“ De même que la synthèse et l’association sont les grands caractères de toutes les opérations psychologiques normales, de même la dissociation est le caractère essentiel de toutes les maladies de l’esprit. La dissociation existe partout et on peut dire que dans les états démentiels on se trouve en présence d’un poussière d’idées, d’habitudes, d’instincts, à la place des constructions complètes tombées en ruine. Dire que la dissociation des fonctions existe dans l’hystérie, c’est simplement répéter une fois de plus que cette névrose rentre dans le grand groupe des maladies de l’esprit. ”
Dissociation
Définition et enjeux
La dissociation, en psychologie, désigne un état modifié de la conscience où les fonctions mentales habituellement liées se délient, souvent pour faire face à un traumatisme. Elle englobe des degrés variés, allant de la dissociation primaire (stress post-traumatique) à la dissociation tertiaire, qui peut engendrer des états d'identité distincts.
Pierre Janet, dans Les Névroses, la considère comme un mécanisme central des troubles mentaux, tandis qu'Henri Bergson, dans Essai sur les données immédiates de la conscience, examine sa présence dans l'expérience sensorielle. Les recherches mettent en évidence un continuum allant du détachement léger à des troubles plus profonds, liés à des traumatismes ou à des processus neurobiologiques.
Citations sur la dissociation
Georges Deherme, La crise sociale
“ Si toutes les absurdités et les aberrations s’expriment dans le total, ce serait d’une médiocre psychologie de ne pas reconnaître, même chez les individus les plus dissociés, des sentiments organiques qui résistent encore à la dissociation complète. ”
Henri Bergson,
Essai sur les données immédiates de la conscience
“ Il suffira, pour s’en convaincre, de penser à ce qu’on éprouve en apercevant tout à coup une étoile filante, dans ce mouvement d’une extrême rapidité, la dissociation s’opère d’elle-même entre l’espace parcouru, qui nous apparaît sous forme d’une ligne de feu, et la sensation absolument indivisible de mouvement ou de mobilité. Un geste rapide qu’on accomplit les yeux fermés se présentera à la conscience sous forme de sensation purement qualitative, tant qu’on n’aura pas songé à l’espace parcouru. ”
Congrès international de psychiatrie de neurologie de psychologie et de l assistance aux aliénés, Compte rendu des travaux du 1er Congrès international de psychiatrie… (1908)
“ Cette variété est déterminée par la forme et la profondeur de la dissociation qui existe plus ou moins dans toutes les psychoses, mais qui porte ici particulièrement sur la conscience personnelle et beaucoup moins sur les fonctions elle-mêmes. En un mot l'hystérie me semble être une forme de la dépression mentale caractérisée par la tendance au rétrécissement du champ de la conscience et à la dissociation des systèmes d'images et des fonctions qui par leur synthèse constituent la conscience personnelle. ”
Henri Bergson,
Essai sur les données immédiates de la conscience
“ Cette dissociation des éléments constitutifs de l’idée, qui aboutit à l’abstraction, est trop commode pour que nous nous en passions dans la vie ordinaire et même dans la discussion philosophique. Mais lorsque nous nous figurons que les éléments dissociés sont précisément ceux qui entraient dans la contexture de l’idée concrète, lorsque, substituant à la pénétration des termes réels la juxtaposition de leurs symboles, nous prétendons reconstituer de la durée avec de l’espace, nous tombons inévitablement dans les erreurs de l’associationnisme. ”
Traité de pathologie mentale, publié sous la direction de M. Gilbert Ballet… (1903)
“ Il n'en est plus ainsi lorsque du fait d'un trouble acquis ou d'une constitution psychopathique congénitale il vient à se produire un état plus ou moins accentué de dissociation, de désagrégation psychique; D'une partie pouvoir de synthèse mentale s'affaiblit, et d'autre part, en raison même de cet affaiblissement certains faits psychiques se groupent en Synthèses partielles qui se détachent de plus en plus de la conscience personnelle, tendent à devenir autonomes et. finissent même par être, à un moment donné, prépondérants. ”
Marcel Collignon, De la convalescence normale de la fièvre typhoïde (1908)
“ Le phénomène de dissociation existe surtout chez des malades qui ont eu du délire pendant la période d’état de leur maladie, ou qui ont présenté des troubles psychiques manifestes à une périodeplus ou moins tardive. ”
