“ C'étaient des bouts de phrase effroyables surpris au passage, des détails sur la guillotine, d'ignobles fanfaronnades, des saletés ruisselantes de sang. Et, sur tout cela, une fièvre bestiale, un rut de la mort qui faisait délirer ce peuple, une hâte que la vie fraîche et rouge coulât sous le couteau, pour la voir à terre, pour s'y tremper. Seuls, à cette exécution qui n'était pas celle d'un assassin ordinaire, des hommes muets, aux yeux ardents, passaient, circulaient, dans une visible exaltation de foi, où l'on sentait grandir la folie contagieuse de la vengeance et du martyre. ”
Citations sur “beurrerie”
Percy Bysshe Shelley,
Œuvres poétiques complètes de Shelley
“ Oui ! j’ai vu les adorateurs de Dieu tirer le glaive de sa vengeance pendant que sa grâce descendait, confirmant toute impulsion contre nature, et sanctifiant leurs œuvres de désolation ; et des prêtres fanatiques faisaient onduler la sinistre croix sur la terre infortunée ; alors le soleil éclaira des averses de sang caillé tombant du fer brûlant du tranquille assassinat : tout crime perdit son aiguillon en vertu de l’Esprit du Seigneur, et des arcs-en-ciel rouge-sang firent un dais à la terre. ”
Leconte de Lisle,
Poèmes barbares
(1862)
“ Ma faim, comme j’avais coutume de le faire. — Maudit ! cria l’Abbé, les cheveux hérissés D’épouvante, d’horreur et de colère ; assez ! Saints Anges ! as-tu donc, ô bête sacrilège, Osé toucher la chair trois fois sainte ? Puissé-je Expier, par mes pleurs et par mon sang, ce fait D’avoir ouï parler, Jésus, d’un tel forfait ! Ce vil mangeur des morts, sur la croix éternelle Poser sa griffe immonde et refermer son aile ! Ô profanation horrible ! Seigneur Dieu ! L’inextinguible Enfer a-t-il assez de feu Pour brûler ce corbeau monstrueux et vorace ? ”
Notice historique sur la procession des Rameaux au Mans… (1862)
“ Lors même que ses yeux sont fermés, et que la mort voile son visage, la cruauté, la rage de ses bourreaux ne cesse pas de le frapper encore. Et vous, ô mon adorable Sauveur,quels sont vos sentiments durant cet épouvantable supplice ? Vous êtes muet comme l'agneau à qui on enlève sa toison ; vous songez plus à mes plaies qu'aux vôtres; vous vous consolez de tant de douleurs par la vue qu'elles vous donnent de ma pénitence ; vous vous réjouissez de ce déluge de sang qui se forme autour de vous, afin que toutes mes iniquités y puissent être noyées comme dans un bain salutaire. ”
René Vairelle, Les Trois victimes, ou les Coeurs mal assortis…
“ Examinez encore : ne voyez-vous pas les nombreuses taches noirâtres qu'a laissées sur ses os décharnés le poison que son bourreau fit circuler dans ses veines , sous les yeux même de son enfant ? Eh ! bien, c'est ce bourreau qu'elle cherche ; c'est ce bourreau qu'elle demande à grands cris pour lui reprocher sa fureur homicide ; c'est ce bourreau contre lequel elle appelle les foudres vengeresses, parce que ses cendres ne reposeront en paix que lorsqu'elle saura que justice a été rendue. ”
“ Seigneur, ne nous traitez pas, nous vous en supplions, selon la grandeur et l'énormité des crimes qui se sont commis pendant ces jours de trouble et de désolation ; mais traitez nous plutôt selon vos infinies miséricordes. Si les péchés des hommes crient et demandent vengeance au ciel contre notre malheureuse patrie, que le Sang de votre Fils adorable qui a réconcilié la terre avec le ciel, crie et demande grâce pour les pécheurs ! ”
Raoul Labry, Herzen et Proudhon : thèse pour le doctorat ès lettres présentée à la Faculté des lettres de… (1928)
“ Nous sommes hostiles à toute espèce de meurtre en gros et en détail, ceux pour lesquels on pend, ceux pour lesquels on distribue des croix. Tout sang versé soulève notre pitié, car le sang coule plus joyeusement dans les veines que sur l'herbe et le sable. ”
Gilbert-Jules-Augustin Thierry, L'Aventure d'une âme en peine, par Gilbert-Augustin Thierry (1875)
“ Sois prêtre, et que nulle créature humaine ne se dresse plus entre toi et moi! — Eh bien! je suis prêtre!... Tu m'as dit encore : Il faut tuer! — Tuer?... oh! pardonne! j'hésite. L'idée du meurtre m'épouvante ; la pensée du sang à répandre me glace de terreur ! Pardonne!... Ah !!... tu viens de me parler?... tu me reproches mon peu de courage, tu railles mes défaillances?... Cet homme est vraiment- hérétique, me réponds-tu; il est relaps, il est renégat dans sa pensée : Dieu l'a condamné ! ”
