“ Celle qu’on vient d’entendre est toujours la plus belle, et de la sorte chacune, à tour de rôle, passe à bon droit et dans la même saison pour son chef-d’œuvre. Puisque nous en sommes aujourd’hui sur la symphonie pastorale, savez-vous quelque part une plus imposante musique ? a-t-on jamais chanté hymne plus majestueuse à la création ? ”
Symphonie pastorale
Définition et enjeux
Citations sur “Symphonie pastorale”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Partagée entre la nature et l’action, l’ouverture elle-même a fait ù la première, et de beaucoup, la meilleure part. S’il pouvait y avoir, dans le monde sonore, une seconde Symphonie Pastorale, elle serait ici. ”
Giovanni Duca,
Conseils sur l'étude du chant
(1851)
“ Mais je ne sache rien qui purifie le cœur, qui élève l'âme à Dieu dans l oubli de la terre, comme ces sublimes oratorio où la pensée rêveuse croit se bercer à quelque symphonie du ciel. La parole la plus éloquente, le sermon le plus pathétique, n'éveilleront jamais dans la foule recueillie des émotions aussi profondes, d'aussi pieuses aspirations, que le feraient un chœur majestueux, une voix pure et pénétrante, qui, le soir par exemple, aux accents de l'orgue, au doux parfum des encensoirs, répandrait dans le silence et l'obscurité mystérieuse de la nef une suave mélodie. ”
Louis Colin, Noces d'or de Mgr Trouillet : célébrées à la basilique Saint-Epvre… (1883)
“ Rien n'égale la grandeur et la sublime simplicité des chants de la liturgie. Ses mélodies graves, profondes, vibrantes, sont d'une puissance religieuse que rien ne saurait égaler. Elles nous apportent, à travers les âges, l'écho parfumé des millions d'âmes qui les ont fait retentir avec les élans de l'espérance et de l'amour, sous les voûtes lointaines de nos vieilles basiliques. Le Credo est par excellence le chant immortel de l'humanité. C'est la grande voix du monde racheté qui, à jamais, s'élancera du temps vers l'éternité. ”
Thérèse-Alphonse Karr, La symphonie du travail (1885)
“ Le moine reprit : « Savez-vous comment vous avez chanté? — Non... — Eh bien je vais vous l'apprendre : vous avez chanté comme si c'était votre œuvre à vous-même que vous interprétiez. Je ne puis vous donner une plus grande louange. C'est moi qui ai composé cette messe, et je ne me suis jamais si bien compris qu'en vous entendant. Vous avez dit réellement ce que j'ai essayé de dire à Dieu en faveur des hommes, aux hommes afin de les élever à Dieu. La musique ne doit pas être pour vous un métier, mais une vocation. » ”
Ferdinand Donnet, Instruction pastorale et mandement de Mgr l'archevêque de Bordeaux… (1850)
“ La question du chant religieux est d'ailleurs une de celles qui préoccupent non seulement les hommes de science, mais encore tous ceux qui, par dévouement à la religion, tiennent à lui rendre l'ancienne splendeur que lui avaient créée la foi des peuples et l'active intelligence de ses pasteurs. ”
Alphonsine Masson, Ma conversion (1864)
“ Bien n'émeut comme la musique dans es solennités de l'Église ; son caractère, à la fois grave et simple, adoucit aussitôt l'amertume des pensées, et semble ouvrir à l'âme un champ nouveau d'espérance et de consolation. Au moment où le prêtre, parvenu près du reposoir, bénit l'assistance humblement recueillie, des voix sonores entonnèrent un chant que je n'ai jamais entendu depuis ; ce chant me ravit aux cieux, des larmes brûlantes , pleines d'amour et de repentir, vinrent mouiller mes yeux. ”
Louis Rupert, Que penser et que faire ? par L. Rupert (1871)
“ Le chant étant une prière publique destinée à réunir toutes les voix soit ensemble, soit alternativement, c'est un déplorable usage et une malheureuse pensée que de le réduire en partie à des solos, d'abord parce qu'il ne doit y avoir dans l'Eglise d'autre solo que la voix du prêtre qui est, lui, dans les parties que la liturgie lui attribue et lui réserve, intermédiaire entre Dieu et les hommes et organe officiel du peuple chrétien auprès de Dieu. ”
Xavier Marmier,
Revue des Deux Mondes
