“ D’Argenton, qui ne pouvait plus se passer d’avoir beaucoup de monde autour de lui, se déguisait cette faiblesse à ses propres yeux avec l’étonnante phraséologie dont il avait le secret : — Il faut faire un groupe... Il faut se serrer, se sentir les coudes. Et l’on se serrait, dam ! On se serrait autour de lui à le presser, à l’étouffer. Dans tout le groupe, celui dont il sentait le mieux les coudes, des coudes pointus, osseux, insinuants, c’était Évariste Moronval, secrétaire de la rédaction à la Revue des races futures. ”
D’Argenton
Définition et enjeux
Citations sur “D’Argenton”
Émile Gaboriau,
Les cotillons célèbres. Deuxième Série
“ C'est le beau moment des amours de mademoiselle de Séry, devenue madame d'Argenton. Douce, modeste, bienveillante, toujours disposée à rendre service, elle sut se faire accepter de tous; autour d'elle, au Palais-Royal, elle s'était fait comme une petite cour de femmes aimables et spirituelles, et Philippe passait presque toutes ses soirées dans ces réunions intimes qu'il animait et égayait par son esprit charmant et sa verve facile.Malheureusement pour elle, madame d'Argenton voulut user de son influence sur le duc d'Orléans pour le transformer, pour en faire un homme ”
“ Enfin, les commensaux habituels de la maison, les trois professeurs, Labassindre en tenue de gala, faisant de temps en temps : « beûh !... beûh ! » pour voir si sa note y était, car il allait en avoir besoin dans la soirée, et d’Argenton, le beau d’Argenton, coiffé en archange, frisé, pommadé, ganté de clair, génial, austère, pontifiant. Debout à l’entrée du salon, Moronval recevait tout le monde, donnait des poignées de mains distraites, très inquiet de voir l’heure s’avancer, et que la comtesse — c’est ainsi qu’on appelait Ida de Barancy — n’était pas encore arrivée. ”
“ Amaury d’Argenton était aussi malheureux loin de sa Charlotte que celle-ci s’ennuyait de n’être plus auprès de lui. Victime et bourreau, indispensables l’un à l’autre, ils sentaient profondément, chacun de son côté, le vide des existences dépareillées. Dès le premier jour de la séparation, le poëte avait pris une attitude de cœur blessé, donné à sa grosse tête blafarde une expression dramatique et byronienne. ”
Alphonse Daudet,
Jack
(1876)
“ Malgré cela, il avait déjeuné de bon coeur aux fiançailles du brigadier et de Zénaïde, et dansait avec les autres « au son des bouches, » quand d'Argenton fit son entrée. L'apparition du poëte, majestueux et ganté de noir, produisit sur la joyeuse assemblée le même effet qu'un émouchet tombant au milieu d'une bruyante partie de barres d'hirondelles. C'est que lorsqu'on s'est fait ce qu'on appelle une tête de circonstance, il n'est pas commode de la transformer subitement. ”
“ Il y a des fatalités de ridicule qui s’attachent à certains êtres, rendent inutiles ou fausses toutes leurs manifestations. Il était dit que d’Argenton, roi des Ratés, raterait tous ses effets. Quand il rentra ce soir-là, il avait résolu, après en avoir longuement conféré avec ses amis, d’annoncer la fatale nouvelle à Charlotte, pour en finir tout de suite, et de soutenir ce premier assaut à l’aide de quelques phrases solennelles indiquées par la circonstance. ”
Alphonse Daudet,
Jack
(1876)
“ La grosse moustache de d'Argenton a tressailli, mais c'est tout. En regardant cette face blême, étalée et correcte, dont pas un pli n'a bougé, il serait bien difficile de définir ses impressions, de savoir si le triomphe y domine ou le remords tardif devant ce dénoûment lugubre. Peut-être ces d'eux sentiments se contrarient-ils sur le visage impassible qui n'en laisse voir franchement aucun. Le poëte éprouve seulement le besoin d'aller évaporer au dehors l'agitation que lui cause cette grande nouvelle. ”
“ Pour peupler sa solitude, pour maintenir autour de lui ce tapage dans le vide, qu’il appelait « un milieu intellectuel, » d’Argenton avait ouvert sa maison toute grande aux Ratés. Le poëte n’aimait pourtant pas à jeter son bien par les fenêtres, il était visiblement avare et, chaque fois que Charlotte lui disait bien timidement : « Je n’ai plus d’argent, mon ami, » il répondait par un « déjà ! » très accentué et une moue peu encourageante. Mais chez lui la vanité l’emportait sur tout le reste ”
