“ Car, pour moi, je n’ai pas l’habitude de ces sortes de discussion et je ne suis plus d’âge à la prendre. Mais cela convient à ces jeunes garçons et ils en tireront beaucoup plus de profit que moi. Le fait est que la jeunesse fait des progrès en tout. Ne lâche donc pas Théétète et questionne-le comme tu as commencé. SOCRATE Tu entends, Théétète, ce que dit Théodore ? Tu ne voudras pas, je pense, lui désobéir ; car il n’est pas permis à un jeune garçon de désobéir en pareille matière aux prescriptions d’un homme sage. Allons, réponds-moi bien et bravement. Que crois-tu qu’est la science ? ”
Citations sur “Théétète”
“ Ceux qui s’attachent à moi ressemblent encore en ce point aux femmes en mal d’enfant : ils sont en proie aux douleurs et sont nuit et jour remplis d’inquiétudes plus vives que celles des femmes. Or ces douleurs, mon art est capable et de les éveiller et de les faire cesser. Voilà ce que je fais pour ceux qui me fréquentent. Mais il s’en trouve, Théétète, dont l’âme ne me paraît pas grosse. ”
“ Considère donc de quelle manière je vais le défendre ; car, faute de prêter attention aux termes généralement employés pour affirmer ou nier, on s’expose à admettre des absurdités plus graves encore que celles que nous avons admises. Est-ce à toi que je dois m’adresser, ou à Théétète ? THÉODORE À tous les deux, je te prie. Mais que le plus jeune réponde : il aura moins de honte à se tromper. SOCRATE XIX. — Je vais donc poser la question la plus redoutable. On peut, je crois, la formuler ainsi : Est-il possible que le même homme, sachant une chose, ne sache pas cette chose qu’il sait ? ”
“ SOCRATE Et c’est le comble de la naïveté de nous dire à nous qui cherchons la science, que c’est l’opinion droite avec la science de la différence ou de toute autre chose. Ainsi, Théétète, la science n’est ni la sensation, ni l’opinion vraie, ni la raison ajoutée à l’opinion vraie. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ LE sujet de Théétète est la science et son fondement. Il s’agit d’y déterminer, non pas quels sont les objets de la science, ni quelles sont les différentes sciences, mais ce que c’est que la science considérée en elle-même, ce qui la caractérise et la constitue. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Il semble qu’il s’agit ici du Théétète, qui se termine en effet par un engagement de reprendre la conversation le lendemain ; et comme dans cette conversation de la veille on avait déjà cherché le philosophe, et que la définition du philosophe peut sembler le but de Théétète, ce dialogue a l’air de servir d’introduction au Sophiste et au Politique, avec lesquels il formerait une trilogie ; et toutes ces raisons paraissent avoir entraîné Ast {Platon’s Leb. u. ”
“ SOCRATE Vois donc si tu peux me suivre plus aisément à présent. Si Socrate connaît Théodore et Théétète, mais ne voit ni l’un ni l’autre, et n’a présentement aucune sensation à leur sujet, jamais il ne jugera en lui-même que Théétète est Théodore. ”
“ SOCRATE Nous voilà donc, Théodore, quittes avec ton ami, et nous ne lui concédons pas que tout homme soit la mesure de toutes choses, à moins qu’il ne soit intelligent. Nous ne lui concédons pas non plus que la sensation soit la science, suivant la doctrine que tout se meut, à moins que Théétète ne soit d’un autre avis. ”
“ THÉÉTÈTE C’est juste. SOCRATE Voici le troisième : ne connaissant ni ne percevant ni l’un ni l’autre, je ne saurais penser qu’un homme que je ne connais pas soit quelque autre de ceux que je ne connais pas davantage. Imagine-toi entendre de nouveau tous les cas que j’ai successivement énumérés auparavant, où je ne me ferai jamais d’opinion fausse sur toi et sur Théodore, soit que je vous connaisse ou ne vous connaisse pas tous les deux, soit que je connaisse l’un, et pas l’autre. Et c’est la même chose à l’égard des sensations, si tu me suis. ”
“ Se peut-il, Théétète, qu’une chose entièrement différente d’une autre ait jamais avec elle quelque propriété commune, et ne nous imaginons pas qu’il s’agisse d’une chose qui soit en partie la même et en partie différente, mais d’une chose différente de tout point ? ”
Platon,
Dialogues suspects (Second Alcibiade…
