“ Tout prêt à traiter avec l’Autriche aux conditions qu’il lui faisait, il ne songeait, à l’égard des Slaves, qu’à resserrer davantage les liens de la conquête, en repoussant violemment toute idée de transaction. Kossuth, abandonné à lui-même, eût été dès l’origine un démocrate beaucoup plus fougueux, mais il eût peut-être poussé moins loin l’intolérance du magyarisme envers les Slaves. Si Kossuth est resté aveugle sur cette question jusqu’aux derniers temps de la guerre, il ne le devait peut-être qu’à l’impulsion qu’il avait reçue du patriotisme exclusif de Batthyany. ”
Lajos Kossuth
Définition et enjeux
Lajos Kossuth, figure politique hongroise du XIXe siècle, fut un chef majeur de la révolution de 1848-1849, défendant l’indépendance de la Hongrie et la modernisation de son pays. Auteur de discours mémorables, il incarna le patriotisme magyar, suscitant à la fois admiration et débats.
Les historiens comme Marie d’Agoult soulignent son éloquence et son ambition, tandis que H. D. critique son orientation exclusive envers les minorités slaves. G. Valbert, lui, met en avant ses qualités de tribun et d’organisateur. Son héritage, marqué par l’exil et la défaite militaire, reste un pilier de l’identité nationale hongroise.
Citations sur “Lajos Kossuth”
Marie d’Agoult,
Histoire de la Révolution de 1848
“ Kossuth était déjà possédé alors d’une haute ambition. Il voulait ranimer le patriotisme magyar et former en Hongrie un parti politique pour défendre la constitution contre les empiétements arbitraires de la cour de Vienne. N’ayant ni rang, ni biens, ni fonction dans l’État, son unique moyen de conquérir l’ascendant sur les grands et sur le peuple, c’était son éloquence et le prestige qui s’attache à la célébrité. ”
G. Valbert,
Revue des Deux Mondes
“ C’est un homme fort remarquable que Louis Kossuth. Il a prouvé dans de tragiques circonstances qu’au don d’enflammer les multitudes par son éloquente parole il joignait la volonté, la résolution, l’audace, le génie de l’organisation, qui met de l’ordre dans le désordre, l’art d’inspirer la confiance aux hommes et même aux capitaux, lesquels sont plus circonspects que les hommes, enfin toutes les qualités qui font les grands tribuns et les habiles entrepreneurs politiques. ”
“ Ailleurs il a à haranguer la foule en plein air ; quelques Américains respectueux se découvrent : « Non, non, gardez vos chapeaux, il fait froid, » s’écrie Kossuth. Et les Américains de rire et d’applaudir. Il sait parler à ce peuple le langage des bonnes et saines doctrines démocratiques, comme il parlait en Angleterre le langage constitutionnel, comme il eût parlé en France le langage socialiste, si on l’eût laissé faire. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ La conception politique de Kossuth était chimérique et fausse ; pourtant il suffit de son nom pour provoquer l’enthousiasme de ses compatriotes. L’imagination populaire s’attache de préférence aux hommes de lutte qui font des gestes héroïques sur la scène du monde et dont la vie ressemble à un roman ; mais on doit aussi de l’estime à ceux qui terminent les révolutions par les transactions nécessaires, et, à ce titre, l’homme d’État de la Hongrie n’est pas Kossuth, mais bien Deak. ”
J.-Jacques Ampère, Revue des Deux Mondes
“ Depuis quelque temps, il n’est question que de l’arrivée de Kossuth. Chez quelques-uns, l’enthousiasme est à son comble. On proclame Kossuth le libérateur futur de l’Europe. Un prédicateur a dit en chaire que l’avènement de Kossuth était le second avènement du Christ. Dans certains journaux, on déclare que le moment est venu pour les États-Unis de peser sur les affaires de l’Europe, d’y soutenir le principe démocratique. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ En 1847, le comte Batthiànyi proposa la candidature de Kossuth aux électeurs du comitat de Pesth qui le nommèrent. Dès son entrée à la diète de Presbourg, et malgré les attaques du parti conservateur à la tête duquel était le comte Szècsenyi, Kossuth se vit implicitement reconnu comme chef de l’opposition. Les hommes les plus considérables dans les deux chambres, Wesselényi, Ladislas Teleki, Majlath, Dèak, Szemere, Eötvös, recherchaient son amitié et rendaient à l’envi hommage à un talent dont aucun autre ne pouvait déjà plus balancer l’influence. ”
H. Blaze de Bury, Revue des Deux Mondes