“ Au son des cloches, les enfans arrivent deux à deux dans l’église et se rangent le long de la nef. Le chant des psaumes retentit sous les voûtes du temple ; un sentiment pieux pénètre dans le cœur de tous les assistans. Puis le pasteur monte en chaire, il s’adresse à sa communauté, et il lui parle avec douceur, avec onction. Il lui parle des vertus qui doivent nous contenir dans ce monde et du repos qui nous attend dans l’autre ; il lui parle de la force que donne la foi, des joies de l’amour et de l’espérance. ”
Constantin Photiadès, La Revue de Paris
“ Amour des humains, ses frères ; amour de la Création et du Très-Haut qui l’a voulue si belle ; amour de la religion, si chère à ce catholique fervent que la méditation, la prière et l’extase sont les véritables ailes de sa musique ; amour enfin de cette perfection idéale qui presque toujours le fuyait, mais dont il jouissait quand même en Dieu, avec une allégresse infinie : le chaud rayonnement de cette flamme exalte, dans ses moments heureux, la fougue du symphoniste. Ses fidèles le vénéraient, à la fois, pour son talent et pour son âme. ”
Antonin-Dalmace Sertillanges,
Prière et musique
(1935)
“ La musique religieuse n'est pas un accessoire ou un agrément extérieur; c'est la vie même de la prière prenant sa forme complète ; elle est liée à la parole comme la parole à la pensée, la pensée à l'âme et l'âme à l'Esprit-Saint. ”
Agnès de Lauvens, ou Mémoires de soeur Saint Louis… (1874)
“ Plus je vieillis, plus je deviens facile aux larmes. A la messe, aujourd'hui, l'O salutaris m'a fait pleurer. Nos mères l'ont chanté d'une voix si touchante et si pieuse, qu'il me semblait, en les écoutant, trouver en mon âme des accents nouveaux pour louer Dieu. J'ai bien compris, pour la première fois peut-être, à quoi sert la musique : elle est d'institution divine, c'est un don céleste, et je sais pourquoi maintenant il est écrit que l'on chante devant les tabernacles éternels : le chant prolonge les éclairs d'enthousiasme qui ne font que traverser le coeur ”
“ Aux offices, ni orgues ni serpent ; aux grands jours, quelques accords d’un harmonium modeste tenu par le curé, viennent soutenir les chants sacrés de l’assemblée, car là tout le monde chante. Les voix d’hommes alternent avec celles des femmes, ce n’est pas tout-à-fait le chant liturgique, il a un cachet sui generis, qui lui donne un certain charme. ”
Camille Bellaigue, À l’abbaye de Solesmes
“ Écoutez-le bien : avec un discernement subtil, cette musique fait à chaque mot, à chaque mouvement sa part, et ce n’est pas sur les paroles de la foi, mais sur celles de la dilection et de la tendresse, qu’elle s’attarde et se complaît davantage. Pour un chant de menace et d’épouvante, vous en trouverez dix dans la liturgie, qui ne sont que douceur et qu’amour. Les plus graves, les plus forts n’ont jamais rien qui trouble ni qui blesse. Loin d’agiter l’âme, ou de la diviser, l’art grégorien la pacifie et la compose ”
Franz Liszt,
Pages romantiques
“ À l’époque où le culte exprimait et satisfaisait à la fois les croyances, les besoins et les sympathies des peuples, alors que les hommes et les femmes cherchaient et trouvaient à l’église un autel pour s’agenouiller, une chaire pour nourrir leurs esprits et un spectacle qui récréait et exaltait saintement leurs sens, la musique religieuse n’avait qu’à se renfermer dans la mystérieuse enceinte et pouvait se contenter de servir d’accompagnement aux magnificences de la liturgie catholique. ”
Stéphane André, Conte (1897)
“ L'église est toujours solitaire, et lentement pourtant les cierges se rallument, l'ombre recule et les voûtes s'éclairent ; les ors brillent, le tabernacle rayonne ; la plaie sanglante au côté du Christ s'est fermée, et Jésus semble maintenant veiller sur la croix. Le chant de l'orgue monte en une harmonie puissante, des voix se mêlent au chant, voix séraphiques et liliales. Tibi omnes angcli. Dieu !. le rêve se change en réalité, les cloches sonnent à toute volée une hymne d'allégresse, et par delà les murs épais, le ciel lui-même apparaît, le ciel radieux où scintillent les Mondss. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ C’est un aimable cantique de première communion pour des blondins de douze ans et des petites filles pleurant de joie dans la blancheur de leur voile ; ce n’est pas l’hymne effaré, éperdu, d’un homme qui vient de voir Dieu face à face et qui rapporte le regard et la parole du Très-Haut. Je voudrais ici sur la musique plus que le reflet d’une religiosité pâle : la flamme divine elle-même ; je la voudrais enthousiaste, c’est-à-dire ayant Dieu en elle, et elle ne l’a pas. Cette soif, cette faim dont parle le librettiste du Mage, la musique de M. Massenet ne les apaisera pas. ”
