“ Les âmes méridionales sont sans doute comme leur ciel, qui, après des orages formidables, verse tout à coup de si bénignes influences sur terre et fait pousser tant de fleurs sur le sol, meurtri et dévasté une heure auparavant. ”
Méridionale
Définition et enjeux
Citations sur “méridionale”
Stuart Merrill,
Petits Poèmes d’Automne
“ Où nous marchions seuls, les yeux dans les yeux. Entends-tu là-bas, comme des adieux, Les cloches des morts sonner la vigile ? Le soleil n’est plus, ô sœur puérile, Mais n’ayons pas peur de l’ombre en les cieux ; Nous saurons trouver, après les aïeux, La bonne maison d’accueil et d’asile, Celle de ta croix où Dieu promet l’or, La myrrhe et l’encens et tout sou trésor Aux pauvres amants frappant à sa porte. Prie un peu pourtant pour le péché d’hier, Et donne la main si faible et si forte : Voici venir l’heure où l’on voit, moins clair. ”
Charles Mérouvel,
Angèle Méraud
(1883)
“ Que nous disions-nous, seuls tous deux, sous les ombrages de nos bois, dans les profondeurs des bosquets du Val-Dieu ? Et maintenant, quelle décadence! Après un an de félicité, parce que j'étais imbécile et crédule, sont venues les heures terribles. La jalousie a parlé. Alors sont arrivées les querelles, les colères de chaque jour, des blessures mortelles. Et de mon côté, j'en rougis, des emportements que tu te fais un malin plaisir d'exciter. Tu te plais à déchaîner une rage qui s'abaisse jusqu'à la brutalité, à aiguillonner un orgueil dont tu connais les violences. ”
Alfred Péon, De la mélancolie avec délire (1874)
“ Nous définirons donc la mélancolie : un état de tristesse et de crainte avec délire partiel de même nature, plus ou moins apparent ; souvent accidenté d'accès de réaction maniaque de courte durée. La mélancolie, comme toute espèce de folie, a son siège dans le cerveau. C'était déjà l'idée du père de la médecine qui dit, en parlant du cerveau : « C'est par là que nous pensons, comprenons, voyons, entendons... C'est encore par là que nous sommes fous, que nous délirons, que des craintes ou des terreurs nous assiègent, soit la nuit, soit après la venue du jour. » ”
Hippolyte Taine,
Carnets de voyage
“ Le Méridional a naturellement une sorte d’éducation, il est dégrossi de naissance. Le visage est régulier, brun pâle ; on se croit, au premier instant, devant une réelle beauté profonde ; on imagine de la finesse, de l’esprit vrai, de la noblesse même. ”
Stuart Merrill,
Petits Poèmes d’Automne
“ O mort, ouvre es yeux hagards, Dans la tempête, à la conquête. Mes rêves noirs ont pris leur essor Vers une ville à la tour penchée : Voici passer la chevauchée Des princes sous la lune d’or. Oh ! des baisers, ma sœur, sur mes lèvres, Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs : Tôt hurleront toutes les peurs Dans le rouge palais des fièvres. Plus de lune ! mon âme s’endort, Tant folle, à cette heure taciturne : Un lys noir a fleuri dans l’urne, Le roi de ce pays est mort. ”
Victor Méric,
Le Crime des Vieux
“ Pourquoi de jeunes prêtres ? Nous le saurons, sans doute, un jour. Mais dès aujourd’hui, toutes les suppositions sont permises. Le savant ou le dément, le sphinx ténébreux dont l’existence ne me paraît point niable, cherche-t-il, dans des corps jeunes et neufs, le secret de la vie et de la mort ? Sonde-t-il les cerveaux et les cœurs ? Emprunte-t-il leur sang pour de subtiles analyses ? Dévore-t-il leur chair pantelante ? Je n’ose insister. Je ne veux point qu’on m’accuse de semer l’épouvante dans le public. Mais toutes les terreurs sont admissibles. ”
“ Sont morts dans le mystère, et le silence tue L’écho qui veille encore au fond des épaisseurs. Et voici qu’il te faut, mon âme inassouvie, Revenir au réel de l’irréel lointain : Ô la subtile horreur du réveil à la vie ! Ô l'ineffable effroi d’une voix qui s’éteint ! LE MÉNÉTRIER Étouffant en la nuit la rumeur de ses pas Le vieux ménétrier sous l’horreur de la lune Rôde comme un garou par la lande et la dune. Sur la grève des mers il balance ses pas, Pris d’un doux mal d’amour pour sa dame la lune Qui le leurre au plus loin de la lande et la dune. ”
Auguste Barthélemy, Napoléon en Égypte, Waterloo et le fils de l'homme (1842)
