“ Le premier consul put facilement ouvrir des négociations avec la Russie. Toutes les fois qu’un gouvernement régulier s’est établi en France, l’Europe n’a jamais hésité un moment à le reconnaître. M. de Nesselrode demeura comme conseiller d’ambassade à Paris ; il vit naître et se développer dans toute sa splendeur la puissance de Bonaparte. Qui lui aurait dit alors que, quinze ans plus tard, ce serait lui, comte de Nesselrode, chancelier d’Alexandre, qui présiderait aux actes de déchéance, et sanctionnerait le décret du sénat de 1814, qui rétablissait les Bourbons ? ”
Karl von Nesselrode
Définition et enjeux
Citations sur “Karl von Nesselrode”
“ Sachant s’arrêter à point nommé, elle ne s’aventure jamais dans un système ; quand son ambition a trop donné l’éveil, elle fait une concession momentanée ; puis elle reprend, avec une admirable suite, ses projets d’autrefois. Quand les temps sont venus et les obstacles abaissés, elle marche droit à la réalisation de sa pensée. Lorsque le comte de Nesselrode commença sa carrière dans les rangs secondaires de la diplomatie, Catherine, frappée d’une apoplexie foudroyante, descendait dans la tombe ”
P.-H. Mischef, La Mer Noire et les détroits de Constantinople… (1899)
“ « Loin de vouloir provoquer une complication « dans le Levant, écrivait le comte de Nesselrode, nous « employons tous nos soins à la prévenir ; et au lieu de « nous prévaloir avec empressement de notre traité d'al« liance avec la Porte, nous sommes les premiers à dési« rer nous-mêmes éloigner le renouvellement d'une crise « qui nous forcerait, malgré nous, à reprendre une atti« tude militaire sur les rives du Bosphore. (3) . » Le comte de Nesselrode tenait, d'ailleurs, un pareil langage aux représentants des Puissances, à Saint-Pétersbourg. ”
Louise Parquin, Napoléon et la reine Hortense, d'après les mémoires de la lectrice de la reine… (1911)
“ A l'âge que nous avions, il reste toujours assez de gaieté, lorsque les malheurs qui vous frappent ne vous touchent pas en plein coeur ; nous trouvions encore moyen de rire des ridicules qui, au milieu de tout cela, nous apparaissaient : c'était moins amer que de s'appesantir sur les sentiments que les circonstances dévoilaient. M. de Nesselrode vint des premiers ; il me montra un si grand dévouement pour les intérêts de Sa Majesté et de ses enfants, que je sentis renaître une espérance et que je conçus l'idée qu'elle ne serait pas forcée de s'expatrier, comme elle en avait le projet. ”
Various, L'Illustration, No. 3249, 3 Juin 1905
“ Comme Charles de Nesselrode a habité Berlin, il sait la duplicité qui y règne et combien il faut peu compter sur un concours effectif de la Prusse. Avant Ulm et Austerlitz (1805) , le gouvernement prussien tergiverse, promet et ne tient pas. A Vienne, qu'il traverse; à Paris, où nous l'apercevons en 1807 comme secrétaire d'ambassade, Charles de Nesselrode achève de faire ses études de Psychologie des peuples, et de se préparer à sa grande fortune. En 1810, il a l'agrément d'assister au mariage de Napoléon avec Marie-Louise; il s'empare, moyennant finances, de certaines pièces importantes ”
“ Le comte de Nesselrode, qui avait pris part au plus grand nombre des transactions de 1815, dut également se séparer des traditions de l’école de 1812 ; et c’est de l’habileté que ces changemens sans brusquerie. Le comte de Nesselrode est l’homme des transitions ; il ne s’est jamais posé inflexible dans un système ou dans une idée, et s’est fait le traducteur des temps et des intérêts ; ceci explique comment le chancelier d’état de l’empereur Nicolas eut quelquefois des idées si diamétralement opposées au chancelier d’état de l’empereur Alexandre. ”
Noël Ségur, Histoire de la guerre d'Orient illustrée d'après les croquis… (185.)
