“ Il n'est point, je crois, d'autre exemple d'un tel envoûtement : tout spectacle, si merveilleux soit-il, provoque en nous le désir d'une réalisation plus complète, parfois des regrets précis, et Shakespeare lui-même peut nous décevoir par un décor mal planté, par un Hamlet trop vieux ou une Juliette trop roucoulante. Les Ballets russes, au contraire, satisfont absolument et d'emblée tout ce que notre instinct attend des sons, tout ce qu'il exige des cou leurs, décor prestigieux, que remplissent et qu'animent, schématisés par le geste et l'attitude ! ”
Ballets Russes
Définition et enjeux
Citations sur “Ballets Russes”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Dans le Paris de l'avant-guerre, ce que Proust appelle "l'efflorescence prodigieuse des Ballets russes, révélatrice coup sur coup de Bakst, de Nijinsky, de Benois, du génie de Stravinsky", transforma les modes et le goût et marqua pour l'art du ballet, jusque-là figé dans ses règles et ses formules immuables, un tournant décisif. La chorégraphie de Fokine, qu'avait libérée l'impulsion reçue d'Isadora Duncan, réconciliait l'âme et la danse. "Je crois", disait Diaghilev, "avoir trouvé ma vocation, le mécénat". ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ Le rythme commun scelle leur union. Il n’est pas une danse sans musique, il n’est pas une musique qui ne puisse être dansée, même la plus grave, la plus solennelle. La musique est l’âme de la danse ; la danse est la réalisation plastique de la musique. La révélation que furent les ballets russes détermina un bouleversement complet dans les conceptions de la mise en scène et de l’interprétation dramatique musicale. ”
Wagner et la France : [exposition… (1983)
“ Devenu phénomène de mode, le wagnérisme va infester les salons. Les combattants des temps héroïques y voient une gloire d'approbations banales, un détournement de l'oeuvre d'Art. Wagner disparaîtra des salons lorsque la vogue prochaine y apportera une nouvelle merveille, toute fraîche : les Ballets Russes. Il ne deviendra jamais, cependant, un compositeur « comme les autres » et ne connaîtra pas la paix du tombeau, le sort que lui réserve l'hitlérisme lui apportera une nouvelle facette, auréolée de soufre, dont le souvenir laisse inapaisé. ”
Guillaume Apollinaire,
La Femme assise
“ Le type le plus caractéristique de cette époque de bals et de ballets russes, ce fut incontestablement Elvire que je revois à Bullier, avec ses cheveux lilas, ses fourrures blanches et son monocle ; on l’appelait la vrille et nul doute que cet accoutrement, chevelure lilas, monocle et fourrure blanche, ne se fût généralisé l’an suivant, si la guerre n’était venue. Un Gavarni eût peut-être surgi et nous aurions eu au bal de l’Opéra de délicieuses Vrilles comme au temps de Gavarni il y avait de charmants débardeurs. ”
“ La saison de Paris qu'il organisa pour ce mois-ci est parmi ses meilleures inspirations puisque la musique, la couleur, la poésie et le théâtre s'y manifestent en ce qu'ils ont de plus éloquent et que nous aurons accueilli en si peu de semaines le style profond du kappellmeister Weingartner, le lyrisme de Verhaeren et le raffinement de Wilde, et la magie fabuleuse de ces ballets russes toujours renouvelés, toujours égaux, toujours irréels. Le succès fait par le public à Hélène de Sparte témoigne que l'ignorance des foules à l'égard des oeuvres élevées est une désuète légende. ”
Marc Henry, Au pays des maîtres-chanteurs (1916)
“ Pour endormir la susceptibilité du Français et sa méfiance de l'Allemagne, on invoquait ici l'art serbe, l'art bulgare, l'influence des ballets russes. Les initiés savaient pourtant à quoi s'en tenir. Plusieurs d'entre eux allaient régulièrement en Allemagne copier leurs modèles. Les événements leur ont sans doute désillé les yeux ; ils doivent pleurer leurs illusions et leur clientèle perdues. Car toutes les dames fortunées et extravagantes d'outre-Rhin s'étaient empressées d'accepter sous la signature parisienne ce qu'elles avaient refusé de leurs compatriotes. ”
