“ Bouteiller... — Je te parle de ses paroles, non de sa conduite. « Agis toujours de telle sorte que tu puisses vouloir que ton action serve de règle universelle. » Agis selon qu’il est profitable à la société... J’aurais dû livrer Mouchefrin, ou du moins, puisque son crime est ton secret, insister pour te convaincre. J’ai hésité : j’ai reconnu que la société, dans ses rapports avec Racadot, avec Mouchefrin, ne s’était pas conduite selon le principe kantien... Si l’individu doit servir la collectivité, celle-ci doit servir l’individu. ”
Mouchefrin
Définition et enjeux
Citations sur “Mouchefrin”
Albert Thibaudet,
La vie de Maurice Barrès
“ L’Université, pour M. Barrès, est responsable de la dégradation sociale de Mouchefrin. C’est elle qui en élevant ce boursier l’a préparé pour un prolétariat de bacheliers. L’Université est une personne bien vague. Pourquoi Mouchefrin s’est-il voulu étudiant en médecine ? Tout le monde aurait dit à Mouchefrin que si les études médicales et la carrière médicale sont fermées aux gens sans fortune, la carrière de l’enseignement, par exemple, avec son système de bourses, leur convient. ”
“ Fanfournot et le mécanicien, dans leur incompétence, s’adressèrent à Mouchefrin. Étrange monde, où les mouchards conseillent les cambrioleurs ! Moyennant une promesse de part, Mouchefrin leur donna cinquante francs et l’adresse, obtenue à la préfecture de police, d’un épicier de Londres. Les anarchistes dévaliseurs et les parlementaires pillards rencontrent la même difficulté : par qui faire toucher un chèque ? ”
“ Racadot et Mouchefrin pourtant y trouvent leur palais. C’est l’instinct des noyés qui, sur l’océan social, s’accrochent les uns aux autres pour essayer de se sauver ; mais c’est aussi l’instinct d’exilés qui se reconnaissent et bivouaquent fraternellement. Pour eux, la brasserie n’est pas comme pour la jeunesse heureuse l’endroit méprisé où l’on s’amuse : c’est le lieu où l’on se glisse pour avoir la pitié d’une femme, sa pitié utile. — Pourquoi Racadot, s’il ne peut faire vivre la Léontine, ne la quitte-t-il pas ? disait un jour Sturel. — Il n’est pas assez riche, répondit Rœmerspacher. ”
“ Ils ne purent s’empêcher de sourire, car cet insecte de Mouchefrin, assurément, n’était point de ces jeunes gens à la peau blanche, avec une nuque grasse, où l’on dit que les femmes honnêtes ont tant de plaisir à enfoncer les doigts. Pourtant, de petite taille, les cheveux très épais et crépus, avec la prétention des nains qui se dandinent, il était de ces garçons que, par un instinct justifié, paraît-il, certaines femmes sensuelles distinguent. ”
Maurice Barrès,
Les Déracinés
(1911)
“ Pour retarder cette date, le père Racadot accepte que son fils aille à Paris, où un jeune homme .se laisse facilement tenter de prolonger son stage. Mais il fait le pauvre pour ne céder qu'une pension mensuelle de cent francs. Antoine Mouchefrin est fils d'un photographe de Longwy (Meurthe-et-Moselle) , assez brave homme, mais si misérable connu dans toute la région comme agent électoral du député opportuniste, ce qui est un fâcheux métier. ”
Maurice Barrès,
Les Déracinés
(1911)
“ Sans doute, pour s'expliquer la conduite d'un garçon de vingt ans, on peut s'informer s'il a le caractère noble ou bas, mais tout de même le document psychologique, c'est de savoir dans quelle mesure ses ressources sont inférieures ou supérieures à ce budget moyen de l'étudiant cent francs de pension et quarante francs de chambre. Que voulez-vous que Mouchefrin devienne avec trente francs péniblement obtenus, tous les deux mois, de Longwy? Un héros, s'il se maintient honorable, Il espérait faire sa médecine en donnant des leçons. D'abord, il fit la fête avec Ràcadot ”
Roger Dombre, Nounou: Histoire de la Moucheronne
“ Cette petite fille de sept ans à peine qui avait passé sa vie entre un homme silencieux et farouche, une servante imbécile et une louve, était dune ignorance absolue; seulement Dieu lavait créée intelligente et réfléchie; déjà elle commençait à se demander le pourquoi de ce qui est. Manon lui avait parlé du père et la mère, de leurs soins, de leur sollicitude pour leurs enfants, et la Moucheronne étudia la famille sur les animaux; elle observa les oiseaux et vit, à la saison des nids, comment la femelle couvait ses petits avec amour, comment le père les nourrissait avec vigilance. ”
Roger Dombre, Nounou: Histoire de la Moucheronne
