“ Cette nuit-là M. Raimbaut avait entendu des pas dans la chambre de Duvicquet ; ému d’un pressentiment vague, il songeait : — Est-ce que cette marquise de Mansoury m’aurait écrit la vérité ? Est-ce que je suis une dupe ? — Quelle bêtise ! Ce n’est pas Duvicquet qui lui plairait, et quand elle cause avec lui à des heures pareilles, ce n’est assurément pas d’amour. ”
Raimbaut
Définition et enjeux
Citations sur “Raimbaut”
Hippolyte Roux-Ferrand, Études de moeurs : Champagne-Languedoc… (1861)
“ Alors, tant vaut qu'il reste là, dit philosophiquement Raimbaut; il ne peut plus rien pour nous. Mais, qu'allons nous devenir? plus de femme, plus d'âne. Et une seconde larme se montra sur sa paupière. Pendant ce temps, Ledru-Rollin, perché sur un ormeau, criait : vive la République ! Le bon curé, stupéfait, se demanda si cette Smala déraillée valait bien la peine qu'il retardât la messe qu'il allait dire à la paroisse d'Épernay; mais,la charité l'emportant, il ne vit là que des êtres vivants à soulager, et il partit en promettant à Philippe de revenir avec des secours. ”
Cléophas-Reimbold Dautrevaux, La Flandre sous Jeanne et Marguerite de Constantinople (1856)
“ C'est que l'enfant recueilli par ce chevalier, chez Jeanne Raimbaut, au moment où elle expirait, écrasée par la nouvelle de votre mort ; c'est que cet enfant, dis-je, c'est celui là! c'est que vous êtes l'homme qu'on a retiré des flots, et que je suis ce chevalier, à qui vous devez la vie. C'est que vous êtes le sire Raoul de Bretonvillé, l'amant de Jeanne Raimbaut, et que je suis Gauthier de La Marche, surnommé le Chevalier-Noir. ”
Hippolyte Roux-Ferrand, Études de moeurs : Champagne-Languedoc… (1861)
“ De là, la nécessité d'avoir un homme de paille qu'il pût y envoyer à sa place. Philippe Raimbaut était tout à fait cet homme : intelligence développée, instruction suffisante, misère profonde, esprit fort et conscience large, rien n'y manquait. Fabien l'avait compris et n'avait pas hésité à dresser devant lui le spectre de la tentation , piège doré auquel notre saltimbanque, écrivain public, s'était laissé prendre. Nous verrons plus tard l'extension inespérée que la fertilité de son imagination donna à l'idée du jeune comte. ”
“ Que dira ce M. Raimbaut amené par Mme de Sérigny ? S’effraiera-t-il d’une organisation toujours prête à s’emballer jusqu’aux nues pour s’y dérober comme une déesse qui, faisant signe à son nuage familier de descendre, s’y étend et remonte avec lui en son empyrée ? — Puis-je être coupable, après tout, de l’insubjugable désir qui me serre de ses triples nœuds sans que j’aie même le temps de crier gare ? — Ah ! poursuivit le peintre en se levant, et en s’étreignant de fureur les poignets derrière lui, il y a des jours où je me répète que Renée a été dupe d’Arroukba, et que Sabine ne m’est rien. ”
Joseph Anglade,
Les Troubadours, leurs vies, leurs œuvres…
“ «Dois-je lui ouvrir mon cœur, ou mourir en cachant mon amour?—Raimbaut, lui dit-elle, il convient que tout parfait amant qui aime une noble dame, éprouve quelque crainte à lui manifester ses sentiments. Mais je lui donne le conseil suivant: avant de se tuer, qu'il lui avoue son amour et qu'il la prie de l'accepter pour serviteur et pour ami. Et je vous assure bien que, si elle est sage et courtoise elle ne prendra pas mal cette déclaration; au contraire elle l'estimera davantage et le tiendra pour un homme meilleur.» ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
(1845)
“ Voilà dans ce chœur en fa toutes les passions humaines déchaînées par un allegro bachique. Tous les fils par lesquels le diable nous mène se remuent! Voilà bien l’espèce de joie qui saisit les hommes quand ils dansent sur un abîme, ils se donnent eux-mêmes le vertige. Quel mouvement dans ce chœur! Sur ce chœur, la réalité de la vie, la vie naïve et bourgeoise se détache en sol mineur par un chant plein de simplicité, celui de Raimbaut. Il me rafraîchit un moment l’âme ce bon homme qui exprime la verte et plantureuse Normandie, en venant la rappeler à Robert au milieu de l’ivresse. ”