Joseph Roux, Souvenirs du bocage vendéen (1898)
“ Des cris de mort et de fureur Tombaient de leur bouche sauvage : « Sous le fer sont tombés les rois ; Le peuple ne veut plus de maîtres; Détruisons le Christ et sa croix, Et jusqu'au dernier de ses prêtres. A nous il faut du sang, du sang! Du sang, pour assouvir nos haines ! Et notre glaive tout-puissant Saura briser nos lourdes chaînes. » Une femme, un monstre inhumain, Le coeur rongé par la colère, A ces soldats tendit la main : « Des brigands je sais le repaire, Dit-elle, allons jeter au feu Toute la race fanatique, Qui veut encore admettre un Dieu Et blasphémer la République. » ”
Jean-Marie-Joseph Du Boisaymé, De la Justice criminelle en Toscane et de la peine de mort… (1844)
“ Le supplicié, n'est-ce pas ? Oh I ne vous en défendez pas ; vous oubliâtes son crime en voyant ses souffrances, sa pâleur, et votre horreur se concentra tout entière sur son meurtrier. Est-ce là cette salutaire leçon que vous voulez donner ? Et savez-vous quel enseignement en ont tiré les hommes auxquels le bourreau n'a point fait horreur? Ils ont appris à voir l'homme se rire de la souffrance de l'homme ; ils ont appris comment on plonge froidement son couteau dans le sein de son semblable. Encore une ou deux exécutions , et ils verront sans frémissement, sans horreur, couler le sang humain. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Mais toi, dont la sagesse et les réflexions Ont calmé dans ton sein toutes les passions ; Toi, dont j’ai craint cent fois l’esprit ferme et rigide, Avec tranquillité commettre un parricide ! ADÉLAÏDE. Barbare ! coLey. Ainsi l’horreur et l’exécration. Qui suivent de si près cette indigne action, D’un repentir utile ont pénétré votre âme ; Et malgré tout l’excès de votre injuste flamme, Au prix de votre sang vous voudriez sauver Ce sang dont vos fureurs ont voulu vous priver ? ”
Valérie de Gasparin,
A travers les Espagnes : Catalogne…
(1869)
“ Les tortures ont commencé. Le saint est étendu, les bras liés à la poutre qui va le suspendre. Son visage émacié raconte ses souffrances ; sous la terreur qui dilate les prunelles on sent la foi. Des hommes féroces ont saisi les chaînes ; le bourreau, son bras nu bien dégagé de la tunique, empoigne les jambes du martyr ; il contemple avec une sorte d'étonnement stupide le combat que se livrent l'épouvante et l'amour, céleste sur cette figure qu'ont déjà touchée les lividités de la mort. Nos nerfs attaqués au vif par un réalisme sans pitié se tordent et se crispent. ”
“ Malheureuse, quelle cruelle colère s’est emparée de ton cœur et y fait succéder la fureur du meurtre ? C’est une souillure fatale aux mortels que le sang des proches répandu sur la terre, et c’est à cause du parricide que de justes calamités font divinement irruption dans les demeures. 1er ENFANT. Malheur à moi ! Que ferai-je ? Où fuirai-je la main de ma mère ? 2e ENFANT. Je ne sais, très cher frère ! nous périssons ! LE CHŒUR. Entendez-vous, entendez-vous la clameur des enfants ? Ô misérable, ô malheureuse femme ! Entrerai-je dans la demeure ? Je chasserai la mort loin de ces enfants. ”
Emmanuel,
Apparition du Christ au calvaire de Verdelais…
(1872)
“ Elle disait : 37 — O Seigneur ! lavez mes mains de leurs iniquités ; dégonflez mon coeur de la vengeance ; arrachez-moi le sceptre que vous ne m'avez donné que pour punir, et que mon nom soit oublié des hommes. 38 — Car ainsi que tu fais l'orage et la lempête, et tous les fléaux qui sont sur la terre, ainsi tu m'as faite, moi aussi, orage et tempête des peuples. Seigneur, ne me condamne point, et que les hommes me reconnaissent comme ta justice, afin de se repentir et de se préserver. ”
“ Dans ces jours de vengeance et de rétribution tous les ennemis de Dieu et tous les pécheurs du monde périront sans qu’il en reste un seul. Ils périront par le fer, par le feu, par les sept dernières plaies, par la famine, par la dent des bêtes, par les serpents, les scorpions, et par la mort, comme cela est dit dans l’Ecclésiaste. ”
Léon Bloy,
Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette…