“ On remarque dans l'un comme dans l'autre les penchants du Méridional qui se laisse vivre sous un beau ciel, en respirant les parfums d'une terre embaumée ; mais, quand le démon du travail vient à les saisir, ces hommes, nonchalants avec délices, passeront les jours et les nuits dans des veilles de flamme. ”
Dimitri Merejkovski,
Le Roman de Léonard de Vinci
“ Plus la sensibilité est grande, plus forte est la douleur. Grand martyr ! Le son des cloches, les chants des moines, les cris de la foule affolée s’entendaient au loin, mais ne troublaient plus le calme qui enveloppait le maître et l’élève. ”
Victor Méric,
Le Crime des Vieux
“ Toute sa frénésie s’éteint, impuissante, aux pieds du colosse dédaigneux. Ce soir, la bagarre est affreuse. Des spectres s’affrontent dans le ciel où la ligne mince de l’horizon s’efface dans la grisaille. Mon cœur tape à coups rapides dans ma poitrine et s’accorde au rythme fou des vagues bondissantes. Le vent du large me souffle son haleine sauvage, distend mes narines comme des vulves, élargit mon cerveau. Heure trouble où la lumière vivante cède aux saturnales de l’ombre ! ”
Abel Quinton, Le Dieu Plutus, par M. A. Quinton… (1868)
“ La méridienne repose l'âme, disait-il, en cédant aux douceurs de l'assoupissement; au réveil, elle a plus de fraîcheur, et le soir n'est plus que le matin d'un autre jour. Après la méridienne, venait le bain, dont ne s'abstenait jamais Ctésiphon. C'était, à soixante ans, venus depuis peu, un petit vieillard tout à fait bien conservé, un peu gros de corps et un peu court de jambes, mais frais et alerte, avec du vermillon sur des joues pleines et rasées de près, et un embonpoint qui ne faisait plus de progrès, et qui ne lui était pas du tout messéant. ”
Prosper Mérimée,
Lettres à une inconnue
“ Je m'ennuie horriblement le soir, et je commence à regretter la société des bipèdes de mon espèce. Je ne compte point les provinciaux pour quoi que ce soit. Ce sont des choses à mes yeux souvent fatigantes, mais tout à fait étrangères au cercle de mes idées. Ces Méridionaux sont d'étranges gens: tantôt je leur trouve de l'esprit, tantôt il me semble qu'ils n'ont que de la vivacité. Ce voyage me les fait voir un peu plus en laid qu'à l'ordinaire. Mon seul plaisir, dans le pays assez beau que je parcours, serait de rêvasser à mon aise, et je n'en ai pas le temps. ”
Marthe Fiel, L’Ombre s’efface (1955)
“ Pourquoi cette idée me venait-elle ce soir-là? Jamais je ne prononçais le nom de cette mégère. Etait-ce par un sursaut d'humilité, parce que je venais de me voir au milieu d'un monde dont j'aurais voulu faire partie? ”
Maurice Maeterlinck,
Deux contes: Le massacre des Innocents…
“ Sans nul préliminaire, je fus au fond d’un puits, ou du moins, je fus au fond d’une eau autour de laquelle régnait une impression de murailles, d’éminentes et étroites murailles, et je m’y noyais sans interruption, à travers un infini déroulement de transparences au milieu de ces efforts immobiles qui forment un des supplices propres aux songes et sans analogues dans la vie volontaire. En ce moment, j’étais assez près de la mort, et ici, il faut que j’explique très soigneusement un des plus singuliers phénomènes de mon rêve.On n’ignore pas que le rêve est toujours et exclusivement « égoïste » ”
Edmond Lepelletier,
Émile Zola : sa vie, son œuvre
“ Il n’avait rien du Méridional bavard et turbulent, personnage de vaudeville. Nous nous représentons le plus souvent les Méridionaux, dans le passé, comme de galants troubadours et de gais tambourinaires. Ils nous semblent occupés, dans l’histoire, à tenir des cours d’amour, dans la vie contemporaine, à trépigner, quand se déroule le ruban des farandoles, à gesticuler dans les cafés, à hurler dans les meetings, et, entre temps, préoccupés de placer de l’huile ou du vin. ”
Stuart Merrill,
Petits Poèmes d’Automne
“ Où les arbres tordus par ta haine Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes. Tu n’entendis pas le bruit des roues Rapportant vers les petits villages La récolte des moissonneurs sages Qui peinent le temps où tu te joues. Tu cueillais les pavots de la route Pour en festonner, plein tes mains molles, Notre maison où l’on voit les folles Mendier, sœurs du deuil et du doute. ”