“ Déterminer l’époque précise où fut composé le dialogue est assez difficile. Soit du texte, soit de la langue de l’auteur, on ne saurait inférer aucune conclusion certaine. Le style est bien attique et imite assez heureusement celui de Platon. Janell situe Théagès entre l’Apologie platonicienne qui a été plagiée et le Théétète qui est la réponse de Platon, par conséquent entre 395 et 365. ”
Simone Weil,
Intuitions pré-chrétiennes
“ Tout porte à croire que l’Amour absolument juste du Banquet est la même chose que le modèle divin du Théetète et le juste parfait de la République. Pour que la justice divine puisse être pour les hommes un modèle à imiter, il ne suffit pas qu’elle soit incarnée en un homme. Il faut encore qu’en cet homme l’authenticité de la justice parfaite soit manifeste. Pour cela il faut qu’en lui la justice soit vue sans prestige, nue, dépouillée de tout l’éclat que donne la réputation de la justice, sans honneur. ”
Platon,
Œuvres complètes, tome 6, Dialogues dogmatiques II…
“ SOCRATE Non, je ne te dois pas peu de reconnaissance, Théodore, pour m’avoir fait entrer en relation avec Théétète , ainsi qu’avec l’Étranger . THÉODORE Et qui sait, Socrate, si tu ne m’en devras pas trois fois plus, lorsqu’ils t’auront expliqué et le politique et le philosophe ? SOCRATE À merveille ! Ainsi, voilà comment parle, mon cher Théodore, un homme qui excelle dans les calculs et la géométrie ? THÉODORE Que veux-tu dire, Socrate ? SOCRATE Que tu mets sur la même ligne des espèces d’hommes qui diffèrent par leur mérite bien au delà des proportions connues dans notre art. ”
Alain,
Onze Chapitres sur Platon
“ L’inhérence, certes, est surmontée ; l’idée du grand et du petit n’est ni dans Socrate ni dans Théétète quand je juge que l’un est plus grand que l’autre ; et l’idée de mouvement n’est ni dans le mobile, ni dans le témoin immobile par rapport auquel le mobile se meut. Toutefois ce monde Héraclitéen, où il n’y a que changement pur et simple sans aucun mouvement, où la chose n’est ni grande ni petite, ni chaude ni froide, nul ne l’a jamais vu. L’apparence n’apparaît que par les idées. ”
“ Tous les sages, l’un après l’autre, à l’exception de Parménide, sont d’accord sur ce point : Protagoras, Héraclite et Empédocle, et parmi les poètes, les plus éminents en chaque genre de poésie, dans la comédie Épicharme [10] , dans la tragédie Homère [11] . Quand celui-ci dit : « L’Océan est l’origine des dieux et Téthys est leur mère », il dit que tout est le produit du flux et du mouvement. N’est-ce pas, à ton avis, cela qu’il a voulu dire ? THÉÉTÈTE Si. ”
Platon,
Dialogues suspects (Second Alcibiade…
“ L’imitateur a conservé certains mots types (συνουσία, συνεῖναι, ἐπιδιδόασι) ; il en a changé d’autres au moyen d’équivalents (οὐ διακωλύει pour ἐᾷ) ; il en a transposé quelques-uns (θαυμάσιον ἐπιδιδόασιν remplace θαυμαστὰ δρῶντες) , et il s’est contenté d’amplifier légèrement le thème platonicien. Notons encore que l’affirmation socratique du Théétète : mes disciples n’ont jamais rien appris de moi (ὅτι παρ’ ἐμοῦ οὐδὲν πώποτε μαθόντες, 150 d) est reprise dans Théagès et se trouve, cette fois, énoncée précisément par un disciple : ἐγὼ γὰρ ἔμαθον μὲν παρά σου οὐδὲν πώποτε (130 d) . ”
Virgile Foulon, Théo, poème, par V. Foulon (1890)
“ J'avais toujours aimé beaucoup l'honnête livre Qui nous charme l'esprit et nous apprend à vivre, Et ne m'étais fort tard jeté dans le fusain Que par distraction et pour combattre à l'aise Les airs capricieux de ma santé mauvaise Et pouvoir me guérir un peu sans médecin. Quant à Théo, mon Dieu, sans être philosophe, Dans le rythme divin sans enchâsser la strophe, Elle sentait fort juste. — Et c'était bien assez Pour que nos coeurs, toujours l'un dans l'autre versés, S'éprissent de bonheur, bercés par l'harmonie Dont la langue du vers sait enchanter la vie. ”
Jean Racine,
Oeuvres de Jean Racine, précédées d'un essai sur sa vie et ses ouvrages…
(1852)