(1908)
“ On fit ce qu’on put pour le tuer. Les emprisonnements les plus barbares, le couteau, le feu, le poison, la calomnie, le ridicule féroce, la misère noire et le chagrin noir, tout fut employé. On réussit à la fin, lorsque Dieu l’eut assez gardé et lorsqu’il avait déjà soixante ans, c’est-à-dire lorsqu’il avait achevé de porter la pénitence de soixante rois... ”
Alfred Loisy,
Les mystères païens et le mystère chrétien…
(1930)
“ Firmicus Maternus interprète lui-même ce repas en équivalent de la cène chrétienne. Commentant le mot de passe, il écrit2 : « Tu as tort, malheureux, de proclamer le crime par toi commis ; c'est le venin d'un poison pestilentiel que tu as absorbé ; c'est un breuvage mortel que tu as lapé dans l'entraînement de ta funeste folie. La suite inévitable de cette nourriture est la mort avec le châtiment; ce que tu te flattes d'avoir bu comme une lampée vivifiante pousse à la mort. C'est un autre aliment qui donne le salut et la vie. Recherche le pain du Christ, le breuvage du Christ. » ”
François d’Aure, Dipné, infante d’Irlande tragédie…
“ À quoi tant de bourreaux par tant de cours d'horreur, Sur ton corps innocent exerçant leur fureur [630] Avec leurs attentats, leurs cris, et leurs blasphèmes, Tâchant de t'arracher toi-mêmes à toi-mêmes. Ha bourreaux ! Ha bourreaux ! Mais hélas, mon Époux, Leurs offenses n'ont pu acquérir ton courroux ! Et digne de pitié plutôt que de colère, [635] Ils ont acquis par toi le pardon de ton père, Par le prix de ton Tout nous ayant racheté, Possède notre tout qui t'a si cher coûté. ”
Ferdinand Berthier,
L'abbé Sicard
“ «Au mois de février 1805, nous eûmes, aux exercices, sa Sainteté le pape Pie VII qui me fit demander «ce que c'est que l'enfer.»—Je répondis: «L'enfer est le supplice éternel des méchants; un déluge de feu qui ne finit pas, et dont Dieu se sert pour punir ceux qui meurent en l'outrageant.» ”
Ferdinand Dugué,
La Semaine de Pâques, par Ferdinand Dugué
(1834)
“ Vengeance! roule sous les voûtes sonores. —Jacques, es- tu content? dit Hector au cadavre... — Oui, vengeance et prompte vengeance, reprend l'abbé, au nom de Dieu et du roi! Il est temps d'en finir avec ce Bourguignon qui est entré par la fenêtre à l'épiscopat, comme un voleur : il est temps d'en finir avec ces oppresseurs qui nous persécutent depuis plus de quinze ans. A l'oeuvre, mes frères ! c'est dans un lieu saint que se préparent les choses saintes... ”
Ferdinand Achet, Le Premier Âge, poésies par Ferdinand Achet (1856)
“ Tout est prêt , m'a-t-il dit, le bourreau va venir ; Mais il ne m'a pas dit : Es-tu prêt à mourir ?... ( Descendant la scène.) Allons, mon coeur, tais-toi ; laisse la plainte vaine ; Crains d'oublier le crime en maudissant la peine... Crains qu'une mère et Dieu , qui t'attendent là-haut, N'aient un instant trouvé ton courage en défaut. Tu saignes , il est vrai ; mais qui donc fit la plaie ? L'image de la mort te désole et t'effraie... Mais devant l'échafaud. doit-on être ébranlé , Lorsque devant le meurtre on n'a pas reculé ?... Oui... le meurtre ! ”
Souvenirs d'un bourreau de Paris (1877)
“ Le supplice commence. En vain sa femme veut-elle s'opposer à ces tortures. Les soldats, rassemblés devant la roue, la repoussent. A ses sanglots répondent les cris de souffrance du moribond qui, à chaque tour, laisse un de ses membres sur la claie. La femme entend le craquement de ses os; chacune de ses plaintes lui retombe sur le cœur et le déchire. Elle voit la terre se rougir de son sang; elle assiste, malgré son désespoir, à ces tortures. Elles ne finissent que lorsque le soldat bourreau n'entend plus les râles du supplicié. ”
“ Pour demander à Dieu, pardon des sacriléges et de l'apostasie qui ont eu lieu pendant la révolution. SEIGNEUR mon Dieu, qui donnera de l'eau à ma tête, et à mes yeux une fontaine de larmes pour pleurer jour et nuit (Ter., chap. g, v. 1er) les crimes de ma nation ? Qui me donnera de pleurer la mort du meilleur des Rois, le massacre de vos prêtres, enfin, l'apostasie de ce peuple ? Hélas ! l'impie a dit dans son coeur, il n'y a point de Dieu (Ps. 13 , v. 1er ) ; et alors, à quels crimes détestables, à quels abominables sacriléges ne s'est-il point livré ? ”
