“ Le duc Rolant s’aïra durement, Mais ne le veult demostrer autement. Les jantils homes, les sages que furent, Naime e les autres lui distrent bellement : 5720« Ne prenez mie sor mal entendiment « Le dit vos oncle, car sor mal non apent. » Le duc se tait, ne lor respond nïent ; Voit Ysorés venir paurosement ; Ronpent la presse cels qui le amenoient ; 5725Le Saraçin les demandoit souvent : « Qeil est Rolant ? » E cels li mostrerent. Quant il le vit, enver lui se destent E comança a parler franchement. ”
Citations sur “Rolant”
Léon Gautier, La Chanson de Roland/Léon Gautier…
“ « Passez les porz trestut soürement : « Pour vous, passez les défilés en toute sûreté ; « Ja mar crendrez nul hume à mun vivant. » Aoi. « Tant que je vivrai, vous n’avez personne à craindre ! » Vers 783. — Li Empereres apelet sis niés Rolant. O. Vers faux, et qui contient un solécisme, sis niés pour sun nevuld. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – La Révolte
“ Il entendait que le secrétaire lui disait : — Allons, lâchez cela, lâchez cela !... et il s’entendait lui-même crier des mots sans suite, et frapper avec le cendrier le rebord de la table. — Sortez ! hurla le grand-duc, au comble de la fureur. Sortez ! Sortez ! Je vous chasse ! Les officiers s’étaient approchés du prince, et essayaient de le calmer. Le grand-duc, apoplectique, les yeux hors de la tête, criait qu’on jetât ce chenapan à la porte. Christophe vit rouge : il fut tout près d’appliquer son poing sur le mufle du grand-duc ”
Charles de Ribelle, Voyages à travers le monde et l'industrie des nations… (1863)
“ Ce spectacle, tout en nous rapetissant à nos yeux, nous avait rendus glorieux, et c'était avec une véritable fierté que nous pensions que l'homme était l'agent, l'architecte de toutes les merveilles que nous venions d'admirer. — Oui, me dit M. Rolland, l'homme est prédestiné à accomplir de grandes choses; mais, hélas! sera-t-il assez sage pour ne plus gaspiller dans la bataille et dans de jalouses rivalités avec ses semblables, les forces et les aspirations qu'il tient du Créateur? ”
Romain Rolland,
Colas Breugnon
“ Comme, dans le saint lieu, ils n’osaient pas crier, on les voyait remuer le nez et les babines, ouvrir des yeux énormes, faire le dos en boule, froncer le front, souffler, gonfler les joues, le tout sans qu’il sortît un son. Nous nous tenions les côtes ; et tout en pariant et riant, nous aussi, nous avions pris parti. Les hommes d’âge, pour le juge, représentant du seigneur duc (qui voudrait le respect pour soi, le prêche aux autres) ; les jeunes coqs, pour notre maire, champion de nos libertés. Moi, j’étais pour celui des deux qui l’autre rosserait le mieux. ”
Romain Rolland,
Colas Breugnon
“ Tribunaux, cour de bailliage, Table de marbre du Palais, ont rendu arrêt sur arrêt, établissant que notre pré n’était pas nôtre. Comme on sait, justice est l’art, pour de l’argent, d’appeler noir ce qu’on voit blanc. Ça ne nous troublait pas beaucoup. Juger n’est rien, avoir est tout. Que la vache soit noire ou blanche, garde ta vache, mon bonhomme. Nous la gardions et nous restions dans notre pré. C’est si commode! Pensez donc! C’est le seul pré qui ne soit pas à l’un de nous, dans Clamecy. Étant au duc, il est à tous. ”
Romain Rolland,
L’Âme enchantée
“ Marc, saisi, lui prit la main : — « C’est vrai. Pardon ! Vous avez eu votre rude tâche. Mais si la mienne est juste, si vous l’approuvez, pourquoi ne pas en prendre votre part ? » Bruno dit : — « Je suis de la réserve, à présent, et vous de l’active. Chacun son tour ! » — « Le combat », dit Marc, « a besoin de tous les combattants. » — « Votre combat », dit Bruno, « n’est qu’un épisode de la grande bataille. Vous n’embrassez qu’un pan du champ. Ne vous occupez pas du reste de l’armée ! Chacun des corps a reçu ses ordres. Exécutez les vôtres. Avancez ! » ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ TEULIER. Le commandant Verrat t’a promis quelque chose ? Il a causé avec toi ? Quand t’a-t-il vu ? Que t’a-t-il dit ? LE PAYSAN, éperdu. Il ne vous a rien dit ? Vous ne m’avez pas fait grâce ? — Ah ! le brigand ! il m’a trompé !... Pitié, citoyens ! Sauvez-moi ! Je dirai tout. QUESNEL. Parle. LE PAYSAN. Est-ce que vous me sauverez au moins, vous autres, si je dis la vérité ? QUESNEL. Non. La Convention n’arrache point la vérité par un mensonge. Tu mourras. LE PAYSAN, haineux. Eh ! que m’importe alors que vous vous tuiez les uns les autres ! TEULIER. Donc d’Oyron n’est pas coupable ? ”
