“ Un jour de brouillard, Philippe passait sur le pont de la Nonette : c'est la rivière de Chantilly, dont Le Nôtre a fait un noble canal. Hors les grilles, dans une vallée, la route de Senlis traverse cette eau charmante et lente, et qui porte des cygnes. Telle était la brume pourtant, que l'on ne distinguait eau, rives, ni parc : tout ne semblait qu'un océan de lait, un nuage d'ouate. Le silence lui-même paraissait prisonnier, et comme enseveli par ce pâle déluge. Rien ne bougeait le monde avait sombré, la vie s'était évanouie. ”
Marcel Boulenger
Élements biographiques
Marcel Jacques Amand Romain Boulenger (1873-1932), escrimeur olympique et écrivain français, distingue son œuvre par des pastiches et des autobiographies imaginaires, comme Souvenirs du marquis de Floranges (1923), trompant même des savants.
Auteur de romans tels que Le fourbe (1914) ou Au pays de Sylvie (1904), il allie ironie et réflexion sociale, tout en collaborant à des revues comme L'Action française. Médaillé de bronze aux Jeux de 1900, il incarne une époque où les limites entre art et vie se troublent, laissant une empreinte unique dans la littérature du XXe siècle.
Citations de Marcel Boulenger
Marcel Boulenger,
Couplées: Roman
“ A quoi bon désormais avoir si brillamment mené la conquête de Marc? Elle ne s'en était guère souciée, la fausse rivale! Le seul amant qu'il lui fallût, à cette comédienne, c'était le public, c'était la France tout entière! Comment ne l'avoir pas senti?Et comment aussi Pauline n'eût-elle pas souffert de ce que Sylvie se détachât, s'éloignât ainsi d'elle irrévocablement? Les répétitions, les soirées au théâtre, la foule, la vie publique... C'était fini. La jeune fille n'allait plus savoir qui haïr, ni qui aimer sur terre. Marc? Un homme déprécié, dont tout le monde aurait pitié, un infirme... ”
Marcel Boulenger,
La Querelle de l'Orthographe
“ La notation phonétique s’adresse à l’ouïe ; l’orthographe parle autant à la vision, à l’imagination, à notre faculté de nous représenter les êtres, les choses, les rêves. C’est un dessin qui évoque, aussitôt que vu, des souvenirs dans notre cerveau, des couleurs et des formes : il n’est pas destiné qu’à figurer des sons.Si la pensée nous arrivait toujours ainsi qu’une phrase qu’on entend, phrase qu’il s’agit de traduire le plus vite et le plus simplement possible sur le papier, comme on note en effet la musique, il serait raisonnable de désirer une notation phonétique. ”
“ Je suis heureuse de vivre en un temps qui a produit Stéphane Courrière. Il m'a trompée vingt fois, délaissée et bafouée... oui, bafouée! Peut-être m'eût-il livrée en spectacle, au besoin... Mais je lui pardonne, parce qu'il m'a montré la Beauté, et que chaque jour il la fait jaillir des moindres choses. Je servirai toujours, si je le puis, son œuvre et sa renommée... Pourtant je souffre comme la dernière des mendiantes auprès de lui. Je ne compte pour rien à ses yeux. Il estime que tout dévouement lui est dû. Il n'est qu'un tyran ivre de courtisaneries, et qu'un monstre de vanité... ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ La bête, ajouta ici lord Bansborough, la bête avait pris l’eau. Car j’avais suivi mon piqueur jusqu’à l’immense mer qui, comme il vous l’a conté, déferlait, horrible et blanche dans la nuit. Il est certain que l’animal mystérieux entra dans la tempête et s’y noya. Nous ne connûmes jamais l’être que nous avions si éperdument poursuivi, l’être à coup sûr féroce qui avait déchiré de ses mains, oui, je dis bien, de ses propres mains, trente-quatre de nos chiens, et dont, à la lueur d’une torche, nous relevâmes encore la trace sur le sable noir : un sabot non ferré, d’une netteté divine. ”
Marcel Boulenger,
Sur un tambour
(1916)
