“ Le temps de tourner la main, il ne restait absolument dans le salon que Laffitte, toujours assis, et sur le visage duquel n’apparut pas la plus légère émotion ; Béranger, qui demeura ferme à sa place ; M. Laroche, qui se rapprocha de son oncle ; la Fayette, qui releva sa noble et vénérable tête, et fit un pas vers la porte, c’est-à-dire vers le danger ; Georges la Fayette, qui s’élança vers son père ; et les cinq officiers, qui firent de leur corps un rempart à M. Laffitte. ”
M. Laffitte
Définition et enjeux
Citations sur “M. Laffitte”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
(1882)
“ Mais, comme chez M. Laffitte une extrême finesse d'esprit servait de tempérament naturel à la sensibilité d'un coeur très chatouilleux, il était gagné sans être tout à fait convaincu, et séduit sans être trompé. Il chercha donc à se précautionner contre ses propres entraînements en appelant auprès de lui un homme dont l'amitié fut courageuse et sévère. Il ne pouvait mieux choisir que Dupont (de l'Eure) , d'autant qu'aux yeux du peuple, l'adhésion d'un tel homme était, en faveur de M. Laffitte, une garantie, et, quoi qu'il advînt, une excuse. ”
Édouard Bucquet, "Aide-toi, le ciel t'aidera" : comptes-rendu des sessions législatives… (1832)
“ Il n'est point un coeur généreux dans le pays, qui puisse oublier la manière si noble et si rare dont il a acquis, employé et perdu sa colossale fortune. Avec cette approbation intérieure de sa conscience et de la conscience nationale, M. Laffitte se trouvera plus heureux et plus riche que ces ministres hissés et maintenus au pouvoir par toutes les passions basses et lâches dont Juillet n'a pu complétement purifier le pays. Nous avons regretté que M. Laffitte ait quelquefois, dans ses votes, abandonné les patriotes. ”
Isaac Péreire, Oeuvres de Emile et Isaac Pereire… (1913)
“ M. Laffitte dit cela formellement; M. Humann ne l'énonce que d'une manière jésuitique; c'est par des voies obliques qu'il veut arriver au même but. M. Laffitte l'énonce clairement, sans détour, sans faux-fuyants. D'où vient donc le grand courroux de M. Humann, d'où vient le reproche qu'il adresse à M. Laffitte, de proposer une suppression déguisée de l'amortissement ? Il faut faire bien peu de cas de l'assemblée devant laquelle on parle, pour présenter de semblables arguments. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ « Nous avons toujours trop peur de certaines gens et nous voyons ce qu’on gagne à les ménager. Mettez donc hors de la Banque ce M. Laffitte, qui se croit le roi des Halles et qui n’est qu’un écervelé, qui ne sait ni ce qu’il veut ni ce qu’il fait, et qui ruinerait la France et lui par vanité. » Laffitte était un homme de gauche et c’est maintenant les hommes de gauche, les libéraux, qui, plus encore que les ultras, portaient ombrage à Richelieu. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 3
“ Or, à ce mouvement de colère qui emportait les partis extrêmes, répondaient, chez les hommes les plus modérés de l’Opposition, une vague impatience et un sentiment profond d’inquiétude. M. Laffitte aurait voulu, ressaisissant le pouvoir à l’aide d’une majorité parlementaire, faire triompher les inspirations d’une politique clémente. Donner définitivement la monarchie pour tutrice à la liberté, tel était le rêve de M. Odilon Barrot et de tous les députés qui, marchant à sa suite, représentaient, dans ce qu’il avait eu de plus étroit mais de plus honnête, le libéralisme de la Restauration. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ M. d’Argout se présenta seul chez M. Laffitte. La chaleur était étouffante, les fenêtres ouvertes et les appartements remplis de monde. M. d’Argout attira M. Laffitte dans l’embrasure d’une croisée. La voix du négociateur était altérée, et il avait presque les larmes aux yeux en parlant de Charles X. « Les ordonnances sont retirées, dit-il, et nous avons de nouveaux ministres. — Il fallait se décider plus tôt, répondit M. Laffitte. Aujourd’hui... — Les intérêts sont les mêmes. Sans doute ; mais les situations sont changées. Un siècle s’est écoulé depuis vingt-quatre heures. » ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ Cette déclaration était parfaitement sincère, plus sincère, peut-être, que ne le pensait M. Laffitte lui-même. Eh bien ! personne n’y crut. Les partisans du cabinet reprochèrent à M, Laffitte d’avoir trop ménagé ses anciens collègues, d’avoir établi entre leurs doctrines et les siennes une parenté évidemment impossible. C’était dans ce cercle de malentendus que tournait la politique. La bourgeoisie victorieuse mettait un plaisir frivole à se diviser. On se battait avec des mots, comme pour mieux oublier que les semences d’une guerre sérieuse étaient au fond des choses. ”
