“ A cette époque, Irkoutsk, refuge de Sibériens de la province, était encombrée. Les ressources en toutes choses y abondaient. Irkoutsk, c'est l'entrepôt de ces innombrables marchandises qui s'échangent entre la Chine, l'Asie centrale et l'Europe. On n'avait donc pas craint d'y attirer les paysans de la vallée d'Angara, des Mongols-Khalkas, des Toungouzes, des Bourets, et de laisser s'étendre le désert entre les envahisseurs et la ville.Irkoutsk est la résidence du gouverneur général de la Sibérie orientale. ”
Irkoutsk
Définition et enjeux
Irkoutsk, ville stratégique de la Sibérie orientale, a longtemps fonctionné comme un centre commercial et administratif reliant l’Asie centrale, la Chine et l’Europe. Dans ses œuvres, Jules Verne la présente comme un « entrepôt » essentiel, tandis que Pierre Kropotkine met en avant son rôle social et politique pendant les mouvements de révolte.
Amélie Chevalier y perçoit un refuge européen, et Mlle Lise Cristiani évoque son théâtre ainsi que sa communauté d’exilés. Ces visions, mêlant géographie, histoire et culture, dévoilent Irkoutsk comme un lieu de croisement des enjeux sibériens.
Citations sur “Irkoutsk”
Amélie Chevalier, Les voyageuses au XIXe siècle
“ Après la longue traversée du désert, Irkoutsk devait paraître agréable à nos voyageurs ; c’était retrouver les avantages de la vie européenne. Quoiqu’elle n’eût alors que vingt-trois mille habitants, cette ville était gaie et animée, et tout y semblait nouveau à Mme de Bourboulon ”
Jules Verne,
Les voyages au théâtre
“ IVAN. C’est se jeter vers l’Europe, et c’est rapidement conquérir le pays jusqu’aux montagnes de l’Oural ! FÉOFAR. Et si je vais au-devant du flambeau de lumière ? IVAN. C’est soumettre à ta domination Irkoutsk et les plus riches provinces de l’Asie centrale. FÉOFAR. Quel avis t’inspire ton dévouement à notre cause ? IVAN. Prendre Irkoutsk, la capitale, et avec elle l’otage précieux dont la possession vaut une province ! Émir, il faut que le Grand-Duc tombe entre tes mains. FÉOFAR. Il sera fait ainsi. IVAN. Quel jour l’émir quittera-t-il ce camp ? ”
“ LE GOUVERNEUR. – Ils connaissent, sans aucun doute, cette grave nouvelle d’un soulèvement qui jette une moitié de l’Asie sur l’autre ! — Le fil fonctionne toujours entre Moscou et Irkoutsk ? LE GÉNÉRAL. – Oui ! Votre Excellence peut le réquisitionner pour le compte du gouvernement et l’interdire au public. LE GOUVERNEUR. – C’est inutile. L’important était que le Grand-Duc, en ce moment à Irkoutsk, fût averti. Il sait que Féofar-Khan, l’émir de Bouckara, a soulevé les populations tartares, qu’à sa voix elles ont envahi la Sibérie ”
“ Mais enfin l'invasion avait atteint le centre de la Sibérie, et elle allait, à travers le pays soulevé, se propager soit sur les provinces de l'ouest, soit sur les provinces de l'est. Irkoutsk était maintenant coupée de toute communication avec l'Europe. Si les troupes de l'Amour et de la province d'Irkoutsk n'arrivaient pas à temps pour l'occuper, cette capitale de la Russie asiatique, réduite à des forces insuffisantes, tomberait aux mains des Tartares, et, avant qu'elle eût pu être reprise, le grand-duc, frère de l'empereur, aurait été livré à la vengeance d'Ivan Ogareff. ”
Pierre Kropotkine,
Mémoires d’un révolutionnaire
“ On ne put envoyer contre eux d’Irkoutsk que quatre-vingt soldats, qui traversèrent le lac sur un vapeur et marchèrent à la rencontre des insurgés sur l’autre rive du lac. L’hiver de 1866 avait été tout particulièrement ennuyeux à Irkoutsk. Dans la capitale sibérienne il n’existe pas les mêmes barrières entre les différentes classes que dans les villes de province en Russie ; et à Irkoutsk la « société », composée d’officiers et de fonctionnaires nombreux, ainsi que des femmes et des filles des commerçants de la ville et même des prêtres, se réunissait durant l’hiver, tous les jeudis, au club. ”
“ Messieurs, dit le grand-duc, vous connaissez exactement notre situation. J'ai le ferme espoir que nous pourrons tenir jusqu'à l'arrivée des troupes d'Irkoutsk. Nous saurons bien alors chasser ces hordes barbares, et il ne dépendra pas de moi qu'ils ne payent chèrement cet envahissement du territoire moscovite.—Votre Altesse sait qu'elle peut compter sur toute la population d'Irkoutsk, répondit le général Voranzoff. ”
