“ Cette main a gardé la finesse et la grâce Qu’assurent seuls de beaux aïeux, Et résume, bouquet d’une splendide race, Toutes les mains pâles des dieux ; Elle fut à son heure autre chose que fine, Forte, elle tint tout le promis. Et n’eut qu’à battre un peu les flots de Salamine, Pour y noyer ses ennemis ”
Salamine
Définition et enjeux
Salamine, île grecque du golfe Saronique, est un lieu chargé d’histoire et de symbolisme, liée à des batailles décisives et à des figures mythiques. Les auteurs comme Pindare célèbrent son rôle dans la victoire navale contre Xerxès, tandis qu’Edmond Rostand évoque ses flots mythiques dans une poésie lyrique.
Maurice Albert, quant à lui, examine ses représentations symboliques dans l’art antique. Ces approches, combinant histoire, mythologie et esthétique, révèlent une île à la fois stratégique et poétique, où le passé se mêle à la mémoire collective.
Citations sur “Salamine”
Edgar Boulangier, Un hiver au Cambodge : chasses au tigre… (1888)
“ Salamine ne ressemble pas aux autres îles; les sables de l'Égypte ne sont pas des sables; le cap Sigée est si beau, que sa vue seule guérit de toutes les fatigues; et, l'imagination aidant, les solitudes de la Judée décèlent à chaque pas des miracles. ”
Maurice Albert,
Boucliers décoratifs du musée de Naples…
(1882)
“ On ne voit pas pourquoi Avellino, qui a publié ce clipeum, a voulu reconnaître dans ces deux bas-reliefs une image symbolique de la victoire de Salamine. La divinité ailée serait Athéué, le guerrier serait Ajax. C'est une hypothèse que rien ne justifie. N° 17. A droite, un faune, sur un pied, tient par le groin un porc qu'il saigne au cou avec un large couteau. A gauche, une vieille femme maintient l'animal par une patte de devant et une patie de derrière. A terre est un vase destiné à recevoir le sang de la victime offerte en sacrifice. ”
Pindare,
Les Petits poèmes grecs
“ Salamine, île du golfe Saronique, en face d’Athènes et près de laquelle se livra la fameuse bataille navale contre Xerxès. De tous les alliés d’Athènes les habitants d’Égine furent ceux qui fournirent un plus grand nombre de vaisseaux. ”
José-Maria de Heredia,
Le Parnasse contemporain/1876
“ LES FUNÉRAILLES Vers la Phocide illustre, aux temples que domine La rocheuse Pytho toujours ceinte d’éclairs, Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers, Hellas accompagnait leur image divine. Et leurs ombres, tandis que la nuit illumine L’Archipel radieux et les golfes déserts, Écoutaient, du sommet des promontoires clairs Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine. Et moi je m’éteindrai, vieillard, en un long deuil ; Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil, Et l’on paîra la terre et le prêtre et les cierges. Et pourtant j’ai rêvé ce destin glorieux De tomber au soleil ainsi que les aïeux, ”
Henri Rivière,
Le cacique : journal d'un marin
(1866)
“ Elle est plus vive encore lorsqu'elle est préparée par une longue attente, aussi je me rappelle avec quel plaisir je descendis autrefois au Pirée. Depuis mon arrivée en Grèce je n'avais encore vu que cette grande radè de Salamine, fermée de tous côtés par des montagnes chauves et brûlées, admirable champ de bataille pour deux flottes, plein de poésie et de tristesse. Ce matin, comme autrefois, je suis parti du bord en canot. En longeant la pointe du Pirée ou aperçoit sur la plage les deux ou trois pierres couchées du - tombeau de ïliémistocle. ”
Eugène Sue,
La Salamandre
(1845)
“ Faut-il boire ? buvons ! Faut-il tuer ?.. tuons ! sans rancune contre la fatalité qui change un jour de folle joie en carnage sanglant et acharné : mon Dieu ! non, il est surpris, voilà tout, et se demande : Qu'est-ce qui aurait dit cela hier. Et puis si cet équipage avait péri, que serait devenue la Salamandre, s'il vous plaît ? car cet équipage c'est sa vie ! son sang ! Cet équipage qui circule dans ses batteries, dans ses ponts, dans ses mâts, dans ses hunes, qui se divise dans les rameaux infinis de ses cordages. ”
