“ « Jamais, m’affirme ce bon fils, ni à aucune époque, M. Albert Sorel ne fut le concitoyen ni le contemporain de quiconque ou autre se livrant à des habitudes d’intempérance. « Tout un passé d’honneur et de travail, ajoute M. Albert-Émile Sorel, s’érige et proteste contre une telle allégation ». ”
Citations sur “Albert Sorel”
Alphonse Allais,
Deux et deux font cinq
“ Ah ! vous n’êtes pas calés en géographie, vous autres Européens ! La petite ville qui se trouve au confluent du Richelieu et du Saint-Laurent s’appelle Sorel... Et surtout, n’allez pas confondre Sorel en Canada avec la très jolie et très séduisante Cécile Sorel ou avec Albert Sorel, l’éminent et très aimable nouvel académicien ! Jurez-moi de ne pas confondre ! ”
Paul Acker,
Petites Confessions
“ Parfois, le cri d’une sirène invisible trouble le silence, ou le cri lointain d’un paysan excitant ses chevaux. La mer est toute proche, on la devine, on en respire la brise fraîche, on voit presque les voiles frissonnantes des barques de pêcheurs. C’est là que naquit, d’une vieille famille normande, Albert Sorel, l’historien de l’Europe et de la Révolution française ; c’est là que, chaque année, fidèle à la terre de Flaubert et de Maupassant, il vient se reposer en travaillant ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ Il y avait trouvé la réfutation la plus incisive des doctrines philosophiques officielles auxquelles le grand écrivain opposait la maîtrise de son caractère et sa superbe ironie. Avec cela, un sentiment d’une extraordinaire vigueur morale, une inspiration bien française, qui reliait la pensée contemporaine à la pensée classique. Or, c’est en 1872, le 7 juillet, au moment même où l’idée encore embryonnaire de son œuvre lui apparaît, qu’Albert Sorel songe à faire « une réfutation des sophismes politiques. » ”
André Lebon, Revue des Deux Mondes
“ A tout le moins, selon la comparaison chère à Albert Sorel, ils ont dû manœuvrer à la manière des capitaines de voiliers : avec une simple boussole, ou seulement une étoile pour fixer leur orientation générale, ils ont louvoyé suivant les vents ou les courants, sans toujours savoir quand et comment ils parviendraient au but. Quoi qu’il en soit à cet égard, les conditions présentes de la vie publique sont infiniment défavorables à l’éclosion des personnalités dominantes : l’immensité et la complexité des événements dépassent les limites intellectuelles des individus ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ La vie était encore la plus forte. Albert Sorel gardait cette sérénité du cœur qui n’a jamais trahi sa foi. Au début de son existence, il avait trouvé Albert Eynaud, pour le comprendre, pour le deviner, pour le conduire au seuil de l’œuvre. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ Poursuite ardente d’une ombre vaine, course furieuse dans le vague, bataille pour l’abstraction, nous sommes ici en pleine Germanie comique; mais, dans toutes ces aventures qu’il nous conte avec tant de grâce et de belle humeur, Reuter joue lui-même un rôle trop effacé pour que l’on s’y arrête davantage. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ Le milieu était dangereux pour un homme fait comme lui. Il avait vingt-deux ans à peine : enthousiaste et naïf à la fois, sans expérience des choses réelles, avec une imagination de poète et la générosité téméraire de son âge, il tombait sans guide au milieu d’une jeunesse exaltée. Ce fut sa période de tempête, Sturm und Drang, comme disent les Allemands; mais il choisissait mal son jour, et la tempête l’emporta. Une digression historique ne serait point ici de mise; il y a peu d’écrivains en effet qui aient moins reflété leur temps que Fritz Reuter. ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ Dès 1868, dans une lettre datant du 6 mars, Albert Sorel s’exprimait avec une inquiétude croissante sur l’indifférence du public pour les questions extérieures. Il la jugeait néfaste. L’éducation d’un peuple qui veut vivre doit être nationale et ne doit pas se perdre dans les détails de la politique intérieure. C’était l’une des idées dominantes de son enseignement. N’est-ce pas en se voyant utile qu’il s’était débarrassé lui-même d’une analyse déprimante ? N’est-ce pas en voyant la répercussion de nos actes, que nous apprendrons à distinguer ceux qui doivent être retenus de ceux qui passent ? ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ C’est que, tout passionné qu’il se montre de recherche et de science, — il pousse le respect et le culte de l’une et de l’autre jusqu’au scrupule, — Albert Sorel tient à sa méthode propre : il veut que la vie collabore à son œuvre et la vie est variée, multiple : la science en histoire, ne s’érige point en dogme, un dogme impassible qui mate les faits. ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ Cependant, — avec fort peu de déférence pour un travail aussi grave, — Albert Sorel avait écrit à Eynaud, le 4 septembre, que l’Annuaire l’importunait fort ; il le comparait, même, à une « tuile » et ne cessait de se plaindre du peu de temps qui lui restait pour ses loisirs. Il ne vit, au fond, dans son succès, qu’un moyen de donner des œuvres d’imagination à la Revue des Deux Mondes. Si elle ne fut pas hospitalière au romancier et s’il en retira quelque amertume, ces échecs semblent presque justifiés, à distance. ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ On n’est pas impunément le spectateur d’événemens aussi graves que ceux dont il avait été le témoin et l’on ne s’adresse pas en vain à un auditoire jeune et vibrant. Quoiqu’il en eut, Albert Sorel ne pouvait pas rester impassible : la science devait maîtriser l’homme d’action, comme l’histoire avait absorbé le romancier. ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ Un homme qui, résolument, est sorti du doute de lui-même pour servir son pays et qui, avec toutes ses facultés, toute son énergie et tout son cœur, au milieu des crises les plus angoissantes, des tourmens les plus agités, des souffrances morales les plus aiguës, a patiemment, inlassablement travaillé pour son œuvre, a le droit de parler de ses convictions, sans être suspect de sectarisme ou d’orgueil. Il appartient à Albert Sorel de conclure en personne. ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ C’est par le respect réciproque du sentiment national, c’est par l’amour de chaque peuple pour « sa patrie, » que tout peuple peut arriver à comprendre, et, par suite, à respecter la patrie d’autrui ; — or c’est l’antipode du galimatias intellectuel, de l’idéalisme paradoxal, du gâchis politique qu’on appelle cosmopolitisme,— qui est une bêtise, une aberration, quand il n’est pas une hypocrisie. » ⁂ Toutefois, avant de concevoir son œuvre, Albert Sorel avait encore besoin d’une expérience. ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ Taine l’en félicita : « C’est déjà beaucoup d’être lu par vous, lui répondit Albert Sorel, il n’y a pas d’encouragemens auxquels je tienne autant qu’aux vôtres. » Le voici donc en plein travail, en pleine évolution. Le professorat le force à rester en contact permanent avec la vie contemporaine : mais il ne s’adresse pas exclusivement à son auditoire de futurs diplomates ; sa parole porte, aussi, dans l’enseignement primaire. ”
Albert Thibaudet,
Histoire de la littérature française
“ Au contraire de Lavisse, et comme Taine après 1871, Sorel fut l’homme d’un seul monument, qui, sous le titre l’Europe et la Révolution Française est une histoire diplomatique de l’Europe de 1789 à 1815. Comme Lavisse avec son projet de Frédéric II, Sorel s’installait à un carrefour des chemins de l’Europe. Il s’agissait de former une jeunesse qui comprît l’Europe, et Sorel, lui aussi grand professeur, s’efforça de la former, il occupa à l’École Libre des Sciences Politiques, alors fondée pour créer des esprits politiques et un état d’esprit politique, la chaire bientôt la plus brillante. ”
Albert Sorel,
La Littérature contemporaine en Allemagne…