“ Avoir obligé à se courber sous son joug un homme qu’aucune autorité n’enchaînait ; l’avoir contraint à fouler aux pieds ses dieux, à embrasser une existence de boursier ; ce fait-là devait plonger dans la stupeur ceux qui n’étaient pas Raimbaut. Quoique s’enorgueillissant du spectacle de ce despote vaincu, Sabine tremblait d’un instant à l’autre d’entendre le rugissement du lion reparti vers son antre avec un lambeau de chair vive de la bête qu’il aurait cessé de convoiter. ”
“ Il fallait s’avouer susceptible d’aimer jusqu’à la rage, jusqu’à l’épuisement de la dernière semence amoureuse de l’humanité ; il fallait être au-dessus de toutes les hontes, rire de toutes les humiliations, se déclarer plus forte que les plus cyniques. — Et se dévoiler capable d’une telle puissance, c’était déjà se trouver victorieuse. Mme Raimbaut n’avait donc pas eu tort en tâchant d’escompter l’effrayant prestige de sa liaison avec Duvicquet. ”
Hippolyte Roux-Ferrand, Études de moeurs : Champagne-Languedoc… (1861)
“ Le docteur, vaincu par ce raisonnement et un désir aussi philosophiquement exprimé, en permit en petite dose Aussi notre équilibriste appelait il son séjour à Épernay une oasis dans sa vie. Mais tout bonheur a un terme, même celui qu'on goûte à l'hospice, et force fut à Raimbaut parfaitement guéri de reprendre sa vie aventureuse. - Mon pauvre Narcisse, dit-il le jour où il reçut son congé, où irons nous de te pas? Te sens-tu la force de marcher? La baraque est bien là, avec tous ses agrès; mais à quoi cela peut-il nous servir sans un âne ou un cheval ? ”
“ Mais, demain, demain, que sera-ce ? que deviendrons-nous ? Et le baiser recommençait. Et Raimbaut, frissonnant devant ce spectacle, entrait sans s’en douter dans ce flot de vie puissante, désirant que sa femme l’enlaçât ainsi, ayant les sens baignés dans cette tendresse. Mais, à un nouveau son de la voix délirante qui appelait l’amant, il eut une révolte : — Oh ! balbutia-t-il, la gorge serrée, les extrémités rigides, la misérable !... Et il prenait son élan pour enfoncer la porte, lorsque deux bras le saisirent. Il se retourna furieux, et reconnut Frissonnette. ”
Amédée Kermel, Une âme en peine, par M. Amédée Kermel (1834)
“ Raimbaud, qui n'échangerait pas ses joies contre les joies du ciel, Raimbaud perdrait bientôt joies et félicités, Raimbaud ne serait plus qu'un fou dont on ne contestera peut-être pas le courage, puis un nom , puis un souvenir, puis une ombre, puis rien... Ces pensées étaient tristes, et il les faisait lorsque la voix de Gustave l'en arracha. Les trois amis franchirent ensemble le seuil du fastueux corridor de l'hôtel, et se jetèrent dans la voiture de Raimbaud, qui les emporta sur la route de Neuilly. En un quart d'heure ils eurent atteint la Porte-Maillot, où ils mirent pied à terre. ”
Amédée Kermel, Une âme en peine, par M. Amédée Kermel (1834)
“ Cependant, Raimbaud après une assez longue course, s'était rendu maître de sa monture, et il revenait sur ses pas, inquiet du cri qu'il avait entendu. La voiture emportée, venant à son encontre, se déroule rapide comme un tourbillon de poussière, passe et fuit. Il n'a eu que le temps d'entendre les blasphêmes du postillon et d'entrevoir Nancy pressée contre Clémence qu'elle entoure de ses bras. Au loin, l'équipage du comte, puis Edouard et Gustave un peu plus avancés, arrivant à toute bride.. ”
Alphonse de Lamartine,
La Jérusalem délivrée
(1841)
“ Je suis choisi par l'Amour, et toi par la Fortune ! – Titre frivole, dont tu ne peux te prévaloir, réplique Raimbaud ; esclave sans mission, tu ne seras pas admis parmi les légitimes défenseurs d'Armide. – Qui m'en empêchera ? – Moi ! » Et il s'avance vers son rival. Animé du même dédain et d'une égale audace, Eustache se précipite à sa rencontre ; mais Armide étend le bras et maîtrise leur fureur : « De grâce, dit-elle à Raimbaud, permets qu'un nouveau compagnon m'assure un vengeur de plus. Si tu désires mon salut, pourquoi me priver dans ma détresse de ce nouvel appui ? » ”
Denis Diderot,
Œuvres complètes de Diderot
“ C’est en 1766, alors que Rameau professait la musique dans quelques bonnes maisons, qu’il composa la Raméide, qui se termine par cette note : « Il fallait que les circonstances me fussent contraires, que notre adversaire nous ait dit de jeter notre musique au feu, qu’elle n’était pas musique, pour avoir essayé de faire mon histoire que j’appelle la Raméide, dans le temps de ma vie le plus rempli de trouble, dénué de tout secours littéraire, pays où je vas et où je dois paraître bien étranger, mais même pour l’avoir confié au public. — Du dimanche des Rameaux, 1766. » ”