L'expédition de la Jeannette au pôle Nord… (1883)
“ Mais la grande curiosité d'Irkoutsk, celle qu'aucun voyageur qui vient en cette ville en été, ne peut se dispenser de visiter, est le lac Baïkal. Celui-ci est environ à quatre-vingt-dix verstes d'Irkoutsk, et c'est en réalité le plus froid, le plus profond et en même temps l'un des plus beaux lacs du monde. Les auteurs allemands l'ont nommé le lac de Constance de la Sibérie, et comme il alimente l'Angara, celle-ci doit naturellement être le Rhin de la Sibérie. Les chutes de Schaffhouse y sont représentées par les rapides que forme l'Angara en sortant du lac. ”
Mlle Lise Cristiani, Le Tour du monde
“ On trouve aussi à Irkoutsk (qui le croirait) un théâtre, mais sans comédiens ; et si les habitants veulent avoir la comédie, il faut qu’ils se la donnent eux-mêmes à eux-mêmes, fantaisie qui leur prend plus que rarement. La population se compose d’un certain nombre d’exilés politiques, d’artisans et de marchands. ... Le général Mourawieff et sa famille ayant résolu d’aller d’Irkoutsk à Kiachta, ville moitié russe et moitié chinoise, sur la frontière des deux empires, il nous fallut traverser le lac Baïkal, qui est à quelques lieues d’Irkoutsk. ”
“ En vérité, si un homme pouvait mener à bien ce voyage de Moscou à Irkoutsk, à travers une contrée envahie, surmonter les obstacles et braver les périls de toutes sortes, c'était, entre tous, Michel Strogoff. ”
L'expédition de la Jeannette au pôle Nord… (1883)
“ Après le Baïkal et l'Angara, Irkoutsk se vante encore du voisinage de Kiakhta et de Mainsatchine, les deux villes frontières de la Russie et de la Chine, deux places dignes d'être visitées. La distance qui la sépare de ces deux villes, est de six à sept cents verstes, ou un peu plus de quatre cents milles. Avec une voiture ou un traîneau, on peut faire ce voyage, aller et retour, en six jours ”
“ Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale, est une ville peuplée, en temps ordinaire, de trente mille habitants. Une berge assez élevée, qui se dresse sur la rive droite de l'Angara, sert d'assise à ses églises, que domine une haute cathédrale, et à ses maisons, disposées dans un pittoresque désordre. ”
Michel Bakounine,
Lettres à Herzen et Ogareff
“ En quittant Irkoutsk je vous écrivais, que ne pouvant espérer d’effectuer mon retour en Russie avec l’autorisation de Sa Majesté, je m’étais déterminé à prendre la liberté que l’on ne voulait pas m’accorder. ”
Jules Verne,
Michel Strogoff
(1876)
“ Ceux qui ne se réfugièrent pas dans la capitale durent se reporter en arrière , au delà du lac Baïkal , là où très-probablement l' invasion n' étendrait pas ses ravages . Les récoltes en blé et en fourrages furent réquisitionnées pour la ville , et ce dernier rempart de la puissance moscovite dans l' extrême Orient fut mis à même de résister pendant quelque temps . Irkoutsk , fondée en 1611 , est située au confluent de l' Irkout et de l' Angara , sur la rive droite de ce fleuve . ”
“ Il n'y avait plus un être vivant dans cette ville, naguère si vivante!Le dernier télégramme parti du cabinet du czar, avant la rupture du fil, avait donné ordre au gouverneur, à la garnison, aux habitants, quels qu'ils fussent d'abandonner Krasnoiarsk, d'emporter tout objet ayant quelque valeur ou qui aurait pu être de quelque utilité aux Tartares, et de se réfugier à Irkoutsk. Même injonction à tous les habitants des bourgades de la province. C'était le désert que le gouvernement moscovite voulait faire devant les envahisseurs. ”
“ Mais si ces bourgs, tels qu’Ikoulskoë, tels que Karguinsk, qu’il dépassa le lendemain, étaient relativement tranquilles, grâce à leur situation dans la Baraba, où les colonnes tartares eussent difficilement manœuvré, n’était-il pas à craindre que, sur les rives plus riches de l’Obi, Michel Strogoff, n’ayant plus à redouter d’obstacles physiques, n’eût tout à appréhender de l’homme ? cela était vraisemblable. Toutefois, s’il le fallait, il n’hésiterait pas à se jeter hors de la route d’Irkoutsk. À voyager alors à travers la steppe, il risquerait évidemment de se trouver sans ressource. ”