“ Étranger, la nuit est si belle, si douce, si transparente, les aloès et les orangers y répandent des parfums si suaves, si pénétrants ; le ciel est si bleu ; les étoiles si étincelantes ! Assieds-toi, assieds-toi au pied de ce mûrier sauvage, aux feuilles veloutées ; assieds-toi, reste au sommet de la montagne : et peut-être avant l’aurore verras-tu quelque spectacle inconnu et bizarre ; car la Salamandre a reçu sa paye hier. Peut-être le doux repos que tu vas prendre sur ce gazon tout embaumé de thym et de serpolet, ton doux repos sera-t-il un peu interrompu. ”
Eugène Sue,
La Salamandre
(1845)
“ LA SALAMANDRE. C'est quelque chose de fin, de souple, d'élégant, de voluptueux. Car elle se met si bien, la Salamandre! Elle a tant et tant de goût ! Et puis, voyez-vous, une corvette comme elle ne suit pas les modes, elle les invente. Aussi la première elle porta des voiles de perroquet démesurément échancrées. La première, elle peignit en rouge l'intérieur des volets des sabords, qui, relevés sur sa lisse blanche comme la neige, s'y découpaient en losanges de pourpre. ”
“ Un feu de joie de la maison, et on dira dans le pays : C’est l’équipage de la Salamandre qui s’est drôlement amusé ; voilà des êtres bien heureux ! — Et ça sans remords, au moins, bégayait le Parisien. On a une famille... on satisfait à sa famille et aux... aux... enfin aux choses de la nature. Moitié de la paye pour la nature, et l’autre moitié pour la folie ; car, vois-tu, nous nous consacrons à la folie, Giromon. — Je crois, cordieu bien ! dit ce dernier avec une gravité ivre qui eût fait honneur à un juge. — Mais, reprit le Parisien, pour dessert, qu’est-ce que nous pourrions bien faire ? ”
“ C’est moi qui vous ai reçu dans mes bras quand vous avez été blessé, et vous vous en êtes souvenu, car jamais vous n’avez brutalisé le vieux la Joie, comme font tant de jeunes officiers. Et puis c’est triste, allez, monsieur Paul, de penser qu’après vous et le lieutenant, il ne restera que nous deux Bouquin, des flambarts de la Salamandre. Car Gratien m’a tout dit, monsieur Paul ; c’est beau à vous ça ! c’est d’un bon fils et d’un brave marin ce que vous faites là ; n’y a que les femmes et les curés qui diront que vous avez eu tort. ”
“ SALOMÉ Donnez-moi la tête d’Iokanaan. HÉRODIAS C’est bien dit, ma fille ! Vous, vous êtes ridicule avec vos paons. HÉRODE Taisez-vous. Vous criez toujours. Vous criez comme une bête de proie. Il ne faut pas crier comme cela. Votre voix m’ennuie. Taisez-vous, je vous dis... Salomé, pensez à ce que vous faites. Cet homme vient peut-être de Dieu. Je suis sûr qu’il vient de Dieu. C’est un saint homme. Le doigt de Dieu l’a touché. Dieu a mis dans sa bouche des mots terribles. Dans le palais, comme dans le désert, Dieu est toujours avec lui... Au moins, c’est possible. ”
Anatole France,
La rôtisserie de la Reine Pédauque
“ Et ne perdez point de vue que la Salamandre n’est autre que le diable, qui revêt, comme on sait, les formes les plus diverses, tantôt agréables, quand il parvient à déguiser sa laideur naturelle, tantôt hideuses, s’il laisse voir sa vraie constitution. — Prenez garde à votre tour, frère Ange, répondit le philosophe ; et puisque vous craignez le diable, ne le fâchez pas trop et ne l’excitez pas contre vous par des propos inconsidérés. Vous savez que le vieil Adversaire, que le grand Contradicteur garde, dans le monde spirituel, une telle puissance, que Dieu même compte avec lui. ”
Anatole France,
La rôtisserie de la Reine Pédauque
“ Il est extrêmement probable, ajouta-t-il, que cette Salamandre est venue pour vous ou pour votre élève. Je l’ai vue très distinctement de la rue en passant devant cette rôtisserie. Elle serait plus apparente si le feu était plus vif. C’est pourquoi il faut tisonner vivement dès qu’on croit qu’une Salamandre est dans la cheminée. Au premier mouvement que l’inconnu fit pour remuer de nouveau les cendres, frère Ange, inquiet, couvrit la soupière d’un pan de sa robe et ferma les yeux. ”
“ Enfin, enfin ! l’ennemi présente la poupe ; la Salamandre rugit, le canon tonne, le fer pleut... Hourra !... coulé... hourra !... coulé... plus d’Anglais. Hourra ! Une traînée de cadavres qui tournoya dans le remous que fit la frégate en s’engloutissant ; des dépris de gréement et de mâture... Et puis ce fut tout. Alors on songea à éteindre l’incendie, et on y parvint. Oh ! qu’ainsi elle était changée, ma brave et digne Salamandre ! ”
