“ Sans doute la palette orchestrale a pu s'enrichir avec l'armée des instruments qui segmentait; on apporte peut-être à la musique de nos jours plus de raffinements, plus de recherches, plus de coloris et de pittoresque, mais on ne saurait y mettre plus de noblesse, plus de foi, plus d'ampleur que ces rudes pionniers d'un art qu'ils ont créé.Méhul était à leur tête et conduisait le mouvement. Il eut tous les honneurs, tous les succès. Il fut le premier musicien nommé à l'Institut de France, il fut aussi le premier dans la Légion d'honneur. ”
André-Michel Méhul
Définition et enjeux
Citations sur “André-Michel Méhul”
A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, Tome II
“ Si affreuse que soit l'époque que me rappelle ce travail, je ne le revois pas sans plaisir quand je songe qu'il fut l'occasion de ma liaison avec un des hommes que j'ai le plus aimés, avec un des hommes les plus aimables que j'aie connus.Méhul n'avait guère alors que trente ans. Il était doué de l'imagination la plus ardente et de la sensibilité la plus vive, facultés qu'il dépensait presque exclusivement dans la culture de son art, et qui, réunies à un jugement exquis et à un esprit supérieur, composaient son génie. ”
“ Toute sa vie, il se plut à en cultiver comme il avait fait à Laval-Dieu et ce lui fut souvent d'un grand secours.Il est dans la vie des artistes bien des heures de lassitude, de doute, de découragement. Avec sa nature fine et impressionnable, Méhul les connut plus que tout autre. Il eut à lutter parfois contre la mauvaise fortune, contre les intrigues et les jalousies, même contre les douleurs privées. Dans ces jours d'amertume, Méhul se retournait du côté de ses fleurs et il y retrouvait des horizons roses, des douceurs parfumées. ”
Pierre-Ange Vieillard, Souvenirs du théâtre. Méhul, sa vie et ses oeuvres (1859)
“ Ainsi, à l'âge de quarante ans, il s'était élevé à une position qui pouvait, alors surtout, être regardée comme l'apogée de la fortune et de la gloire de l'artiste le plus heureux et le plus exigeant. Tel n'était point cependant le partage de Méhul, Fatalement doué de cette disposition mélancolique qui est la couronne d'épines du génie, il voyait des ennemis dans ses rivaux et transformait en complots de la haine les brigues de la concurrence. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ L'œuvre d'un Méhul, comme celle d'un Lully, d'un Hameau, d'un Weber, d'un Spontini, peut subir des éclipses plus ou moins longues, mais qui ne sauraient être définitives. Le temps remet toutes choses en leur place ; il fera bonne justice des négociants improvisés maestros, des entrepreneurs de musique inspirés par une divinité assurément bien coupable, des spectateurs inspirés par le snobisme et des directeurs inspirés par le veau d'or. ”
Antoine Vincent Arnault, Nécrologie. Notice sur M. Méhul
“ Non moins favorisé parla nature en ce qui regarde le coeur, qu'en ce qui tient au génie, Méhul avait un caractère élevé comme son talent; caractère formé d'une sensibilité profonde, alliée à une grande énergie et à la plus incorruptible intégrité. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Enfin, n'oublions pas, pour tenir la balance égale, que la collaboration d'un Hoffman compense largement celle d'un Bouilly. Il n'est pas douteux, d'après les unanimes témoignages de ses contemporains, que la personne de Méhul ait reflété les qualités d'ordre, de noblesse et d'harmonie qui caractérisent son œuvre. Bien que, selon Arnault, « hors du monde, au milieu du monde même, il fût tout à son art », la porte de sa tour d'ivoire s'ouvrait facilement et fréquemment pour y laisser pénétrer ses amis ou lui permettre de les aller retrouver. ”
Antoine Vincent Arnault, Nécrologie. Notice sur M. Méhul