“ Simon eut le rare privilège d’émouvoir presque en même temps le cœur des deux femmes les plus célèbres de son pays ; il ne joue pas un moindre rôle dans l’existence de Mme Lewald que dans celle de la comtesse Hahn. Il nous apparaît comme une sorte de girondin romantique, imbu de lord Byron autant que de Plutarque. Sous une apparence froide, il cachait une âme énergique et passionnée. Il avait coutume de dire : « Si le chemin de la vérité doit passer à travers mon cœur, que mon cœur se déchire. » ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Il fallait mettre la politique extérieure d’accord avec l’intérieure, les ramener au même principe qui était la lutte contre le mauvais esprit du siècle et la guerre aux révolutions. Celle de France menaçait tous les trônes; en l’étouffant, Frédéric-Guillaume s’attirerait la reconnaissance de l’Europe, se couvrirait d’une gloire immortelle en ce monde et s’assurerait une éternelle félicité dans l’autre. Il sauverait l’Allemagne et grandirait la Prusse. Ce plan avait pour conséquence une alliance avec l’Autriche : c’était le renversement complet du système de Frédéric. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ La joie se doubla d’une explosion de fureur, et les imaginations qui, depuis 1789, nourrissaient le même rêve de paradis terrestre, toujours déçu, toujours ajourné, s’acharnèrent contre ce dernier obstacle, comme elles s’étaient successivement acharnées contre la cour, contre la Gironde, contre Robespierre, contre les émigrés, contre la maison d’Autriche. ”
“ Quand l’immortalité de l’âme serait une erreur, je serais fâché de ne pas la croire : j’avoue que je ne suis pas si humble que les athées. Je ne sais comment ils pensent ; mais pour moi je ne veux pas troquer l’idée de mon immortalité contre celle de la béatitude d’un jour. Je suis charmé de me croire immortel comme Dieu même. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ On boit à la santé du voyageur un verre, puis un autre; le temps est tiède, toutes les choses renouvelées sourient alentour; c’est comme un flot de sang jeune et frais qui vient dilater le cœur du vieillard et fait briller ses yeux. ”
“ Il aimait sans flamme, sans inquiétude, sans roman, en un mot, mais avec vivacité, avec esprit, plus avide de divertissement que de tendresse, plus superficiel dans l’amour que dans l’étude, mais y portant la même curiosité, avec plus de complaisance. S’il eut des passions, elles l’agitèrent peu ; s’il eut des déceptions, il s’en consola vite ; s’il s’abandonna souvent, il ne se livra jamais. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ On peut dire que Berlin était le lieu du monde où l’on admirait le moins le roi de Prusse. L’impatience du joug y refrénait l’enthousiasme. Frédéric était trop craint pour être aimé; son peuple ne le pleura pas. Le grand vide de sa mort parut d’abord une délivrance. Il se produisit à Berlin quelque chose d’analogue à ce que l’on avait vu en France lors de la disparition de Richelieu. Les esprits étaient à la fois inquiets et soulagés. « Tout est morne, rien n’est triste, disait Mirabeau. Tout est occupé, rien n’est affligé. Pas un regret, pas un soupir, pas un éloge! » ”
Émile-Albert Sorel, Revue des Deux Mondes
“ « Je disais souvent à notre maître Taine : « Vous cherchez tout ce qui a dû tuer la France : je cherche ce qui l’a fait vivre. Si je cherchais autre chose, je ne serais pas, ou plutôt je ne devrais pas être un professeur, un guide de la jeunesse. » La méthode de Sorel est parente de celle des Philosophes français, comme son œuvre l’est de l’Ancien Régime de Tocqueville. Avant tout, Sorel était réaliste : il n’arrêtait pas l’histoire : il ne la limitait pas. « La Révolution a fait l’Europe nationale et démocratique où nous vivons, » et cela veut dire que nous continuons à exister. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ Il prenait à ce spectacle une sorte de joie mélancolique. « Quand le soleil rayonne, dit-il, que les oiseaux chantent et que les arbres sont en fleur, quand le monde entier se réjouit et que les cœurs battent plus joyeusement, c’est le pire temps pour un prisonnier; le meilleur pour lui est quand il pleut à verse, ou que la tempête fait rage avec la neige. » ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Et Paris, enfin, est là, dans la plaine, comme endormi entre ses collines ; les remparts se dessinent sur la terre ravagée ; le grand viaduc d’Auteuil dresse ses arches majestueuses, trouées par les obus ; de temps à autre un coup de canon part des redoutes ; on dirait un vieux lion blessé qui se débat sur la terre jaune et pelée, rugit, et griffe encore avant de se rendre. