William Shakespeare,
Macbeth
(1623)
“ DUNCAN Cela n’a-t-il pas effrayé — nos capitaines, Macbeth et Banquo ? ”
William Shakespeare,
Macbeth
(1623)
“ DUNCAN Cela n’a-t-il pas effrayé — nos capitaines, Macbeth et Banquo ? ”
Théodore de Banville,
Contes bourgeois
(1885)
“ Dans cette étrange maison, on doit non seulement au couturier, au linger, à la couturière, au joaillier, au chaussetier, mais on doit aussi au boucher, à l'épicier, au boulanger, aux domestiques et à la portière ; dans les finances de ce ménage bourgeois, il y a autant de désordre que dans celles d'un État. – Je ne puis, dit Labro, t'offrir un conseil. Peut-être, une fois devenue ta femme, mademoiselle Séraphine échapperait-elle au vertige qui affole sa famille. Si jamais tu étais embarrassé par le manque d'argent, tu sais que mon inépuisable fortune est à ton service. ”
Théodore de Banville,
Œuvres de Théodore de Banville…
“ Qui d’abord près de moi parlait d’amour profonde. Et les gens de la fête, émus à son aspect, Semblaient la regarder avec un grand respect. Par terre, dans un coin, dormait la femme pâle, Avec une attitude insoucieuse et mâle. Dans ses longs doigts aussi dormait un chapelet, Où l’ivoire à des grains d’ébène se mêlait. Pour servir au festin, de très belles servantes Apportaient les plats d’or avec leurs mains savantes : C’était d’abord la sœur des grands astres, Phœbé, Dont le regard d’argent sur la terre est tombé ”
Théodore de Banville,
Odes funambulesques
“ Ce monsieur qui tient ses livres de maison en partie double, et qui sert d’intermédiaire pour trouver de l’argent, c’est un poëte. Mon domestique ne se contente plus d’être mis dans la gazette ; il fait bâtir des maisons, et ce pauvre homme en habit râpé qui monte dans un omnibus est un duc plus ancien que les La Trimouille. ”
Théodore de Banville,
Le Sang de la coupe
“ Pour brouter la verdure et ramasser des glands, Moi, qui ne vous semblais pas plus que nous ne sommes, J’ai détaché les Dieux de leurs gibets sanglants ! Dans une eau de cristal j’ai lavé leurs blessures. Ils marchent maintenant libres sous le ciel bleu, Portant la pourpre et l’or sur leurs belles chaussures, Et le front couronné par les rayons du feu ! Tel le poëte parle au passant toujours ivre, Lorsque de son supplice on hâte les apprêts. Il lui dit : Vois ce sein ouvert qui t’a fait vivre ! Mais le passant lui crie encore : Après ? — Après ! ”
Théodore de Banville,
Œuvres de Théodore de Banville…
“ Les fils de soie et d’or de l’amour et des chants. Il lui disait comment, après des nuits de joie Où l’amour étoilé semble un firmament bleu, On s’éloigne à pas lents de la couche de soie, Emportant dans son cœur la jalousie en feu, Et comment à genoux, quand ce spectre flamboie, On frappe sa poitrine, en criant : Ô mon Dieu ! Mais Sténio, pressant son âme parfumée Et blanche jusqu’au fond comme une jeune fleur, Enveloppait César de la foi de son cœur. Il disait, entouré d’une blanche fumée, Et caressant toujours sa cigarette aimée : Si c’est un rêve, ami, je veux rêver bonheur. ”
Théodore de Banville,
Les Parisiennes de Paris
“ Mademoiselle Régine, extasiée, rêvait au bouquet de pierreries, et le jeune homme de dix-huit ans rêvait en regardant mademoiselle Régine avec des cœurs enflammés dans les yeux. — Maintenant, dit lord Sidney, je vous écoute, messieurs. Tobie apporta sur le surtout deux plats d’or, contenant, l’un, une inscription de dix mille francs de rente ; l’autre, deux cents billets de mille francs. — De cette façon, milord, dit le vieux serviteur, le lauréat pourra choisir. — Allons, s’écria Roger-Bontemps en couvant de l’œil les plats merveilleux, chaud ! chaud ! chacun la sienne ! ”
Théodore de Banville,
Vous en qui je salue une nouvelle aurore…
“ Et telle qu’à présent, jeune fille hautaine Au sein délicieux, Elle ravit d’amour l’azur de la fontaine Et l’escarboucle aux cieux. On dirait à la voir que, de sa main profonde, Dieu, sur son trône assis, A pétri de nouveau, pour en refaire un monde, Une Ève aux noirs sourcils ! Car elle est fière, et seule, Ange mystérieuse, Sourit et marche encor Avec la majesté d’une victorieuse À la cuirasse d’or ”
Théodore de Banville,
Contes bourgeois
(1885)