“ Nous avons vu ses dédains pour les vantardises de Perczel, ses hauteurs envers Kossuth, dont la pompe lyrique et le fracas déclamatoire ne lui inspirèrent jamais d’autre admiration que celle qui revient en partage au comédien habile. Faiblesse inhérente à l’orgueil humain ! ascendant irrésistible d’un esprit solide et maître de lui-même sur l’enthousiasme gonflé de gaz et le patriotisme de tempérament ! Un homme poursuit Kossuth de son sarcasme, le harcèle de ses persiflages, et c’est juste cet homme que le dictateur triomphant ne se lasse pas de circonvenir et d’enlacer. ”
A. Maurage, La guerre d'Italie : exposé et plan des hostilités… (1859)
“ Quoiqu'il en soit, Kossuth est parti, avec neuf de ses amis, tous réfugiés, pour révolutionner la Hongrie. Louis-Napoléon s'est empressé dè déclarer qu'il n'était pour rien dans les folies du célèbre dictateur, mais l'Europe a eu l'impolitesse de ne pas ajouter foi aux paroles dudit Louis-Napoléon. C'est bien fait. Nous ne sommes pas gens à nous amuser avec des mensonges et des serments et l'Empereur s'est moqué si souvent de nous, que nous avons appris à être aussi malins que lui. — Le départ de Kossuth, tout bien considéré, restera un échec et une faute pour la politique française. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Comment donc expliquer l’élan passionné qui a soulevé la Hongrie tout entière et l’a précipitée au-devant de la dépouille mortelle de Kossuth ? C’est que l’atavisme agit sur les nations comme sur les individus. Kossuth, homme moderne, journaliste, conférencier et soldat, a mis des moyens nouveaux au service d’une cause très vieille dont l’évolution douloureuse et glorieuse se confond avec l’histoire même de la Hongrie. ”
H. Desprez, Revue des Deux Mondes
“ Le peuple magyar, comme tous les peuples de l’Europe orientale, a conservé dans le caractère une gravité et une élévation qui lui eussent rendu odieuse la vulgarité des sentimens et de l’expression, Mme Kossuth ne lui a jamais parlé que le langage de la poésie, de l’honneur, du courage, de la dignité nationale. On pourra lui reprocher à bon droit d’avoir perdu son pays, mais non d’avoir, comme d’autres tribuns, abaissé le sentiment moral, la conscience des populations. ”
Taxile Delord,
Les célébrités du jour : 1860-61
(1860)
“ Certes, Kossuth aurait pu profiter de la circonstance pour entraîner son pays dans la révolution, et en ne le faisant pas il commit une faute, dont il s'est luimême fort repenti plus tard. Réformiste plutôt que révolutionnaire, homme de plume et de parole plutôt qu'homme d'action, il ne sut pas d'un bond s'élever à la hauteur de la situation générale. ”
G. Valbert,
Revue des Deux Mondes
“ Leur consolation est d’aboyer après ce faux bonheur qui ne craint pas de s’étaler au soleil ; quand ils ont l’âme généreuse, il leur suffit de le plaindre et de lui préférer l’exil. C’est ce que fait Kossuth. N’avions-nous pas raison de dire que l’homme qui refuse de changer dans un monde où tout change finit trop souvent par être seul ? Quand on range Kossuth parmi les intransigeans, il faut s’entendre. En 1849, la Hongrie avait proclamé par sa bouche la déchéance de la maison d’Autriche. ”
Jean-Baptiste-Charles Paya, Histoire de la guerre d'Italie… (1860)
“ Jamais on ne vit un tel accueil fait à un homme qui n'est, en définitive, qu'un simple particulier pour le moment. La popularité de Kossuth est telle que l'ingénieuse Autriche a cru devoir l'utiliser à son profit : c'est au nom de Kossuth que les autorités autrichiennes font les enrôlements en Hongrie; les recruteurs montrent aux paysans le portrait de Kossuth en cachette, annoncent sa prochaine arrivée, et invoquent la nécessité pour tous les patriotes de répondre ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Mais le fait saillant qui s’en dégage est que le groupe de beaucoup le plus nombreux de la majorité, plus nombreux à lui seul que la minorité tout entière, est celui de M. François Kossuth, c’est-à-dire le groupe de l’indépendance, ou, pour être plus exact, de la séparation de la Hongrie et de l’Autriche. ”
A. Maurage, La guerre d'Italie : exposé et plan des hostilités… (1859)