“ C'est alors que M. Nesselrode, aujourd'hui ministre des affaires étrangères de l'empereur Nicolas, entra pour la première fois en scène dans le grand drame européen. Issu d'une famille noble d'origine saxonne, M. de Nesselrode est né en 1780 à Lisbonne, où son père était alors ministre plénipotentiaire de Catherine II; au sortir de l'enfance, il entra dans la carrière des armes ; mais il l'abandonna presque aus- sitôt pour entrer dans la diplomatie, et il fut, vers 1802, attaché à l'ambassade russe à Berlin. ”
Gustave de Reiset,
Mes souvenirs
“ « Je ne puis plus avoir confiance en personne. Dieu sait si la chaise sur laquelle je m’assieds m’appartient ! » Des détournements ayant été commis au ministère des affaires étrangères, le comte Nesselrode, qui était fort avare, se taxa à deux mille roubles et obligea tous ses employés à contribuer à l’extinction du déficit. La corruption et les concussions étaient alors une des plaies de la Russie. Très exact, ayant à un haut degré le sentiment de la probité et de l’honneur, d’une grande simplicité dans ses habitudes, l’Empereur n’arrivait pas à couper court à des désordres invétérés. ”
“ Le doux et mystique Alexandre fut appelé à remplacer son père, et ses dispositions à l’égard de la France et de Napoléon furent presque immédiatement belliqueuses. L’Angleterre domina le cabinet de Saint-Pétersbourg ; la légation russe quitta Paris. Le rôle plus élevé que va jouer M. de Nesselrode à partir de cette époque, l’importance des négociations de la Russie avec la France, nécessitent de bien expliquer l’organisation hiérarchique du corps diplomatique, tel qu’il avait été constitué à l’avènement d’Alexandre. ”
Noël Ségur, Histoire de la guerre d'Orient illustrée d'après les croquis… (185.)
“ Grâce à sa haute et incontestable intelligence, son avancement fut rapide, et en 1811, époque où la rupture entre la France et la Russie paraissait imminente, comme nous l'avons dit tout à l'heure, M. de Nesselrode occupait à Paris le poste éminent de conseiller d'ambassade. Tous ses efforts tendaient à la conciliation ; mais pour Alexandre, la paix était impossible, à moins qu'il ne se résignât à subir le sort de son père Paul l" ; M. de Nesselrode fut donc rappelé. ”
“ Comme les barbares des iiie et ive siècles, ils rappelaient, aux longues soirées de leur froide patrie, qu’il y avait de grandes villes de marbre au midi de l’Europe, que ces belles terres produisaient des fruits savoureux, que de magnifiques récoltes se déployaient sur d’immenses plaines. Ces souvenirs et ces regrets sont encore un des dangers de la civilisation moderne. La carrière diplomatique de M. de Nesselrode s’ouvrit un peu plus largement lors de l’ambassade de M. de Marcoff à Paris, sous le consulat ”
Noël Ségur, L'Orient défendu par la France… (1854)
“ Après l'entrée des alliés à Paris, dit un historien, M. de Nesselrode, en sa qualité de ministre favori d'Alexandre, fut naturellement assailli et gagné à grands frais par les partisans des Bourbons ; il appuya de toutes ses forces auprès de son maître la combinaison qui les replaçait sur le trône. Au retour de Napoléon, en 1815, M. de Nesselrode fut un des signataires de la fameuse déclaration qui le mettait au ban de l'Europe ”
“ Le chancelier d’état n’est que la main qui remet les dépêches à l’empereur. La jeune école diplomatique russe le considère comme un homme dont la pensée est finie ; on le garde comme un souvenir honorable. Depuis deux ans surtout, la goutte accable M. de Nesselrode ; il est devenu très inactif ; ses bureaux sont remplis d’agens qui prennent encore son avis par déférence, mais qui en définitive suivent la pensée de l’empereur. Sans doute il y a des diplomates plus avancés dans la vie, qui conservent le plus grand ascendant sur les affaires de leur pays ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Quel échec et quelle douleur pour un cœur aussi fier que celui de l’empereur Nicolas ! Vers la fin de ces négociations, M. de Nesselrode se plaignait un jour à l’ambassadeur anglais de ce qu’il appelait la partialité des cabinets européens contre la Russie. « C’est un parti pris, disait-il, de trouver mal tout ce que nous faisons. Attaqués de tous côtés, si nous prenons la parole pour nous défendre, on veut nous fermer la bouche. La Russie a toujours tort, la Porte a toujours raison. » ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Il négociait avec la Russie, et au moment même où il avait encore avec M. de Narbonne ses conversations les plus intimes, il écrivait à M. de Nesselrode, qui était avec l’empereur Alexandre, en Silésie : « Je vous prie de me conserver amitié et surtout beaucoup, beaucoup de confiance. Si Napoléon veut faire la folie de se battre, tachez que l’on ne se démonte pas pour un revers ; une bataille perdue par Napoléon et toute l’Allemagne est sous les armes ! » ”