“ Il y aura demain Jacques Rouché à l'Opéra qui fêtera Lulli et Rameau, mais il y avait hier la médiocre stylisation de Psyché à l'Odéon. Le siècle où l'on dansait, le siècle pompeux et délicat de la décoration plastique ne nous est réapparu qu'à travers l'érudition fantasque des ballets russes. Cela n'est point toute leur séduction pourtant. Ils ont inventé, ils ont porté du nouveau, le plus merveilleux nouveau, sous nos yeux étonnés. On est stupéfait quand on considère la somme d'art et d'originalité que le programme de quelques sai-sons a pu réaliser, propager surtout. ”
“ Ils ont la même perfection technique, la même grâce, la même science de l'eurythmie, de la plastique et des effets que comporte leur art; danseurs et danseuses collaborent, avec des droits égaux, à un ensemble sans pareil. Ce n'est pas seulement la danse classique avec son style et sa virtuosité propres qui triomphe, grâce à eux. Les préoccupations modernes d'harmonie, d'expression et d'effets décoratifs ont conduit l'école russe à une rénovation significative des danses de caractère, de la mimique, à de nouvelles recherches de costumes, de groupements et d'effets de toute sorte. ”
Jean Chantavoine, Le Poème symphonique
“ Commandée par un entrepreneur de « ballets russes », brodée sur une de ces légendes asiatiques qui passent en voisines dans l’art russe, destinée à l’interprétation chorégraphique d’une danseuse russe, la Péri, pour toutes ces raisons, subit l’influence un peu lourde des compositeurs russes, Balakirev et Rimsky-Korsakov. C’est, en gros, une sicilienne russe. D’une minutieuse et inépuisable somptuosité sonore, elle ne retrouve pas, peut-être en raison du sujet, la verve et l’éclat de l’Apprenti sorcier. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Pour ce ballet, dont l'action fut placée dans une petite ville d'Italie, le peintre Bakst et M. Léonide Massine ont composé un spectacle ultra-moderne, mais dans lequel entre toute la séduction du XVIIIe siècle. Le peintre Bakst a réalisé le premier essai de déformation de perspective au théâtre. » (Programme des Ballets russes.) « La reconstitution d'une époque au théâtre est une fiction, écrit L. Bakst. Je ne crois pas qu'on puisse, sans être accusé de « pasticher », entreprendre cette tâche ingrate. ”
“ Jeux développe des mouvements sportifs ; enfin Le Sacre du Printemps n'est, lui aussi, qu'une reconstitution ou, mieux encore, une réalisation imaginaire de la danse primitive en Russie préhistorique. Adieu l'amour, la passion, le sentiment ! Chassés de l'oeuvre de Nijinsky, il ne s'agit pas plus d'eux dans les deux nouveaux ballets de 1913 que dans celui de 1912, car le faune de l'Après-midi n'est pas amoureux de la nymphe qu'il pourchasse, mais plutôt une bête fauve en rut. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ A Londres, qui fut après Paris la ville la plus souvent visitée, on fut dans l'ensemble plus sensible à la veine romantique qu'aux spectacles évoquant la Russie primitive ou l'Orient. Car le répertoire des premières saisons n'était pas uniquement d'avant-garde : Les Sylphides, le Festin, Giselle, Le Lac des cygnes, et Cléopâtre étaient des versions plus ou moins révisées de ballets dansés à Petersbourg, qui reflétaient un goût réel de Fokine pour la tradition et répondaient aussi à un appel immédiat du public. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Il veut tout voir lui-même comme lui-même a tout dessiné, jusqu'aux boucles d'oreilles, jusqu'aux cordons de souliers des costumes de cette Belle au bois dormant, le premier ballet auquel il assista, enfant, et qu'il porte dans son coeur et son esprit depuis trente ans. ”
Valentin Âkovlevič Parnah, Histoire de la danse (1932)
“ Les danses des duncanisants sont pauvres en rythme, en chorégraphie et en intelligence. A cette époque un vaste vide se fait déjà sentir dans le domaine du ballet, en Europe. Horror vacui ! L'horreur du vide réclame de la nouvelle matière. L'instinct de la conservation exige que le vide soit comblé. C'est le vide qui attire le nouvel élément. Les ballets de Diaghilew s'imposent au public européen. Ces Russes combinent ingénieusement les principes classiques avec toutes sortes de recherches dans les domaines de la danse, de la musique et de la peinture. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Costumes et décors offrirent une véritable orgie de couleurs, ils étaient l'oeuvre de Golovine et de Korovine, deux artistes russes ; ce fut un tournant décisif dans la mise en scène du ballet. Notre compagnie, qui restait étrangement ignorante des tendances nouvelles et conservatrice par définition et par obligation envers le public traditionnaliste des « balletomanes », fut abasourdie de découvrir une tentative qui s'écartait si franchement des traditions démodées du décor dit « réaliste » et s'affranchissait, dans la réalisation des costumes, de la tyrannie des genres établis ». ”