“ Ah, seigneur! si votre heure est une fois marquée, Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer. Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer; Et sa haine irritant une flamme rebelle, Prête à son ennemie une grâce nouvelle. Enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayer? S'il a quelque douceur, n'osez-vous l'essayer? En croirez-vous toujours un farouche scrupule? Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule? Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés ! Vous-même où seriez-vous, vous qui la combattez, Si toujours Antiope à ses lois opposée, D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée? ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ «Ci-gît la plus belle, la plus douce et la meilleure des femmes, qui se flétrit dans le printemps de ses jours; elle était la fille du roi de Tyr, celle que la mort a si cruellement immolée; elle portait le nom de Marina. Fière de sa naissance, Thétis engloutit une partie de la terre; voilà pourquoi la terre, craignant d'être submergée, a donné aux cieux celle qui naquit dans le sein de Thétis; voilà pourquoi (et elle ne cessera jamais) Thétis fait la guerre aux rivages de la terre.» ”
Charles Millevoye, Oeuvres complètes de Millevoye… (1837)
“ La droite de Thétis touche au menton sacré ; Sa gauche ose presser le genou révéré : « Roi des cieux, exaucez ma tremblante prière , Honorez de mon fils la trop courte carrière, Vengez-le; que des Grecs les Troyens soient vainqueurs, Jusqu'au jour où les Grecs lui rendront ses honneurs 1 D'un maître impérieux châtiez l'insolence. » Elle dit ; Jupiter reste dans le silence. Thétis en pleurs s'attache aux genoux immortels : « J'attends votre promesse ou vos refus cruels ; Vos refus. J'en ai fait le dur apprentissage : Nulle n'obtint de vous moins de gloire en partage. » ”
Louis Gillet,
Le trésor des musées de province…
(1934)
“ Mais la merveille, c'est Thétis. De toutes les formes qu'il a créées, jamais le grand inventeur n'en a imaginé une plus obsédante et plus délicieuse. Jamais le démon de l'arabesque, jamais le despotisme de la calligraphie ne l'ont conduit à une ligne plus souple et plus ensorcelante, à une volute plus serpentine, plus flexible et plus expressive. Par une inadvertance, l'artiste modifie la donnée du poème. Le texte dit que Thétis embrasse de la main gauche les genoux de Jupiter, et porte la droite à son visage. C'est l'attitude liturgique. Ingres a pris sur lui d'intervertir le geste. ”
Félix Ravaisson,
La Vénus de Milo, par M. Ravaisson-Mollien…
(1890)
“ Quant à Thésée, figuré souvent avec des traits et des attributs herculéens, il l'était aussi, et plus souvent encore, comme un jeune homme ou même un adolescent aux cheveux longs, aux formes élégantes, et sa légende en faisait un type de douceur. Athènes prétendait, en domptant la férocité barbare, établir partout le règne de la douceur; et elle l'honorait avant tout en son patron Thésée. Thésée était l'ami et le protecteur des humbles; il avait élevé dans Athènes un autel à la Pitié, où venaient chercher un asile tous les misérables. ”
Camille-Gilbert Philirène, Pour les âmes tendres, poésies (1928)
“ Hélas ! cruel enfant dont les coeurs sont les proies, Qui mêles aux tourments de délirantes joies, Et toi, qui sur Golgos et l'Ida chevelus Règnes en souveraine, o puissante Vénus, Que de fois vous avez déchaîné la tempête Dans cette âme troublée et toujours inquiète ! Que de fois elle a craint pour l'hôte aux blonds cheveux Qu'elle a versé de pleurs, qu'elle a formé de voeux Lorsque, dans son désir immodéré de gloire, Thésée allait chercher la mort ou la victoire ! ”
Antoine François Prévost,
Histoire d’une Grecque moderne
(1740)
“ Je jetai les yeux sur ceux que je m’étais proposé de donner à Théophé. C’étaient Cléopâtre, la Princesse de Clèves, etc. Mais lui remplirai-je l’imagination de mille chimères, dont il n’y a pas de fruit à recueillir pour sa raison ? En supposant qu’elle y prenne quelque sentiment tendre, serai-je bien satisfait de les devoir à des fictions, qui peuvent réveiller les sentiments de la nature dans un cœur naturellement disposé à la tendresse, mais qui ne feront pas le bonheur du mien, lorsque je ne les devrai qu’à mon artifice ? Je la connais. ”
Pierre David, Athènes assiégée . Poème, par Sylvain Phalantée… (1827)