Jules Lecomte,
Histoire de l'armée et de tous les régiments…
(1860-1864)
“ M. le comte de Nesselrode annonçait enfin aux fonctionnaires de la chancellerie russe à l'étranger que la réponse qu'il avait reçue du ministre des relations extérieures ottoman avait un caractère tellement évasif, qu'il avait dû la regarder comme une négation, comme un refus. ”
Julian Klaczko,
Deux chanceliers
“ Sans recourir aux subterfuges par trop asiatiques d’un Bestoujef, le comte Nesselrode connut et pratiqua toutes les roueries permises du métier, et peu d’hommes l’égalèrent dans l’art de conserver un air de dignité et d’aisance au milieu des situations les plus embarrassantes. Il sut changer de conduite sans trop changer de langage, et ménagea entre autres très délicatement la transition entre la politique peu favorable aux Grecs du tsar Alexandre Ier et les sympathies franchement philhellènes de son successeur. ”
Jurien de La Gravière, Les Missions extérieures de la marine - La station du Levant
“ Il pensait, lui aussi, « que le métier d’un roi est d’être royaliste. » — « Ne dites point les Grecs, avait-il fait observer un jour en interrompant brusquement son interlocuteur ; dites les sujets insurgés de la Sublime-Porte. Je ne protégerai pas plus leur révolte que le ne voudrais voir la Porte protéger une rébellion parmi ceux de mes sujets qui sont mahométans. » M. de Nesselrode en revanche témoignait à lord Wellington le plus vif intérêt pour la pacification des provinces rebelles. ”
Gustave de Reiset,
Mes souvenirs
“ M. de Nesselrode avait dit en parlant des événements de France : « Si l’on comptait toutes les probabilités de guerre qu’il y a en ce moment en Europe, on devrait craindre qu’elle n’eût lieu ; mais pour moi, qui suis homme pratique et longuement habitué aux affaires, je n’y crois pas et je pense que tout se passera tranquillement. » L’Empereur avait donné l’ordre à M. de Kisselef, ainsi qu’à plusieurs de ses ministres, entre autres à ceux de Vienne et de Munich, de se rendre à Pétersbourg pour le 16 octobre, époque de son retour et de celui de M. de Nesselrode. ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Telle eût été la position de la Russie, si, sachant modérer son orgueil, elle eût accepté les modifications de la Porte ou permis aux puissances occidentales de travailler et de réussir à faire accepter par le divan la note de Vienne. Pourquoi la Russie ne se contenta-t-elle point d’une solution si avantageuse pour elle ? Pourquoi ralluma-t-elle par l’interprétation de M. de Nesselrode une question que tout le monde en Europe avait tant à cœur d’étouffer ? Nous ne voyons à la téméraire méprise de la politique russe qu’une seule explication. ”
Albert Vandal,
Revue des Deux Mondes
“ Moins hardi que son maître, il estimait qu'aucune puissance n'était de force, seule et sans alliés, à se mesurer contre le colosse. Tandis qu'Alexandre, éclairé par une intuition prophétique, voyait le salut de la Russie dans son isolement même, tandis qu'il avait su discerner à merveille ses véritables et tout-puissants alliés, le temps, le climat, la nature, l'infini des steppes, Nesselrode ne croyait qu'à l'efficacité des coalitions européennes et s'en tenait à ce remède usé. ”
Griscelli, Mémoires de Griscelli : agent secret de Napoléon III… (1867)
“ Le comte de Nesselrode, chancelier de Russie, croyait si bien aux faux renseignements qu'il recevait sur l'état de la France, qu'il écrivit de sa main à la comtesse, en lui envoyant un collier de 12,000 francs. Il lui recommandait également de cultiver l'amitié de 1 employé des Tuileries !. Ah ! s'il avait pu se douter que celui qui avait eu le talent d enlever les vérités de St-Pétersbourg, en échange des mensonges de Paris, n'était qu'un ancien berger corse ! ! ! ”
Léon Faucher,
Revue des Deux Mondes