“ La route était bonne, et même cette portion du chemin, qui s'étend entre Krasnoiarsk et Irkoutsk, est considérée comme la meilleure de tout le parcours. Moins de cahots pour les voyageurs, de vastes ombrages qui les protègent contre les ardeurs du soleil, quelquefois des forêts de pins ou de cèdres qui couvrent un espace de cent verstes. Ce n'est plus l'immense steppe dont la ligne circulaire se confond à l'horizon avec celle du ciel. Mais ce riche pays était vide alors. Partout des bourgades abandonnées. Plus de ces paysans sibériens, parmi lesquels domine le type slave. ”
Mlle Lise Cristiani, Le Tour du monde
“ Irkoutsk est, après Tobolsk, la ville la plus importante de la Sibérie ; on y compte vingt mille habitants, parmi lesquels existe une communauté allemande, avec son église propre ; elle est le siége d’un archevêché, et d’un séminaire où l’on enseigne le chinois et le japonais. Cette ville, du reste, n’offre d’intérêt que parce qu’elle est au bout du monde. De loin, elle fait assez bonne figure, attendu qu’elle compte presque autant d’églises que de maisons. ”
Kazimierz Klemens Waliszewski, Le Berceau d'une dynastie, les premiers Romanov… (1909)
“ Iénisseïsk datait seulement de 1619. En 1661, après Iakoutsk (1632) , Irkoutsk fut fondée, et aussitôt, des détachements côtoyant le Baïkal, suivant le cours du Vitim, de la Ghilka, de la Selenga, d'autres s'avançaient jusqu'à la mer de Glace au nord, l'Amour au sud et Okhotsk à l'est. La fondation d'Okhotsk remontait d'ailleurs à 1638, les Moscovites atteignant dès lors le Kolyma. ”
N. A. Kubalski, Voyages en Sibérie
“ La ville d'Irkoutsk, bâtie vers l'an 1661, est, après Tobolsk et Tomsk, une des plus grandes villes de la Sibérie. Elle est située sur la rive orientale de l'Angara, dans une belle plaine, vis-à-vis de l'embouchure de l'Irkoutsk, d'où elle tire son nom. Il y a plus de neuf cents maisons assez bien construites, et dont le plus grand nombre contient, outre la chambre du poêle et celle du bain, une chambre sans fumée où se tient la famille ”
Paul Labbé, Les Russes en Extrême-Orient..… (1905)
“ J'ai reçu nombre de lettres à ce sujet d'Irkoutsk et de Mandchourie : toutes prouvent combien on a été surpris et combien peu on était prêt. Toutes ces lettres se ressemblent, on me répète toujours la même chose : il arrive douze trains par jour à Irkoutsk ; les accidents sont fréquents ; les Japonais ont des espions partout sur la ligne. Chose étonnante en Russie, on a dû réprimer en Asie russe des cas d'insubordination relativement assez nombreux et il y a eu à Irkoutsk plusieurs exécutions sommaires. ”
“ Le grand-duc ne tenta pas de s’opposer à ce passage. Il n’eût pu que le gêner, non l’empêcher, n’ayant point d’artillerie de campagne à sa disposition, et c’est avec raison qu’il resta renfermé dans Irkoutsk. Les Tartares occupèrent donc la rive droite du fleuve ; puis, ils remontèrent vers la ville, ils brûlèrent en passant la maison d’été du gouverneur général, située dans les bois qui dominent de haut le cours de l’Angara, et ils vinrent définitivement prendre position pour le siége, après avoir entièrement investi Irkoutsk. ”
M. A. Poussielgue, Le Tour du monde
“ Cette ville est assise sur un des versants élevés de l’Angara, dans un coude que forme le fleuve. Reliée à ses faubourgs, situés de l’autre côté de l’eau par deux ponts en bois, bâtis sur pilotis jusqu’au chenal où ils se convertissent en ponts de bateaux mobiles pour ne pas entraver la navigation, Irkoutsk, comme toutes les villes sibériennes, est remarquable par le nombre considérable de ses églises, dont les clochers dépassent de tout côté les maisons en briques des riches marchands et les cahutes en bois qu’habitent les gens du peuple. ”
Adolphe Erman, Revue des Deux Mondes
“ Pour ceux-ci, il fait un rapport et l’envoie à Urga, ville située à deux cent quatre-vingts werstes de Maimatschin, sur la route de Pékin. L’autorité qui siége à Urga est un gouverneur général. L’organisation du gouvernement en Chine est précisément la même qu’en Russie. Les traités de commerce se négocient entre le gouverneur d’Irkoutsk et celui d’Urga. Justement, dans le temps même de notre séjour à Kiachta, quelques employés russes furent expédiés pour Urga, et rapportèrent à Irkoutsk une grande dépêche, rédigée en mandchou. ”