Claude Debussy,
Monsieur Croche
“ Seulement, c’est Gluck !... et l’on s’incline. Pour Rameau, il n’avait qu’à se faire naturaliser ! C’est bien sa faute ! Nous avions pourtant une pure tradition française dans l’œuvre de Rameau, faite de tendresse délicate et charmante, d’accents justes, de déclamation rigoureuse dans le récit, sans cette affectation à la profondeur allemande, ni au besoin de souligner à coups de poing, d’expliquer à perdre haleine, qui semble dire : « Vous êtes une collection d’idiots particuliers, qui ne comprenez rien, si on ne vous force pas d’avance à prendre des « vessies pour des lanternes ». ”
Denis Diderot,
Le neveu de Rameau
“ Le Polichinelle de la foire a du gosier, mais point de finesse, point d’âme. Madame une telle est accouchée de deux enfants à la fois ; chaque père aura le sien... Et vous croyez que cela dit, redit et entendu tous les jours, échauffe et conduit aux grandes choses ? MOI. — Non ; il vaudrait mieux se renfermer dans son grenier, boire de l’eau, manger du pain sec, et se chercher soi-même. LUI. — Peut-être ; mais je n’en ai pas le courage. Et puis sacrifier son bonheur à un succès incertain ! Et le nom que je porte donc ?... s’appeler Rameau ! cela est gênant. ”
Karl Milo, Les débauches d'un confesseur
“ Cette fois, un nom monta aux lèvres de Rameau. Il jeta un regard autour de lui, vérifia que, sauf le patron qui dormait dans le comptoir, ils étaient seuls, vint aux deux buveurs qui, eux non plus, n'avaient pas cessé de le considérer en se heurtant le coude, et à mi-voix, prononça ces mots, les appliquant d'abord au commissionnaire, puis au garde française : - Le Père?. Le Fils?. Les deux buveurs, d'une seule voix, ajoutèrent, tendant la main : — Le Saint-Esprit? Rameau prit leurs mains dans les siennes : - Vous ! c'est vous ? à Paris ? ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Dans les airs de ballet, dans les chansons de nymphes, de bergères ou de « matelotes, » on surprend des cadences qui tournent court, des angles aigus et des lignes qui trop souvent se brisent. La mélodie de Rameau en général a je ne sais quoi de brusque, et son harmonie quelque chose de rêche. Le rythme surtout, constamment pointé, nous irrite à la longue et nous blesse. Comme du marbre dans la musique de Gluck, il y a des cailloux dans celle de Rameau. Ou plutôt, un opéra de Rameau nous donne un peu l’impression d’une armature, ou d’une ossature sonore. ”
Godefroy Cavaignac, Romans militaires de Godefroid Cavaignac… (1874)
“ En effet, Raimbaud, en sortant de prison, tomba roide, disait-il, dans les filets d'une veuve, rétive et chatouilleuse à ne pouvoir y toucher. Raimbaud avait un esprit naturel qui ne se montrait jamais tant que s'il était mis en jeu par un sentiment un peu vif, et il eût fait rire une momie lorsqu'il se mettait, chaque soir, à me conter, tout en fumant sa pipe, ses tribulations et ses désappointements d'amoureux. ”
Denis Diderot,
Le neveu de Rameau
(1884)
“ M. Viellard dit qu'elle est si bonne! Moi je sais un peu qu'elle l'est : mais cependant aller s'humilier devant une guenon, crier miséricorde aux pieds d'une misérable petite histrionne que les sifflets du parterre ne cessent de poursuivre! Moi Rameau, fils de M. Rameau, apothicaire de Dijon, qui est un homme de bien, et qui n'a jamais fléchi le genou devant qui que ce soit! Moi Rameau, le neveu de celui qu'on appelle le grand Rameau, qu'on voit se promener droit et les bras en l'air dans le Palais-Royal, depuis que M. Carmontelle l'a dessiné courbé et les mains sous les basques de son habit! ”
Karl Milo, Les débauches d'un confesseur
“ Il se fit un silence. — Vous ne dormirez pas, voilà tout; et vous serez armés. — Sa Majesté peut compter sur notre dévouement, affirma Bachelier. — Aussi bien, conclut Rameau, la façon dont le misérable s'est enfui prouve qu'il n'a pas l'intention de revenir. — Ainsi soit-il! Le Roi ne dormit guère plus que ses gardes : deux guet-apens dans la même journée, sans compter une séparation, c'était plus qu'il n'en fallait pour l'agiter désagréablement. - De Bretagne! songeait-il, en se retournant sur l'oreiller. La Bretagne est un pays dévot. Ne serait-ce pas un émissaire des jésuites?. ”