“ Si l’on s’en tient aux apparences, c’est une réponse indirecte aux argumens que M. de Nesselrode a fait valoir en faveur du statu quo. Dans la réalité, c’est une provocation à un rapprochement amical, qui s’adresse à la Russie par l’intermédiaire de l’Autriche. Lord Palmerston signifie visiblement à l’Europe qu’il ne peut pas s’entendre avec le cabinet des Tuileries, et donne rendez-vous aux puissances sur son propre terrain. Cette note veut dire : « Sacrifiez-moi l’Égypte, et je vous sacrifie la France. » La Russie le comprit, et le résultat fut la mission de M. de Brunnow. ”
Prosper Duvergier de Hauranne,
De la Politique extérieure et intérieure de la France…
(1841)
“ C'est que M. de Nesselrode, et au-dessus de lui l'Empereur, ont un trop grand but à atteindre pour s'inquiéter de la vieille routine diplomatique. C'est qu'ils sentent qu'il s'agit de tout autre chose que d'un traité mort-né, et d'un protectorat qui en fait ne peut leur échapper ; c'est qu'ils aperçoivent un moyen de rompre l'alliance qui les gêne , et en même temps d'humilier, d'abaisser un ennemi détesté. C'est que l'intérêt et la passion se trouvent ainsi admirablement d'accord. Dans la question d'Orient, l'Angleterre a gagné une bataille, la Russie s'est assuré une conquête. ”
Karl von Martens, Le guide diplomatique : précis des droits et des fonctions des agents diplomatiques et consulaires… (1851)
“ Il est vraisemblable que les liaisons de l'Angleterre avec la Russie vont reprendre une nouvelle force. Si l'intimité de M. Keith avec l'empereur défunt a pu rendre ce ministre désagréable à l'impératrice, le roi d'Angleterre y a pourvu en lui donnant le comte de Buckingham pour successeur. Le roi de Prusse, quoique la Russie lui ait rendu toutes ses conquêtes, ne paraît devoir désirer que l'inaction de cette puissance. Peut-être même que ce prince, en consultant ses vrais intérêts, peut sans se concerter avec nous tendre au même but. ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ Il suffit à lord Palmerston de cette seule insinuation pour le convertir aux mérites de l’alliance russe en Orient ; il n’a contre elle ni d’objections ni d’observations immédiates, il laisse faire, il laisse le candidat de Saint-Pétersbourg s’apprêter à loisir ; il garde un silence de quatre mois, sous prétexte de mieux s’éclairer ; puis un jour vient où, comme par une inspiration soudaine, sans discussion et sans preuve, il répète en son nom l’étrange axiôme de M. de Nesselrode : l’Angleterre et la Russie ne peuvent avoir, au sujet de la Perse, que les mêmes intentions et les mêmes vœux ! ”
François Guizot,
Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps…
“ Rien de semblable n'arriva; les rapports officiels de la légation de France avec le cabinet de Saint-Pétersbourg demeurèrent parfaitement réguliers et convenables; toutes les fois que les affaires appelaient M. Casimir Périer chez le comte de Nesselrode, il y trouvait la même politesse, les mêmes dispositions modérées et sensées. ”
L. Thouvenel, Nicolas Ier et Napoléon III, les préliminaires de la guerre de Crimée… (1891)
“ M. de Nesselrode avait payé, avant son souverain, son tribut bilieux à la question d'Orient, qui est bien faite, il faut en convenir, pour exciter la bile de tout le monde. La mienne tient encore bon, et j'espère qu'elle ira jusqu'au bout. Elle a passé par tant d'épreuves depuis quarante-neuf ans, que l'agitation est devenue son état normal, et certes, en ce moment, je n'en manque ni dans l'esprit ni dans le coeur. Enfin, il faut patienter encore et attendre le résultat de la visite du comte Orloff 330 NICOLAS I ET NAPOLÉON III.. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Il se présente ici seulement une observation très simple : si les arrangemens pris à Vienne au sujet des principautés et de la navigation du Danube sont une garantie de civilisation à laquelle la Russie est heureuse de s’associer, comment se fait-il qu’il ait fallu une guerre pour l’amener à reconnaître ces principes ? Si ces concessions sont un don gratuit de sa politique, comment menace-t-elle de les retirer, si les puissances allemandes sortaient de leur neutralité ? M. de Nesselrode a été du reste assez habile pour ne point réclamer une réponse de l’Allemagne. ”
Jacques Crétineau-Joly,
Histoire des traités de 1815 et de leur exécution…
(1842)
“ Le comte de Nesselrode était dans le secret de Louis XVIII, qui n'avait pas eu de peine à capter la confiance d'Alexandre. Le roi avait fait comprendre à l'empereur de Russie que l'agrandissement démesuré de l'Autriche et de la Prusse, entrepris au détriment de la France, devait plus tard nécessairement compromettre l'équilibre de l'Europe et tourner ainsi au préjudice de la Russie. ”