“ L’œuvre d’art ne doit pas être livrée au hasard des circonstances. Et ç’avait été un spectacle du plus haut comique, ce poëte se lamentant du départ de sa maîtresse en présence de la maîtresse elle-même, qui s’entendait traiter de « méchante », d’ « infidèle », de « chère absente », et consignait toutes ces belles épithètes de sa propre écriture sur un cahier noué de faveurs roses. Le poëme fini, d’Argenton avait voulu le lire à sa bande, moins par vanité d’artiste que par gloriole d’amant, pour apprendre à tous les Ratés que son esclave était revenue et qu’il la tenait bien cette fois. ”
“ Mais d’Argenton le tenait maintenant, son prétexte. Dans les dispositions mauvaises où se trouvait ce garçon-là, la vue de sa mère ne pourrait que l’affadir, lui enlever son restant de courage... Il était plus prudent qu’il ne la vît pas... Charlotte serait assez raisonnable pour le comprendre et faire ce sacrifice à l’intérêt de son fils. « La vie n’est pas un roman, que diable !... » ”
“ Eh ! on le trouvera l’argent... Il est impossible de laisser de pareils chefs-d’œuvre dans l’ombre. Elle était indignée et parlait très éloquemment, maintenant que le poète n’était plus là. « Allons ! l’affaire est lancée... » se dit Moronval, et comprenant avec sa perfide malice le côté faible de la dame, il lui parla de d’Argenton, qu’il eut soin d’entourer de ces couleurs romanesques et sentimentales comme il voyait bien qu’elle les aimait. ”
“ Le bonheur de penser que l’enfant n’irait pas en prison dominait tout le reste. Sur-le-champ ils décidèrent qu’on partirait le soir même pour Indret. Seulement, afin de lui éviter à elle une aussi grande humiliation, ils convinrent qu’elle resterait à la Basse-Indre. D’Argenton irait seul porter l’argent et chercher le coupable, qu’on conduirait tout de suite à la colonie. ”
“ Cet enfant est idiot, s’écria d’Argenton, lorsque à ses questions, à ses arguments, Jack répondait d’un air effaré comme s’il se fût précipité pour répondre des cimes d’arbres qu’il regardait ou du nuage léger en route là-bas vers le couchant. Sa longue taille, très développée pour son âge, ajoutait à son apparence ahurie, et toute la sévérité du poëte ne servait qu’à l’interloquer encore, à gêner l’effort impuissant de sa mémoire trop encombrée. ”
Bélisaire Ledain, La Gâtine historique et monumentale (1876)
“ Un homme célèbre, alors tout-puissant, Philippe de Comines, seigneur d'Argenton, devint possesseur, en 1473, des seigneuries de Lergondeau ou L'Hérigondeau, le Beugnon, Pressigny et Gourgé, qui relevaient de la baronnie de Parthenay, par suite de la mort de Jean de Chambes, sire de Monsoreau, héritier lui-même de la famille d'Argenton. ”
Hyacinthe de Quatrebarbes, Généalogie de la famille de La Noë… (1855)
“ III. FRANÇOIS DE LA NOË, baptisé en l'église d'Argenton, le 7 mars 1574. Parrain, François Possard, écuyer , seigneur d'Argenton ; marraine , Damoiselle Marie Possard. On ne trouve point d'autre trace de ce François ; il est probable qu'il mourut jeune. III. GUILLAUME DE LA NOË, métayer à la Houdinière, mari de Julienne Perrault, est porté sur la remembrance du fief de Goubits, du 26 février 1617, pour vignes. Rend aveu à la seigneurie d'Argenton, en 1621. ”
“ Mais le cahier est plus joli avec des marges, et, quand il s’agit de son poëte, Charlotte met toute sa coquetterie en jeu. Justement ce soir-là d’Argenton est bien en veine, il se sent d’haleine à dicter toute la nuit et veut en profiter pour écrire une nouvelle sentimentale destinée à amorcer l’abonné à l’époque du renouvellement. Il tortille sa moustache éclaircie de quelques poils blancs, et dresse son grand front encore agrandi parce qu’il se déplume. Il attend l’inspiration. Par un contraste assez fréquent en ménage, Charlotte n’est pas aussi bien disposée. ”