Ferdinand Donnet, Instruction pastorale et mandement de Mgr l'archevêque de Bordeaux… (1850)
“ Le chant de l'Eglise n'est majestueux, n'est efficace, qu'autant que des voix nombreuses s'unissent pour l'exécuter. Il ressort de cet ensemble un effet sublime, comme le bruit de la mer qui gronde et du tonnerre qui éclate. Trouvez quelque chose de plus beau, de plus attendrissant, que toutes les voix des membres de l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, ou des Associés à l'Œuvre de saint François Xavier, remplissant, chaque soirée du 'dimanche, plusieurs des églises de la capitale. ”
Charles Rollin,
Histoire ancienne. Tome 8
(1846-1849)
“ Le premier et le second ton appartiennent au mode dorien ; les troisième et quatrième au mode phrygien, les autres au mode lydien et mixolydien. Le chant de l'église est dans le genre diatonique, qui est le plus grave, et qui convient le mieux au culte divin. Je reviens à la première division. La symphonie vocale suppose nécessairement plusieurs voix, parce qu'une seule personne ne peut chanter en même temps diverses parties. ”
Abbé Dourdon, Le Salut et la gloire de la France… (1821)
“ On l'a fait tant de fois servir à exciter les passions, n'est-il pas juste de la faire servir quelquefois à nous porter, à nous animer à la vertu, à la piété ? La musique vocale exprime comme la poésie les vifs transports, les plus grands sentimens de l'âme; elle est l'expression des affections qui l'occupent, et l'animent davantage : ainsi c'est par le chant des cantique que les chrétiens expriment les affections et les sentimens qui doivent les occuper pendant le saint temps des exercices de la mission. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ Cette immense quantité d'hymnes, de proses et d'antiennes de la prétendue liturgie de Paris, n'est qu'un moyen de ruiner la foi, qu'un obstacle jeté devant les fidèles, pour qu'ils ne puissent pas se livrer au vœu le mieux défini de l'Eglise, à l'élan, à l'explosion de la prière générale et du chant en commun. Il faut aux masses un petit nombre de rhythmes, une quantité restreinte de chants invariables qu'elles apprennent aisément, qui se gravent sans peine dans leur mémoire, et dont elles fassent retentir avec amour, dès l'enfance, les accents sous les voûtes du temple. ”
Paul-Mathieu Laurent,
Religion saint-simonienne. Recueil de prédications…
(1832)
“ Mais c'est avec délices qu'il associe à une religion prédicatrice la musique, et lui fait soupirer, par la voix douce, flexible et pure d'instrumens choisis, des chants mélodieux, qui s'effaroucheraient de la voix bruyante d'instrumens plus sonores, interprètes de la joie, des combats et d'une active ardeur! ”
Louis Rupert, Que penser et que faire ? par L. Rupert (1871)
“ L'homme qui veut sérieusement s'occuper du chaut religieux ne doit jamais perdre de vue ce principe fondamental et vital que le chant de l'Église est une prière dans la plus large acception du mot, supplications, louanges, actions de grâces adressées à Dieu ou aux habitants du ciel. Le chant n'est que l'expression publique de la prière ”
Louis Boursin, Un trappiste du XIXe siècle, le P. Jean-Baptiste… (1885)
“ Il savait, pour l'avoir éprouvé lui-même, tout ce qu'il y a de touchant dans un chœur de religieux, dont les voix mâles chantent avec goût les cantiques de la liturgie catholique. Aussi n'apercevait-il jamais sans peine le moindre désordre dans le chant des psaumes, des hymnes, des antiennes. Il se faisait un devoir de réprimer à propos l'allure trop vive des uns, d'activer la lenteur des autres , de maintenir la psalmodie dans cette juste limite où l'on ne trouve ni lenteur, ni fatigue. ”
André Gide,
La Symphonie pastorale
(1919)