“ Eh bien, dans les somnambulisme polyidéiques et dans les fugues, c’est sur ces sentiments que la dissociation a porté. C’est un sentiment plus ou moins précis qui dans son ensemble s’est séparé de la conscience générale et se développe d’une manière indépendante en donnant naissance à ces singuliers délires. Une certaine complication nous éloigne du somnambulisme monoïdéique, mais nous conservons encore la même loi générale et la même interprétation. 3. - Les doubles personnalités des hystériques. ”
Gustave Le Bon,
Lois psychologiques de l'évolution des peuples
“ L'intervention d'éléments étrangers constitue un des plus sûrs moyens d'arriver à cette dissociation.- Les espèces psychologiques subissent, comme les espèces anatomiques, les effets du temps. Elles sont également condamnées à vieillir et à s'éteindre. Toujours très lentes à se former, elles peuvent au contraire rapidement disparaître. ”
Georges Clemenceau,
Au soir de la pensée
“ Associations, dissociations, généralisations d’images sensorielles sont des états de réaction psychique qui ne se peuvent réaliser que par des signes vocaux provoquant et caractérisant tous mouvements de pensées. ”
Gabriel Dupuis, Mimiques voulues (1897)
“ Mécanisme des dissociations mimiques dues à la volonté. Maintenant que nous avons un aperçu de la façon dont fonctionne la mimique normale, nous allons examiner le mécanisme intime des dissociations mimiques dues à la volonté. La volonté pourra agir de trois façons pour modifier la mimique normale, il y aura trois types de falsifications volontaires. ”
Georges Clemenceau,
Au soir de la pensée
“ Conscientes ou inconscientes, il y a, de toutes parts en nous, des réactions de « sensibilité ». Au contact de ma main, un fil de fer réagit électriquement, tandis que je réagis en sensations, résolues en images dont les associations et dissociations formeront l’état organique dit de connaissance, par une correspondance obtenue d’un moment de l’évolution humaine à un passage de l’évolution universelle. ”
Théodule Ribot,
La vie inconsciente et les mouvements
“ Jusqu’ici nous avons traité les perceptions, images et concepts comme s’ils étaient des unités isolées. C’est un procédé commode pour l’étude analytique et il nous a servi à montrer que tous ces états renferment des éléments moteurs dans leur composition. La réalité est autre : il n’apparaît guère d’états de conscience isolée ; ils sont inséparables de leur rapport. En raison de la loi d’irradiation ou de diffusion — énoncée plus haut — les mouvements deviennent le « tissu de soutien » de la vie psychique tout entière, l’analogue du tissu conjonctif dans la constitution des organes. ”
Dictionnaire de théologie catholique
“ Et la plupart des troubles de la vie intérieure ou scissions du moi s’expliquent par des troubles ou scissions de la sensibilité corporelle et de la motricité. — Les autres sensations et, d’une manière générale, tous les états psychologiques qui sont dans le plan actuel de la conscience, revêtent lu forme personnelle et convergent de leur nature vers un même point central. Tout désordre, subi par eux, introduit un désordre correspondant dans le sentiment du moi. — Le passé obéit, comme le présent, à la loi de la convergence. Nous jouissons du pouvoir d’évoquer un grand nombre de souvenirs. ”
“ Nous errerons avec ceux qui errent de la trop grande effusion au trop grand dessèchement. Nous suivrons ce flux et reflux de l’âme humaine. Nous verrons si c’est bien dans l’isolement, la concentration en soi-même, qu’est la force et le repos ”
Théodule Ribot,
Les Maladies de la volonté
“ Ces faits, d’expérience journalière, suffiront, je l’espère, à produire la conviction, à montrer que la loi de dissolution suit bien une marche du complexe au simple, du volontaire à l’automatique, que le dernier terme de l’évolution est le premier de la dissolution. Nous n’avons étudié jusqu’ici, il est vrai, qu’une désorganisation des mouvements ; mais ceux qui traitent la psychologie en science naturelle n’y trouveront rien à redire. ”
Alfred Fouillée,
Revue des Deux Mondes
“ Dans le premier cas, si notre moi n’aperçoit point ce qui se passe en nous, c’est que la conscience devient trop faible et trop indistincte; dans le second cas, c’est qu’une partie du cerveau ou de la moelle épinière prend pour elle la fonction mentale ; dans le troisième cas, c’est qu’un autre moi tend à s’organiser aux dépens du moi central, qui se désorganise. Examinons successivement ces trois phénomènes : diminution, déplacement, désintégration de la conscience. ”
Jules Soury,
Les fonctions du cerveau : doctrines de l'École de Strasbourg…
(1892)