“ Il jetait ainsi la moitié de la cargaison à la mer pour tâcher de sauver le navire, car il voyait bien que si d’Argenton ne s’en mêlait pas, on ne pourrait tirer de la comtesse que des paroles en l’air, des bouts de promesses, rien de sérieux. Le poëte ne répondit pas. Il s’occupait bien de la Revue ! Cette femme le troublait. On n’exerce pas la profession de poëte lyrique martyr de l’amour sans être touché de ces adorations muettes qui flattent en même temps deux amours-propres, celui de l’homme de lettres et celui de l’homme à bonnes fortunes. ”
“ Désillusion de don Quichotte se croyant dans l’Empyrée, prenant pour le vent d’en haut l’haleine des marmitons et les soufflets de cuisine qu’on agite autour de lui, et ressentant sur le cheval de bois où il est assis toute la secousse d’une chute imaginaire. D’Argenton, lui aussi, se croyait parti, enlevé, envolé... Eh quoi ! tant de frissons, de fièvre, d’exaltation, de poses, d’attitudes, de pas contrariés, tant de fois la main passée dans les cheveux, pour arriver à ces deux lignes : « Dans un vallon perdu des Pyrénées, de ces Pyrénées, etc... » Et c’est toujours ainsi. ”
“ Moronval, en la voyant ainsi absorbée et craintive, fit pour sa femme un haussement d’épaules imperceptible qui signifiait : « Elle est folle. » Elle l’était en effet, et, depuis le dîner, elle se torturait l’esprit à chercher un moyen de rentrer en grâce. Enfin elle avait trouvé ; et comme le poëte arrivait près d’elle, dans sa promenade de panthère encagée : — Si M. d’Argenton voulait être bien aimable, il nous dirait ce beau poëme qui a eu tant de succès au gymnase l’autre soir... J’y ai pensé toute la semaine... Il y a surtout un vers qui me poursuit... Moi je... moi je... ”
Bélisaire Ledain, La Gâtine historique et monumentale (1876)
“ On sait que Geoffroi d'Argenton, neveu du vicomte de Thouars, était seigneur de Hérisson en Gâtine. Guillaume L'Archevêque, sire de Parthenay, Thibaud de Beaumont, sire de Bressuire, Brient de Montaigu, Simon de Chausseroye et une foule d'autres barons, se portèrent garants de l'observation fidèle du traité ; ils s'engagèrent même à se constituer prisonniers du roi de France, à Saumur ou à Chinon, si le vicomte venait à le violer (24 juin 1224) 3. ”
“ Ces enfances si tristes font des maturités amères. Il faut des bonheurs de vie, des prospérités sans nombre pour effacer l’impression de ces premières années ; et l’on voit des hommes riches, heureux, puissants, haut placés, qui semblent ne jamais jouir de la fortune, tellement leur bouche a gardé le tour envieux des anciennes déceptions, et leur allure la timidité honteuse que procure aux corps jeunes et tout neufs le vieil habit ridicule et rapiécé taillé dans les vêtements paternels. Le sourire amer d’Argenton avait sa raison d’être. ”
Alphonse Daudet,
Jack
(1876)
“ C'est que, tout en se sentant très tendre pour Charlotte, il mettait à leur place ces deux amours de sa vie ; l'un le protégeait, par l'autre il protégeait? et il entrait autant de pitié dans sa tendresse filiale qu'il y avait de respect dans son premier élan amoureux. On voulait retenir madame d'Argenton à dîner; mais elle trouvait qu'elle était restée bien longtemps, trop longtemps pour l'égoïsme féroce du poëte. Aussi à partir d'une certaine heure jusqu'au départ, elle fut inquiète, préoccupée. Elle forgeait d'avance la petite histoire qu'elle raconterait en arrivant pour s'excuser. ”
“ Le malheur, c’est que la composition poétique, au lieu de le calmer, l’excita encore. Comme il avait besoin de se monter, il imagina une Charlotte idéale, plus belle, plus séraphique que l’autre, élevée au-dessus de terre de toute la hauteur de son inspiration forcée. Dès lors, la séparation devint intolérable. Sitôt que la revue eut publié le prologue du poëme, Hirsch et Labassindre furent chargés d’aller porter un exemplaire rue des Panoyaux. Cet appeau jeté, d’Argenton, voyant que bien décidément il ne pouvait plus vivre sans Lolotte, résolut de frapper un grand coup. ”
Bélisaire Ledain, La Gâtine historique et monumentale (1876)