Jean-François de La Harpe,
Abrégé de l’histoire générale des voyages…
“ La ville d’Irkoutsk a un gouverneur auquel toute la province est soumise. De lui dépendent les vayvodes de Selinghinsk, de Nertschinsk, d’Ilimsk, d’Yakoutsk, et les commandans d’Okhotzk et du Kamtschatka. Ses revenus sont beaucoup plus considérables que ceux du gouverneur de Tobolsk, et les émolumens annuels qu’il se procure, indépendamment des gages ordinaires de son office, ne vont guère à moins de trente mille roubles. Il se fait craindre des vayvodes qui lui sont soumis ”
Conrad Malte-Brun,
Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde…
(1851-1854)
“ Irkoutsk mérite la préférence sur toutes les places de la Sibérie, par rapport à l'activité et à l'étendue de son négoce. Sa position avantageuse lui ouvre trois routes de commerce; savoir, celle de Kiakhta, celle de la Sibérie orientale et du Kamtchatka, et enfin celle de la Sibérie occidentale et de la Russie. Dans les autres villes, c'est un commerce d'entrepôt ; ici, c'est un négoce actif. Le trafic avec la Chine est en grande partie dans les mains des négociants d'Irkoutsk, dont la plupart entretiennent des boutiques et des facteurs à Kiakhta. ”
L'expédition de la Jeannette au pôle Nord…
“ Les chasseurs d'Irkoutsk peuvent trouver dans les forêts qui couvrent ses rives, les animaux sauvages de toutes les tailles; les ours, les cerfs, les renards, les loups, les élans y abondent. On rencontre aussi, dans le voisinage, des sources d'eaux minérales qui jouissent d'une grande réputation parmi les gens habitants342 d'Irkoutsk. Celles de Yurka sur la Selinga, à 200 verstes de Verchare Zdevisk et à quelques milles seulement de la rive orientale du lac Baïkal, constituent une station thermale affectionnée aussi bien des Russes que des Bouriaites. ”
Revue moderne. Année 1,Numéro 1… (1857-1858)
“ Cependant, c'est grâce au lac Baïkal et à l'Angara que Irkoutsk jouit du plus magnifique système de communications dont la Sibérie puisse être dotée. Par la Sélenga et ses affluents, cette ville est en rapport avec tous les pays au-delà du lablonoï-Hrébète; et, ce qui importe plus encore, avec Riahta, ce point de contact commercial entre la Chine et la Russie. D'un autre côté, en descendant l'Angara, la Tounegouzka, l'Iénisséï et les rivières qui font communiquer ce dernier fleuve avec l'Obe, Irkoutsk est mis en rapports faciles avec toute la Sibérie occidentale. ”
“ Un espion russe. TOUS. – Un espion !... MARFA. – Non, non... mon fils n’est pas un espion ! Cet homme a menti !... IVAN. – Cette lettre, trouvée sur lui, indiquait le jour où une armée de secours doit arriver en vue d’Irkoutsk... le jour où faisant une sortie, le Grand-Duc nous aurait pris entre deux feux ! TOUS. – À mort ! à mort ! NADIA. – Grâce pour lui ! MARFA. – Vous ne le tuerez pas ! TOUS. – À mort ! à mort ! IVAN, à Strogoff. – Tu les entends ? STROGOFF, à Ivan. – Je mourrai, mais ta face de traître, Ivan, n’en portera pas moins, et à jamais, la marque infamante du knout ! ”
Revue moderne. Année 1,Numéro 1… (1857-1858)
“ En face de l'Irkoute, sur la rive droite de l'Angara, qui forme en cet endroit une espèce de promontoire, s'étend la ville d'Irkoutsk, adossée au mont de la Croix (Krestovaïa Gora) . Quelques maisons en bois, grises et moussues, se hasardent seules sur le rebord formé par les rives du fleuve. Quant à la ville elle-même, rien de particulier ne la distingue des autres villes de la Sibérie, si ce n'est le nombre plus considérable d'habitations et une plus forte proportion de maisons en pierres. ”
Svod ou Pandectes russes : lois criminelles… (1864)
“ Toutefois, les condamnés de la goubernie de Tobolsk seront toujours transportés dans la goubernie d'Enisseisk et ceux de la goubernie de Tomsk dans celle de d'Irkoutsk. Les habitants des goubernies d'Enisseisk et d'Irkoutsk, des provinces de Zabaïkal et de Kachtinsk seront transportés dans la province de Irkoutsk. Les habitants de la province maritime de la Sibérie orientale, seront transportés dens la province d'Irkoutsk et nommément dans les contrées occidentales les plus éloignées d'Irkoutsk (cercles de Yiluisk et de Verchoïansk) . ”
