“ Quant à moi, j’ai toujours admiré ton heureux naturel, Callias, mais à présent bien plus encore, puisque je te vois aimer un jeune homme qui, loin de languir dans les plaisirs et de s’oublier dans la mollesse, fait preuve aux yeux de tous, de vigueur, de patience, de courage et de sagesse. ”
Callias
Définition et enjeux
Callias, homme politique athénien du Ve siècle av. J.-C., est principalement connu pour avoir négocié la paix qui porte son nom, mettant fin aux guerres médiques. Auteur de cette trêve, il incarne un moment clé de l’histoire grecque, où Athènes consolide sa suprématie maritime.
Les sources antiques le dépeignent comme un diplomate complexe : Xenophon souligne son rôle dans des débats philosophiques, tandis que Demosthène le critique pour des erreurs diplomatiques. Plutarque, lui, évoque un personnage ambigu, oscillant entre ambition et vulnérabilité. Cette diversité d’approches révèle une figure à la fois stratégique et controversée, au cœur des enjeux politiques et moraux de son époque.
Citations sur “Callias”
Edmond de Goncourt,
Journal des Goncourt
“ Et de ce pochard, il saute à cet autre pochard de Callias, qu'il dit lui avoir fourni les plus charmants échos sur les pochards, de même qu'un cocu lui a fourni les plus instructifs échos sur le cocuage. Callias, il nous le montre sale, dégoûtant, comme si on l'avait ramassé dans le ruisseau, ivre à tomber, et cependant se tenant par la force de la volonté, en équilibre sur le bord du trottoir, sans jamais dévaler sur la chaussée, et toujours occupé à attacher à sa boutonnière une fleur fanée, un brin de verdure, un légume ramassé dans les ordures. ”
“ Le retroussé, le camus, ne sont point accidentellement des états du nez ; ils en sont des états essentiels. Il n’en est pas de même du blanc, qui peut s’appliquer à Callias ou à homme, parce que Callias est blanc, et que Callias se trouve être un homme ; il en est comme du mâle dans l’animal, de l’égal dans la quantité, et de toutes les propriétés qui sont dites attributs essentiels. Par attributs essentiels j’entends ceux dans la définition desquels entre nécessairement l’idée ou le nom de l’objet dont ils sont des états ”
Thucydide,
Œuvres complètes de Thucydide et de Xénophon
“ Dans cette persuasion, ils sortent avec leurs troupes. Callias rangea ses hoplites non loin des murs : Iphicrate, suivi de ses peltastes, courut charger l’ennemi. Les Lacédémoniens, assaillis d’une grêle de traits, voyant les leurs ou blessés ou tués, commandèrent aux valets d’enlever les morts et de les porter au Léchée : eux seuls, à dire vrai, se sauvérent. Le polémarque ordonna aux décaphèbes de poursuivre les peltastes dont nous venons de parler. ”
Démosthène, Harangues d'Eschine et de Démosthène sur la Couronne… (1834)
“ Callias se présente devant vous, non plus par députés, mais en personne; il se rend à l'assemblée et vous débite un discours que lui a préparé Démosthène. Il arrive, dit-il, du Péloponèse, où il a imposé une contribution de cent talens, pour l'expédition contre Philippe; il annonce ce que chaque peuple doit payer : les Achéens et les Mégariens, soixante talens; toutes les villes de l'Eubée, quarante. Avec de telles ressources, vous aurez une puissante armée de terre et de mer. Beaucoup d'autres peuples s'empresseront d'apporter aussi leur tribut; argent, soldats, vous au- rez tout. ”
Thucydide,
Œuvres complètes de Thucydide et de Xénophon
“ Callias, fils d’Hipponicus, et Iphicrate, dont l’un commandait les hoplites et l’autre les peltastes, ayant aperçu, d’une éminence, les Lacédémoniens en petit nombre, dénués de peltastes et sans cavalerie, crurent qu’avec une infanterie légère ils les chargeraient sans danger. Si l’ennemi continuait sa marche, ils le tueraient à coups de traits, en queue et en flanc ; s’il osait poursuivre, d’agiles peltastes échapperaient aisément à de lourds hoplites. ”