Romain Rolland,
Le Buisson ardent
“ Et les femmes, restées en haut des marches, hululaient. — Ainsi, le petit bourgeois aristocrate déclencha le ressort de la bataille, que nul ne voulait moins que lui. Christophe, entraîné par les ouvriers, s’était jeté dans la bagarre, sans savoir qui l’avait causée. Il était à cent lieues de penser qu’Olivier s’y trouvait mêlé. Il le croyait bien loin déjà, tout à fait à l’abri. Impossible de rien voir du combat. Chacun avait assez à faire de regarder qui l’attaquait. Olivier avait disparu dans le tourbillon, telle une barque qui coule au fond. ”
Romain Rolland,
L’Âme enchantée
(1930-1934)
“ On a fait le saut. On a fait le sot. Une, deux... Allons! Jusqu'au bout! La vie ne délivre pas de billets d'aller et retour. Une fois parti, on ne revient plus... Et quand je l'aurais pu, je ne reviens pas seul! On est ensemble... Je sais que c'est absurde, que cette mort, c'est pour rien. Mais se sauver seul, non! cela ne se fait pas! Je suis du troupeau. Je suis le troupeau. — Et le troupeau vous suit. — Moutons de Panurge. — Quand donc l'un de vous refusera-t-il de sauter? — Il ne viendra pas de nos prés. — Qui sait? — Sera-ce du vôtre, Annette? Votre petit mouton? ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ Quelques-uns seulement : Quesnel, Vidalot, Chapelas sont assis. Les autres restent debout, près de la cheminée, avec leurs manteaux sur les épaules, ou se promènent, vont et viennent vers la fenêtre. On sent continuellement chez eux la préoccupation de ce qui se passe au dehors, de la bataille qui continue.QUESNEL. Citoyens, c’est à regret, et sur les instances de l’un des vôtres, que je vous réunis à cette heure matinale, pour décider d’une affaire urgente, LES OFFICIERS. Des nouvelles, Quesnel ? — Un courrier de Custine ? — Un message de la Convention ? — Verrat a pris les îles. ”
Romain Rolland,
L’Âme enchantée
“ « Fort, mon garçon ! Une bonne pince ! » Il la lâcha : — « Oh ! je t’ai fait mal ?... » — « Ce n’est rien... De bons étaux, que je lui ai donnés... Il est bien armé... Mais ce n’est rien, d’être bien armé et d’être fort !... Il faut connaître l’adversaire. Le connais-tu ? « Elle ne parlait déjà plus d’elle. Il ne comprit pas. Ils étaient presque front contre front. Elle toqua le front, doucement, contre celui de Marc, et répéta : — « Le connais-tu, mon grand lutteur ? Le connais-tu bien, l’adversaire ? » — « Qui ? » demanda-t-il. « Toi ? » ”
Romain Rolland,
Dans la maison
“ Peuh ! fit Christophe, vous ne connaissez pas la lâcheté de vos maîtres. Je te croyais seul d’abord, je t’excusais de ne pas agir. Mais en réalité vous êtes toute une armée, qui pensez de même. Vous êtes cent fois plus forts que ceux qui vous oppriment, vous valez mille fois mieux, et vous vous en laissez imposer par leur effronterie ! Je ne vous comprends pas. Vous êtes dans le plus beau pays, vous êtes doués de la plus belle intelligence, du sens le plus humain, et vous ne faites rien de tout cela, vous vous laissez dominer, outrager, fouler aux pieds par une poignée de drôles. ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ Le paysan pleure comme un enfant.JEAN-AMABLE, dégoûté. Pouah ! Il lui tourne le dos. BUQUET, ne s’occupant plus du paysan. Eh ! bien, Jean-Amable, tu étais donc de la sortie de cette nuit ? JEAN-AMABLE, avec une joie enfantine. Oh ! cela a été si amusant, Fortuné ! Imagine que nous avons traversé toute l’armée ennemie. Une fois, nous avons rencontré des patrouilles de cavalerie, — tu sais, des hussards rouges. Nous leur avons dit le mot d’ordre. Ils nous ont pris pour des paysans chargés de couper les blés la nuit... Et le flegme de Teulier ! ”
Romain Rolland,
Colas Breugnon