“ Ce neveu est le jeune d'Ossoigne ; cet enfant de son affection l'est aussi de son talent. Méhul lui a transmis la tradition qu'il tenait de Gluck ; et tout fait présumer que ce jeune homme, qui, après avoir remporté le grand prix de composition musicale à l'Institut, a été envoyé en Italie, sera le successeur du grand artiste dont il est élève. Méhul est mort à cinquante-quatre ans. Si grands que soient les honneurs qu'on rend à ses restes , ils ne peuvent être excessifs. La perte que les arts viennent de faire est immense : celle que fait l'amitié est irréparable. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Arrivé à Lyon où il séjourna durant une huitaine, il écrivait à Mme Kreutzer : « Je suis, à Lyon comme à Paris, un fantôme qui fait peur aux petits enfants et qui a le bonheur d'être aimé des grands... Je ne vis plus que par le cœur. Je n'ai que la force de vous dire que je vous aime à la vie et à la mort. » Un cœur délicatement bon s'affirme ici comme en mille autres rencontres. — Arrivé à Mont- pellier, Méhul oublie ses souffrances pour féliciter son élève Herold du succès de son premier ouvrage, les Rosières. ”
Sophie Gay,
Souvenirs d’une vieille femme
(1834)
“ Méhul était l’Homère du genre ; son imagination mélancolique, sa foi dans le surnaturel, la noble simplicité de ses expressions, charmaient à tel point, que les moins sensibles à ces sortes de récits en restaient longtemps émus. Le premier consul était un de ceux qui se plaisaient le plus à frémir à ces sortes d’histoires ; et dans le petit salon de la Malmaison, dans cette charmante retraite où les arts fraternisaient alors avec la gloire, un récit fantastique de Méhul succédait souvent à celui d’une bataille ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Le 28 du même mois parut, au Théâtre Favart, le Jeune sage et le Vieux fou, un seul acte dont Hoffman encore avait écrit les paroles. Aussitôt après Méhul s'adonna à l'élaboration d'un drame lyrique en trois actes : Mélidore et Phrosine, en collaboration avec ce spirituel Arnault qui, malgré son ardent royalisme, demeura cependant fidèle à Napoléon et fut exilé par les Bourbons. Ses tragédies sont bien mortes, mais il leur survivra par sa délicieuse élégie de la Feuille et par quelques fables piquantes. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Deux jours avant l'apparition d'Ariodant le général Bonaparte, revenant d'Égypte, mettait le pied sur le sol français. Peu s'en était fallu, nous raconte Arnault, que Méhul eût été son compagnon d'expédition. En effet, l'auteur de la Feuille avait été chargé de trouver « un poète, un compositeur de musique et un chanteur» qui consentissent à tenter l'aventure. Ducis, Méhul et Lays étaient même désignés par le grand capitaine. ”
A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, Tome II
“ Le jardin, si grand qu'il fût, nous paraissant trop étroit pour les développemens de notre tactique, et chacun, chiens comme gibier, regrettant de n'avoir pas un parc à sa disposition, je pensai à celui de Gentilly, dont Méhul pouvait disposer. La demande me parut d'autant plus facile à faire que Méhul était très-connu de ces dames. À son début à Paris, avant de travailler pour le théâtre, il avait donné des leçons de musique, et elles avaient été ses premières écolières. ”
“ Non seulement, par cette belle manifestation, vous honorez la mémoire de Méhul, mais vous vous honorez grandement vous-mêmes, et vous honorez la France aussi. Il ne saurait nous déplaire qu'à l'extrémité de notre pays et sur sa limite même, ce soit tout d'abord la statue d'un musicien illustre qu'on découvre en entrant chez nous. C'est comme une étiquette d'art donnée à la patrie; c'est plus encore quand ce musicien s'appelle Méhul et qu'il a écrit le Chant du départ—ce frère jumeau de notre Marseillaise—qui retentit si souvent à l'heure du danger parmi les armées de la première République. ”
A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, Tome II
“ L'opéra d'Euphrosine et Conradin parut en 1790 au milieu de la tourmente qui agitait alors tous les esprits. Étranger aux intérêts de la révolution, il obtint néanmoins l'attention d'un peuple qui la refusait à tout ce qui alors ne s'y rattachait pas. Grâce aussi à l'habileté du poëte qui lui avait fourni l'occasion de se montrer tout à la fois comique et pathétique, héroïque et bouffon, Méhul prit place entre le Corneille et le Molière de la musique, entre Gluck et Grétry.On ne se maintient pas toujours à la hauteur où l'on a été porté par un premier élan. ”
Pierre-Ange Vieillard, Souvenirs du théâtre. Méhul, sa vie et ses oeuvres (1859)