“ Il y avait sur les limites de la Gâtine et de la baronnie de Saint-Maixent un fief d'une nature tout exceptionnelle, dont l'origine et la formation sont un mystère, appelé la seigneurie de la Saisine, comprenant la forêt de ce nom avec les trois paroisses de Clavé, Chantecorps et Vautebis. Quatre seigneurs en possédaient chacun un quart par indivis. En 1218, les quatre seigneurs de la Saisine élaient Chalon de Rochefort, Guillaume, vicomte de Melun, seigneur de Montreuil-Bellay, Geoffroi d'Argenton, seigneur de Hérisson en Gâtine, Guillaume de Mairé. ”
Georges Musset, L'Abbaye de la Grâce-Dieu , par M. G. Musset (1898)
“ Aussi les voit-on dans tous les titres faire acte de maître à leur égard. C'est d'eux en effet que le clergé et la plupart des maisons religieuses en reçurent des parts plus ou moins grandes. La forêt d'Argençon, plus connue aujourd'hui sous le nom de Benon, faisait partie du domaine des ducs d'Aquitaine, comtes de Poitou. On la trouve indiquée dans les chartes sous le nom de Argencum, Argenchum, de Argenconio, de Argentonio, de Arcenconi, d'Argenton et d'Argençon, nemus Argenti (1069) , Argenzum (1107) , nemus Arjacum (1134) , Arranzurn (1135) , Ariarzum (1136) , Arjachum (1165) etc. ”
Hyacinthe de Quatrebarbes, Généalogie de la famille de La Noë… (1855)
“ Aucune ombre n'y fait tache ; un travail assidu , une probité de quatre siècles sont aussi des titres de noblesse qu'ils ne manqueront pas de transmettre à leurs enfants. Château de la Sionnière, le 18 mars 1855. Mis DE QUATREBARBES, La famille DE LA NOË est originaire de la paroisse d'Argenton. Dès le quinzième siècle, on trouve deux de ses membres habitant le village de Lorrière, et rendant aveu pour leurs maisons, terres, prés et vignes. A la même époque, il y en avait d'autres, établis à Jochepie ( village qui n'existe plus ) , où ils étaient aussi propriétaires. ”
Hyacinthe de Quatrebarbes, Généalogie de la famille de La Noë… (1855)
“ De la famille DE LA NOË, rédigée sur les titres de la seigneurie d'Argentan cl les registres d'état civil des paroisses d'Argenton, St-Michel-de-Feins et Bierné. Il existe dans nos campagnes de l'Ouest, principalement sur les terres échappées aux spoliations révolutionnaires, de nombreuses races de cultivateurs, qui exploitent de père en fils leurs métairies, depuis un temps immémorial. Nul n'a connaissance de l'époque à laquelle la famille est venue s'y établir; on sait seulement que le père et l'aïeul y sont nés. ”
Alphonse Daudet,
Jack
(1876)
“ « M. le comte de..., au château de..., à Mettray, près Tours. » C'est à Charlotte qu'on le devait, celui-là. Mais cette absence de recettes n'empêchait pas les frais de continuer, ni les rédacteurs de se présenter tous les cinq du mois pour toucher le prix de leur copie augmenté de quelques avances. Moronval surtout était insatiable. Après être venu lui-même, il envoyait sa femme, Saïd, le p'ince japonais. D'Argenton était furieux, mais il n'osait refuser. Sa vanité était si gourmande, et le mulâtre avait tant de sucreries et de douceurs dans ses poches. ”
Adrien Paul, Les Finesses de d'Argenson (1864)
“ Madame Law s'était levée. Les jeunes gens s'étaient envolés de leur nid d'amour pour aller faire, l'une une profonde révérence, l'autre un salut respectueux. A cette éclatante fanfare de noms et de titres, d'Argenson avait, pour ainsi dire, sauté en l'air, comme sous l'impulsion d'une pile électrique. Éperdu, tremblant, ne sachant encore s'il devait le dangereux honneur de celte visite au blâme ou à l'approbation de la cour, il cherchait partout son chapeau, qu'il ne trouvait pas, afin de se donner une contenance et de mieux pouvoir s'incliner selon l'étiquette et le menuet. ”
Adrien Paul, Les Finesses de d'Argenson (1864)
“ Fi, le brutal! ordonner de but en blanc l'arrestation d'un homme comme monseigneur le contrôleur général des finances, et cela sans le voir, sans écouter sa justification, sans m'en prévenir!... Le faire jeter dans un méchant cachot! Ah! que votre seigneurie a donc bien fait de s'évader ainsi à la barbe des guichetiers! M. d'Argenson n'ose pas le dire, mais moi je suis sûre qu'il en enrage, et j'en suis ravie... C'est bien fait pour lui ! — Voyez-vous la petite mauvaise ! dit en souriant la baronne. — Quant à moi, reprit Floustignac, je pardonne de grand coeur à ce cher intendant ”