“ Tout en achetant, au compte du duc, des draps qu'elle se proposait de revendre bel et bien dans sa boutique, cette marchande à la toilette peignit très éloquemment le bonheur que donnerait à une femme adorée ce jeune duc, brave, spirituel, capable de garder un secret jusqu'à la mort, riche à ne pas connaître sa fortune, et qui pour satisfaire un caprice de son amie, prodiguerait les tas d'or, comme si c'étaient des coquilles de noix. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Néanmoins, rappelez-vous que la richesse ne fait pas toujours le bonheur; n'oubliez point que le monde est encombré — les quais de la Seine aussi — de pauvretés aux rimes d'or ; et n'ajoutez point foi à Banville, le plus acharné chercheur de ces pépites, qui n'empêchent ni les gens ni les idées de mourir à l'hôpital. « Sans la consonne d'appui, déclare Banville, pas de rime, et, par conséquent, pas de poésie; le poète consentirait plutôt à perdre en route un de ses bras ou une de ses jambes qu'à marcher sans la consonne d'appui ! » ”
Théodore de Banville,
Contes féeriques : scènes de la vie
(1882)
“ Sous la Régence, sans doute, elle avait fait la fête avec des seigneurs lutins et des abbés sylphes. Emeric la voyait à ces soupers, riante, provocante, élevant son verre où le vin écume, et la gorge nue sous une écharpe de fleurs ! Et alors c'était lui-même qui, vêtu d'un 1 habit couleur de feu brodé d'argent et de perles, prenait par sa taille mince la bacchante en délire, et, coupant en deux sa chanson, comme le vent coupe la strophe murmurante des fontaines, buvait, comme un diamant liquide, la goutte de vin restée sur ses lèvres ! ”
Théodore de Banville,
Contes bourgeois
(1885)
“ Le lendemain, qui fut le guide empressé de Paul Audemars ? Figurez-vous une paire d'yeux énormes, aux grands cils, pleins de ruses et de vices, noirs de toutes les braises de l'enfer, à la suite desquels il y avait une femme, souple, agile, enragée comme le vif-argent, très semblable au serpent qui danse au bout d'un bâton. C'était Pétronille Quant au boudoir où elle introduisit le banquier, rien de plus simple. Une coupole de cristal rose, à travers laquelle filtrait une douce lumière. Sur les murs, une étoffe de soie où étaient vaguement brodés une eau dormante et de longs feuillages pâles. ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ Ce fut donc vers huit heures et demie que l’incomparable lord Bansborough fit son apparition dans la salle du restaurant. C’est un homme de cinquante ans, grisonnant, glabre, très grand, très maigre, et d’une élégance si complète, d’un geste si hautain, d’une dignité tellement accusée, qu’il semble plus propre à figurer aux fêtes d’un couronnement perpétuel qu’à vivre parmi le tiers-état de notre pauvre époque. ”
Théodore de Banville,
Contes bourgeois
(1885)
“ Vous le trouverez, dit la vieille, dans la petite rue après la bibliothèque Sainte-Geneviève, chez un marchand de ferraille, poursuivi pour son loyer, et qui tire la langue. Il date véritablement de Henri II. Vous mettrez au fond, comme disent les cuisiniers, un bon lit de billets de banque, et par-dessus, vous poserez, dans son écrin, le joyau, que vous prendrez chez votre bijoutier. Il faut que ce soit un pur caprice d'orfèvrerie ; cependant assurez-vous que le Mont-de-Piété prête dessus au moins mille francs, car il faut toujours, et sous toutes les formes, donner de l'argent aux femmes. ”
Théodore de Banville,
Gringoire
“ LE ROI. Elle est aussi belle que jeune, et toute pareille à une rose naissante. GRINGOIRE, pâlissant. je devine, sire. Mais libre et sans tache sous le ciel, je me vois trop pauvre pour me passer d’honnêteté et de renom. LE ROI. Tais-toi ! La jeune fille dont tu seras l’époux est pure comme l’hermine, dont rien ne doit ternir la blancheur sacrée. GRINGOIRE. Tout de bon ? (revenant à lui.) mais je n’ai d’autre lit que la forêt verte et d’autre écuelle que ma main fermée : je ne peux pas me mettre en ménage avec si peu de chose. ”
Théodore de Banville,
Le Sang de la coupe
“ Et quand le Théâtre, noyé dans une mer de violence, de réalisme et de platitude, sentira par-dessus sa tête des flots et des flots encore, il étendra sa main vers le seul rameau qui pendra vers lui et qui sera la Poésie, et il se retiendra, pour ne pas mourir, à cette branche toujours verte. Théodore de Banville. Paris, mars 1874. LE SANG DE LA COUPE L’Invincible Ris sous la griffe des vautours, Cœur meurtri, que leur bec entame ! Vas-tu te plaindre d’une femme ? Non ! je veux boire à ses amours ! Je boirai le vin et la lie, Ô Furie aux cheveux flottants ! ”