“ Eh! laissez le bon Dieu loger comme il lui plaît ses hôtes: c’est son office, et ne vous mêlez pas de faire sa police. À chacun son royaume. Le ciel à Dieu, à nous la terre. La rendre, s’il se peut, plus habitable est notre affaire. On n’est pas trop de tous, pour en venir à bout. Croyez-vous qu’on pourrait se passer d’un de vous? Vous êtes tous les quatre utiles au pays. Il a autant besoin de ta foi, Jean-François, en ce qui a été, que de la tienne, Antoine, en ce qui devrait être, de ton humeur aventureuse, Aimon-Michel, qu’Anisse, de ton immobilité. ”
“ Le comte Roland revient sur le champ de bataille. Durandal au poing, il frappe en homme de cœur, Tranche par le milieu Faudron du Puy, Et vingt-quatre païens des plus estimés. On ne verra jamais homme plus ardent à la vengeance. Comme le cerf s’enfuit devant les chiens, Ainsi les païens fuient devant Roland. ”
Józef Ignacy Kraszewski,
Sans coeur : roman
(1886)
“ Roline s'en retournait au logis mécontente d'elle-même et de la soirée, aigre, et avec le pressentiment qu'elle n'avait pas atteint son but. Son père, ayant trouvé des auditeurs complaisants, s'était parfaitement amusé chez le baron. Le brave homme, enchanté et ravi, devenu bavard après un bon souper, se démenait au retour avec tant d'animation qu'il ne laissait pas de repos à sa fille, silencieuse et triste. ”
Romain Rolland,
L’Âme enchantée
“ Et loin de se retirer dans le rêve de l’Un, que lui avait ouvert la flûte du chevrier, elle en puisait, par ses racines, du fond de la terre, les énergies ; et elle les transfusait dans l’action. Que serait l’Un, si le sang de l’action n’y circulait point ? L’Un est en acte. L’Un est en marche. S’il s’arrêtait, un seul moment, tout croulerait. Tout croulerait, pour une Annette et pour ses frères et sœurs d’Occident. ”
Manon Roland,
Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793
“ À ROLAND, [EN VOYAGE] [37] 21 mai 1782, – d’Amiens. Il est douteux que tu reçoives cette lettre, je le sais, mon tendre ami ; mais il m’est doux de te l’écrire et de penser que peut-être tu la recevras avec plaisir ; je dis peut-être quant à la réception ; car je crois l’autre aussi certain pour toi que je le sens de tout ce qui me vient de ta part. Où es-tu dans ce moment ? Tu es encore bien loin de revenir ! Jamais l’empire de l’habitude ne s’est uni plus fortement à l’effet d’un attachement profond, qu’il ne l’est actuellement chez moi pour me rendre ton absence pénible. ”
Adrien Robert, Le combat de l'honneur (1864)
“ Gérald prit la main qu'il lui tendait et la serra cordialement. S'il n'avait pas été ganté, le blessé eût tressailli au contact de cette main plus froide que le marbre. * Rolder m'a écrit tout ce qui s'est passé, dit le vicomte en faisant un effort pour dominer l'émotion qui faisait trembler sa voix; je n'ai pas perdu une seconde pour venir vous serrer la main et vous dire combien je suis heureux et chagrin à la fois de l'issue de ce duel. C'est un grand hasard, un grand bonheur que vous n'ayez pas été frappé plus dangereusement. ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ Silence. Les officiers sont aux fenêtres. Verrat tourne le dos au public. Teulier et Quesnel restent assis à la table. — Quesnel impassible, impénétrable ; Teulier, la tête dans les mains. — On entend une voix forte et monotone lire au dehors.BUQUET. On lit l’arrêt. TEULIER, à mi-voix, angoissé, suppliant Quesnel. Quesnel,... Quesnel,... au nom de Dieu !... un mot,... il suffit d’un mot ;... j’ai dit vrai, tu le sais ; tu le sais bien, toi ! Roulement de tambours.QUESNEL, se levant et se découvrant. À la patrie ! LES OFFICIERS, avec solennité. Vive la nation ! ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ Des soldats sans-culottes l’entourent en criant et dansant, et portent leurs bonnets rouges sur leurs sabres ou leurs piques. Un enfant bondit devant, en poussant des cris aigus, et jette en l’air son bonnet. Un fifre joue le Ça ira. Par la porte, on aperçoit une grande foule qui ne peut entrer. Les jacobins qui le portent, font avec lui le tour de la salle, avec des gestes absurdes et emphatiques, et finissent par le déposer sur la table. Les officiers du conseil se sont levés, sauf Teulier qui s’assied. Quesnel soulève son chapeau en silence. Verrat salue avec son sabre nu. ”
