“ La fièvre l'altère, ronge les organes et lui dévore les entrailles. Il boit quelques gorgées, mais retombe épuisé. La lampe s'est éteinte; nulle nuit ne fut plus obscure. Ses yeux voilés et ténébreux épient la Mort. Il la voit, la Mort. Elle s'est montrée à l'horizon, point noir sur la grande plaine blanche que la pâle lueur des étoiles éclaire vaguement. La Mort avance, la Mort approche. Elle grandit de minute en minute, glisse silencieuse sur la neige épaisse. Il compte ses pas... La voici, la Mort. Déjà elle soupèse le harpon dont il transperça maintes fois l'ours et le phoque. ”
Résumé
Élie Reclus, dans Les Primitifs, explore les sociétés précolombiennes et nomades à travers des entités nommées comme les Inoïts, les Aléouts ou les Khonds, en mettant en lumière leurs rites, leur rapport à la mort et leur adaptation à des environnements hostiles. L’œuvre, riche en images symboliques et en récits oniriques, interroge les fondements de la civilisation à l’aune des pratiques tribales, des chamans et des cérémonies où la danse et le couteau occupent une place centrale.
À travers des citations poétiques et des récits de chasse ou de mythes, Reclus évoque la fragilité humaine, la métempsycose et la quête d’un lien avec l’au-delà, questionnant les frontières entre le sauvage et le civilisé. Son texte, à la fois ethnographique et philosophique, révèle une fascination pour les « sauvages » comme miroir des paradoxes de l’âme humaine.
Citations de Les Primitifs (Élie Reclus)
“ Un coup de vent prenant par le travers, une glissade malencontreuse, et l'on choit dans quelque précipice. A certain moment, il faut se tenir en équilibre sur une roue tournante, lisse et polie, puis franchir un pont, pas plus large qu'une lame de couteau. Que de dangers, que de fatigues avant d'arriver à la porte gardée par des chiens monstrueux! Les âmes se guident par les sons d'un tambour magique qui résonne dans le lointain; tant pis pour celles qui se dévoient, dévorées par des animaux fantastiques, plus elles ne reparaissent. ”
“ Mais une flèche siffle, l'atteint en plein vol. La blessée se raidit contre la douleur, voltige en lacets désordonnés, et va choir dans une broussaille. Avec son aile brisée, elle fait face à l'ennemi, pique du bec, griffe des ongles, jusqu'à ce que perdant sang et souffle, elle s'affaisse et s'abandonne, laissant choir son plumage... Merveille! c'est une femme nue, une femme tremblante et palpitante que le jeune chasseur, ivre de joie, embrasse avec ferveur. ”
“ C’est ainsi que les malheureux Apaches racontent le grand mythe de l’Aigle et du Serpent, d’Ahi et d’Indra, symbole antique et grandiose, qui appartient également à l’ancien monde et au nouveau, sujet trop vaste et compliqué pour que nous puissions l’aborder. Des voyageurs ont refusé à ces hordes tout sentiment poétique ou religieux. Ce n’est pas étonnant. En matière de conscience, les sauvages se taisent autant qu’ils peuvent ; ils n’aiment pas à s’expliquer sur leurs choses intimes, — et les blancs nient imperturbablement tout ce qu’ils n’ont pas vu, tout ce qu’ils n’ont pas su deviner. ”
“ Immortel le ciron, éternels les moustiques. Le mort se fait suivre de tout son attirail de pêche ; il s’en servira. Les outils et vêtements qu’il n’emporte pas, les objets d’usage personnel restent en sympathie avec lui ; aussi leur contact donne froid, leur vue inspire la tristesse. Des Koloches, plus simplistes que leurs voisins, affirment la métempsycose pure et simple. La mort, disent-ils, n’est qu’une dissolution momentanée, elle dure le temps qu’il faut à l’âme chassée de son domicile pour en trouver un nouveau dans un corps d’homme, de loup ou de corbeau — il n’importe. ”