Plutarque,
Essais de philosophie et de morale…
(1770)
“ L'ignorant Callias pentoit' aussi flupidement que ceux qu'on entend de nos jours , dire qu'il y a de l'art à se servir de l'épée, de la grenade , du fusil, mais qu'il n'y en a aucun à bien conduire une armée. Il y a des gens plus insensés encore, & beaucoup plus méprisables que Callias & tes pareil ; ce font ceux qui prétendent que la prudence , sans laquelle tous les arts seroient inutiles & souvent dangereux, ne peut ni être apprise, ni s'enseigner. ”
Démosthène, Harangues d'Eschine et de Démosthène sur la Couronne… (1834)
“ Callias reçut aussi de vous son pardon ; mais bientôt il revint à son naturel. Sous le prétexte d'une assemblée à Chalcis , il cherche à tourner l'Eubée contre nous, et à s'emparer de la tyrannie. Espérant l'aide de Philippe, il se rend en Macédoine. Toujours à la suite du prince, il paraît être de ses intimes; mais l'ayant offensé, il prend la fuite et va se jeter dans les bras des Thébains. Bientôt il les abandonne eux-mêmes, plus inconstant que l'Euripe 1, sur les bords duquel il habitait, et il finit par se trouver entre la haine des Thébains et celle de Philippe. ”
“ Callias, craignant de sa part quelque mauvais dessein, déclara devant tout le peuple que s’il mourait sans enfants, il laissait sa maison et ses biens à Alcibiade. Hipparète, femme d’une grande vertu, et qui aimait fort son mari, affligée de ses torts envers elle et de son commerce avec des courtisanes tant athéniennes qu’étrangères, sortit de sa maison, et se retira chez son frère. Alcibiade ne s’en mit point en peine, et continua sa vie licencieuse. ”
Cornélius Népos,
Vies des grands capitaines
“ Il avait épousé sa soeur, nommée Elpinicé, suivant en cela sa propre inclination autant que l’usage du pays ; car il est permis aux Athéniens d’épouser leur soeur de père. Un certain Callias, qui s’était enrichi dans les mines et qui avait moins de naissance que d’argent, désirant posséder Elpinicé, proposa à Cimon de payer pour lui, s’il voulait la lui céder pour épouse. Cimon rejetant cette offre avec mépris, Elpinicé protesta qu’elle ne laisserait point éteindre dans les fers la race de Miltiade, alors qu’elle pouvait l’empêcher, et qu’elle s’unirait à Callias, s’il remplissait sa promesse. ”
Christoph Martin Wieland,
Histoire d’Agathon ou Tableau philosophique des moeurs de la Grèce - Tome 2
“ Plus cette scène sera universelle, & plus ils sentiront de plaisir. Plus le nombre des personnes joyeuses sera grand, plus la joie sera variée, & plus la volupté de ces hommes, dans lesquels tout est sentiment, cœur & ame, sera vive. Avouons donc, Callias, que tous les plaisirs qui nous sont offerts par la Nature sont sensuels, & que l’imagination la plus exhaltée, la plus abstraite, la plus déliée, ne peut nous en procurer d’autres que ceux que nous pouvons sucer d’une maniére bien plus parfaite d’une coupe ornée des fleurs & des lèvres de la belle Cyane. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Prise d’une soudaine timidité, à l’idée d’aller me faire reconnaître de but en blanc, je griffonne sur ma carte de visite un mot d’explication assez incohérent, et la tends à l’homme en blouse qui disparaît derrière une grande portière de velours rouge. Il revient quelques secondes après : « M’sieur Barral a dit qu’il serait bien content de revoir cette dame ; si vous voulez bien vous asseoir et l’attendre une minute... » ”
Guillaume-Emmanuel-Joseph Guilhem de Clermont-Lodève, Recherches historiques et critiques sur les mystères du paganisme… (1817)