Théodore de Banville,
Poésies complètes. Tome 1
(1878-1879)
“ Dans ce divin tableau, sombre comme un cyprès, Dont mon premier regard n'avait fait qu'une ébauche, Aux lèvres de l'enfant le doigt de la débauche, Sur les feuillets du livre une tache de vin. Et je me dis alors dans mon cœur : « C'est en vain Que par les flots de miel on déguise l'absinthe, Et l'orgie aux pieds nus par une chose sainte. Car Dieu, qui ne veut pas de tare à son trésor Et qui pèse à la fois dans sa balance d'or Le prince et la fourmi, le brin d'herbe et le trône, Met la tache éternelle au front de Babylone ! » ”
Théodore de Banville,
Gringoire
“ LOYSE. Mais qui a pu persuader au... protégé du roi de prendre un pareil métier ? GRINGOIRE, simplement. personne. Le métier que fait ce chanteur oisif, ce poëte (c’est ainsi qu’on l’appelait jadis) , personne ne lui conseille de le prendre. C’est Dieu qui le lui donne. LOYSE. Dieu ! Et pourquoi cela ? Pourquoi condamnerait-il des créatures humaines à être inutiles, et exemptes de tout devoir ? GRINGOIRE. Aussi Dieu n’a-t-il pas de ces dédains cruels ! Chacun ici-bas a son devoir : le poëte aussi ! ”
Théodore de Banville,
La Lanterne magique
“ D’ordinaire correct, vêtu comme un gentleman, et coiffé des chapeaux anglais les plus irréprochables, monsieur Adolphe, pour cette solennité, a symboliquement repris le costume pittoresque et la mythique casquette à pont, comme un dignitaire qui, pour quelque circonstance importante, revêt l’uniforme officiel. De la main, il fait signe que le moment est venu, et, tirant de sa poche un sifflet d’argent, il appelle Mariette. La grande fille paraît, humble, les yeux baissés, avec toute l’attitude d’un être prêt à obéir. — « Baisez le maître ! » dit monsieur Adolphe. ”
Théodore de Banville,
Les Belles Poupées
(1888)
“ Les biens de votre femme (qu'il faudra lui rendre) et les vôtres représentent en tout vingt mille francs de rente. Or, vous étant laissé prendre sottement, comme un oiseau au trébuchet, vous ne pourrez pas épouser votre jolie complice ; ne serez-vous pas réduits à la noire misère? J'aime à le croire, vous ne voudrez pas que l'argent de madame Paget entre dans votre faux ménage; aussi je vois déjà ma pauvre Ernestine portant des robes de laine raccommodées avec des reprises, et mangeant des biftecks grillés sur la pincette, par une cuisinière inhabile. ”
Théodore de Banville,
La Lanterne magique
“ Pour moi, je n’hésite pas à représenter humblement à Votre Majesté que le ministère Polonius est le salut de l’État, comme le ministère Guildenstern en serait la perte. — Mon cher duc, dit le roi Michel, je veux que mon peuple ne soit pas comme une bête de somme ployant sous le fardeau et déchirée à coups de fouet. Je veux que les ouvriers, avec le prix de leur travail, mangent de la vraie viande non corrompue, et boivent du vin fait avec du raisin mûri au soleil. ”
Théodore de Banville,
Les Exilés
“ De larges pleurs brûlants, des pleurs de haine, Tombent à flots dans sa barbe hautaine : Hélas ! dit-il, ce faiseur de travaux, Cet artisan d’exploits, mon capitaine, Le bon Roland, est mort à Roncevaux. Mais, ô ma sœur ! amie au col de cygne, Je te promets un époux, fils d’aïeux Fiers de lignage et de valeur insigne Pour te servir à la face des cieux. Il séchera les larmes de tes yeux Qui pleureraient toujours de chers fantômes. C’est mon Louis, je ne puis dire mieux : Il est mon fils, il aura mes royaumes. Aude sourit. ”
Théodore de Banville,
Poésies complètes. Tome 1
(1878-1879)
“ S'en vont, âmes sans frein, du beau destituées, Près des enfants qu'au mal ils ont prostituées, Souiller leurs cheveux blancs le long des carrefours! Puisque tu mets ta gloire à flétrir ce qui m'aime ! Puisque, les oripeaux et l'argent excepté, Tout tombe autour de toi sous ton propre anathème. Et que trop délicat pour un peuple dompté, L'amour de l'élégance et de la volupté Est éteint dans le cœur des courtisanes même ! ”
Le docteur Véritas par un de ses clients (1861)