Nicolas-Armand-Martial Guérin d'Estriché, Myrtil et Mélicerte : pastorale héroïque… (1882)
“ Epargnez, cher Myrtil, une triste princesse, Puisqu'elle ne peut être à vous. MYRTIL. A la cour du roy vostre pere Vous perdrez bien-tost ces regrets, Vous verrez tous les cœurs s'empresser à vous plaire Et prévenir tous vos souhaits. Rien ne console mieux qu'une belle couronne : De ses grandeurs l'esprit est toujours occupé, Et l'éclat qui l'environne Vous doit faire oublier les plaisirs de Tempé. Mais que vois-je ? grands Dieux ! qui cause vos allarmes ? A quoi pouvez-vous songer? Ah! ne répandez point de precieuses larmes Pour un simple petit berger. MELICERTE, en larmes. ”
Joseph Méry,
Les Nuits d’Orient
“ La belle martyre a remercié modestement, d’abord le ciel, puis les hommes, et sans montrer un empressement qui eût témoigné trop d’affection pour une vie dont le sacrifice avait été fait, elle a marché vers la porte, toujours escortée par le lion et ayant caressé de la main une dernière fois son superbe ami, elle s’est inclinée sous la voûte sombre où passent les martyrs morts, et vivante, elle a disparu. ”
“ Les bras en croix, les yeux aux cieux, à larges pas, Au plus glauque des flots le lunatique, ô lune, Va s’engloutir sans deuils de la lande et la dune. Nul mutisme plus grand ne dit la mort de pas. ”
Victor Méric,
Le Crime des Vieux
“ Le mouvement a, lui aussi, chez l’animal, cette faculté de réabsorption et d’éternisation. Je chante le héros... Il a dépassé ses désirs et toute l’humanité qui marche est en lui. La Planète est son domaine. Vieux Jeunes, Éternels magnifiques, assemblez-vous, autour de lui, comme une couronne de dieux. Que les lyres résonnent. Et qu’Hébé, l’immortelle, nous verse la liqueur bienfaisante, suppuration de soleil, baptisée par le maître : soléol. Ugolin, Conquérant, Poète, Mangeur d’hommes, nous sommes à tes pieds. ”
Louis-Sébastien Mercier,
La Destruction de la Ligue, ou la Réduction de Paris
“ Mais nous souffrons comme vous, madame, & plus encore, j’ose le dire ; car, exténués de fatigues & de courses, nous allons porter en tous lieux des consolations à nos freres ; il n’y a que le zele pour la religion qui nous prête des forces miraculeuses, & qui nous fasse oublier nos propres besoins ; nous montrons la sérénité de l’ame dans les momens les plus pénibles : & pourquoi ? Parce que nous regardons toujours le ciel, & non la terre. Guincestre. Allez, l’ange exterminateur descendra du haut du ciel avec son glaive enflammé, plutôt que de laisser vivre Henri sur le trône de France... ”
Dimitri Merejkovski,
Le Roman de Léonard de Vinci
“ Et les hommes diront aux montagnes : « Tombez et cachez-nous », et ils frémiront d’effroi dans l’attente des catastrophes, car les forces célestes seront ébranlées. Et alors celui qui trônera dans le temple de Dieu Très Haut dira : « Pourquoi vous troublez-vous et que désirez-vous ? Les agneaux n’ont donc pas reconnu la voix de leur pasteur ? Ô race infidèle et perfide ! Vous voulez un miracle – je vous le donnerai. Voyez, je monte parmi les nuages juger les vivants et les morts. » ”
“ Levant vers moi son front cruel et souverain. Pour abuser mon cœur par un espoir serein, La bouche sourirait sensuelle et plastique : Le corps rigide aurait la pose hiératique Des grands sphinx qu’aux déserts endort un ciel d’airain... ”
“ Et les houles roulant dans les brouillards amers Ululent en mourant, le soir, au long des grèves ! Mais j’ai vu revenir les mêmes avenirs : Les hivers ont neigé sur le sein de la terre, Et les vieilles amours et les vieux souvenirs De nouveau, fous d’effroi, sont morts dans le mystère. V Toujours vivre et mourir, revivre et remourir. ”
Victor Méric,
Le Crime des Vieux
“ Et ce petit vieillard qui tout bas me parlait Me sembla grand comme le monde. [1] — Mes amis, mes frères, nous allons livrer bataille à la sottise et à l’ignorance. Nous allons créer une humanité neuve. Dans la bagarre qui s’annonce, il vous faudra un cœur d’airain, une volonté durcie, un cerveau lucide. Jurez tous de demeurer à la hauteur de notre tâche commune, la plus formidable qui se soit jamais offerte à des bipèdes sortis du ventre d’une femelle ! ”