Frédéric Pichon, Vie de monseigneur Berneux, évêque de Capse… (1868)
“ Mais ici encore que d'horribles supplices précédèrent son trépas! Ces gens, qui ne croient pas à l'âme, aiment beaucoup à torturer les corps, et ils ne se pressent pas de les faire mourir, tant ils ont peur que la mort soit un repos !. ”
G. Bareille, Dictionnaire de théologie catholique
“ De là, chez eux, la lutte de l’esprit et de l’âme contre le corps et ses concupiscences, l’abstention de la viande, des mortifications corporelles excessives, et, chose plus grave, l’horreur du mariage et de tout ce qui a rapport aux relations de l’homme et de la femme. ”
“ Est-ce que vous ne songerez pas en frémissant, j’y insiste, que ce vent qui viendra souffler dans vos agrès aura rencontré à son passage cette corde et ce cadavre, et que cette corde et ce cadavre lui auront parlé ? Non ! plus de supplices ! nous, hommes de ce grand siècle, nous n’en voulons plus. Nous n’en voulons pas plus pour le coupable que pour le non coupable. Je le répète, le crime se rachète par le remords et non par un coup de hache ou un nœud coulant ; le sang se lave avec les larmes et non avec le sang. Non ! ne donnons plus de besogne au bourreau. ”
Robert Augustin Antoine de Beauterne, Mort d'un enfant impie. Mort de Napoléon religieux (1838)
“ Quel destin ! être surpris jeune et plein de vie, et mourir dans le même moment, en un clin-d'œil, exterminé par un supplice inoui, dans quelles circonstances? dans des circonstances plus tristes encore qu'une mort déjà si triste, et qui en augmentent et perpétuent surtout l'horreur, en lui imprimant la marque certaine d'un châtiment divin, où paraît à nu la puissance et la justice de Dieu. ”
Félix Dupanloup,
Principes de lecture publique et de déclamation…
(1858)
“ Je crois voir de ta main tomber l'urne terrible ; Je crois te voir cherchant un supplice nouveau, Toi-même de ton sang devenir le bourreau. Pardonne. Un dieu cruel a perdu ta famille. Reconnais sa vengeance aux fureurs de ta fille. Hélas ! du crime affreux dont la honte me suit, Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit. ”
Marie-Victorin,
Croquis laurentiens
“ Mais aussi vrai qu’il y a un Dieu au ciel, ils ont du sang sur les mains, et vous avez une palme dans les vôtres !... De sorte qu’en véritable et minime justice, étant, eux, les fils des bourreaux, et vous, les filles des martyrs, c’est à eux, sans doute, de courber la tête !... ”
Alphonse Cordier,
Le docteur Guillotin : épisode du régime de la Terreur
(1869)
“ En second lien, la décapitation est-elle un genre de supplice qui fasse moins souffrir que les autres ? La mort y estelle instantanée? Beaucoup de savants ne le pensent pas. Qui peut connaître, après tout, le moment précis où l'âme s'échappe du corps que vient de décapiter la hache du bourreau? ”
Blaise Henry, Saint Sébastien, ou le Guerrier de Jésus-Christ… (1856)
“ Ah! plût à Dieu que la mort vînt les délivrer de leurs angoisses! Mais, non ; ils vivent pour d'éternels supplices, et voilà le comble de la douleur! Leurs forces ne renaissent que pour subir de nouvelles tortures, leurs corps ne réparent incessamment leurs pertes que pour offrir une pâture toujours nouvelle aux morsures des serpents de l'enfer. ”
Victor Hugo,
Notre-Dame de Paris
(1880)
“ On eût dit une pauvre âme pécheresse questionnée par Satan sous l’écarlate guichet de l’enfer. Le misérable corps auquel allait se cramponner cette effroyable fourmilière de scies, de roues et de 125 chevalets, l’être qu’allaient manier ces âpres mains de bourreaux et de tenailles, c’était donc cette douce, blanche et fragile créature. Pauvre grain de mil que la justice humaine donnait à moudre aux épouvantables meules de la torture! ”
“ Surpris qu’il soit encore un mortel sur la terre Qui vienne au cri de leurs douleurs. Ils parlent ; et déjà leur voix rassure et guide Ces peuples qu’un fléau livide Pousse au tombeau d’un bras de fer, Et le monstre, attaqué dans les murs qu’il opprime, Frémit comme Satan, quand, sauveur et victime, Un Dieu parut dans son enfer ! Ils contemplent de près l’hydre non assouvie. Pour ravir ses secrets résignés à leur sort, Leur art audacieux lui dispute la vie, Ou l’interroge dans la mort. Quand leurs secours sont vains, leur prière console. ”