“ Comment se fait-il, se demande M. Sarrans jeune, qu'un tel homme ait perdu tout à la fois ses richesses, sa puissance, et presque une popularité acquise au prix de tant de luttes et de sacrifices pour la liberté? Je le dirai sans, détour : le principe de ce triple désastre réside dans les afflictions individuelles qui dérangèrent toujours la conduite politique de l'honorable M. Laffitte. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
(1882)
“ De son côté, M. de Lafayette demandait qu'on lui assignât imposte, ajoutant qu'il était résolu à s'y rendre à l'instant même. On se sépara encore une fois sans rien conclure, et en se donnant rendez-vous chez M. Laffitte pour six heures du matin. Mais cette séance pouvait servir à apprécier plus tard certains hommes qu'on vit parmi les triomphateurs. Lafayette fut accueilli, en sortant, par quelques vives acclamations. L'âge avait affaibli son corps, sans glacer son coeur. Ivre d'ailleurs de popularité, il était prêt au sacrifice de sa vie. ”
Marthe-Camille Bachasson Montalivet, Fragments et souvenirs. 1836-1848 (1899-1900)
“ Nous devons ajouter qu'aucun président du conseil n'eût été plus propre que M. Laffitte à assurer, par ses relations avec la gauche, l'adoption d'un projet qui donnait une si complète satisfaction aux désirs personnels du roi. S'il restait au pouvoir, la loi ne semblait devoir rencontrer aucune difficulté sérieuse; s'il quittait les affaires, elle courait les plus grands dangers. Le roi le savait; mais la politique de M. Laffitte, se rapprochant de plus en plus de celle de l'opposition, menaçait à la fois la paix et le crédit public. ”
Alfred de Falloux,
L'Évêque d'Orléans [Mgr Dupanloup…
(1879)
“ M. Laffitte était un brave homme ingénu, un bourgeois vaniteux qui avait horreur des troubles de la rue, mais qui voulait jouer un rôle; il l'aurait aussi bien accepté de Charles X que de Louis-Philippe, si on le lui eût offert à temps. Casimir Périer rugissait comme un lion, dès qu'on parlait de toucher à la dynastie, et Guizot était trop le disciple de Royer-Collard pour marcher franchement avec nous. ”
Jules Beaujoint,
Histoire du Palais-Royal et de ses galeries
(1881)
“ Restait M. Laffitte. Intelligent et sincèrement libéral, il ne pouvait suivre lontemps Louis-Philippe dans la voie réactionnaire ouverte par Guizot et Broglie. Le roi avait acheté la forêt de Breteuil à M. Laffitte, dont la révolution avait embarrassé les affaires. Mais il importait au crédit de M. Laffitte que le plus grand secret couvrit cette vente qui, une fois ébruitée, pouvait éveiller les soupçons sur ses embarras financiers, alarmer les créanciers de sa maison et l'exposer à des remboursements précipités. ”
Augustin Chaho,
De l'Agonie du parti révolutionnaire en France…
(1838)
“ Vous-même, M. LAFFITTE, devenu président de république en France, vous risqueriez beaucoup d'être, à votre corps défendant, le fils bien-aimé du Pape ; tant que l'enseignement social ne serait pas radicalement changé et complètement organisé sur des bases que M. Arago fera peut-être descendre des astres, mais que les gazetiers du jour ne tireront pas du creux de leur cerveau, dût M. Laffitte leur offrir en échange les trésors que met en circulation le commerce du monde entier. Je pique maintenant le second point de mon panégyrique en faveur des démocrates de Juillet. ”
Paul Adam,
Au soleil de juillet (1829-1830…
