“ Tout le progrès ici s’est donc fait par la tradition et par un culte aveugle du passé ; et la passion des collectionneurs, bien qu’étrangère quelquefois à l’amour de la musique, a pourtant servi la musique. L’art du luthier a ainsi tous les caractères d’un culte ; la musique n’est plus dans l’homme mais elle est partout dans les choses autour ; un violon sonne merveilleusement chez un luthier par toutes ces caisses de résonance suspendues ; mais il se peut qu’un luthier n’entende rien à la musique. ”
Citations sur “luthérisme”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Le luthier pose, avance ou recule l’âme d’un violon sous le chevalet, dans l’intérieur des deux tables de l’instrument ; un chétif morceau de bois de plus ou de moins lui donne ou lui ôte une âme harmonieuse. ”
Judith Gautier,
Le Second Rang du Collier
“ Un luthier très épris de son état, une sorte de Stradivarius fanatique, habite dans une ville d'Italie un vieux quartier assez désert; il travaille sans relâche au perfectionnement des instruments de musique. Il rêve quelque chose d'extraordinaire, un violon idéal, unique, d'une délicatesse merveilleuse, expressif, comme s'il comprenait la musique dont il vibre: une voix, une âme, enfin!... Le luthier maniaque, réalise des chefs-d'œuvre, et cependant n'est pas satisfait. ”
G. Sand, Revue des Deux Mondes
“ Je t’accorde que la roche creuse et les cailloux fortuitement disposés en instrument n’établissent ici qu’une cause muette par elle-même ; mais le ruisseau arrive et traverse les organes de cet instrument. C’est donc lui, la main de l’artiste qui confie à l’air l’émission de ce qu’on appelle les ondes sonores. C’est donc lui, la cause qui le fait parler. — Soit, s’écria en riant Lothario : c’est le ruisseau qui fait vibrer l’instrument absolument comme le vent fait vibrer la harpe éolienne ; mais depuis quand une vibration est-elle un langage ? ”
Henri Lavoix,
Histoire de la musique
“ L'instrument le plus à la mode, pendant le XVe et surtout pendant le XVIe siècle, fut le luth, que nous avons déjà vu apparaître au XIIIe. Après bien des combats entre la vielle ou chifonie, la viole, la harpe, le psaltérion et les orgues portatives, c'était le luth qui seul avait conquis le monopole de se faire entendre à côté des chanteurs les plus en renom, entre les mains des amateurs les plus délicats. ”
Judith Gautier,
Le Second Rang du Collier
“ Le luthier seul pouvait la sauver et, en même temps, parachever le chef-d’œuvre auquel il avait pensé toute sa vie : le violon sensible et conscient. Mais, pour cela, la chanteuse devait mourir, et il la tua sans hésiter. « Ses longs cheveux blonds et soyeux sont devenus les fils de l’archet ; de ses entrailles précieuses furent formées les cordes ! « L’amoureux, ivre de rage, ne veut pas en entendre plus. Il se jette sur le luthier et l’étrangle. Puis il met le feu à la boutique et s’enfuit en emportant le violon... « Voilà, c’est tout... » ”
Nicolas Boileau Despréaux,
Le Lutrin, poème héroï-comique
“ Il faut que trois de nous, sans tumulte et sans bruit, Partent, à l a faveur de la naissante nuit, Et du lutrin rompu réunissant la masse, Aillent d'un zèle adroit le remettre en sa place. Si le chantre demain ose le renverser, Alors de cent arrêts tu peux le terrasser. Pour soutenir tes droits, que le ciel autorise, Abyme tout plutôt : c'est l'esprit de l'Eglise ; C'est par là qu'un prélat signale sa vigueur. Ne borne pas ta gloire à prier dans un choeur : Ces vertus dans Aleth peuvent être en usage ; Mais dans Paris, plaidons ; c'est là notre partage. ”
Léandre Vaillat, Nouveau bouquet de France (1938)
“ C'est parce qu'il ouvre tant de perspectives sur l'avenir que les luthiers, au moins autant que les virtuoses, se sont toujours préoccupés d'acquérir, à prix d'or, les plus beaux exemples de la lutherie ancienne pour composer, en s'inspirant d'eux, les modèles de la lutherie moderne. ”
Judith Gautier,
Le Second Rang du Collier
“ Afin de l’attendrir, il finit par lui raconter son chagrin et son malheur ; il lui avoue que le son des cordes de ce merveilleux instrument, lui rappelle la voix de son amie, la diva si mystérieusement disparue. Mais, au nom de la cantatrice, le luthier pâlit et rougit, et ne peut cacher un trouble si étrange que le jeune homme en est tout saisi. Il essaie de l’interroger. Le bonhomme, redevenu maître de lui, ne répond plus, reste impénétrable, et finit par mettre l’intrus hors de sa boutique, où il se barricade. ”
