Résumé

Saint-Amant Œuvres de Saint-Amant

Et, me croyant parfois n’estre plus rien qu’une ombre
Qui des esprits sans corps ait augmenté le nombre,
D’une voix langoureuse appellant ce nocher,
Je pense à tous moments qu’il me vienne chercher.
Si je prens quelque livre en mon inquietude,
Et tasche à dissiper cette morne habitude,
Marot, en ses rondeaux, epistres, virelais [3] ,
Le mocqueur Lucian et le fou Rabelais,
Se metamorphosans par certains tours magiques,
Ne sont remplis pour moy que d’histoires tragiques.
Ovide en l’Art d’aimer m’epouvante à l’abort ;
Amour, avec son dard, y passe pour la Mort
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Saint-Amant Œuvres de Saint-Amant

Heurtant l’un, choquant l’autre, et d’une ame incivile,
Sans saluer amy, dame, ny cordon bleu,
Sur l’eau, pour quelque temps, je promene mon feu.
Les passans du Pont-Neuf, considerans ma mine,
Dans l’estourdissement qui sur mes sens domine,
Pensent que je sois yvre, et, me montrans au doigt,
Jugent du plus caché par ce que l’on en voit.
Las ! je l’estois aussi, mais qu’aucun ne m’en blâme :
Je l’estois d’avoir beu d’un breuvage de flame
Qui se prend par les yeux et qui va droit au cœur,
Où l’amour l’introduit en guise de liqueur.
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Saint-Amant Œuvres de Saint-Amant

Marbres que l’art fait vivre à l’honneur de la mort,
Durs et tendres tesmoins d’un lamentable sort
Qui rend un beau succez funeste à la mémoire ;
Pierres de qui l’amas forme une pompe noire,
Où la pieté brille, où la vaillance dort ;
Grands trésors de sculpture, où, par un noble effort,
Le fer industrieux a r’animé l’histoire ;
Merveilles qu’on descouvre en ce riche cercueil,
Où l’albastre gémît, où le jaspe est en dueil,
Que vous reparez bien un insigne dommage !
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