“ Une poussée violente jeta les députés en avant, fit trébucher M. Laffitte et chanceler Benjamin Constant. Des huissiers continrent mal la députation, sa suite. A coups de coudes, ils protégeaient la personne de Louis-Philippe, très pâle, entre ses favoris noirs et sous les frisures de ses beaux cheveux en toupet. Il souriait, saluait, tendait ses mains fines; il serra celles de M. Laffitte qui, sans gêne, lui dit à l'oreille, montrant sa jambe malade:—Deux pantoufles et un seul bas!... Dieu! si la Quotidienne nous voyait!... elle dirait que nous faisons un roi... sans culottes! ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 4
“ Car, aux yeux des uns, M. Laffitte ruiné représentait la révolution de juillet trahie ; et, chez d’autres, le dévoûment à M. Laffitte n’était que de la haine à l’égard du roi. Dans la plupart des journaux de l’Opposition, le mot ingratitude avait été prononcé, sans égard pour la majesté royale. Pour faire tomber cette accusation, les hommes du château s’adressèrent à M. Laffitte lui-même. ”
Marthe-Camille Bachasson Montalivet, Fragments et souvenirs. 1836-1848 (1899-1900)
“ La loi était applicable à l'universalité des négociants français; un seul homme ne pouvait donc en usurper le bénéfice; de plus, M. Laffitte était lui-même un des membres du gouvernement chargés de répartir sous sa responsabilité la somme allouée par les chambres. En vain M. Laffitte cherchait à vendre ses belles propriétés de Maisons et de Breteuil; les capitaux fuyaient effrayés par l'orage révolutionnaire, qui de la France commençait à se propager en Europe; toute vente, même à vil prix, était impraticable. Le roi n'hésita point à sauver M. Laffitte. ”
“ M. Laffitte ne voulut s'allier qu'à une famille issue de la révolution ; il donna sa fille et avec elle sa fortune, au fils du brave Ney. C'était presque une union politique. La vieille armée se montra touchée de cette honorable préférence. - M. Laffitte poursuivait toujours l'oeuvre de sa conscience; il faisait de l'opposition pour améliorer les destinées de la France. En 1824 , il fut pour la première fois, de l'avis du ministère, et vota avec M.deVillèle (1) . ”
“ Le ministère de M. Laffitte commença par de fâcheuses concessions. Il n'aurait pas dû souffrir qu'on lui imposât comme collègue l'envoyé de Charles X en juillet, M. d'Argout, créature de la restauration. M. Montalivét lui fut également imposé à la placé de M. Odilon-Barrot, que voulait le nouveau président du conseil. Le maréchal Soult paraissait seul une nécessité, dans les prévisions d'une guerre prochaine. A toute révolution, il faut une armée, et nous n'en avions pas. ”
Notice biographique sur M. J. Laffite… (1843)
“ Telle fut la politique de M. Laffitte, politique incertaine, dangereuse, et que réprouvèrent avec raison les Chambres, le pays et la royauté. Qu'on ne nous parle donc pas de services méconnus, d'ingratitude ; qu'on ne vienne donc pas nous dire que M. Laffitte a été victime d'odieuses intrigues et de perfides machinations. Ce sont là des prétextes inventés par des apologistes maladroits, pour dissimuler une chute éclatante et méritée. Sous un régime de publicité comme le nôtre, il n'est pas d'intrigue qui puisse prévaloir contre un mérite réel et une capacité incontestable. ”
François Guizot,
Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps…
“ Ainsi dans les Chambres, et quand les questions de politique générale s'élevaient, M. Laffitte n'avait le concours ni d'aucun grand parti, ni d'aucun grand orateur, et restait à peu près seul chargé de la responsabilité du gouvernement avec sa légèreté, son imprévoyance, son inconséquence, sa complaisance, ses fluctuations et sa présomption. ”
“ Voulait-il rattacher les négociations au duc d’Orléans, ou voulait-il ne pas se détacher entièrement du roi Charles X ? M. de Sémonville secoua la tête, et se retira. Aller trouver M. Laffitte, un simple homme de finances, pouah ! Passe encore pour la Fayette ; c’était un révolutionnaire, mais un révolutionnaire de bonne maison qui, dans sa jeunesse, avait porté de la poudre, des talons rouges et baisé, à l’Œil-de-bœuf, la main de la reine. ”
Notice biographique sur M. J. Laffite… (1843)