“ C'est celui de Thésée, et son double portique Retrace aux yeux charmés les exploits du héros. C'est là que, fatigué, je cherche le repos. 0 temps que j'accusais ! pardonne à mes blasphèmes ; Non, tu n'as point proscrit cette cité; tu l'aimes, Tu veux lui rendre un jour son glorieux destin, Puisque tu conservas ce temple dans son sein. Il apprend aux mortels ce que peut le courage, Le montre au rang des dieux honoré d'âge en âge, Et leur dit ce qu'obtient d'un grand peuple abattu Un roi libérateur, guidé par la vertu. ”
E. Bernier, Du caractère de l'épopée dans "La légende des siècles" (1886)
“ Pour le poète, nous dit le grand Théo, les mots ont en eux-mêmes et en dehors du sens qu'ils expriment une beauté et une valeur propres, comme les pierres précieuses qui ne sont pas encore taillées et montées en bracelets, en colliers ou en bagues. ”
Albert Thibaudet,
L'Acropole. Illustré de 47 photographies de Fred Boissonnas
(1929)
“ Thésée s' éveille dans le matin , face au soleil qui monte . En même temps que naît Athéna , l' humanité ouvre les yeux à la pensée : cette naissance de l' esprit couché qui se lève de terre , conduit , comme un degré , par le rampant du fronton , vers la pensée divine qui , sans maternité et sans tâtonnement , formule comme une Idée sa figure haute et droite . Il se lève , il s' éveille , comme le Parthénon , dont il est le signe humain , s' est éveillé l' autre matin . ”
Jules Girard, La pastorale dans Théocrite
“ Ce qui en fait peut-être le charme principal, c’est ce qui se saisit le moins par l’analyse, c’est la vive impression de l’été dans la nature méridionale, qui circule partout et donne à la plupart des traits comme un parfum particulier. Théocrite se prête mieux à l’analyse de détail qu’à un examen général. Chacune de ses idylles forme une pièce à part, qui a sa couleur et son style, diffère des autres par le dessein et la composition, réclame, par la multiplicité des intentions et le fini du travail, une étude particulière. ”
Walter Pater,
Marius l'Epicurien. Roman philosophique…
(1922)
“ Quelle sincérité, quel enthousiasme, quelle conscience vis-à-vis de soi, quelle variété de procédés chez les Grecs, dans leur effort pour atteindre à la théorie, — Theôria — cette vision d'un monde gouverné par la raison qui, suivant le plus illustre d'entre eux, fait littéralement de l'homme un Dieu! ”
“ Gardons-nous aussi de croire et de laisser dire que Thésée, fils de Neptune, et Pirithoüs, fils de Jupiter, ont tenté des enlèvemens aussi criminels [34] , ni que nul enfant des dieux, nul héros ait osé commettre les cruautés et les impiétés que des fictions calomnieuses leur prêtent aujourd’hui. Mettons les poètes dans l’alternative de ne plus leur imputer ces faits ou de ne plus les reconnaître comme enfans des dieux, et qu’ils ne puissent pas faire l’un et l’autre à la fois. ”
Sainte-Beuve,
Revue des Deux Mondes
“ « Thérèse, que la nature fit belle en vain, plus ravie de dominer que d’aimer ; pour qui la beauté n’est qu’une puissance, comme le courage et le génie ; » Thérèse, qui vous amusez aux lueurs de votre esprit ; qui rêvez d’amour comme un autre de combats et de gloire, l’œil fier et jamais humide ”
Virgile Foulon, Théo, poème, par V. Foulon (1890)
“ Un monde éclos soudain, un infini « Je t'aime! » « O ma Théo, — disais-je, — ange si beau, ravi, Par un soupir de mère, aux sphères éternelles, Que ce doux mot, toujours de ce doux mot suivi, Jette l'oubli de tout sur nos heures mortelles; Qu'il enchante la vie et fasse, ange, de nous Un être, Dieu nouveau, dont Dieu reste jaloux! » XXXI Souvent elle chantait. La lente mélodie, Comme un parfum, passait de sa bouche à mon coeur. ”
Philarète Chasles,
Études sur W. Shakspeare, Marie Stuart et l'Arétin…
(1852)
“ Rejetant la scène de son action bien loin des temps historiques, il recule le plus qu'il peut l'horizon de son drame ; et comme l'époque de la Grèce est, à son avis, la plus fabuleuse de toutes, il s'en empare sans façon et ne se fait point scrupule d'établir dans le palais même de Thésée ses intrigues de fée et sa petite guerre d'amoureux. Il y trouve et l'avantage d'un magnifique climat, dont il reproduit en poète les teintes brillantes, les paysages embaumés, les nuits plus belles que les plus beaux jours du Nord et celui d'une mythologie obscure, vapeur lointaine, favorable à la magie. ”