Denis Diderot,
Le neveu de Rameau
“ Moi qui ai composé des pièces de clavecin que personne ne joue, mais qui seront peut-être les seules qui passeront à la postérité, qui les jouera ; moi, moi enfin, j’irais !... Tenez, monsieur, cela ne se peut (et mettant sa main droite sur sa poitrine, il ajoutait) : je me sens là quelque chose qui s’élève, et qui me dit : Rameau, tu n’en feras rien. Il faut qu’il y ait une certaine dignité attachée à la nature de l’homme, que rien ne peut étouffer. Cela se réveille à propos de bottes, oui, à propos de bottes ”
Jean Rameau, Moune (1890)
“ Cadetine sortit. La porte, en s'ouvrant au fond, laissa voir un carré de ciel limpide, poli comme une faïence. Il faisait clair de lune. Justin sortit à son tour. Cadetine n'était pas rentrée. Comment? Ce n'est pas une illusion? L'on permet ces choses-là? Et personne ne se lève pour... Non, Mariotte ne se leva pas; Mariotte ne dit rien de cela; elle resta à sa place, elle eut même la force de sourire à une brave femme qui lui racontait une grosse plaisanterie. Mon Dieu! c'est donc faux que la souffrance tue ! pensa-t-elle, en sentant des pleurs venir sous ses paupières. ”
Denis Diderot,
Le neveu de Rameau
“ Alors que devient-elle ? qu’en pense sa femme de chambre, lorsqu’elle se lève en chemise et qu’elle vole au secours de sa maîtresse qui se meurt ? Justine, allez vous recoucher ; ce n’est pas vous que votre maîtresse appelle dans son délire. Et l’ami Rameau, s’il se mettait un jour à marquer du mépris pour la fortune, les femmes, la bonne chère, l’oisiveté, à catoniser, que serait-il ? un hypocrite. Il faut que Rameau soit ce qu’il est, un brigand heureux avec des brigands opulents, et non un fanfaron de vertu ou même un homme vertueux, mangeant sa croûte de pain seul ou à côté des gueux. ”
Karl Milo, Les débauches d'un confesseur
“ Rameau, lui, bien qu'ayant parfois les mœurs des abbés de cour, était loin d'être du clergé ; c'est ce qui lui facilita une entrevue avec ce Roi dont il avait été le valet de chambre. Les domestiques ne restent jamais à la porte; d'ailleurs le bohème avait trouvé, pour forcer la consigne, une contre-marque d'effet sûr ; il montrait patte blanche en introduisant en même temps que lui une jeune fille jadis modiste, parfois honorée, il n'y avait peut-être pas très longtemps encore, des faveurs de Rameau, et qui répondait au nom de Jeanne. ”
Charles-Pendrell Waddington,
Ramus (Pierre de la Ramée) : sa vie…
(1855)
“ « Décharge à Pierre de la Ramée, professeur du « roi en éloquence, de sa lecture ordinaire qu'il est tenu « faire, sans préjudice de ses gages et droits. » Ramus était donc déchargé de ses fonctions; mais il n'avait pas entendu réclamer une sinécure. A peine rentré dans son cher collége, ou, comme il l'appelait quelquefois, « son royaume de Presles, » qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort, il se remit à l'œuvre avec courage. ”
Pélage, ou Léon et les Asturies… (1826)
“ Ses membres étant percés de deux blessures, Ramire voit le sang ruisseler sur son armure ; ses forces l'abandonnent; il s'appuie sur sa lance, il frappe encore, il éloigne son ennemi, étonné de tant de résistance. Ses amis, ses plus vaillans guerriers s'avancent à son secours; trop tard, hélas! Tarif, écartant le bouclier et le faible bras qui le porte, lui plonge son glaive dans le sein. Soutenu par les siens , Ramire recule ; il est assis sur la terre au milieu de ses rangs. ”
Camille Rambaud,
Six mois de captivité à Koenigsberg…
(1872)
“ Je me console, en me rappelant que saint Paul a dit : « Autre est celui qui sème, autre est celui qui moissonne. » Peut-être ne suis-je appelé qu'à faire revivre un peu la pensée de la religion dans ces âmes. La seconde chose, c'est une lettre du général gouverneur qui me demande si je voudrais aller visiter les cent quatre-vingt-quinze prisonniers qui sont sans prêtre à Pillav. Oh ! bien sûr que je le veux; quelle bonne inspiration vous avez eue, général ! Depuis plus de quinze jours, je voulais vous demander à aller voir ces pauvres soldats, et je ne l'osais pas. ”