“ Le sifflet de la Joie retentit. On mit l’embarcation à la mer, on l’arma, et Merval, accompagné du renégat, quitta la corvette. — Lieutenant, je vous présente mes civilités, dit le bas Normand en saluant Pierre. — Adieu, monsieur, dit celui-ci avec une froideur glaciale ; et il ajouta tout haut : Merval, laissez la moitié de votre monde armé dans le canot, et à la moindre démonstration hostile un signal. Ce brick, vous le savez, est sous nos canons, mais n’importe, de la prudence. Et l’embarcation quitta la Salamandre. Pierre la suivit des yeux. ”
“ Va, je t’écoute, et tâche de te rappeler par quel vent il est venu à bord. — Par une brise de sud-ouest à décorner les bœufs. — Va toujours, dit le calier. — Pour lors, c’est un grand, taillé en mât d’hune, qui porte des chaussons de lisière, une redingote jaune, et une casquette en poil, comme le portier de l’arsenal. — Et il vient f... comme ça sur le pont de la Salamandre, sur le pont d’une brave corvette de guerre ! dit le calier exaspéré. ”
“ LE PREMIER SOLDAT Princesse, le jeune capitaine vient de se tuer. SALOMÉ Laisse-moi baiser ta bouche, Iokanaan. IOKANAAN N’avez-vous pas peur, fille d’Hérodias ? Ne vous ai-je pas dit que j’avais entendu dans le palais le battement des ailes de l’ange de la mort, et l’ange n’est-il pas venu ? SALOMÉ Laisse-moi baiser ta bouche. IOKANAAN Fille d’adultère, il n’y a qu’un homme qui puisse te sauver. C’est celui dont je t’ai parlé. Allez le chercher. Il est dans un bateau sur la mer de Galilée, et il parle à ses disciples. Agenouillez-vous au bord de la mer, et appelez-le par son nom. ”
“ Peut-être aussi l’homme fort qui se soumet au faible croit-il prouver par là qu’une telle soumission est toute volontaire. Toujours est-il que l’influence de Paul semblait magique à bord : il exerçait une espèce de merveilleux empire, lui, chétif enfant, sur ces hommes de fer qui avaient vu vingt batailles et ne savaient plus ce que c’était que le danger. Et puis, ces hommes, superstitieux comme tous les hommes naïfs et énergiques, croyaient à je ne sais quelle prédiction d’un vieux calier qui liait l’existence, le destin de la Salamandre à l’existence, au destin de l’aspirant. ”
“ Et s’il devenait amoureux de vous ? car vous vous êtes faite belle aujourd’hui : vous ne l’aimez pas, et pourtant vous voulez le séduire ! En vérité, les corvettes et les femmes sont des démons incarnés. Au fait, jamais la Salamandre n’avait été si bien, si piquante. Tous ses flambarts et ses nouveaux marins amenés par Paul étaient galamment habillés de pantalons blancs, de vestes bleues à boutons à l’ancre ; puis leurs ceintures rouges tranchaient avec la blancheur des chemises brodées en bleu au collet, qui, rabattu sur la veste, laissait voir des cous bruns et vigoureux. ”
“ Cinq minutes après on vit poindre, s’élever et grandir une longue figure à l’ouverture du petit panneau. Puis cette figure s’avança à deux pas du lieutenant, ôta son bonnet de laine, prit son long sifflet d’argent, l’approcha de ses lèvres prêtes à s’y coller, et attendit. C’était maître la Joie, un ancien de la Salamandre, un flambart, oh ! un pur flambart ! Il est impossible de se figurer quelque chose de plus triste, de plus morose, de plus rechigné, de plus laid que cette figure, jaune, osseuse, flétrie, chauve, maigre et anguleuse. ”
“ Pour un renégat, il a l’air d’un assez bon homme ! — Oui, oui ; mais je n’aime pas l’apostasie : ce n’est qu’un calcul, et c’est bas. — Je suis de votre avis. Mais le voilà qui demande s’il peut partir, dit Merval en montrant à son supérieur un signal du brick. — Faites-lui signe que oui, dit Pierre. Et une flamme bleue et jaune fut hissée à la corne de la Salamandre. À peine ce signal eut-il été aperçu par le brick, qu’il démasqua son grand hunier, et commença à voguer doucement, profilant de la brise qui était assez fraîche. ”