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Tout dans cette jeunesse est tourné au plaisir, à la gloire, à l’honneur, au jeu de la vie et de la mort, à la grande aventure qui se rompt par un coup de foudre ou se dénoue dans l’opulence, avec les dignités, les titres, les couronnes même. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Bischoffswerder l’entraînait par son imagination, par ses goûts, par ses fantaisies, par ses faiblesses. La révolution française l’arracha à ses incertitudes et le décida pour le plan des favoris. Il crut en combattant la révolution concilier ses sentimens et ses ambitions, ses passions et ses intérêts. Il entra dans la croisade des rois, il en commanda même l’avant-garde; mais, en changeant brusquement sa politique, il demeura le même homme et apporta dans sa nouvelle entreprise la même incertitude de pensée, les mêmes velléités de grandeur combattues par les mêmes arrière-pensées de lucre. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Ainsi le peuple, éternel rêveur et inventeur de sa propre légende, imagine, dans le passé, son histoire telle qu’il l’aurait voulue, pliant à un désir ses propres destinées, dépouillant ses propres passions qu’il ne comprend plus, et bordant ses chemins de décors en carton, comme on faisait pour la grande Catherine lorsqu’elle s’en allait à la découverte des pays conquis par Potemkine. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Tout ce peuple qui ne travaille plus la terre se jette dans les fabriques, car, dans le même temps où l’Angleterre cesse d’être agricole, elle devient industrielle et déploie un merveilleux essor. La machine à vapeur décuple la puissance manufacturière et, tirant sa force des mines, décuple la valeur des mines. L’Angleterre souterraine ouvre un trésor plus fécond que toute la fécondité des prairies et des labours ; les forêts enfouies et endormies se réveillent plus productives que les forêts de verdure. ”
Albert Sorel,
Revue des Deux Mondes
“ Puis tout à coup une lumière rouge se détache dans l’ombre, un coup part, il passe dans l’air comme un météore et l’obus vient éclater en plein foyer d’incendie. C’est infernal. On n’a jamais rien conçu d’aussi épouvantable. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ Et comme le soleil monte dans sa magnificence, dira-t-il par exemple pour peindre le lever du jour, il tire du sommeil de la nuit le son et la couleur; la fleur se colore, l’arbre devient vert, le ciel bleu, la terre belle à voir, et en haut dans l’espace court une flotte de nuages au-dessus du lac tranquille. C’est un baiser que, dans son amour profond, le ciel donne à la terre, et par le monde résonne un bruissement qui semble dire : Vie! ”
Albert Sorel,
La Presse allemande en 1873 à propos de la France
“ La vie de jouissance, la féodalité industrielle, la fièvre de l’or, la fureur de spéculation, sévissent à Berlin autant qu’à Vienne ; la corruption croissante, l’impudeur dans la vie publique, dans les rues, sur les théâtres, dans la presse, l’esprit de frivolité qui empoisonne le peuple, voilà l’invasion que la France vaincue conduit en Allemagne ; mais nous ne parlons ici que de la mauvaise France. L’esprit français a ses nobles qualités ; il est chevaleresque, il est animé d’une tendance passionnée vers une conception supérieure de la vie. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ Il aime la vie et ne le cache pas ; non qu’il se paie de l’optimisme superficiel des natures bornées et satisfaites; il a cette haute indulgence du cœur qui plane sur les misères communes. Il tient qu’il y a plus de fous que de méchans, qu’il faut rire des uns, qu’il faut plaindre les autres, et que, pour qui sait voir, ce monde renferme assez de beautés pures et de grandeurs simples pour que l’on prenne en patience les médiocrités passagères. Rien donc d’acrimonieux en lui; les violences répugnent à cette âme modérée avant tout. ”
Albert Sorel,
Un Poète romancier de l’Allemagne du Nord - Fritz Reuter
“ Ce qui avait charmé chez lui, c’était une saveur naïve, quelque chose de jeune et de primitif qui rafraîchissait les cœurs, une bonhomie fine, un bon rire clair, une sorte de sérénité saine et virile; on se le figurait volontiers dans la force de l’âge, dans la pleine maturité d’une existence heureuse et calme. ”
