Résumé

R. Dareste Revue des Deux Mondes

Babrius ne vise pas si haut. Il prend la fable telle qu’on la racontait aux enfans, telle qu’on la lui avait sans doute apprise à lui-même, c’est-à-dire dans toute sa simplicité primitive, et s’efforce seulement d’animer le récit par quelques traits de caractère, de donner plus de vivacité au dialogue, plus de couleur à l’expression, et de faire sortir la morale sans effort ; souvent même il laisse au lecteur le soin de la trouver. Ce qui lui tient surtout au cœur, c’est la perfection de la forme.
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R. Dareste Revue des Deux Mondes

Un homme voit périr un vaisseau avec tous ceux qui le montent ; il accuse les dieux d’injustice. « Pour un impie que portait ce vaisseau, voilà bien des innocens condamnés à périr ! » Pendant qu’il parle, un essaim de fourmis s’approche de lui ; mordu par l’une d’elles, il les écrase avec son pied. Mercure paraît alors, et le frappant de sa baguette : « Laisse les dieux, lui dit-il, juger les hommes comme tu juges toi-même les fourmis. » Cela n’est pas d’une bien haute métaphysique, mais quoi ! chacun son métier, comme disait la fable de Sybaris.
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R. Dareste Revue des Deux Mondes

Pauvres gens que l’érudition moderne, toujours en quête de nouvelle pâture, est allée tirer de leur sommeil ! Triste présent que l’immortalité quand ce ne peut être que l’immortalité du ridicule !
Au siècle où l’emphase de ces pédans et leurs périodes bien sonores et bien vides paraissaient le type du beau idéal, qui pouvait goûter encore la discrétion et la simplicité d’un écrivain comme Babrius ? Les rhéteurs avaient porté un coup mortel à la fable ; elle se traîna encore quelque temps, puis tomba enfin pour ne plus se relever. Babrius eut le sort de bien d’autres écrivains de l’antiquité.
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