“ Dans la démence et dans les formes d'affaiblissement profond de l'intelligence, l'obscurcissement ou l'éclipsé de la conscience dériverait de la lenteur ou de la cessation des processus d'oxydation dans les éléments nerveux de l'écorce. ”
Paul Sollier,
Le mécanisme des émotions : leçons faites à l'Université nouvelle de Bruxelles…
(1905)
“ Comme je le disais plus haut, c'est, en effet, lorsque l'organe présente un trouble quelconque, ou, après un arrêt, reprend son fonctionnement, que l'on peut le mieux apprécier la conscience que nous avons de ce fonctionnement. Tous les malades atteints de mélancolie au début, de neurasthénie, d'obsessions, de phobies, de dépersonnalisation, de confusion mentale, décrivent de la même façon leurs sensations cérébrales: c'est tantôt une sensation de vide, ou de pesanteut, ou d'engourdissement, de torpeur invincible. ”
Claude Bernard,
Définition de la vie
“ Les actes de destruction organique ou de désorganisation se révèlent immédiatement à nous ; les signes en sont évidents, ils éclatent au dehors et se répètent à chaque manifestation vitale. Les actes d’assimilation ou d’organisation au contraire restent tout intérieurs et n’ont presque point d’expression phénoménale ; ils président à une synthèse organique qui rassemble d’une manière silencieuse et cachée les matériaux qui seront dépensés plus tard dans les manifestations bruyantes de la vie. ”
Maurice de Guérin,
Journal, Lettres et Poèmes
(1862)
“ Dans cette condensation, les facultés les plus vives, les éléments les plus inquiets, les plus remuants, se trouvent pris et condamnés à l'inaction, mais sans paralysie, sans diminution de vie ; toute leur fougue est renfermée et contrainte avec eux. ”
Hippolyte Bernheim,
Hypnotisme & suggestion : hystérie…
(1910)
“ Cette transformation peut constituer une vraie maladie mentale : la mélancolie périodique, la dipsomanie intermittente, la folie circulaire, toutes les maladies mentales à répétitions ne sont en réalité que des états de conscience modifiée. Les degrés extrêmes seulement frappent notre attention ; les degrés légers nous échappent et nous attribuons à l'humeur capricieuse des sujets ce qui est dû à un état maladif de la conscience. ”
Pierre Mabille, Initiation à la connaissance de l'homme (1949)
“ En localisant l'évolution continue comme loi de la périphé- rie, appareil de conscience et siège de la vie de relation, et le processus éruptif comme loi du noyau central, demeure de l'inconscient, nous nous expliquons pourquoi le premier mécanisme semble compréhensible alors que le second demeure mystérieux et occulte. ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ Parmi les troubles élémentaires, véritables syndromes épisodiques, notons : les crises transitoires et parfois alternantes d'excitation et de dépression ; les hallucinations, généralement visuelles et nocturnes, parfois auditives, surtout s'il y a surdité.; les perturbations de la conscience et de la personnalité (P. PARISOT, C., 1896) ; les obsessions et les idées fixes d'hypocondrie, de mysticisme, d'amour, de jalousie, d'érotisme ; les impulsions à la grivèlerie, au vol, à l'exhibition génitale, à l'attentat à la pudeur, au viol, à l'incendie, à la violence, à l'homicide, au suicide ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ Ainsi, un trouble général de l'activité, excitation ou dépression, dénote un état de manie ou de mélancolie, tandis que l'absence de ce. trouble général indique la folie systématisée ; de même la mobilité dans les idées, l'incohérence, les illusions sensorielles et mentales, l'excitation désordonnée des discours et des actes caractérisent la manie aiguë ; les idées de culpabilité, d'humilité, de ruine, de damnation, de perdition, les hallucinations, le refus de parler, de manger, de bouger, les idées de suicide sont le propre de la mélancolie ”
Jean-Marie Guyau,
La Genèse de l’idée de temps
(1889)
“ La transmission des émotions entre les organismes peut avoir lieu d'une manière consciente ou inconsciente, directe ou indirecte, c'est-à-dire par le moyen de signes interprétables. 1° La transmission inconsciente et directe à distance des mouvements et états psychiques d'un organisme, au moyen de simples courants nerveux, semble incontestable dans certaines conditions, par exemple dans le somnambulisme et même dans la pure surexcitation du système nerveux. Elle semble produire jusque chez les individus normaux des effets que la statistique rend sensibles. ”
Félix Le Dantec,
Traité de biologie
(1903)