“ Dans la nuit du 5 mai, voici quelque cinquante années, deux vaisseaux, le Lombardo et le Piemonte, étaient amenés en grand mystère devant Quarto, tout près de Gênes. L'Italie bouillonnait et fermentait alors, comme la terre au printemps : partout, sur ce sol environné de parfums, la patrie germait à la façon de ces robustes fleurs des champs qui « lassent les faucilles », et l'on voyait, des Alpes à Palerme, bourgeonner l'audace et s'épanouir la liberté. ”
Marcel Boulenger,
Le gros garçon
(1926)
“ Puis le calme retombait, non sans un vague bruissement de soie : c'étaient les dérisoires peupliers frissonnant au dehors par ce minuit d'août, comme des arbres poussés en plein vent au bord d'une prairie puissante... Certes, la pièce était silencieuse, même recueillie, si l'on veut, mais non pas réellement solitaire, car la nature y glissait des antennes. Mlle Marthe Acrambelle, lui dit la sœur Saint-Philippe, venait de se retirer : on avait obtenu enfin qu'elle consentît à dormir, ou du moins à essayer de trouver un peu de sommeil. ”
Marcel Boulenger,
Lettres de Chantilly
“ Mais en revanche, ils savent, et mieux qu'aucun critique d'art ne le ferait, discerner en plein air, en pleine action, la délicatesse d'une courbe précise, la puissance élégante d'un mouvement. L'expérience leur a enseigné à quel point exact l'effort est superflu, c'est-à-dire mauvais. Ils goûtent en connaisseurs la silhouette d'un pur sang, d'un taureau puissant et racé, d'un hardi chien de meute, les proportions d'un athlète, et cette sobriété, cette aisance, cette force que doit avoir un geste parfait. Ce sont des artistes expérimentaux. ”
“ Mais il faut songer que, malgré toute ma volonté, malgré toute ma résistance, j'aimais la marquise Gianelli au point de la guetter par les rues où je savais qu'elle dût passer, de la suivre, en me cachant, dans ses promenades. Or, pendant les journées et les nuits qu'illumine, assombrit ou nuance un jeune amour, alors qu'on s'est dit à soi-même, comme en jetant les cartes: «Eh bien! voilà, c'est fait: je l'aime. J'ai perdu...» on dévide millimètre par millimètre le fil de sa vie. J'ai passé par les émotions d'une année peut-être, en huit jours, tandis que je doutais de Marie-Dorothée. ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ On se casait pêle-mêle, comme on pouvait, et soupers, parties fines, feux d’artifice, griseries de champagne et de jeu, tout cela ne cessait point. Mais quel gouffre aux écus que ce Chantilly ! On s’y ruinait sans y penser. Comment s’y prenait le prince Asdrubale Nani pour soutenir le train qu’on lui voyait, qui l’eût dit ? Cadet d’une famille piémontaise sans sou ni terres, il éblouissait et charmait Paris. Tantôt opulent, tantôt gêné, il vivait cependant toujours comme un nabab et jouait à nous faire perdre la tête. ”
“ Dès que l'on erre sur le sol étranger, un nerf tout vif, tout sensible se tend : et l'on se sent partout arrêté doucement par ce nerf-là, qui souffre. Ce n'est point torture, non, mais plutôt tristesse caressante en temps de paix, plus sombre durant la guerre; elle entête, elle accable, finalement elle irrite : un matin, les plus forts lui cèdent, et les voilà qui répriment un vrai chagrin d'enfant, ou d'amant. En cette Italie, dont pourtant il se juge aussi le fils, par goût et par sang latin, Philippe s'abandonne au délice d'aimer d'amour sa belle patrie. Il la pleure, il la choie. ”
Marcel Boulenger,
Couplées: Roman
“ L'hiver s'avançait. Les veneurs, en Hariale, rentraient après chaque journée de chasse revêtus de crotte ou ruisselants d'eau, les lèvres mortes et les doigts gourds, maudissant le beau cerf dédaigneux qu'ils n'avaient point pris et sur qui la forêt jalouse s'était refermée; mais parfois aussi rassasiés par le carnage de la curée, écoutant mourir la dernière fanfare et cheminant deux à deux, trois à trois, victorieux, paisibles. ”