“ Qu'en des temps meilleurs, quand le continent ne sera plus menacé par l'ambition d'un despote sans honneur, sans conscience et sans génie, quand la France sera remontée au niveau des peuples libres et- civilisés, Kossuth se lève et en appelle à l'indépendance de la Hongrie et du monde, à la bonne heure; mais aujourd'hui qu'il n'y a, pour l'Europe entière, qu'un seul ennemi à coucher par terre, Louis Napoléon, Kossuth se trompe et il sert mal la cause dont il est le champion en s'alliant avec les ennemis de l'Autriche. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ M. Kossuth, avant de se rendre à Vienne, a fait connaître ses vues dans les journaux. Il est partisan en principe de l’union personnelle de l’Autriche et de la Hongrie ; mais il reconnaît qu’un changement aussi profond ne peut pas se faire d’un seul coup, et il borne ses projets immédiats à la séparation économique des deux pays, et sans doute à la constitution d’une armée purement hongroise. François-Joseph a fait naguère une résistance énergique sur ce dernier point. M. Kossuth est rentré à Pest, sans qu’on sache encore quel a été le résultat de son entretien avec l’Empereur. ”
L. Buloz, L'Autriche en 1867 et son rôle dans l'Europe orientale depuis son exclusion de la confédération…
“ « Au bout de quelques années d’exil, dit Macaulay, l’homme arrive le plus souvent à voir au travers d’un prisme menteur tout ce qui tient à la société qu’il a quittée... Plus l’exil dure, plus l’hallucination grandit. » Cette loi du cœur humain s’est vérifiée sur M. Kossuth, l’homme qui a joué le plus grand rôle dans l’histoire de la Hongrie moderne. Hors d’une révolution violente ayant pour but de faire des Magyars les chefs immédiats de la confédération des peuples du Danube, M. Kossuth ne voit rien d’heureux pour son pays. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°5 Novembre 1902
“ Un autre patriote, d’un opportunisme génial, a su l’organiser ; c’est à Deak que revient cet honneur. Mais qui l’avait remise debout, sinon Kossuth ? Kossuth lui avait insufflé ces vertus héroïques, ces sublimes audaces, cette indomptable énergie qui n’ont pas seulement provoqué la révolte épique de 1848, mais qui, appliquées depuis aux progrès de la civilisation et aux arts de la paix, ont porté la Hongrie à un degré de force et de prospérité digne de son antique passé. ”
H. Blaze de Bury, Revue des Deux Mondes
“ Kossuth prouva son tact en ne se point fâchant. D’ailleurs, quelle admirable chose en politique que les faits accomplis pour mettre les gens d’esprit à leur aise avec les événemens et les hommes ! Le dictateur emmena son général, et, comme Kossuth demandait à Goergei quelle mesure il pensait que Dembinski aurait dû prendre quand on refusait d’obéir à ses ordres : « Je l’ignore, répondit Goergei en souriant ; mais ce que je puis dire, c’est que si j’eusse été à la place de Dembinski, moi, j’aurais fait pendre Goergei. » ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Tout ce que son éloquence asiatique possède de ressources, il l’a déployé ; tout ce qu’il a de lyrisme dans son caractère, il l’a mis en jeu avec succès pour entraîner les populations ; tout ce que la race magyare peut tirer de son sein en hommes et en argent est entre les mains de M. Kossuth. C’est un suprême combat dans lequel cette race expose peut-être sa dernière chance d’avenir. ”
H. Blaze de Bury, Revue des Deux Mondes
“ Kossuth, en adoptant Goergei comme il le fit à cette époque, ne comprit pas toute la portée de cet homme ; il crut se préparer une créature, il se donnait un rival, plus qu’un rival, un maître ironique et superbe, dont le persiflage et le dédain devaient finir par le tuer. ”
L'écho de la guerre : histoire pittoresque… (1859)
“ Il n'y a rien de plus touchant que la curiosité discrète qu'un grand nom inspire à un peuple poli. Une foule élégante se pressait partout sur les pas des Hongrois, et tout le monde saluait Kossuth à son passage, l'evviva était sur toutes les lèvres, mais on le retenait par des motifs qui font honneur à l'intelligence politique du peuple génois. ”
H. Desprez, Revue des Deux Mondes
“ M. Kossuth cependant était fort éloigné des sentimens que les démocrates européens lui, supposaient, et il n’eût pas souffert que Bem prit sur lui de négocier avec les Valaques. Lors du premier soulèvement des Valaques, M. Kossuth, avec sa manière solennelle de caractériser les situations, avait déclaré qu’entre les Magyars et les Valaques il s’agissait d’extermination. « Ou nous serons exterminés, disait-il, ou nous exterminerons. » Aux députations valaques qui étaient venues de la Transylvanie et du Banat, il avait répondu : « Quand on veut la nationalité, on la conquiert par les armes. » ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ La grande république a besoin plus qu’aucun autre état de nouveauté, il lui faut toujours un lion. Kossuth s’est trouvé tout disposé à jouer ce rôle : on l’a laissé faire ; mais, triste retour des choses d’ici-bas, l’enthousiasme excité par le dictateur hongrois a moins duré que l’enthousiasme inspiré par le rossignol suédois, et l’on a même pu croire que Mile Lola Montès, météore d’un moment, allait le faire oublier tout-à-fait. Il est triste pour un homme politique de s’avouer qu’on partage l’enthousiasme d’un peuple avec une cantatrice ou une baladine. