert de l’injure des temps et de l’ignorance des copistes, qu’il offre à chaque instant des passages mutilés ou corrompus, dont il est impossible de fixer le véritable sens, malgré les doctes et laborieuses élucubrations des Reinesius, des Douza, des Gonsalle de Salas, des Barthius, des Heinsius, des Pithou, des Bourdelot, des Bouhier, des Burmann, et d’une foule d’autres savants illustres. ”
Fredrika Bremer,
Nouveaux Tableaux de la vie privée…
(1862)
“ Cependant il était homme à comprendre l'émotion de la jeune fille, et ce fut avec une gravité pure dans le regard, avec le sourire de la satire la plus bienveillante sur les lèvres, qu'il chercha à calmer les sentiments qui débordaient chez Pétréa. Ensuite il lui dit de belles paroles sur ce qui sanctifie notre vie, n'importe le lieu où l'on édifie sa cabane, que ce soit dans le désert ou au milieu des hommes. Pétréa conserva toujours le souvenir de ces paroles ; elles traversèrent souvent le chaos de son âme comme de purs rayons de lumière. ”
“ Si j’osais, après tant de savants qui se sont épuisés en conjectures sur cet ouvrage, émettre mon opinion personnelle, je dirais : Non, le Satyricon n’est pas la diatribe contre Néron, que Pétrone composa à l’article de la mort, tandis que sa vie s’écoulait avec son sang : la longueur de cette Satyre ne permet pas de le croire ”
“ Philumène, cette honnête dame, n’est pas moins bonne, qui, après avoir escroqué plusieurs héritages dans la fleur de sa jeunesse et de sa beauté, devenue vieille, et par conséquent inutile à tout plaisir, tâchait de continuer ce bel art par le moyen de ses enfants, qu’avec mille beaux discours elle introduisait auprès des vieillards qui n’en avaient point. Enfin, il n’y a profession dont Pétrone ne suive admirablement le génie. Il est poète, il est orateur, il est philosophe, quand il lui plaît. ”