“ Il n'en fallait pas tant pour achever de ruiner les forces d'un homme depuis longtemps miné par le chagrin et l'ennui, et qui, à des sujets de mélancolie dont autrefois il s'était peut-être trop exagéré les motifs personnels, voyait s'ajouter aujourd'hui des causes trop réelles et d'autant plus pénibles pour un coeur comme le sien qu'elles allaient à la perte de ce qu'il avait chéri et glorifié toute sa vie. La décadence présente du Conservatoire, où l'on retrouvait à peine quelques traditions effacées de ce qu'il avait été pendant vingt ans, était, pour Méhul, une cause imminente de sa fin. ”
Jean-Pons-Guillaume Viennet,
Promenade philosophique au cimetière du P. La Chaise…
(1824)
“ L amour-propre de Méhul étoit moins opiniâtre que celui de ses envieux; il doutoit quelquefois de son mérite et de sa gloire, et sa confiance étoit souvent si incertaine, que, sur la critique d'un enfant, et dans un accès de modestie, il eût jeté au feu la plus belle de ses partitions. Ces mo- ments de doute et d'incertitude étoient les effets d'une imagination capricieuse, de cette sensibilité profonde dont l'avoit doué la nature, et sans laquelle il n'est point de génie. ”
P. de Lagenevais, Revue des Deux Mondes
“ Le siècle a si terriblement cheminé depuis lors, qu’on se prend à sourire des audaces dont nos pères s’effarouchaient. D’autre part, nous verrons plus loin, par Joseph, le peu que pèsent ces acquisitions modernes dans la confection d’un chef-d’œuvre et quelles sublimités peuvent naître sans l’intervention de l’enharmonique. Méhul est un musicien de théâtre, il étudie les caractères, peint les passions, il a le sentiment, l’émotion, la grandeur ; Méhul sait faire vivre, et certaines de ses ouvertures nous montrent combien il possède aussi la note pittoresque. ”
“ Et comment ne l'eût-on pas aimé, cet homme qui, en dehors de son rare talent, était si excellent, si bon, si aimable pour tous? Il mettait du charme et de l'esprit, nous dit un de ses biographes, jusque dans le simple bonjour qu'il vous donnait.Et voyez, messieurs, comme le génie rayonne éternellement à travers les siècles. Voilà cent trente années que Méhul naquit dans cette ville de Givet, et son souvenir y grandit toujours. Aujourd'hui, c'est l'apothéose; et nous voici tous réunis autour de la statue que viennent de lui ériger ses concitoyens reconnaissants. ”
A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, Tome IV
“ La révolution donna à cet art un caractère plus mâle et plus fier. De l'âge pastoral auquel il avait semblé appartenir essentiellement jusque-là, il passa dans l'âge héroïque; aux chants naïfs et spirituels, mais un peu mous de Monsigny, de Desaide, de Daleyrac, de Grétry, se mêlèrent les accens si vigoureux, si graves et si passionnés de Berton, de Le Sueur, de Chérubini, et de ce Méhul dont le nom se lie à tous nos triomphes.Ce caractère renouvela notre musique dramatique. ”
Jean Jaurès,
Histoire socialiste de la France contemporaine
“ L’art classique de Méhul, son orchestration solide et précise s’allient à une émotion pénétrante et viennent soutenir une inspiration pathétique jusqu’au terme de l’œuvre. Méhul demeure, dans cette période de l’histoire de notre musique, l’un des maîtres les plus purs ; dans certains opéras il a retrouvé la grandeur, la tendresse et la simplicité qui font tout le génie des merveilleux artistes de l’Allemagne. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ La liberté, pour eux, c'est le fil long d'une aune Au bout duquel on laisse un peuple bourdonner. dont l'une servit plus tard de préface à son opéra d'Adrien. Tandis que les deux braves Romains s'ajoutaient à la vaillante légion des héros d'opéras, à la suite du Fabius de Méreaux et du Mithridate de Lemoyne1, Méhul se trouvait entraîné, bien contre son gré, à une collaboration probablement unique dans les fastes de la musique. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ L'autre, par contre, offre un caractère plus majestueux, une vigueur plus con- tenue, au moins dans la musique des strophes, car le refrain s'élance, ou plutôt jaillit avec une ardeur belliqueuse et fière qui ne nous parait nullement inférieure à celle dont s'enflamme l'appel aux armes de la Marseillaise1. Nous devons noter, en les déplorant, les ravages accomplis par les éditions modernes dans les accompagnements du chant de Méhul. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ De là des contrastes et des méprises dont l'invention rallia tous les suffrages des amis du librettiste. Le poème fut écrit en quinze jours, et bien que primitivement destiné à l'Opéra, fut néanmoins joué à l'Opéra-Comique, avec lequel Méhul entretenait des relations plus cordiales. La première représentation eut lieu le 17 février 1807 ; le musicien n'avait donc employé que deux mois à l'enfantement de ce chef-d'œuvre. ”