“ Elle ne séveilla même pas quand la porte souvrit doucement et quune forme svelte et mignonne entra dans la cabane.La Moucheronne fit signe à la louve de se coucher sur le sol, et elle-même, accablée de fatigue, essaya de se reposer; mais elle ne le put.Elle avait toujours devant les yeux le fantôme de Favier mourant et mourant par sa faute; puis la pauvre masure seffondrant dans un amas de décombres rouges.Aussi, au sortir de son sommeil, Manon la trouva assise, songeuse, les yeux brillants et hagards, les pommettes enfiévrées." Toi ici, petite? dit-elle joyeusement." ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Hôtesse du connétable, histoire du temps de François Ier…
(1863)
“ « C'est le nain du connétable ! s'écria-t-il, c'est Moucheron, je le reconnais. Il nous apporte la vie. » Le nain les regardait avec défiance, en agitant de sa main débile la longue perche accrochée au rebord de la barque; il restait immobile, muet et semblable à un de ces ondins qui se font un jeu des frayeurs ou des dangers des hommes. « Avorton du diable ! viens donc nous repêcher! » dit Je roi avec impatience, car il ne doutait pas de l'obéissance de la pauvre créature et avait déjà retrouvé sa sérénité et son orgueil royal. ”
Eugène Demolder,
Le Jardinier de la Pompadour
“ L’if le fit ramasser et le rejeta à Mme d’Étioles, elle le rattrapa au vol et plusieurs seigneurs crièrent : le mouchoir est jeté ! le mouchoir est jeté ! Ah ! Mme d’Étioles était jolie en cet instant ! Ses yeux brillaient comme jamais et son pied, qu’elle montrait sous le domino, était plus petit que la langue de ton chien. Il paraît que c’est un grand honneur quand le Roi jette le mouchoir et l’if n’était autre que le Roi. La preuve en est que depuis nous le revîmes au bal de l’hôtel de ville le dimanche gras. Il était en domino de satin noir et ma maîtresse aussi. ”
Marguerite Audoux,
Marie-Claire
“ Deux jours après, j’avais perdu l’épingle et le mouchoir. Oh, ce mouchoir ! quel cauchemar épouvantable ! maintenant encore, quand j’y pense, une angoisse me prend. Pendant des années, je perdis régulièrement un mouchoir par semaine. Sœur Marie-Aimée nous remettait un mouchoir propre contre le sale que nous jetions à terre devant elle. J’y pensais seulement à ce moment-là ; alors, je retournais toutes mes poches ; je courais comme une folle dans les dortoirs, dans les couloirs, jusqu’au grenier ; je cherchais partout. Mon Dieu ! pourvu que je trouve un mouchoir ! ”
Anonyme, Les vacances au château – Le fétichisme en amour
“ Une dame, très observatrice, me disait, je connais un monsieur, qui est si passionné pour les mouchoirs de femmes, que, il me suffit, quand je le vois de loin, de tirer de ma poche le coin de mon mouchoir brodé ou garni de dentelle, pour qu’il me suive comme un chien ; je puis aller n’importe où, il ne me quitte plus. Que ce monsieur se trouve en voiture, ou occupé pour une affaire très-sérieuse, très-importante, aussitôt qu’il voit mon mouchoir, il abandonne tout pour me suivre, ou plutôt pour suivre mon mouchoir. ”
Roger Dombre, Nounou: Histoire de la Moucheronne
“ Lenfant tendit ses mains fluettes:" Que faut-il faire? Je suis prête à me mettre au travail." Oui, mignonne, mais avant de toccuper du ménage, nous avons un grave devoir à remplir."Les yeux de la Moucheronne demandèrent:" Lequel?" Favier est mort, reprit Manon, or on ne laisse pas les morts sans sépulture, quels quils soient. Si je nétais vieille et infirme je me chargerais seule de cette besogne, mais je ne puis. Suis-moi."Elles prirent le chemin de la cabane incendiée, Manon sappuyant sur le bras de la Moucheronne et sur son bâton, et la louve suivant, la tête basse, la queue serrée. ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Hôtesse du connétable, histoire du temps de François Ier…
(1863)