“ Car telle est sa tristesse que, voulant faire honneur à Dieu, elle met ses robes les plus mornes, comme pour dire: «Vous m'avez infligé cette croix, ô mon Dieu qui m'avez repris tout ce que j'aimais. Vous m'avez rendue misérable et lamentable. Or en ce dimanche où je vous glorifie solennellement, je me pare de tout mon chagrin, et je l'apporte au pied de vos autels. Regardez-moi, mon Dieu, irréparablement malheureuse ainsi que vous m'avez faite. Je présente à tous les yeux mon deuil immense et soumis, comme un exemple bien chétif, mais hautement affirmé, d'humilité et de résignation.» ”
Marcel Boulenger,
Lettres de Chantilly
“ Affublées de robes sombres, perdues dans la foule, indiscernables au théâtre ou au restaurant, humbles passantes ou figurantes sans importance, elles ont perdu leur joyeux sourire du mois d'août et leurs fraîches couleurs, et ces cotillons courts, ces blouses légères et parfumées, ces chapeaux de paille qui les coiffaient si galamment. Elles cheminent au Bois de Boulogne ou rue de la Paix, modestes, furtives, et fort éclipsées par le luxe des courtisanes orgueilleuses et des « belle madame Une Telle ». A peine si on les distingue. ”
Marcel Boulenger,
Le gros garçon
(1926)
“ Gérard recevait, coup sur coup, des sentiments inaccoutumés, ainsi que l'on reçoit des rafales de pluie. La tristesse de ce presbytère, la voix si grave du prêtre, cette image d'une femme à la fois drôlesse autant que vertueuse, aventurière non moins qu'épouse parfaite, cette sainte, disait l'abbé, voilà de quoi éteindre, dérouter l'âme toute luisante et craquante, légère et craintive d'un homme de plaisir. Ces gens-là, tout les étonne, au fond. On les croit intrépides viveurs, habitués à considérer sans trouble les pires extravagances des circonstances ou des passions humaines. ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ Il y a toujours, dans les orchestres tziganes, un damné violoncelle et de perfides violons qui vous rendraient amoureux de n’importe qui. Le moyen qu’Armand n’eût point cédé à ces valses qui l’entraînaient, au champagne dont il avait trop bu, au parfum de cette Adeline, si pénétrant — cette Adeline qui déjà lui racontait en confidence qu’elle était de bonne famille, que sa mère avait été bien belle, qu’elle-même avait eu, il y a trois ans, un amour immense et tragique ! ”
Marcel Boulenger,
La Querelle de l'Orthographe
“ Les plus grands et les plus vivants chefs-d’œuvre n’auraient plus que la valeur d’objets de vitrine. La nation se sentirait désormais étrangère à sa tradition littéraire, à la partie la plus noble d’elle-même ! Les écoliers se trouveraient tout à coup sans modèles de beauté qui leur formassent à peu près le goût, et dans lesquels ils pussent avoir confiance. Ne se méfie-t-on pas toujours des écritures difficiles, des langues mortes ? Enfin la France — et les philologues respireraient enfin, — la France, le premier peuple littéraire du monde, n’aurait plus de littérature ! ”
Marcel Boulenger,
Sur un tambour
(1916)
“ Poussez-le, et voici qu'il vous décrit avec le plus noble et bel orgueil, la population toujours croissante, débordante de l'Italie, son crédit refait, son armée, ses canons, dont il sait la valeur et la portée, sa flotte qu'il dénombre. Insistez encore, il vous dira, et non sans une émotion profonde, ce que vaut, ce que peut le patriotisme italien, tout éclatant de sève et de jeunesse, en pleine fleur ! ”
“ Les commentaires s'envolaient sans trêve, on les entendait bourdonner comme des mouches. Philippe, après le déjeûner, traversait la pelouse, surpris qu'il était par cette extraordinaire nuée de commérages, vivaces, bruissants, légers, frivoles. Il se trouvait, à cet instant, devant les antennes de la télégraphie sans fil. Celles-ci se dressaient vers le ciel, en face du Rocroy Palace. Elles étaient deux ou trois, immenses, aiguës. D'interminables fils de fer les fixaient à l'herbe. ”
Marcel Boulenger,
Lettres de Chantilly