“ Il éparpille son âme dans les buissons, mais fait entrer le rocher dans la substance de ses os, s'identifie avec le paysage ambiant. Ce qui plaît à tous déplaît à cet homme, mais il supporte l'insupportable; il se fait une manière à lui d'entendre et de comprendre, il voit trouble où les autres voient clair, mais distingue nettement ce qu'ils ne peuvent discerner. Son regard, voilé pour les choses du présent siècle, pénètre le monde translunaire; les secrets de l'éternité lui deviennent familiers à mesure qu'il néglige les vulgarités de la vie quotidienne. ”
“ La mort est universellement considérée comme la porte du monde surnaturel; or, en matières d'imagination et de foi, on n'en appelle point à la science et au bon sens. Pour expliquer la mort, on s'est toujours adressé au rêve.L'enterrement et la crémation relèvent de systèmes tout différents. Suivant l'antique théorie, la mort, dissociation de l'organisme, rend aux éléments ce qu'ils lui avaient prêté; l'Esprit—lumière et étincelle—s'envole avec la flamme dans les régions éthérées, vers le soleil, vers les astres distants. Honneur à ceux dont les restes sont déposés sur le bûcher! ”
“ Jusqu’à ce qu’on ait découvert sa conscience et interrogé ses oracles, on n’est, on ne sera qu’un enfant. On ne comprend rien au monde, tant que penché sur son âme on n’en a pas mesuré les sombres profondeurs, tant qu’on n’a pas écouté les échos de la pensée s’engouffrant en chutes toujours plus sourdes, comme les roulements du tonnerre qui va se perdre par delà d’autres horizons. Mais il faut aux poumons de l’air à brûler, aux estomacs des aliments à digérer, aux intelligences des faits à élaborer, des réalités à s’assimiler. ”
“ Nu, sauf une étroite ceinture jaune, blanche et rouge, il va, vient, jette les bras avant arrière, saute, rue, bondit et virevolte à l'instar des derviches tourneurs; au beau moment, il marche sur des charbons. De longs hurlements accompagnent l'orchestre, puis la mesure s'accélère et les cris se font plus perçants; on lui donne du sang à boire. Soudain, il est comme secoué, tremble par tout le corps; les yeux lui sortent de la tête, prennent un éclat sauvage. ”
“ Les Russes eussent volontiers joué du knout et de la plète nationale sur ces fantasques insulaires, qui se laissaient tuer presque avec indifférence, et qui, sans mot dire, allaient se suicider pour un coup de bâton. C’est parce que les Russes prétendaient les mener à la baguette que les Aléouts meurent ou sont morts. La vie sans liberté ne leur offrant aucun charme, ils pensèrent s’enfuir dans l’autre monde, pour échapper aux tâcherons et aux exacteurs. ”
“ Les Inoïts, disions-nous, sont distribués sur une bande de terrain démesurément longue, mais sans profondeur. Leurs campements sont séparés par des espaces déserts et désolés, distants de 15, de 30 et même de 150 kilomètres. Ils hivernent toujours à la même place. Si le patriotisme est une vertu, ils la possèdent au plus haut point. Jamais paysage avec bosquets verdoyants, moissons jaunissantes, saules se mirant dans la rivière aux flots argentins, ne fut plus aimé que ces champs de neige et ces collines de glaces, que ces buttes raboteuses et ces banquises sous un ciel inclément. ”
“ L’immigration inonda la grande plaine, où elle implanta la race et la langue des Aryas, leurs doctrines et pratiques, mais ne remonta pas très avant dans les vallées. Le flot ne dépassa guère les premiers contreforts ; le bruit des batailles ne pénétra pas jusqu’aux hauts pâturages. Le choc des armes, les rumeurs des révolutions, le fracas d’empires s’effondrant, ne réveillaient pas les échos de la combe profonde ; le tigre des jungles, le crocodile des marais, les démons de la peste et de la fièvre défendaient la négraille. ”
“ La nuit, une nuit éternelle, succède à ce jour énervant. Au milieu des ténèbres on distingue des fantômes immenses, qui se meuvent lentement. Dans cet isolement profond que toute obscurité porte avec elle, l'énergie du voyageur, sa raison même, ont à subir d'étranges assauts. Le soleil est encore la vie. Mais la nuit, ces mornes déserts apparaissent comme des espaces chaotiques: aux pieds des précipices qu'on ne peut mesurer, des escarpements se dressent tout autour; les longs hurlements de la glace remplissent d'épouvante. ”