“ La neige qui n’a pas cessé de tomber depuis trois jours, bloque les routes. Je n’ai pu me rendre à R... où j’ai coutume depuis quinze ans de célébrer le culte deux fois par mois. Ce matin trente fidèles seulement se sont rassemblés dans la chapelle de La Brévine. Je profiterai des loisirs que me vaut cette claustration forcée, pour revenir en arrière et raconter comment je fus amené à m’occuper de Gertrude. J’ai projeté d’écrire ici tout ce qui concerne la formation et le développement de cette âme pieuse, qu’il me semble que je n’ai fait sortir de la nuit que pour l’adoration et l’amour. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Relue à l’occasion et sous l’impression des préceptes du Saint-Père, il semble que, par une sorte d’harmonie préétablie, elle s’accorde avec eux, qu’elle les éclaire et les confirme, et que, leur soumettant d’avance, et comme d’instinct, la musique religieuse, même dramatique, elle montre assez tout ce que la musique liturgique gagnerait à leur obéir à son tour. ”
Paul Otlet,
Traité de documentation
“ La musique et surtout le chant d’église, n’est, fut-il dit à ce propos, un simple ornement artistique, une décoration accidentelle que chacun varie et applique à sa façon. L’Église chante parce que parler ne suffirait pas à l’élan de sa prière et ce chant est sa prière. Il doit traduire les sentiments du cœur humain par un acte conscient et personnel, chaque fois renouvelé de son être vivant : nulles machines, si perfectionnées qu’elles soient, ne peuvent être substituées à la voix que Dieu a donné aux hommes pour le louer. ”
Marius Odin, Nos églises : pieuses circonstances (1932)
“ Entendez la voix humaine dominer de sa détresse ou de sa joie le concert inconscient des choses, et dites s'il est besoin d'une imagination complaisante pour évoquer la Nature elle-même par cet orgue que l'Église a « mis au centre de tout comme un écho sonore » pour recueillir et pour apporter dans le temple sacré les voix éparses de l'Univers... ”
André Gide,
La Symphonie pastorale
(1919)
“ Est-ce pour nous, Seigneur, que vous avez fait la nuit si profonde et si belle ? Est-ce pour moi ? L’air est tiède et par ma fenêtre ouverte la lune entre et j’écoute le silence immense des cieux. Ô confuse adoration de la création tout entière où fond mon cœur dans une extase sans paroles. Je ne peux plus prier qu’éperdument. S’il est une limitation dans l’amour, elle n’est pas de Vous, mon Dieu, mais des hommes. Pour coupable que mon amour paraisse aux yeux des hommes, oh ! dites-moi qu’aux vôtres il est saint. Je tâche à m’élever au-dessus de l’idée de péché ; ”
Louis Rupert, Que penser et que faire ? par L. Rupert (1871)
“ Dans les paroisses où l'on a le bonheur d'avoir le chant alterné à deux choeurs, voix d'hommes et voix de femmes, chacun de ces deux choeurs pourrait à son tour chanter alternativement à l'unisson et en harmonie, et parfois aussi se réunir, ce qui peut offrir plus de variété et de combinaisons que n'en comporte la simplicité de la prière chrétienne. ”
Ch.-M. Widor, Revue des Deux Mondes
“ Musicalement elle forme l’introduction et le finale du chant psalmique, auquel elle se relie par la communauté de mode. Nous avons vu que chez les anciens tout morceau de chant était précédé d’un prélude instrumental dont le but était d’inculquer à l’auditoire, et à l’exécutant lui-même, le ton et le mode de la mélodie vocale. Lorsque l’Église adopta la psalmodie collective, une formule musicale de même genre devint indispensable pour indiquer au chœur des fidèles l’air et le diapason du psaume à chanter. ”
Joris-Karl Huysmans,
Cathédrale
“ Sans ferveur et sans science, la voix n’est rien. Elle peut être excellente, dans les morceaux de la musique profane, mais elle est vide, nulle, quand elle s’attaque aux phrases vénérables du plain-chant. — Et les Pères à quoi s’occupent-ils ? — Eux, ils ont d’abord commencé par restaurer la liturgie et le chant de l’Eglise, puis ils ont découvert et réuni dans un « Spicilège » et dans des « Analectes », en les agrémentant d’attentives gloses, les textes perdus de subtils symbolistes et de studieux Saints. ”
Louis Rupert, Que penser et que faire ? par L. Rupert (1871)
“ Soyez certain de ceci : c'est qu'avec un peu d'exercice et d'habitude un prêtre fervent n'a pas besoin d'être doué beaucoup mieux que le commun des hommes pour chanter de manière à exciter chez ceux qui l'entendront la foi et l'esprit de prière. C'est bien là le but du chant ecclésiastique, et, pour y arriver, la piété trouvera un langage et des accents que la science ne donnera jamais. ”