“ La libellule des plages est une jeune fille, très rarement une jeune femme. Une beauté soudaine et délicieuse se répand sur ses traits à partir du 20 juillet environ. C'est le moment de l'année où sa taille devient souple et s'affine, où son teint se fait plus chaud, plus uni, son sourire plus vif, son regard plus lumineux, ses gestes plus hardis, sa démarche plus libre. Elle se revêt durant le jour de linon blanc et de mousseline candide ; le soir elle se présente au casino ensevelie sous un manteau neigeux qui recouvre de précieuses dentelles et des gazes immaculées. ”
“ Fine et jolie Bretagne, berceau d'Yvonne, et sa vraie patrie! Chaque année les touristes s'y pressent, et les peintres l'encombrent; il y a même des espèces de chantres qui inventent des complaintes romanesques. Un étourdi sera persuadé que les Bretons craignent de rencontrer les fées sur la lande, qu'ils prendraient «leur fusil, Grégoire...» pour un oui ou un non, qu'ils contemplent l'Océan en pensant à des choses obscures, et que tout à l'heure ils se partageront la soupe d'un air grave, presque tragique... La Bretagne! murmure-t-on, la Bretagne!... et déjà la voix baisse et s'assombrit. ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ Une lueur enfin fendit le ciel, et le tonnerre suivit. Je me mis au pas. J’attendais la pluie. Mon cheval tremblait et ruisselait de sueur : il en est, vous le savez, que l’orage met au supplice. À quelques pas de là, justement, je voyais un pur sang au pré, qui, comme poursuivi, trottait en rond, galopait, puis s’arrêtait soudain, hennissait et repartait. Il semblait soit inquiet, soit furieux. C’était un grand diable entièrement noir, aux mouvements sournois, et qui portait mal une tête farouche. ”
Marcel Boulenger,
Sur un tambour
(1916)
“ Et nous en éprouvons une mélancolie affreuse, car notre innocente crédulité se plaisait aux beaux rêves, au roman : les peuples traversés par un frisson merveilleux, s'éveillant à la voix des poètes et des grands patriotes, courant aux armes ; puis le flot de la nation emportant les intrigues mesquines, comme l'inondation balaie des brins d'herbe; enfin la puissante voix des cités réclamant la guerre sacrée, chacun voulant sa part de gloire. ”
Marcel Boulenger,
La Querelle de l'Orthographe
“ L’harmonie poétique, voyez-vous, elle est dans l’écriture, et non, comme des naïfs le croient, dans le son. Les vers sont faits pour être écrits et non pour être dits. Le vers est une musique. Eh bien ! ceux qui ne lisent pas la musique ne la goûtent pas dans la plénitude. Qu’est-ce qu’une mélodie, qu’est-ce qu’un rythme, qu’est-ce que la voix ou l’orchestre, quand l’oreille seule en est touchée ? ”
“ A l'extrême automne, après quelque belle journée, le soleil s'effondre parfois au milieu d'un océan de pourpre : c'était ainsi que Philippe, traversant la pelouse en un tel crépuscule, admirait la curée du ciel et les nuages barbouillés de sang. ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ À Chantilly, ce fut toute la nuit une galopade extravagante à travers le champ de courses. Des hommes avec des torches cherchaient à reprendre vainement les chevaux épouvantés. Un escadron de Walkyries semblait avoir lâché sur l’herbe noire une troupe éperdue de cavales et d’étalons tragiques. Et miss Elena, transportée par ce spectacle romanesque, songeait qu’elle avait été bien sotte et que jamais elle ne retrouverait un pareil fiancé. ”
“ Une après-midi, ma surprise fut grande en arrivant chez la marquise Gianelli. Depuis quelque temps, je m'imposais de m'y montrer un peu moins assidu. Chaque matin, je m'éveillais abattu et contraint: le jour me pesait. Quelque chose, ou plutôt quelqu'un me manquait: Marie... J'aurais voulu l'avoir là sans cesse, m'asseoir contre elle, dans l'ombre savoureuse et comme précieuse, qui s'allongeait à ses pieds ainsi qu'un grand lévrier bleu. ”
Marcel Boulenger,
Lettres de Chantilly
“ On n'a pas plus le droit de priver un jeune célibataire du titre que son papa lui donne en son vivant ou lui a laissé par héritage, qu'on ne serait en droit de retirer à un jeune fermier la charrue de ses aïeux, ou à un apprenti ébéniste quelque rabot de famille. La noblesse n'est point du tout une sorte de qualité vague, mystérieuse et inestimable. ”