“ Dans les temples de l’antique Orient, le vaste et majestueux sanctuaire paraît avoir été flanqué de chapelles fleuries, boudoirs parfumés, où nichaient sur de moelleuses couches les Attys et les Combabe, de gracieux Eliacin, de charmants Adonis, qui vaquaient aux plaisirs des dieux, c’est-à-dire de leurs ministres, en attendant que pleinement initiés aux rites sacrés, ils devinssent, à leur tour, chefs de culte, et préposés aux mystères. Le hiérophante aimait à se faire servir par les hiérodules et les bayadères. L’hétaïrisme est né à l’ombre des autels. ”
“ Ces Khonds, ces Todas et Badagas, ces Apaches, ces Esquimaux, on les dédaigne comme n’étant que des peuples enfants, on les méprise comme n’ayant que les rudiments de l’intelligence et de la moralité. Mais c’est précisément par leur intelligence enfantine et leur moralité rudimentaire qu’ils devraient exciter l’intérêt. Les grands hommes, les sages et avancés, ne représentent que leur personnalité ; les individus supérieurs ne sauraient nous enseigner autant que les plus faibles et les plus humbles qui nous montrent l’humanité à ses débuts. ”
“ Ces Naïrs, fiers de leurs richesses et des exploits de leurs ancêtres, ne sont après tout que d'impurs Soudras. Quant à nous, êtres d'essence surhumaine, immortels déguisés sous une enveloppe mortelle, nous voyageons sur terre pour voir nos sujets et les faire jouir de nos bienfaits. Certes, nous avons pour eux des bontés, et ne dédaignons point, par quelques gouttes de notre sang précieux, de les élever au-dessus de l'animalité: il sied aux dieux de répandre leurs grâces sans trop regarder où elles vont tomber. ”
“ Se donnant une apparence terrible, lançant leurs bras en avant, fermant les poings avec violence, se jetant à terre et se relevant soudain, des hommes robustes font mine de lutter avec les démons qui sont censé entraîner l'âme du défunt. Les ravisseurs sont repoussés, les affligés font trêve aux sanglots et aux gémissements, et comme secoués par une étincelle électrique, balladent des bras, trémoussent des jambes. La danse, d'abord lente et incertaine, s'accélère et s'accentue, dégénère en chahut, en cancan échevelé. ”
“ Les chefs, bafoués par un paltoquet d'outre-mer, se sentaient dégradés, avaient perdu toute volonté, toute dignité devant le pistolet, tonnerre de poche; les sorciers eux-mêmes avaient perdu la tête, reconnaissant leur ridicule impuissance devant la grande magie des blancs. Les bras du guerrier tombaient paralysés devant les armes foudroyantes; avec son arc et ses flèches, un héros n'était plus qu'un sot en face d'une carabine. En perdant toute confiance en eux-mêmes, ils perdaient le plaisir de vivre et jusqu'à leur tempérament. ”
“ Tons les vivants souffrent, et tu voudrais, toi, être exempte de la douleur commune? Sache qu'il faut du sang pour faire vivre le monde et les Dieux, du sang pour maintenir la création entière et perpétuer l'espèce. N'était le sang répandu, ni peuples, ni nations, ni royaumes ne conserveraient l'existence. Ton sang versé, ô mériah, étanchera la soif de la Terre, qui s'animera d'une vigueur nouvelle. ”
“ Au soir, la divine splendeur qui emplissait les cieux se brise en couleurs éclatantes; l'or et l'orangé, le cramoisi, le ponceau et le vermillon, passent par degrés aux nuances rosées et purpurines. Et quand le soleil s'est engouffré dans l'Océan, la terre fatiguée d'éclat, ivre de lumière, ramène sur ses membres voluptueux les voiles d'une ombre transparente, s'enveloppe de silence. L'atmosphère est d'une rare limpidité, les étoiles semblent être plus brillantes qu'ailleurs [292] ”