Maurice Maeterlinck,
L’Intelligence des fleurs
“ Si nous ne luttons pas sans répit contre leurs envahissement sournois et familier, elles rongent, elles empoisonnent peu à peu toutes les espérances, toutes les croyances dont notre jeunesse avait formé les régions les plus nobles et les plus fécondes de notre esprit. ”
Louis-Simon Auger,
Oeuvres complètes de Molière
(1862)
“ Peut-on savoir, Myrtil, vers qui, de ces deux belles, Vous tournerez ce choix dont courent les nouvelles? Et sur qui doit de nous tomber ce coup affreux, Dont se voit foudroyé tout l'espoir de nos voeux? ACANTHE. Ne faites point languir deux amants davantage, Et nous dites quel sort votre coeur nous partage. TYRÈNE. Il vaut mieux, quand on craint ces malheurs éclatants, En mourir tout d'un coup que trainer si longtemps. MYRTIL. Rendez, nobles bergers, le calme à votre flamme : La belle Mélicerte a captivé mon âme. ”
Joseph Méry,
Le transporté (2/4)
“ Il y a des hommes. Si nous étions en mer sous notre pavillon, j'aiguiserais mon sabre d'abordage; mais ici, sur une terre neutre, sur ce cap du bon Dieu, je suis l'ami de tous nos ennemis, et je ne cherche que des mains à serrer avec les miennes.—Maurice!—dit Alcibiade avec une gravité comique,—Maurice, que vous êtes loin du condamné du 14 nivôse!... ”
Jules Christian, Des troubles de la sensibilité générale chez les mélancoliques… (1876)
“ C'est donc une lésion de la sensibilité générale qui est le phénomène initial, fondamental, de la mélancolie. On peut dire que la mélancolie est caractérisée essentiellement par l'existence morbide d'une émotion pénible dépressive, qui maintient le sujet dans un état de douleur morale. 11. Elle a pour lésion un éréthisme douloureux du cerveau, semblable à celui que l'on observe dans un nerf cérébro-spinal sensitif affecté de névralgie. 12. La mélancolie n'est pas la folie. Elle peut durer indéfiniment sans que la raison subisse aucune atteinte. ”
Louis-Sébastien Mercier,
L’An deux mille quatre cent quarante
“ Les siécles d’ignorance étoient revêtus d’une robe noire & lugubre. Le personnage, l’œil rouge & sombre, tenoit en main une torche, & dans le fond découvroit un bucher, des prêtres revêtus d’une étole, & des malheureux un bandeau sur le front qui se dévouoient, les uns les autres, aux supplices des flammes. Plus loin, un enthousiaste fanatique, sans autre vertu qu’une imagination ardente, frappoit celle de ses concitoyens, non moins inflammable, & tonnant au nom de Dieu il entraînoit une foule d’hommes, comme un troupeau docile se précipite au cri du pasteur. ”
Alfred Péon, De la mélancolie avec délire (1874)
“ Plus le délire est fixe et à l'état de systématisation, plus le pronostic est grave. La mélancolie à forme raisonnante, ou à prédominance d'idées de religion et de grandeur, est d'une cure difficile. Les individus qui se disent des saints ou des dieux, des princes ou des monarques, guérissent fort rarement. II en est de même pour ceux qui se figurent que leur corps a subi diverses transformations, qu'ils ont des reptiles, des anguilles ou des sangsues dans le ventre, ou des araignées dans la tête, etc. ”
Traité de pathologie mentale, publié sous la direction de M. Gilbert Ballet… (1903)
“ ÉTATS MÉLANCOLIQUES. — A l'opposé des états maniaques, figurent, dans l'expression clinique de la paralysie générale, les états mélancoliques, avec ou sans délire. Lorsque la mélancolie existe sans délire, le malade est inerte immobile, dans une attitude triste et découragée : il se plaint et se lamente souhaite la mort, etc. Lorsque la mélancolie s'accompagne de délire, celui-ci s'exprime par des idées de ruine, de culpabilité, de damnation : des idées délirantes d'autoaccusation peuvent être émises, mais auxquelles leur cachet démentiel enlève toute portée médico-légale 1. ”
Maurice Maeterlinck,
La vie des termites
“ Les années s’y succèdent en d’étroites ténèbres. Tous y sont esclaves et presque tous aveugles. Nul, hormis les victimes de la grande folie génitale, ne monte jamais à la surface du sol, ne respire l’horizon, n’entrevoit la lumière du jour. ”