“ Toi ici, Moucheron! s'écria-t-il en ouvrant de grands yeux. — Moi-même, répondit le nain en sautant lestement hors de la manne. — Ami, c'est le ciel qui t'envoie. — Dites plutôt que c'est le diable, car je ne dois cette idée qu'à moi seul. — Que tu tombes du ciel ou que tu montes de l'enfer, tu es le bienvenu. — Je n'en doute pas, monsieur Didier. — Mais par quel hasard ?... — J'ai su que vous étiez prisonnier. Comme j'ai toujours l'oreille au guet, je suis facilement au courant de tout ce qui se passe. On vous a déjà accusé d'une douzaine de crimes plus capitaux les uns que les autres. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ « Me voici, ya sidi ! Ordonne et tu seras obéi ! Demande et tu recevras ! Veux-tu reconstruire une ville en ruines ou bien détruire une ville florissante ? Veux-tu tuer et assassiner ? Veux-tu arracher l’âme d’un roi ou seulement mettre en pièces ses armées ? Parle ! » Le Moghrabin répondit : « Ô Tonnerre, voici désormais ton maître ! Je te le recommande beaucoup ! Sers-le bien ! » Puis il le congédia, et, se tournant vers Jouder, lui dit : « N’oublie pas, ô Jouder, qu’au moyen de ce sceau tu vas pouvoir te défaire et te venger de tous tes ennemis ! » ”
Henry Morton Stanley,
Comment j’ai retrouvé Livingstone
(1876)
“ Leur éclat se réfléchit sur la muraille gigantesque d'un noir-bleu qui, à l'occident, borne le Tanguégnica; il révèle ces montagnes, dont le sombre voile cachait les merveilles; répand sur elles des teintes du rose le plus doux et les inonde d'un flot de lumière argentée. De toutes les peuplades de la région que nous venons de décrire, la plus remarquable est celle des Mouéziens. Le type du Mouézien est un homme de grande taille, qui a la peau noire, les jambes longues, et une figure de bonne humeur, où s'épanouit un large sourire. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Et que j’ai peur pour toi ! » Il dit : « Ô mère mienne, il n’y a rien à redouter pour quelqu’un qui est sous la garde d’Allah ! Et puis le Moghrabin est un très brave homme ! » Et il lui loua beaucoup le Moghrabin. Et sa mère lui dit : « Qu’Allah incline vers toi le cœur de ce Moghrabin de bien ! Pars avec lui, mon fils ! Peut-être qu’il sera généreux envers toi ! » Alors Jouder fit ses adieux à sa mère et s’en alla trouver le Moghrabin. En le voyant arriver, le Moghrabin lui demanda : « As-tu consulté ta mère ? » Il répondit : « Oui, certes ! et elle a fait des vœux pour moi et m’a béni ! » ”
“ Ce n’était pas le chiffre de Valentin ; à qui donc appartenait ce mouchoir ? Le nom d’Isabelle de Parnes n’avait jamais été prononcé rue du Plat-d’Étain, et la veuve, par conséquent, se perdait en vaines conjectures. Elle retournait le mouchoir dans tous les sens, regardait un coin, puis un autre, comme si elle eût espéré découvrir quelque part le véritable nom du propriétaire. Et pourquoi, me demanderez-vous, tant de curiosité pour une chose si simple ? On emprunte tous les jours un mouchoir à un ami, et on le perd ; cela va sans dire. Qu’y a-t-il là d’extraordinaire ? ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ « Garde-le pour toi, et pour en donner à mes frères afin qu’ils ne manquent jamais de rien ! » Et il prit son filet de pêche, et retourna au lac Karoun ; et il allait commencer son travail, quand il vit un second Moghrabin, qui ressemblait au premier, s’avancer de son côté, bien plus richement vêtu, et monté sur une mule plus somptueusement harnachée. Il mit pied à terre et dit : « Le salam sur toi, ô Jouder fils d’Omar ! » Il répondit : « Et sur toi le salam, ô mon seigneur le pèlerin ! » Il dit : « As-tu vu hier venir à toi un Moghrabin monté sur une mule comme celle-ci ! » ”
Roger Dombre, Nounou: Histoire de la Moucheronne
“ CHAPITRE VI UN COMPAGNON. Ainsi vivait la Moucheronne. A lâge où le plus pauvre des enfants a des jouets, des friandises et surtout les caresses et les baisers de ses parents, elle navait ni une joie, ni une consolation, ni un ami.Comme ils devraient apprécier leur félicité ceux qui sont pourvus de tout ce qui lui manquait, ceux qui ont la vie douce, des frères et surs aimants, une instruction facilement acquise, des jeux de toutes sortes!Mais nous nous habituons si vite aux douceurs de lexistence que nous napprécions guère ses dons que lorsque nous les perdons. ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Épée de Suzanne, histoire du temps de François Ier…
(1865)
“ « On peut s'entendre avec vous, du moins, continua Moucheron. Je vais vous parler à coeur ouvert comme Saint-Jean Bouche-d'Or. Je vous connais bien et je connais votre beau pays. Il me semble voir encore vos vertes campagnes, vos glaciers inaccessibles, et vos superbes troupeaux de vaches. Plus d'un d'entre vous, j'en suis sûr, aimerait mieux en ce moment chasser le chamois à la pointe des rochers que de gagner la fièvre dans les rizières de ces maudites plaines, lombardes. » ”
Albert Londres,
Adieu Cayenne !