“ L’instruction développe les facultés et l’hérédité les fixe ; aussi nulle race n’est plus intelligente que l’indoue, nulle n’a l’esprit plus souple et plus subtil, n’a créé langue plus riche et savante, poésie plus grandiose, philosophie plus abstraite et profonde, architecture plus étonnante, religions plus extraordinaires. Entre les hautes et les basses castes, tout contact immédiat passa pour abominable et finit par sembler impossible. ”
“ Ce froid, plus terrible que le loup blanc et que l’ours gris, ce froid qui saisit sa victime à son insu, instantanément, mortellement, ce froid active et purifie le sang, ravive les forces, aiguise l’appétit, favorise les fonctions de l’estomac, et le rend le meilleur des calorifères ; il endort la douleur, arrête l’hémorragie. Si tant est qu’il nous frappe, c’est en envoyant le sommeil ; il donne la mort au milieu des rêves. ”
“ Au bruit, le cadavre soubresaute, les plumes s'agitent, le masque frissonne. Ce masque du mort, le vivant a le courage de l'ôter: il découvre la momie noire et grimaçante, hérissée et hideuse; il la contemple et en est contemplé, les deux orbites profondes lui lancent des jets de ténèbres. Le vivant salue en frottant son nez contre l'épine nasale du cadavre, puis se passe la main sur le ventre comme pour dire: «Que cela est bon!» ”
“ Sur la plate-forme se rassemble la troupe des âmes dont la cérémonie des Funérailles sèches a rompu tous les liens avec la terre. Du haut du précipice, les pauvrettes jettent un coup d'œil sur les prairies où paissent les heureux troupeaux, un dernier regard sur le village dont les fumées montent à travers les bouquets d'arbres, un long regard sur la maisonnette chérie devant laquelle veaux, chiens et enfants se houspillent, courent et bondissent pêle-mêle... Le soleil s'abaisse, s'enfonce dans les splendeurs dorées de l'occident... ”
“ Manger est leur bonheur, leur volupté ; ils vous disent avec conviction avoir été gratifiés d’un inoua ou génie spécial, le Démon de l’appétit. Ils goûteraient peu la fameuse distinction, que l’homme mange pour vivre, ne vit pas pour manger. Sitôt que paraît le jour, la mère touche les lèvres de son enfant avec un peu de neige, puis avec un morceau de viande, comme pour dire : Mange, fils chéri, mange et bois ! ”
“ Ils vont au bord de la mer, appellent à eux un ours ou un morse, mais de préférence la Grande Baleine, laquelle ils contraignent, par incantations, à ouvrir une large gueule dans laquelle ils se précipitent. L’orque côtoie maint rivage, visite des îles nombreuses, puis plonge dans le gouffre qui conduit au Paradis boréal, où ils contempleront à loisir les mystères de l’autre monde. ”
“ Ce n’est pas tout de tuer le gibier, il faut encore que le gibier se reproduise, que la race ne s’éteigne pas. Aussi les Esquimaux, quand ils abattent un renne, ont soin d’entourer de mousse quelque fragment d’un organe essentiel, de le mettre révérencieusement sous une pierre, ou de l’enterrer sous une motte, à l’endroit même où la bête était tombée. Et quand ils ont pris un phoque, en l’ouvrant, ils lui jettent quelques gouttes sur la tête ; sans doute afin que l’âme se réfugie dans l’eau, qui tôt ou tard trouvera le chemin de la mer, grande fontaine des existences. ”
“ Les siècles se survivent, se pénètrent les uns les autres. La petite goutte de rosée, la plus petite, reflète tout un paysage, de même notre individu, de mince durée pourtant, peut assister à la longue procession des âges, se faire contemporain des temps écoulés et des périodes futures : — il n’y a qu’à voir et regarder autour de soi, il n’y a qu’à comprendre. ”
“ « À l’époque la plus longue de la nuit, deux angakout, dont l’un déguisé en femme, vont de hutte en hutte éteindre toutes les lumières, les rallumer à un feu vierge, s’écrient : « De soleil nouveau, lumière nouvelle. » En effet, d’année en année, les printemps produisent chacun sa génération d’herbes et d’animaux. Tous les soleils cependant, tous les feux, toutes les lumières n’ont pas même vertu ; il y a des époques de disette ou d’abondance, des saisons fécondes ou stériles. L’homme voudrait remédier à cette inégalité ? ”