“ Aujourd'hui tout homme impartial et éclairé peut apprécier, à leur juste valeur, les attaques de M. Laffitte. Les résultats de l'administration de M. Guizot sont connus de tous. On sait que la France a été préservée de l'anarchie par cet habile et courageux ministre, et l'histoire placera son nom parmi les bienfaiteurs de la patrie. Il y a quelques années, M. Laffitte a repris ses affaires de Banque, et est rentré dans la carrière qu'il avait parcourue avec tant de suceès et de talent. ”
Auguste Chambolle, Retours sur la vie : appréciations et confidences sur les hommes de mon temps (1912)
“ En faisant ce récit, qui est d'une exactitude scrupuleuse, je n'ai nullement pour intention de faire ressortir la légèreté. de M. Laffitte, homme excellent, d'un esprit aimable et enjoué, d'un courage à toute épreuve et sans ostentation au milieu des plus grandes crises. Comme homme politique, il avait ses faiblesses et ses rancunes bien connues de ceux qui l'approchaient : ancien ami de Louis-Philippe d'Orléans, il ne pardonnait pas au roi de l'avoir si vite et si facilement délaissé pour d'autres ministres ”
Louis de Carné,
Revue des Deux Mondes
“ Cet état où se combinaient la faiblesse et la violence, ce provisoire fiévreux, qui, en réveillant toutes les ambitions, contribuait de plus en plus à relâcher le lien établi entre tous les auteurs de l’établissement du 9 août, dut enlever à M. Laffitte tous ses points d’appui. Les uns l’abandonnèrent parce qu’il se montrait trop docile devant la royauté, les autres parce qu’ils le trouvaient trop timide devant l’émeute. ”
Jacques Arago,
Histoire de Paris : ses révolutions…
(1856)
“ Mais, entraîné par mes sympathies, il m'est impossible de m'arrêter là. On se plaît tant aux tableaux dans lesquels le cœur se baigne avec amour! et puis, il est si universellement regretté cet homme de bien que nous avons perdu, que je crois utile et moral de prolonger mon dernier adieu. Ecoutez une magnifique parole de Laffitte à la nouvelle d'une pensée liberticide de l'un de nos ministres, pensée funeste à nos finances : « Si vous vous étiez conduits plus dignement, s'écria-t-il, la France serait riche de quelques millions de plus et d'un mauvais exemple de moins. » ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 1
“ Lui sachant une ambition plus réfléchie que courageuse, plus ardente qu’active, ils auraient voulu couronner ses espérances tout en le dispensant d’avoir de l’audace. Pour ceux, au contraire, qui n’avaient point de parti pris, exprimer un vœu qui pouvait sembler révolutionnaire, c’était déjà pousser les choses beaucoup trop loin. Au milieu de cette fluctuation des esprits la voix de M. Laffitte s’éleva pour demander que la déclaration lut signée à cause de son importance. ”
Ernest Desmarest,
Les Principes et les hommes, par Ernest Desmarest…
(1840)
“ Entré dans les conseils du roi par l'ascendant da sa popularité révolutionnaire, M. Laffitte se sépare de ses collègues à mesure que la pente de chaque esprit se révèle en présence des incidens de tous les jours. Il est évident que les hommes qui composent le gouvernement n'appartiennent pas à la même école. Il faut que M. Laffitte sorte du pouvoir ou que son influence y devienne dominante. ”
Émile Arnoult, Qu'est-ce que la question de la Pairie… (1831)
“ Quel est celui qui.... se trompe? D'un côté une longue et admirable carrière de probité et de patriotisme, de l'autre, le douloureux scandale d'une apostasie politique, répondent pour le pays. Comme M. Laffitte, comme tout honnête homme, comme l'immense majorité des Français, le digne général Lafayette peut être trompé, mais il ne peut tromper personne ! Eh bien , veut-on insinuer qu'il a été trompé, qu'on a usé, abusé de son noble caractère et de son nom populaire pour en inposer aux vainqueurs? est-ce là enfin ce qu'on ose avouer en disant que, le roi n'a rien promis qu'à la France ? ”
“ Il est rare qu’il manque d’assister aux séances de la Chambre, et nous le voyons tous les jours venir s’asseoir avec exactitude à sa place ordinaire, au premier banc de la gauche, en face de M. Syrieys de Mayrinhac. Sa figure pâle porte l’empreinte de ses souffrances, mais son embonpoint n’a pas sensiblement diminué. M. Casimir Périer est d’une taille élevée, ses traits sont graves et sévères; son accueil, un peu froid, est dépourvu de cette aménité qui distingue M. Laffitte. ”