Marc Elder, Deux essais: Octave Mirbeau, Romain Rolland
“ Ceux-là n’ont que de la cervelle; ceux-ci de la chair et des os, avec un cœur qui bat dessous.M. Romain Rolland, qui est de ces derniers, a connu la longue enfance dans la campagne, où se dilatent précocement les âmes en s’accoutumant à sentir. Toute son œuvre a un solide fond de réalité sur lequel on marche d’aplomb, ainsi que sur une belle route, parmi des personnages, qui sont autant de compagnons d’étape, divers et bien vivants. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – La Révolte
“ De temps en temps, elle s’essuyait le menton et le cou avec son tablier, relevait ses cheveux avec son bras, se frottait la joue contre son épaule, ou le nez au dos de sa main. Ou, les mains sur ses genoux, elle faisait passer indéfiniment de l’une à l’autre une poignée de petits pois. Et elle regardait à droite et à gauche, d’un air désœuvré et dilettante. Mais elle ne perdait rien de tout ce qui se faisait autour d’elle ; et, sans en avoir l’air, elle cueillait tous les regards qui lui étaient destinés. Elle vit parfaitement Christophe. ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ INVALIDES. Monseigneur, il a perdu la tête, il brise tout dans sa chambre, il crie et pleure comme un enfant. VINTIMILLE, haussant les épaules. Allons. Je prendrai donc sa place jusqu’au bout. — À lui-même, ironique, un peu amer. Je ne me doutais pas que j’aurais un jour l’honneur de faire tomber, avec les quatre siècles de ces murailles, la royauté de France aux mains des avocats. Voilà une belle tâche. Faquin de sort !... Peuh ! Rien n’est rien, tout est indifférent, tout passe, tout finit. La mort arrange tout. ”
Romain Rolland,
L’Âme enchantée
(1930-1934)
“ En le berçant de ses paroles, elle perçut le sifflet du train qui partait... Une pointe d'aiguille dans la poitrine... Il est parti... — Et l'ami mort fut mort deux fois. Il fallait penser à celui qui restait. L'autre n'avait plus besoin de nous. Jusqu'à cette heure, il absorbait la pitié d'Annette. Il n'était plus à plaindre, désormais. Et la pitié reflua vers le vivant. Le mort le lui avait confié : — Je te le lègue. Prends ma place! Il est à toi. La pitié, avec Franz, avait libre carrière. Il n'était pas comme Germain, qui se raidissait contre elle, et ne voulait point être plaint. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Qu’aucun chevalier, venu par terre ou par mer dans l’embouchure du fleuve, n’avait refusé de s’entretenir avec la damoiselle et de la conseiller dans sa cruelle position. En entendant cela, Roland s’élance sans retard sur la rive, et comme il était humain et rempli de courtoisie, il va où le vieillard le mène. ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ QUESNEL. Verrat n’est pas coupable. TEULIER. Tu n’oserais le jurer. QUESNEL. Eh bien, s’il y a un crime, qu’il retombe sur moi ! TEULIER. Tu as les reins solides ; mais moi, je ne puis pas. Que dirait ma conscience ? Quelles tortures, jour et nuit, si je pouvais me taire ! QUESNEL. Eh ! que m’importe ta conscience ? Il s’agit de sauver la patrie, et tu penses à toi-même, à les insomnies, à tes souffrances morales, à je ne sais quelles inquiétudes ! Tu souffres, tu souffres, dis-tu ? Et moi, est-ce que je ne souffre pas ? Souffre en silence, malheureux, mais épargne la patrie ! ”
Romain Rolland,
Le Théâtre de la Révolution
“ « Tu n’as qu’à faire comme moi. » HULIN, tranquillement. Vous me connaissez à merveille. C’est ainsi que je suis. Il rit dans sa barbe.HOCHE, arrivant. Il est en costume de caporal des gardes-françaises. Il porte des habits sur son bras. — À Marat. Ne le crois donc pas, citoyen. Il se calomnie. Il ne voit pas une infortune sans lui tendre la main. L’autre semaine, il s’est mis à notre tête, pour délivrer nos camarades, les gardes-françaises, emprisonnés à l’Abbaye par les aristocrates. HULIN, sans se retourner, lui tend la main par-dessus son épaule. C’est toi. Hoche ? ”