“ Au premier printemps les femelles sortent de la mer, et les mâles se trouvent sur le rivage pour les recevoir. Ils les saluent en soufflant l'air par les naseaux, faisant un bruit terrible, signal de bataille. Ces monstres se soulèvent sur leurs nageoires, engagent une mêlée générale, dans laquelle les dents formidables de leur large gueule font de terribles blessures. Couchées entour, les femelles sont les spectatrices du combat dont elles sont le prix; celui qui restera vainqueur sera leur époux, exerçant autorité absolue et se démenant avec fierté. ”
“ La pureté des matériaux, l’élégance de la construction, la translucidité des parois à travers lesquelles filtre la plus douce des lumières, réalisent une beauté qu’aucun marbre blanc ne saurait égaler. La contemplation d’une de ces huttes et celle d’un temple grec orné par Phidias laissent la même impression : triomphes de l’art l’un et l’autre, ils sont inimitables chacun dans son genre. ”
“ L’homme de l’art ne répond pas tout d’abord, se fait répéter l’appel : à la voix, à l’accent du malade, il devine la maladie et même qui l’a envoyée. Car il n’est indisposition qui ne soit provoquée par la haine de quelque vivant, ou le souffle pestilentiel d’un mort dépiteux ; même la fracture d’un membre est attribuée à un esprit malveillant. L’angakok, sorcier pour le bon motif, défend son peuple contre les multiples incursions des démons, qui affectent la forme de cancers, rhumatismes, paralysies, et surtout de maladies cutanées que des civilisés attribueraient à la malpropreté. ”
“ Un bloc erratique en plein champ de blé, un menhir au milieu d'un jardin, dressant sa tête de granit au-dessus des pervenches, clématites et roses grimpantes, tels nous apparaissent les Naïrs, qui, dans un État des mieux policés, ont conservé avec une ténacité singulière la coutume de la Famille Maternelle, une des plus antiques dont nous ayons connaissance, et sans laquelle nombre de Primitifs resteraient inexplicables. Ces débris de préhistoire, enchâssés dans la civilisation orientale, ne sont pas la moindre merveille du Pays des diamants et pierres précieuses. ”
“ «Assiste-nous, ô Dieu! assiste aussi nos alliés, en retour des nombreux poulets, porcs, brebis et bœufs que nous t'avons offerts.«Quelle est notre requête? Que tu tiennes la main à l'exécution des ordres par toi donnés. Que tu nous protèges comme tu as protégé les héros nos ancêtres.«Exauce, ô dieu, exauce! Loha, divinité guerrière, que le fer reprenne en nos mains sa vertu primordiale! Que nous devenions riches, grâce à son tranchant! Devenus riches, nous t'enrichirons, ô notre protecteur et ami!» ”
“ Tuer des enfants, tuer des adultes, tuer des jeunes filles, fonction auguste.Le sacrifice, sous ses diverses formes et acceptions multiples, le sacrifice est la doctrine fondamentale des religions. «Tuez! tuez!» Cette parole de l'évêque qui massacra Béziers, eût pu être inscrite aux frontons de certains édifices, méritant moins le nom de temple que celui d'abattoirs et échaudoirs. De la chair des hommes, de la viande des animaux, les Dieux ne pouvaient s'assouvir. La Terre tout particulièrement, Déméter, la vieille ogresse, se montrait affamée et altérée plus que tous autres Immortels. ”
“ Ces malheureux Peaux-Rouges n’ayant pas d’acteurs pour rire, ni de bourreaux délégués par la magistrature, sont obligés de payer de leur personne, d’écorcher eux-mêmes le martyr, de brûler eux-mêmes le délinquant à petit feu. Ne l’oublions pas : dès que les fonctions réparatrices de la nutrition sont accomplies, l’animal humain n’est pas encore satisfait ; l’intelligence et l’imagination font valoir leurs droits ; la sensibilité ne veut pas rester inactive et réclame sa quote-part d’émotions. Car « l’homme ne vit pas de pain seulement ». ”
