Résumé

M. Marc-Monnier Le comte Joseph Gorani d'après ses mémoires inédits

Quand l’excellence fut hors d’affaire, tout Lisbonne se mit en fête ; ce n’étaient que Te Deum, réjouissances publiques et privées ; on priait tous les matins, on dansait tous les soirs, et un déluge de poésies inonda le palais du ministre. « Je fis moi-même des vers à cette occasion, dit Gorani, mais mes vers étaient sincères, puisque j’étais persuadé que mon bienfaiteur l’était aussi de tout le Portugal. » Cet enthousiasme ne dura pas ; le jeune courtisan s’aperçut un peu tard que le comte d’Oeiras n’était pas un homme de bien, ni peut-être même un homme de génie.
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La vérité est que Gorani, fidèle à son caractère, s’était lassé de la révolution comme il se lassait de tout, qu’il avait eu peur de son propre ouvrage, surtout d’un ouvrage qui lui était payé si mal. Dans les tempêtes politiques, il y a des vagues qui portent un monstre, après quoi, comme dans le récit de Théramène,
Le flot qui l’apporta recule épouvanté.
« Je connaissais les grands, je connais maintenant les petits, » avait dit Alfieri en voyant nos sans-culottes ; il est probable que Gorani, qui avait passé du comte d’Oeiras à Robespierre, dut penser quelque chose de pareil.
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Bonne nouvelle ! la paix était faite entre la Prusse et l’Autriche, et le premier magistrat de Tilsitt, après avoir officiellement publié cet heureux événement, poussa ce cri dans la rue : « Vive Frédéric le Grand, vive notre gracieux souverain, notre roi chéri ! » Alors Gorani eut un mouvement généreux ; il se mit à la fenêtre et osa crier à son tour : « Vive Marie-Thérèse, notre impératrice-reine, la plus grande et la plus juste des souveraines de l’univers ! » puis, vidant ses poches, il jeta tout ce qu’il avait d’argent à la foule, qui répéta l’acclamation.
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