“ M. WASLAW NIJINSKY en parcourant la scène ; ils veulent de la danse de premier ordre, et ils l'ont. Dans les écoles impériales de danse, les élèves entrent fort jeunes, restent internes plusieurs années et sont classés suivant leurs aptitudes dans les troupes des théâtres aux-italien, aux-italien, de virtuosité exclusive, offre généralement une étoile sur qui se concentre l'intérêt et à laquelle le corps de ballet ne fait guère que servir d'entourage. En Russie, rien de pareil : ce qu'on y trouve, c'est la véritable chorégraphie classique où chaque soliste, chaque coryphée participe ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ « Tour à tour les vives jeunes filles polovtsiennes, les archers grisés d'enthousiasme et les captives aux gestes langoureux exécutent, avec une frénésie qui grandit sans cesse, ces danses au caractère sauvage et pourtant infiniment nuancées. » (Programme des Ballets russes) . Le divertissement du Prince Igor est l'un des rares ballets qui se soit maintenu jusqu'en 1929 au répertoire de Diaghilev. ”
Léandre Vaillat, L'invitation à la danse (1953)
“ Chaque œuvre, si elle est empreinte d'une personnalité, exclut l'autre. Si elle rayonne, c'est d'un rayon de la mort qu'elle darde pour écarter ce qui gêne son expansion. Les affinités électives sur quoi Serge de Diaghilew, « animateur » des Ballets Russes, cherchait à baser l'union des arts, n'ont pu s'exercer que dans la mesure où chacun d'eux s'est appauvri de sa substance au profit des autres pour atteindre à un idéal décoratif. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Et lorsqu'ils voient au milieu de la chambre l'empereur debout, en grande tenue, lorsqu'ils l'entendent leur crier : « bonjour » ils tombent tout plats d'émerveillement et d'effroi. » (M.D. Calvocoressi, Programme des Ballets russes.) La partition du Rossignol était en chantier depuis au moins 1908 lorsque le Théâtre libre de Moscou proposa à Stravinsky, en 1913, de monter son opéra. Seul le premier tableau était achevé. Le livret, inspiré d'un conte d'Andersen, avait été élaboré par Stravinsky en collaboration avec son ami Stephan Mitoussov. ”
Misia Sert,
Misia
(1952)
“ J'eus la chance de pouvoir le mettre en rapport avec tous les jeunes musiciens français que Jean Cocteau m'avait fait connaître et dont beaucoup doivent à Diaghilew et à Cocteau sinon leur célébrité, tout au moins de l'avoir atteinte à un âge où ils ne l'eussent sûrement pas connue sans eux. C'est l'année qui suivit celle où nous nous rencontrâmes qu'il rassembla à Saint-Pétersbourg son incomparable troupe de danseurs et constitua la compagnie de ballets russes avec laquelle il étonna et enchanta le monde pendant plus de vingt ans. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ De plus, ce ballet n'est pas un ballet. C'est une « opérette dansée. » La musique est de Darius Milhaud, mais elle n'a rien de commun avec celle que nous associons au nom de Darius Milhaud. C'est dansé avec le vrai ballet russe mais cela n'a rien à voir avec le ballet russe. Il a été inventé pour Anton Dolin, un danseur classique qui ne fait rien de classique. Le décor est peint par un sculpteur et les costumes sont d'un grand arbitre de la mode qui n'a jamais fait de costumes. » Le Train bleu fut une oeuvre plus littéraire et musicale que chorégraphique. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Par l'alliance du chorégraphe avec les moins conformistes des musiciens et des peintres, la scène des Ballets russes demeura depuis La boutique fantasque et Le train bleu jusqu'à Romeo and Juliet et Le bal l'un des terrains privilégiés d'expression de la modernité. C'est la collection Boris Kochno qui constitue la base de notre exposition. En 1975, la Bibliothèque Nationale et M. Juan Guillermo de Beistegui s'associèrent pour acheter l'essentiel de cette riche collection. La Bibliothèque fit l'acquisition des papiers, des partitions et des photographies. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ C'est triste que les années ne t'aient pas appris à avoir un peu de considération pour un peintre, un camarade, et que tu craches sur lui, lorsqu'il ne t'est pas utile. Mais moi, je deviens à ma façon, égoïste, et veux du bien au ballet de Massine. Tout le secret du succès de mes mises-en-scène, est que je prends très à coeur chacune d'elles, et complète l'auteur du ballet. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ Le ballet doit être ininterrompu — une création artistique complète et non une série de numéros séparés. Dans l'intérêt de la perfection de l'illusion scénique, l'action ne doit pas être interrompue par les applaudissements et les saluts des artistes. La musique ne doit pas consister en valses, polkas et galops pour la coda — indispensables dans le vieux ballet — mais doit exprimer le sujet du ballet et, sommairement, son contenu émotionnel. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Romances, opéras, ballets, symphonies, morceaux d’orchestre et de piano, chaque œuvre porte l’empreinte du pays et de la race. On y retrouve, sous la forme la plus séduisante, la plus captivante, la plus persuasive, tout le tempérament et tout le caractère des Russes : leur inquiétude perpétuelle ”
Léandre Vaillat, L'invitation à la danse (1953)
“ On pourrait croire que la pullulation croissante d'un public spécialisé et que la publicité la plus ingénieusement dispendieuse favorisent les progrès d'un art qui, avant l'invasion des Ballets russes, était pour ainsi dire réservé à une caste, celles des abonnés de l'Opéra. ”
Louise Fusil, Souvenirs d’une actrice
“ Une musique de cors russes, dispersée de différents côtés, et cachée par des arbustes, laisse parvenir à l’oreille une harmonie douce et suave. Lorsque le temps le permet, on fait venir de Saint-Pétersbourg le corps de ballets et les enfants de l’école de danse, habillés en nymphes, en dryades, en faunes et en sylvains, pour compléter l’illusion. La cour assiste toujours à cette fête, où l’on passe la nuit ; on y est costumé comme pour un bal, mais personne ne porte de masque. ”
Bibliothèque nationale, Diaghilev : les ballets russes… (1979)
“ La presse londonienne fut très sévère à l'égard de cette oeuvre. En juin 1921, Diaghilev rédigeait une réponse manifestant sa réserve sur la valeur des opinions savantes : « Il n'y a rien de plus dangereux que d'exprimer une opinion. dans mon art de danse, Fokine qui se battait avec le vieux Petipa et qui portait le drapeau révolutionnaire en chorégraphie, était tellement révolté de la « laideur » de l'Après-midi d'un faune de Nijinsky qu'après la première il a exigé qu'on ôte son nom de l'affiche des Ballets Russes. ”
“ Elles seront telles qu'on pouvait les attendre de lui : sobres et fortes et merveilleuses d'entrain et de grâce. L'orchestre, enfin, confié à l'admirable direction de M. Ansermet, si compréhensif, si intelligemment et sensiblement musicien, ne pourra que servir excellemment les intentions et les efforts que réalisera cette brève mais brillante saison de mai des Ballets russes. JEAN BERNIER. confie une partition de Pulcinella. Dans l'esprit de M. de Diaghilew il ne s'agit que d'une revision, d'une toilette du genre de celle que M. Respighi fit subir à Boutique fantasque et à Astuce féminine. ”
Bibliothèque nationale, 1913 [Mille neuf cent treize]… (1983)
“ Jean Cocteau analyse tour à tour les spectacles présentés de 1910 à 1913 par Serge de Diaghilev ou Ida Rubinstein. Il introduit aussi les soixante-dix-sept planches en noir et en couleurs qui constituent un ensemble documentaire d'une qualité exceptionnelle concernant l'oeuvre d'un peintre et scénographe dont le rôle et l'influence ont été prédominantes tant aux Ballets Russes que dans l'art décoratif durant le premier quart du XXe siècle. ”