G. Renoux, Le P. Lejeune, sa vie, son oeuvre… (1875)
“ Quand vous avez entendu un luth, une mandore, ou quelqu'autre instrument de musique qui vous charmoit, et vous déroboit l'âme par les oreilles, si après vous voyez ce mesme luth, immobile et inutile sur une table, vous conjecturez que ces cordes ne se mouuaient pas d'elles-mesmes, et qu'auparavant quand vous entendiez l'harmonie, il y avoit un excellent musicien qui pinçoit et accordoit ces cordes ; vous voyez le corps de votre voisin, après son trépas, immobile, muet, insensible, inhabile à toutes sortes de fonctions ”
Balthazar de Bonnecorse, Lutrigot
“ Rien ne couvre l’autheur d’une plus juste gloire, Et ne releve tant l’histoire du lutrin, Que le combat qu’on donne aux plaines de Barbin : Jamais journée aussi ne fut plus éclatante. Il la lit d’un air fier, et d’une voix tonnante ; Il fait voir ses heros au combat acharnez, Tous les coups sont toûjours ou receus, ou donnez, Chaque livre jetté, fut-il sans couverture, N’eût-il que six fueillets fait plus d’une blessure, Et quand on voit brontin qu’un coup de livre abat, Un prélat benit tout, et finit le combat. ”
Léandre Vaillat, Nouveau bouquet de France (1938)
“ Un œil exercé distingue le luthier qui l'a signé sans avoir be- soin de regarder son nom sur l'étiquette collée, comme on sait, à l'intérieur de l'instrument, juste en face de l'ouverture qui décore la table et dans le sens de cette ouverture, de façon à recevoir la lumière. C'est un je ne sais quoi de plus large ou de plus étroit, de plus lourd ou de plus nerveux dans le délié des C dessinés par les éclisses, de plus droit ou de plus penché dans la forme des ouïes, de plus blond ou de plus foncé dans le vernis, de plus fouillé ou de plus sobre dans le manche. ”
Antonin-Dalmace Sertillanges,
Prière et musique
(1935)
“ L'enclume répond au coup de marteau par de la polyphonie; la cloche ne fait que régulariser ce phénomène par sa forme; l'orgue l'imite par ses combinaisons. Qui sait si l'art, se dépassant lui-même, ne reviendra pas un jour à la nature comme unique luthier? ”
Marie Bobillier, Dictionnaire pratique et historique de la musique
“ En 1731, un document officiel admet sur le même pied le mot luthier, répandu chez les musiciens depuis le temps de la grande vogue du luth (voy. ce mot) et peu à peu étendu non seulement aux faiseurs d’instruments à cordes, mais aux fabricants de flûtes, etc. De nos jours, le vocable faiseur est abandonné ; on appelle F. celui qui s’est spécialisé dans la fabrication des orgues, des pianos, des harpes et des instruments à vent ; le mot luthier est réservé aux fabricants d’instruments à cordes à manche, avec ou sans archet. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ La nouvelle édition du Manuel du Luthier, publiée en 1869 par M. Maigne, fut complétée par la fabrication des cordes en boyau, tant comme cordes harmoniques que comme cordes employées par l'industrie. La Lutherie est un art dans lequel peu de perfectionnements ont été tentés : les violons italiens, et particulièrement ceux de Crémone, étaient si parfaits, que les luthiers modernes n'ont cherché qu'à les copier ou à les imiter. ”
Anonyme, À Fès - La journée de prière
“ Un jeune homme accordera son luth, par petits tâtonnemens lents qui jettent dans le lourd silence comme des gémissemens. Nul ne sera impatient. Les plaintes du luth cherchant péniblement son accord s’apaiseront lentement. Alors une jeune voix posera une chanson basse et rapide sur ces battemens du luth qui sont un rythme plus qu’une musique, quelque chose comme un battement d’ailes strident, à peine plus nuancé, à peine plus mélodique que le chant des cigales par les clairs jours d’été. ”
Nicolas Boileau,
Oeuvres poétiques de Boileau-Despréaux…
(1839)
“ Derrière ce lutrin, ainsi qu'au fond d'un antre, A peine sur son banc on discernait le chantre, Tandis qu'à l'autre banc le prélat radieux, Découvert, au grand jour, attirait tous les yeux. Mais un démon fatal à celle ample machine , Soit qu'une main la nuit eût hâté sa ruine, 148 LE LUTRIN. Soit qu'ainsi de tout temps l'ordonnât le destin, Fit tomber à nos yeux le pupitre un matin. J'eus beau prendre le ciel et le chantre à partie, Il fallut l'emporter dans notre sacristie, Où depuis trente hivers, sans gloire enseveli, Il languit tout poudreux dans un honteux oubli. ”