“ On pouvait se dire : — L’horizon est à dix lieues, le grain s’y forme, dans une heure il tombera à bord ; et alors cette mer si unie se gonflera fouettée par la force du vent, déferlera sur ce haut-fond, et à chaque lame la corvette sera enlevée, puis précipitée sur le banc de toute la hauteur de ces énormes vagues. Or, au bout de dix minutes, ce sera fini de la Salamandre. Ce raisonnement détermina Pierre à ordonner la construction d’un radeau. Szaffie observait tout avec un sang-froid imperturbable ; il souriait presque, car il prévoyait quelque drame effrayant ”
“ SALOMÉ Ce sont les yeux surtout qui sont terribles. On dirait des trous noirs laissés par des flambeaux sur une tapisserie de Tyr. On dirait des cavernes noires où demeurent des dragons, des cavernes noires d’Égypte où les dragons trouvent leur asile. On dirait des lacs noirs troublés par des lunes fantastiques... Pensez-vous qu’il parlera encore ? LE JEUNE SYRIEN Ne restez pas ici, princesse ! Je vous prie de ne pas rester ici. SALOMÉ Comme il est maigre aussi ! il ressemble à une mince image d’ivoire. On dirait une image d’argent. Je suis sûre qu’il est chaste, autant que la lune. ”
“ Étranger, artiste ou voyageur, toi qui t’arrêtes tout à coup pour poser ton bâton de frêne, essuyer ton visage, et prêter une oreille attentive au bruit sourd et lointain, aux clameurs voilées par la distance qui t’arrivent concises ; ne crains rien, il n’y a aucun danger : seulement attends un jour encore pour entrer à Saint-Tropez ; car, vois-tu, la Salamandre a reçu sa paye hier. ”
“ Et sans ce bruit la Salamandre n’existerait pas. Voyez-la plutôt là, toute seule, toute triste, privée de son équipage depuis hier... C’est le silence, c’est le sommeil de la mort. Comme elle est froide et incolore ! comme elle est lugubre ! on dirait d’un de ces corps pétrifiés que les magiciens des ballades frappaient d’un trépas passager. ”
“ Paul, Merval, Bidaud, étaient dans la batterie à l’avant, et avaient exécuté les ordres de Pierre : — au moyen de câbles que l’on fit mouiller à une longue distance de la Salamandre, on vira au cabestan, qui, faisant rappel sur les ancres, devait attirer peu à peu le navire sur la partie déclive du banc et le remettre à flot. En effet, il avança de quelques pieds. Mais malheureusement, ce fond de vase n’offrant pas de tenue aux pattes des ancres, elles ne purent y mordre ; elles cédèrent, et la Salamandre ne bougea plus. ”
“ Ah ! j’oubliais : le jour même où M. Paul est tombé dans le panneau du faux pont et a manqué se tuer. Misère se mit à genoux et tendit le dos. À ces mots, maître Buyk fit un bond furieux sur son coffre. — Assez, assez ! s’écria-t-il ; assez, Bouquin ! Pauvre corvette, pauvre Salamandre ! Vois-tu, Bouquin, ce marquis-là, c’est la mort de la corvette ; et, en disant de la corvette, je dis de M. Paul ; car l’un ne peut aller sans l’autre, puisqu’il est né le jour où elle a été lancée à l’eau. Oui, c’est sa mort à ce pauvre M. Paul, qui, je vous l’ai dit cent fois, est son ange gardien. Oh ! ”
Adolphe de Bouclon, Ferrand et Mariette, influence de la lecture des romans… (1847)
“ Avec un coeur naïf et convaincu, la vie lui apparaissait riante et belle, pleine de joie, d'espérance et d'immortalité. Mais il a eu le sort de Paul, et le poids de ce désenchantement atroce sous lequel son âme a été étouffée, ce fut précisément le roman de la Salamandre, dont la préface débite une si belle morale, une indignation si vertueuse ! Eugène Sue, par son livre, a été le Szaffie de Ferrand, et ce dernier m'a répété plusieurs fois que la lecture de la Salamandre en particulier lui avait fait un mal affreux. ”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ La Salamandre est une de ces productions frénétiques que l’on ne peut trop signaler à l’animadversion de toute âme honnête, dont le cœur se soulève à la lecture du récit de crimes commis pour l’infernal plaisir de les commettre. ”
“ Au premier coup de canon que la Salamandre tira pour assurer son pavillon, le malheureux marquis, quoique prévenu, fit un effroyable bond sur son banc. — Ah ! le vieux caïman ! dit Bouquin en tirant la Joie par sa veste. Ah ! le vieux gueux ! le v’là qui saute de joie devoir commencer la danse de prends garde à ta peau ! Est-il enragé pour le feu, hein, la Joie ? Sois calme, sois calme : on va la danser, et la mitraillade aussi, vieux enragé, vieux mangeur de boulets, va ! ”