“ Au point de vue de la conscience, il en est de même; la manifestation de la conscience est extemporanée dans une molécule qui se détruit : la sensation moléculaire est extemporanée; à cette rupture d'équilibre, qui entraîne une transformation chimique, succède un nouveau repos pendant lequel il n'y a plus connaissance. ”
Alfred Binet,
Les Altérations de la personnalité
“ La division de conscience produite pendant un état de distraction a un caractère plus net, plus tranché, plus systématique que celle qui dérive de l’anesthésie, et les consciences séparées le sont si bien que souvent elles cessent de communiquer. Au contraire, dans l’anesthésie, la communication persiste, et tout état important qui se trouve dans une des consciences a une tendance à rayonner sur les autres. ”
Henri Bergson,
Essai sur les données immédiates de la conscience
“ Mais si cette idée détermine la direction de l’état émotionnel et l’orientation des mouvements concomitants, l’intensité croissante de l’état lui-même n’est point autre chose, croyons-nous, que l’ébranlement de plus en plus profond de l’organisme, ébranlement que la conscience mesure sans peine par le nombre et l’étendue des surfaces intéressées. ”
Dr Campagne, Traité de la manie raisonnante (1869)
“ La symptomatologie n'a rien d'homogène : le délire triste et le délire ambitieux ; l'agitation et l'affaissement; les fausses perceptions et la raison apparente ; les tendances au suicide, les impulsions instinctives et les élans bienveillants, viennent tour à tour, selon les individus et selon les circonstances, donner à la démence paralytique la physionomie la plus variable, la plus incertaine. Sa marche, très-rapide dans un cas, contraste fortement avec la lenteur d'évolution d'un autre cas. Tantôt rémittente, tantôt continue, elle ne montre partout que des divergences. ”
Vladimir Valerianovich Podvisotski, Pathologie générale et expérimentale… (1901-1905)
“ Il y a donc constamment dans la matière vivante deux processus en jeu : l'un de synthèse, c'est l'assimilation ; l'autre de destruction, c'est la désassimilation, qui aboutit à un dégagement de forces. Pour que la vie se maintienne, il faut qu'il y ait correspondance entre ces deux actes. On pourrait la figurer par une équation, le premier membre représentant l'action des forces cosmiques et le second la réaction de la matière. ”
Leonardo Bianchi, La mécanique du cerveau et la fonction des lobes frontaux (1921)
“ Nous ne pouvons concevoir la statique mentale que pendant les périodes d'abandon ou pendant l'extase, ou encore dans certaines conditions morbides, comme la stupeur, la catotonie, le somnambulisme, etc. ”
Sigmund Freud,
Introduction à la psychanalyse
“ Dans un grand nombre d’affections nerveuses, dans les hystéries, les névroses d’angoisse, les névroses obsessionnelles, nos prémisses se montrent justes. Par la recherche du refoulement, par la découverte de la résistance, par la mise au jour de ce qui est refoulé, on réussit réellement à résoudre le problème, à vaincre les résistances, à supprimer le refoulement, à transformer l’inconscient en conscient. ”
Émile Faguet,
En lisant Nietzsche
“ De plus, au milieu de cette décadence, au milieu de ces déchets et détritus, il y a des symptômes de retour possible à la vie normale de l’humanité, à la vie rude, à la vie de force, à la vie guidée et menée par la volonté de puissance. ”
Théodule Ribot,
Revue philosophique de la France et de l’étranger
“ Si, de cette étude faite en détail, avec les données que la psychologie et la physiologie fournissent actuellement, on pouvait conclure, comme cela est probable, que tout état de conscience, quel qu’il soit, tend à produire des mouvements, en raison directe de son intensité, et inversement que tout état de conscience, quel qu’il soit, perd de son intensité en raison directe du mouvement qu’il produit, on serait ainsi conduit à quelques vues générales sur le mécanisme de la conscience. ”
Traité de pathologie mentale, publié sous la direction de M. Gilbert Ballet… (1903)
“ Au point de vue psychique, la désorientation dans le temps et l'espace, l'amnésie continue, l'absence de toute association des images et des idées, l'impossibilité de toute synthèse des processus psychiques, la désagrégation mentale qui en résulte, et se traduit par la difficulté de la reconnaissance des êtres et des choses ”
Jean-Antoine Chaptal,
Élémens de chimie
“ B. La dissolution est d’autant plus prompte que le corps à dissoudre présente plus de surface ; c’est sur ce principe qu’est fondé l’usage de broyer, de triturer et de diviser les corps qu’on veut dissoudre. ”