J.-C. Maugin, Nouveau manuel complet du luthier… (1869)
“ Ici une explication est nécessaire : il n'y a pas aujourd'hui de luthier qui ne mette, soit aux violons qu'il répare, soit à ceux qu'il rétablit neufs, une barre beaucoup plus forte que n'étaient celles que les grands maîtres employaient pour leurs instrumens. Pour que tous les luthiers agissent de la sorte, il faut que tous aient senti la nécessité de le faire. ”
Léon Escudier,
Dictionnaire de musique théorique et historique
(1872)
“ La lyre et luth retentiront encore longtemps dans les oeuvres des poètes, quoique les progrès de l'art musical les aient condamnés à un éternel silence. Le violon a fait disparaître tous ces instruments imparfaits, qui n'étaient, en quelque sorte, que les essais des facteurs et des musiciens, les uns préludant à l'art de la lutherie, et les autres à celui de charmer l'oreille. LYRE A BRAS. Instrument à archet, de la dimension de l'ancienne viole de ténor à sept cordes, et qui aujourd'hui n'est plus en usage. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ S’ils ne peuvent être les artistes qui moduleront les mélodies espérées, au moins veulent-ils être les luthiers habiles qui auront perfectionné l’instrument, rajusté ses cordes, rendu sa sonorité plus étendue et plus délicate. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ On tire du sapin la table, la barre, les coins, les tasseaux, les contre-éclisses et l'âme. L'ébène fournit la touche, les filets, les chevilles, le cordier ou queue et le bouton. C'est du plane et du sapin que dépend entièrement le son des instruments à archet. Le luthier le plus habile ne fera jamais un bon violon avec du bois de qualité médiocre. Aussi, avant de mettre la main à l'œuvre, l'ouvrier doit-il avoir grand soin de se procurer le bois convenable. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Les luthériens ont le tort, d’un principe juste en soi, de déduire une conclusion forcée et, par là, fausse : de ce que les attributs d’une des deux natures peuvent être rapportés à la personne concrète, ils concluent que les attributs de la nature divine sont renfermés d’une manière véritable et réelle dans la nature humaine. Tel est le vice radical et fondamental de la thèse luthérienne, vice qui apparaît pleinement lorsque les théologiens de l’Église évangélique exposent le second et le troisième genre relatifs à la communication des idiomes. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ Les outils particuliers à la lutherie sont les rabots en fer, les canifs, les râcloirs, le compas d'épaisseur, le traçoir, le fer à plier, la pointe aux âmes, les happes, les vis, les pinces à barres, les pincettes et la lousse. ”
Judith Gautier,
Le Second Rang du Collier
“ Mais l’homme singulier, qui est le luthier, l’artisan délicat, que son incomparable habileté dans la facture des instruments de musique a rendu célèbre, ne répond pas et s’éloigne, ou plutôt s’enfuit, en emportant le violon. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ Bois employés dans la Lutherie. Un bon instrument ne peut être fabriqué avec de mauvais bois; le choix du bois est donc une des choses essentielles dans l'art du luthier. Les bois qui entrent dans la confection du violon et des instruments de la même famille sont : 1 ° l'érable ou plane; 2° le sapin; 3° l'ébène. ”
F. de Montherot, Mémoires poétiques, événements contemporains… (1833)
“ Le lutin veut enfin, difficile entreprise, De la main de Lafond faire tomber Moyse; Mais ferme dans les doigts du lecteur aux abois, Le solide cahier résiste par son poids. Enfin, du plan mûri dans sa petite tête, Le lutin satisfait à le jouer s'apprête. Vous le savez, Messieurs, l'auditeur curieux Doit entr'ouvrir la bouche afin d'entendre mieux; Dans l'oreille le son pénètre par la bouche, Et résonne en dedans sous le tympan qu'il touche; Le lutin voit ici de chaque spectateur, Bouche bâiller en carpe ou s'arrondir en cœur : L'un, tout à son devoir, écoute en conscience ”
Auguste Laugel,