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Il a pu aussi reconnaître trop tard que ses triomphes avaient surtout pour but de contenter la vanité de l’Union ; les citoyens de New-York, de Boston et de Philadelphie se sont servis de lui pour se montrer eux-mêmes, pour se donner en spectacle et dire au monde : « Nous sommes un peuple redoutable. » Kossuth a donné dans tous les piéges que lui tendait la naïveté rusée des Américains ; il n’a pas su comprendre qu’aux États-Unis il devait y avoir involontairement du calcul et de l’analyse même dans l’enthousiasme. ”
Les fêtes de l'Université de Paris en 1889 (1890)
“ Que l'image de ce vieillard vénéré, qui, aujourd'hui encore, manie les armes de la vérité avec une force irrésistible, soit pour vous la preuve solennelle que la jeunesse hongroise est avec vous, qu'elle vit et qu'elle meurt avec vous pour la démocratie!... Acceptez ce portrait, de Kossuth! Placez le héros de notre liberté nationale près des héros de la liberté française, car lutter pour la liberté d'une nation c'est combattre pour l'humanité. L'esprit admirable, sublime, de Kossuth, est né de l'embrassement fécond du 56 LES FÊTES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS EN 1889. ”
H. Blaze de Bury, Revue des Deux Mondes
“ C’est, il faut l’avouer, se montrer modeste en ses ambitions, et un pareil homme aurait jamais pu croire de bonne foi que son peuple, comme il l’appelait, était assez fort pour battre à lui seul les Russes et les Autrichiens ! Quelle plaisanterie ! Kossuth a de ces retours qui vous confondent en vous laissant voir à tout instant le comédien narquois et vantard à côté de l’homme politique capable, je ne dirai pas de mener à bout, mais d’entreprendre de grands desseins. Les expédiens, voilà son vrai cheval de bataille. « Si Dieu nous refuse son secours, que le diable nous vienne en aide ! » ”
Jérôme et Jean Tharaud, Revue des Deux Mondes
“ Thököly, Rakoczi, Kossuth, ces grands héros de la Hongrie en lutte contre la Germanie, ce sont des noms que tout Français prononce avec respect. Au pays qu’ils symbolisent, la France n’a jamais cessé d’accorder sa sympathie. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°5 Novembre 1902
“ Roi à quinze ans, fils du célèbre héros Jean Hunyade, vainqueur des Turcs, des Bohémiens, des Allemands, Mathias Corvin fut aussi un faiseur de lois justes et un protecteur éclairé des lettres et des arts. Nul, probablement, n’est plus populaire en Hongrie, hormis Kossuth. Et le hasard a été ingénieux en rapprochant ainsi ces deux illustres noms. Mathias Corvin n’eut point de successeurs dignes de lui ; des princes incapables laissèrent péricliter son héritage et, trois siècles durant, la Hongrie fut la proie des Autrichiens et des Turcs. Kossuth la rendit à elle-même. ”
H. Blaze de Bury, Revue des Deux Mondes
“ Cependant, comme l’argent passe assez généralement pour le nerf de la guerre, et que Kossuth avait le secret d’en trouver, il nous paraît impossible que le dictateur madgyar n’ait pas eu quelque influence sur la formation du corps d’armée de Goergei, et nous persistons à reprocher au général d’avoir refusé, dans ses mémoires, de rendre à Kossuth ce qui appartient à Kossuth. Ces injustes réticences, hâtons-nous de le dire, n’atteignent que l’ennemi domestique (celui de tous, il est vrai, envers lequel on aime le moins à se montrer généreux) ”
E. de Langsdorff, Revue des Deux Mondes
“ Kossuth ne ressemble point aux libéraux hongrois, toujours animés de quelques sentimens chevaleresques et un peu aristocratiques, comme nous avons été habitués à les rencontrer ; c’est un radical de la nouvelle école révolutionnaire, prêt à tout, qui cherchera à se débarrasser de la noblesse quand il se sera débarrassé de l’Autriche. Déjà il a signifié à la chambre des magnats que son existence n’était que provisoire et tolérée, qu’elle serait réformée par l’assemblée souveraine, et réduite sans doute au rôle d’une sorte de conseil d’état. ”