“ Le perruquier, le garçon de famille, le planton, l’infirmier, mouchards ! Il faut bien qu’ils gardent leur emploi ! Mouchards, les plus misérables, attachés aux corvées dégoûtantes ; ceux-là espèrent, par leur bassesse, mériter une meilleure place. Mouchards honteux, mouchards cyniques, mouchards doubles, dénonçant le forçat au gardien, le gardien au forçat. Mouchards patentés, reconnus, galonnés : les porte-clefs. Vous n’avez pas idée, vous, les hommes libres, de ce qui se passe dans le trou du bagne. L’homme est lâche devant la faim. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Mais soudain un poignard sortit du grain, et se plongea de toute la longueur de sa lame dans le cœur du Maghrébin. Et il mourut à son heure, crachant son âme mécréante avec son sang. Et le jeune prince Môhammad apparut dans sa beauté, et embrassa la terre entre les mains du roi. Et la jeune fille, à ce moment précis, entra et dit : « Voici l’adolescent qui a détaché mes cheveux de l’arbre, alors que j’étais suspendue. » Et le roi dit : « Puisque c’est cet adolescent qui t’a déliée, tu ne peux faire autrement que de l’épouser. » Et la jeune fille dit : « Bien. » ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Hôtesse du connétable, histoire du temps de François Ier…
(1863)
“ Moucheron ne répondit pas ; il vit aux regards que les reîtres avaient jetés tour à tour sur lui et sur le mystérieux cercueil, combien ils craignaient d'être espionnés et dénoncés. Aucun serment ne pouvait leur inspirer confiance dans un inconnu, pauvre et errant. Quant au coeur de ces soldats pillards, pour qui toute oeuvre de sang était une amusante distraction, il ne fallait pas songer à l'émouvoir. ”
Étienne Michel Masse, Blanche, ou la Dame des bois, par E.-M. Massé… (1825)
“ Ne trouvant donc pas le mouchoir, elle se figura qu'il était passé aux mains de son époux. Plus celuici paraissait alors dominé par la jalousie , plus elle était portée à regarder le mouchoir mystérieux comme la cause de ces fâcheux accès. Selon elle, il ne pouvait plus se faire illusion sur les sentimens de son épouse; il ne pouvait plus ignorer qu'un autre homme n'avait jamais cessé de régner dans le cœur de Mabile. Mais par qui le mouchoir avait-il été remis au seigneur Ambard? ”
Roger Dombre, Nounou: Histoire de la Moucheronne
“ Elle avait assisté à mainte agonie doiseaux broyés par lorage ou de lapins atteints par le plomb du braconnier.Elle savait que cest un instant de souffrance, suivi du repos et de limmobilité absolue.Elle ne savait rien de plus et navait aucune idée de la vie qui doit succéder à celle dici-bas.Mais elle guérit; la jeunesse et surtout la jeunesse aguerrie à la rude école de la misère et des intempéries, a des ressorts dune puissance incompréhensible.La Moucheronne se releva, toujours vaillante, et reprit, un peu plus pâle seulement, ses travaux de chaque jour. ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Hôtesse du connétable, histoire du temps de François Ier…
(1863)
“ Le faux batelier releva brusquement la tête et reconnaissant le roi : « Lui ici ! murmura-t-il; est-ce hasard ou trahison? — Mon seigneur, dit Moucheron, qui déjà dans l'eau jusqu'à la ceinture, se tenait prudemment blotti derrière la barque, puisqu'il vous appelle, allez franchement à lui, de crainte d'éveiller ses soupçons. Que nous traversions seuls, ou qu'il nous accompagne, nous n'en aborderons pas moins aux oseraies, je vous en réponds. Mettez seulement un caillou dans votre bouche pour changer le son de votre voix, s'il vous faut parler. » ”