Marcel Boulenger,
Sur un tambour
(1916)
“ La grande Russie nous émeut, nous impose. Son effort immense et inlassable, depuis tant de mois, à travers la neige, le vent atroce, le froid monstrueux des Carpathes, puis sous l'épouvantable ouragan de fer en Galicie, alors que ces splendides soldats repoussaient le déluge de mitraille avec leurs baïonnettes. Ah ! qui pourrait songer à cette effrayante épopée sans frissonner d'admiration et d'amour? Comme leur avance, la retraite russe fut de pur héroïsme : les vainqueurs de la Marne et de l'Yser ont acclamé leurs frères d'armes. ”
“ Monique se tourna éperdument vers la compagne qui seule lui restait : « Ma chère, ma bien chère Geneviève, fit-elle, vous avez entendu ce sermon admirable ! J'ai pleuré, je n'en pouvais plus. Et vous?. Ah ! la confiance, l'adorable confiance, y a-t-il rien de plus précieux, en effet ? Nous n'en aurons jamais trop en qui la mérite. Il faut que notre amitié redouble, ma chère petite : vous m'inspirez tant de sécurité, vous! C'est un crime de ne pas nous voir plus souvent. Nous gaspillons notre affection, qui est bien vive, n'est-ce pas? » ”
Marcel Boulenger,
Au pays de Sylvie
“ Or, aujourd’hui, l’œuvre amoureusement terminée, la Cypris debout et rêveuse, mince, longue, et tenant son miroir comme une fleur fragile, la merveille enfin allait monter, monter, jusqu’au faîte du grand château, dans le firmament, aux pieds même de Simon de Meilles, qui ne se tenait plus d’orgueil ! En vérité, oui, il se mariait... « J’épouse tout-à-l’heure la Renommée, avait-il dit à Étienne Auxoust, là-haut, tu vois, au milieu de l’azur et à deux doigts des douze grands Dieux ! Il faut que tu sois de la noce... » ”
Marcel Boulenger,
La Querelle de l'Orthographe
“ Le principe même de la réforme par la phonétique est donc fort discutable : les conséquences de cette réforme pour la phonétique sont plus discutables encore. Est-il légitime de poser l’axiome : « l’orthographe est une notation phonétique ? » N’a-t-on pas le droit de répondre : « l’orthographe est l’orthographe, la notation phonétique est la notation phonétique ? » Simples définitions peut-être ; mais il faut définir, disait Descartes, avant de discuter.La notation phonétique est une écriture musicale qui cherche à figurer, à fixer les sons. ”
“ Mon Dieu, François, combien tu es modeste pour Tiberge! Moi, je veux qu'il ait tout ce qu'il peut avoir au monde. Et il aura en effet tout ce qui dépendra de moi. Je suis, grâce à mon bien-aimé père, déjà riche: alors je vais tâcher de devenir encore plus riche, pour Tiberge. Je lui donnerai plus tard tous les maîtres possibles, et les plus habiles: il acquerra toutes les sciences, tous les talents. ”
Marcel Boulenger,
Lettres de Chantilly
“ A LA GLOIRE DE CARDUCCILes races latines, le sang latin, qu'est-ce que cela signifie? s'écrieront les ethnographes. Il y a du celte, de l'anglo-saxon, du slave, du sémite, parfois du turc, et souvent de l'arabe dans ce qu'on nomme les races latines. C'est là surtout une expression géographique. Elle ne correspond à rien de rigoureux, au contraire. Et quand les Latins se flattent d'une prétendue hérédité, d'on ne sait quelle finesse du goût, comme d'une aisance charmante ou d'une qualité d'esprit qu'ils doivent à leurs ancêtres, ils s'en font beaucoup accroire. ”
“ Le colonel de Savignan l'accueillit à merveille, bien qu'avec un soupçon de froideur : c'était un très élégant officier de dragons, grand et droit, les épaules larges et la taille fort mince. Une chevelure blanche, éblouissante, et rejetée en arrière, encadrait comme une perruque du XVIIIe siècle son visage osseux, où le nez se recourbait, avec l'impérieuse audace d'un rostre d'aigle, sur des moustaches couleur de jais. ”