La Voix, l’Oreille et la Musique d’après les travaux du physicien allemand Helmholtz
“ L’expérience de deux siècles a conduit les luthiers à adopter cette règle empirique, et la théorie démontre qu’elle a précisément pour effet de supprimer ou du moins d’affaiblir considérablement la septième et la neuvième harmonique, qui sont toutes deux en dissonance avec la tonique. Dans les hautes octaves, les cordes sont très courtes et très raides, et on les frappe encore plus près de l’extrémité pour laisser plus de liberté au développement des harmoniques et pour donner au son du brillant. ”
J.-C. Maugin, Nouveau manuel complet du luthier… (1869)
“ Enfin, pour en finir sur les outils, je dirai qu'il ne faut rien négliger pour se procurer de bons outils si l'on veut réussir dans la lutherie qui est assez difficile par elle-même, pour qu'on emploie tous les moyens possibles pour arriver au but ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ Cet outil doit avoir dix pouces (28 centimètres) de longueur, et être terminé en pointe carrée pour pouvoir entrer de deux à trois pouces (6 à 7 centimètres) dans un manche virolé, qui donne la facilité de le faire chauffer et de s'en servir. Au reste le luthier qui veut bien réparer doit être d'une grande adresse et pourvu d'une grande patience, car souvent un violon à réparer donne plus d'ouvrage que la confection d'un instrument neuf. Assez souvent la tête de l'âme a creusé dans la table du violon, de manière à en diminuer sensiblement l'épaisseur. ”
Marc Pessonneaux, La Pretantaine, par Marc Pessonneaux (1866)
“ Le luthier, habitué sans doute à ces humeurs, sans s'étonner, sans s'émouvoir, avec ce parfum d'élégance et de fatuité particulier aux garçons coiffeurs, laissa s'épandre sur les épaules de la dame toute la noire chevelure, la caressa, la fit longuement rouler en anneaux autour de ses doigts, puis lissa, lustra, onda, crêpa, natta, partagea avec amour, selon les caprices de son industrie, ces boucles parfumées, et pendant son travail, il répondait gracieusement aux interpellations de la belle. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ Aujourd'hui presque tous les luthiers n'emploient qu'un seul morceau pour les fonds. Ce procédé ne peut qu'être approuvé, d'abord parce qu'il ne nuit en rien au son, ensuite parce qu'il rend l'instrument plus solide. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ Les outils nécessaires au luthier sont l'établi, les valets, la varlope, le vilebrequin, les mèches, les ciseaux, les bédanes, les gouges, le compas, le trousquin, l'équerre, les scies, la meule, la pierre à affiler et les limes. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ C'est un instrument essentiellement d'accompagnement. Il s'accorde cinq tons plus bas que le violon, d'où son nom de quinte, sous lequel on le désigne quelquefois. L'alto ne diffère du violon que par ses dimensions qui sont un peu plus grandes. On ne le fabrique qu'en format entier. Il n'est pas rare que le luthier ne donne aucune voûte au fond de cet instrument, ce qui n'influe en rien sur le son dont l'éclat légèrement nasillard est encore accru par cette disposition. Toutefois, un alto à fond plat offre moins de solidité et sera par conséquent d'une durée moins longue. ”
W. Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (1894)
“ Depuis soixante ans environ, la cithare semble avoir atteint sa plus grande perfection, grâce aux efforts des luthiers autrichiens qui lui ont donné sa forme gracieuse, sa puissante sonorité, son jeu complet de cordes qui lui permet d'aborder les genres de musique les plus divers. ”
Léopold Nègre, Vie et ministère de Claude Brousson… (1878)
“ S. A. E. ayant ensuite demandé aux députez ce qui leur avôit paru, dans leur route, des sentiments des Luthériens à notre égard, et l'un des dits députez lui ayant répondu qu'ils avoient remarqué que la plupart des Luthériens ne nous considèrent pas comme leurs frères, et comme des confesseurs qui souffrent pour la vérité ; qu'ainsi s'ils prennent quelque part à nos maux, ce n'est que par un principe d'humanité, et non dans la vue de la communion qu'il doit y avoir entre les fidèles; que cela leur faisoit juger qu'il faloit que les Luthériens fussent dans d'étranges préjugez contre nous ”