“ Il a fallu que Bacon, brisant le cercle de fer où nous étreignait le magister dixit, nous enseignât à séparer l'ivraie du bon grain, à user de notre esprit d'analyse, avant de jeter de confiance notre admiration à l'autorité d'un nom. Un philosophe ancien, génie remarquable, puisqu'il fut le prémier qui posa la base de la science économique, tonnant contre l'usure, s'écriait : — Une darique, sous quelque forme qu'elle soit, vaut une darique! Erreur grave, Messieurs! Évoquons l'ombre de ce philosophe; envoyons-la porter à la banque sa darique sous forme de papier. ”
Théodore de Banville,
Les Exilés
“ Voulaient prendre en pitié son cœur silencieux. Oh ! disaient-ils, songeur caressé par les flammes, La beauté resplendit sur ton visage altier Baigné par des flots d’or, enchantement des âmes, Et ta lèvre est pareille aux fleurs de l’églantier. Quand tu lèves tes yeux à la clarté fidèles, Dans tes prunelles d’or l’éclair semble jaillir ; Les vierges de seize ans, quand tu passes près d’elles, Sentent leur voix s’éteindre et leur sang tressaillir. ”
Théodore de Banville,
Les Parisiennes de Paris
“ Nous entrâmes, et tout de suite je vis cette affreuse créature, ô misère ! ajustée comme une baladine de tréteaux, avec des loques et des bijoux de cuivre, lissant de la main ses rares cheveux, roux sous la pommade, et nous regardant avec son œil stupide et féroce. À côté d’elle, sur la table, il y avait des oripeaux dorés qu’elle ravaudait, et sur lesquels elle cousait des paillettes, bleues de vert-de-gris. Comme l’autre fois, des casseroles, des plats non lavés étaient épars ”
Théodore de Banville,
Poésies complètes. Tome 1
(1878-1879)
“ Où nos yeux éblouis, autour du kirsch en feu, Dans les flots de fumée avaient un pays bleu. On y raillait toujours quelqu'un ou quelque chose ; Nous lisions, moi des vers, parbleu ! toi de la prose ; Le poëte pourtant, c'était toi. Le passé Revient, je continue un récit commencé. Donc, Prosper apparaît. Seize ans, avec un père Doué, pour son bonheur, d'un charmant caractère, Un père homme d'esprit, là, comme on n'en voit pas, Tout plein d'un vieux respect pour les quatre repas, Mais qui, fort dénué du revenu des princes, Trouvait bon de laisser son épouse aux provinces. ”
Théodore de Banville,
Les Parisiennes de Paris
“ Toutes les nuits il faut souper avec le même champagne et les mêmes écrevisses à la bordelaise, et il y a plus de dix ans que j’ai envie de manger un ragoût de chrétien. Figure-toi, les gens qui nous mènent souper ne soupent jamais, ils sont ivres ; ils nous enfument avec de mauvais cigares dont ils font tomber la cendre sur nos robes et sur nos épaules, ils causent de la Bourse et racontent leurs bonnes fortunes, ce qui veut dire : traîner dans leur conversation les noms de femmes qu’ils ont assommées, excédées et abruties pour de l’argent ”
Théodore de Banville,
Contes bourgeois
(1885)
“ Viens donc ! ma chère, disait Vernette, nous aurons des rillettes de Tours, de la charcuterie de Reims authentique, et un joli vin de Chinon, vermeil comme une rose. Et des gens très amusants ! entre autres, un petit poète qui a des cheveux de femme, et un étudiant en pharmacie qui avale le couteau à découper. Je t'assure qu'on rira bien ! – Non, dit Flora ; Carmagnole et Triboulette, ça me serait encore égal ; mais je ne viendrai certainement pas, du moment que vous avez invité mademoiselle Sidonie Brûlot. De quoi vit-elle ? De son inconduite. ”
Théodore de Banville,
Ballade sur la gentille façon de Rose
“ J’adore son œil qui pétille, Et je sens des bonheurs de roi Rien qu’à lui baiser la cheville. Elle s’habille, elle babille. M’appelle avec son regard bleu. Et puis s’enfuit comme une anguille Jamais ne vîtes si beau jeu. ”
Théodore de Banville,
Contes bourgeois
(1885)
“ Oh ! comme il le réparerait, sans hésitation et par-devant notaire, avec un contrat en bonne forme ! Mais qu'on juge de la stupéfaction de ce Roméo lorsque, pendant une soirée intime à laquelle il assistait, le banquier annonça à ses amis le prochain mariage de sa fille avec le vicomte de Jouglas. Pâle comme un mort, fou de rage, déchirant son habit avec ses ongles crispés, au bout d'un moment il parvint à joindre Léone, et à lui parler dans l'embrasure d'une fenêtre. ”