Pierre-Ange Vieillard, Souvenirs du théâtre. Méhul, sa vie et ses oeuvres (1859)
“ Comment donc se trompent-ils si souvent et si lourdement au choix des ouvrages qu'ils se chargent de mettre en musique, soit pour s'engouer des mauvais, soit pour rebuter les bons? Par exemple, rien n'est plus connu dans les annales du théâtre que les rebuts éprouvés par M. de Jouy, au sujet du poëme delà Vestale, successivement dédaigné par Méhul, Chérubini, Paer, Boieldieu, quels autres encore? et qu'en désespoir de cause il abandonna à Spontini, le lendemain de la chute que celui-ci fit, en 1804, avec la PetiteMaison, sur la scène de l'Opéra-Comique ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Méhul, profondément atteint par cette nouvelle défaite, écrivit à Jouy une lettre douloureuse dans laquelle il s'accusait de lui avoir porté malheur. « Je suis meurtri, je suis écrasé, dégoûté, découragé ! Il faut du bonheur, le mien est usé. Je dois, je veux me retrancher dans mes goûts paisibles. Je veux vivre au milieu de mes fleurs, dans le silence de la retraite, loin du monde. » Nous mentionnerons en passant le Prince troubadour (24 mai 1813) , dont les paroles provenaient du librettiste de Joseph. Ce sujet de pendule ne réussit guère à Méhul, et sa tristesse s'en augmenta. ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Jeune Henry qui lui présenta celui d'un opéra comique en deux actes : Une folie, complètement dénué d'in- térêt, mais qui dut à la musique une réception favo- rable. Peu après la première représentation (5 avril 1802) , Méhul, si nous en croyons son collaborateur, étant exaspéré par « les traits venimeux » que lui lan- çaient les ennemis de sa gloire,... finit par provoquer en duel un de ses éhontés détracteurs auquel il dit, tenant son épée d'une main ferme mais vacillante (textuel) : « Ne vous y méprenez pas : si je tremble, ce n'est que de colère. » ”
A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, Tome IV
“ Au fait, me dit-il, Ducis est un peu vieux; un long voyage, une longue absence, tout cela doit l'effrayer, il nous faut quelqu'un de jeune; Méhul tient à son Conservatoire, et plus encore à son théâtre, sans doute; c'est tout simple, là sont ses moyens de gloire. Qu'il nous compose quelques marches militaires! son génie sera avec nous, cela nous suffira. Toutes réflexions faites, un musicien fort sur l'exécution nous conviendrait mieux qu'un compositeur. Quant à Lays, je suis fâché qu'il ne veuille pas nous suivre, c'eût été notre Ossian ”
René Brancour, Méhul : biographie critique... (1913)
“ Deux harpes et un cor accompagnaient des voix de femmes chantant un hymne d'une sereine gravité dont le thème rappelle de très près le refrain du Chant du départ. Ce délicieux intermède ne fait que mieux ressortir la grandeur du reste de l'œuvre. Par l'équilibre des éléments sonores, l'expressive justesse de la déclamation et la sculpturale beauté de l'harmonie, ce superbe édifice musical mérite la qualification de chef-d'œuvre. 1 « Méhul rêve des chœurs de trois cent mille voix, un opéra monstrueux chanté à quatre parties par une armée de voix. » ”
Pierre-Ange Vieillard, Souvenirs du théâtre. Méhul, sa vie et ses oeuvres (1859)
“ Son frère et son élève, Auguste, promettait d'être son digne successeur. Ces titres divers à la vogue et à la célébrité avaient procuré à Kreutzer une des plus grandes existences d'artiste dont il y ait eu d'exemple en France ; par le talent, il était arrivé à la fortune; et la spirituelle intelligence d'une femme du plus haut mérite avait fait de sa maison le centre de réunion d'un petit nombre d'auteurs et d'artistes d'élite qu'il rassemblait toutes les semaines à sa table. La place de Méhul y était toujours marquée la première ”