“ CALAÜS, père d'Attis, I, 88. CALLIAS, dadouque : l'avarice qu'il montra lors de la bataille de Marathon, I, 225 ; jugement rendu par les Céryces, à l'occasion d'un fils de Callias, 250 ; Callias soutient que celui qui se présentoit avec un rameau de suppliant, pendant les grands mystères d'Eleusis, méritoit la mort, 261 ; sa famille jouissoit à Sparte du droit d'hospitalité, II, 28, note. CALLICHORE, puits de ce nom à Éleusis, I, 127 et 144 ; danses des initiés autour de ce puits, 322 ; il n'étoit pas permis aux initiés de se reposer sur ce puits, I, 322. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Comment, c’est lui, ce gringalet de Barral ! J’ai devant moi le buste d’un commandant, robuste, large d’épaules, au visage rasé, accusant des traits toujours fins, mais coupés plus nets, me semble-t-il ; le menton décidé, l’œil vif et bien enchâssé ; la bouche sinueuse dessinant toujours le léger sourire railleur, pointé d’une fossette... ce sourire derrière lequel il y avait de l’émotion et de la générosité, paraît-il... ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ « Est-ce que M. Cardoc est chez lui ? — Non, Madame, il est sorti. Mais je sais qu’il ne tardera pas à rentrer. Si vous voulez vous asseoir en l’attendant... » Celle qui me parle est une petite femme maigre, d’une pâleur renforcée par sa poudre, les yeux grands, extraordinairement brillants dans son visage triangulaire, où le menton est à peu près inexistant. Elle est vêtue de noir, et ses cheveux bruns sont coupés en franges avec d’épais frisons courts sur les oreilles. Je pénètre, à sa suite, dans un atelier aussi nu qu’était celui de la Glacière. ”
Charles Rollin,
Histoire ancienne. Tome 8
(1846-1849)
“ Il survint un architecte étranger (il se nommait Callias) qui fit un essai en petit d'une machine capable, selon lui, d'enlever quelque poids que ce pût être, et de triompher par là de toutes les autres machines. Diognète, jugeant la chose absolument impossible, ne rougit point d'avouer qu'elle était au-dessus de sa science. La pension de celui-ci fut assignée à Callias, comme beaucoup plus habile que lui. Quand Démétrius Poliorcète se prépara à faire approcher sa terrible hélépole des murs de Rhodes, qu'il assiégeait, les habitants sommèrent Callias de faire usage de sa machine. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Si tout dans la vie pouvait se conserver dans le camphre, comme ces morceaux d’étoffe et ces chiffons de dentelles... Je ne rouvrirai plus cette malle, qui va s’empoussiérer tranquillement dans mon grenier campagnard. J’en ai retiré une seule chose, pour la garder avec moi : ma photo des Tuileries, avec les cheveux de Barral, dans le cadre de maroquin vert... Barral... non, je ne veux plus penser à lui. On disserte à perte de vue sur le mystère du cœur féminin. Oui ; et le cœur masculin, alors ?... ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Je m’affaire de tous côtés, mettant un soin extrême à classer des papiers, rassembler des vêtements, les ranger dans les compartiments de ma malle. J’ouvre ma porte pour prendre une paire de bottines que le garçon d’étage vient de déposer là après les avoir nettoyées ; et je m’immobilise soudain, en entendant une voix fraîche et gaie résonner à l’étage au-dessous, celle de la jeune Colette Barral, qui dégringole l’escalier escortée d’un robuste gars américain, lequel partage sa petite table aux repas. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Une manière de pont enjambe le cloaque, et des moutards déguenillés se tortillent en équilibre sur le parapet. Des tonneaux s’entassent sur le pavé gras d’épluchures, et masquent de temps en temps l’odeur cadavérique du lieu par un âpre relent de vieille futaille. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Sa voix lente et grasseyante continue, dans le silence adouci encore de crépuscule naissant, à évoquer devant nous, en termes brefs et imagés mêlés d’argot mélancolique, ce tragique hiver où la nature sembla s’unir à l’écrasant ennemi pour mater l’énergie rieuse et insolente d’un peuple qui ne voulait pas se soumettre. Cardoc avait recueilli tous les chiens et les chats abandonnés de son quartier et les nourrissait en cachette dans son grenier pour les soustraire à la faim environnante. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Mais Barral m’aimait dans le temps où j’étais inférieure physiquement — et moralement — à ce que je suis aujourd’hui... Il y a des choses qui ne se discutent pas. On m’a montré dernièrement, dans un milieu universitaire, un fort beau jeune homme qui est sur le point d’épouser, au grand désespoir de sa famille, une sorte de cantatrice mondaine âgée de cinquante-trois ans, maigre, ravagée comme un cholérique à sa dernière période, sous son maquillage et sa perruque rousse ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Un homme est assis par terre devant un poêle, en train de fabriquer quelque chose, au milieu de cinq ou six chats qui se rissolent béatement le ventre au feu. Il se lève sans hâte, et nous regarde. D’après le portrait que m’en avait fait Barral, je m’étais figuré une manière de « tête de Christ », c’est-à-dire le beau garçon maladif, à longs cheveux, à barbe blonde et aux yeux pochés de bistre, qu’on a une fois pour toutes, et assez sottement, adopté comme matérialisation de l’image du Christ... ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Cardoc, assis par terre, les jambes croisées, déploie une pile de panneaux, matelassés de poussière grise, parmi lesquels Barral happe deux ou trois croquetons d’animaux féroces. Moi aussi, bientôt, je pêche sans vergogne, avec de petits cris d’admiration. « Est-ce bien, ça ! Est-ce curieux ! Regardez, Barral ! » Je tiens un grand carton, représentant les bords de la Seine, un jour frileux d’hiver finissant. Tout un grouillement d’ouvriers s’affaire, en des gestes étonnamment vrais, à remuer le sol jaunâtre et fangeux, miroitant çà et là, de flaques à demi gelées. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Puis, je regarde distraitement le peintre, dont j’aperçois le profil derrière les poils ébouriffés d’une barbe poivre et sel ; et j’éprouve un petit choc d’émotion... Il recule de deux pas ; je vois alors qu’il boite un peu... « Monsieur Cardoc, dis-je en avançant de son côté, la voix forcée à être calme, est-ce que vous me reconnaissez ? » ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ « Ces gens-là se doutent-ils qu’ils vivent à une heure de l’avenue de l’Opéra, Barral ? — Ils n’y pensent guère, en tous cas ; pas plus que le type que nous allons voir, d’ailleurs. — Mais, enfin, quel est ce « type » ? vous ne m’avez seulement pas dit son nom... — Ça n’a pas d’importance ; il s’appelle Cardoc ; c’est un Breton, né à Paris, qui fait de la peinture avec un talent de chien, et qui — exemplaire unique, je crois — n’a jamais exposé dans aucun salon de peinture. Pas par pose, oh ! non ; mais par timidité d’empoté incorrigible ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ L’une d’elles porte la sébile où, en s’asseyant, chacun doit déposer les trente sous de sa cotisation au dîner. Autour de moi fument et bavardent une quinzaine de personnages dont l’allure ne diffère pas sensiblement de celle des habitants de mon ancien quartier ; seulement, si les femmes sont jeunes, les hommes ont plutôt la barbe grise, sauf trois ou quatre à type étranger. Le grand gaillard en manches de chemise (le maître de céans) sort d’un réduit obscur, toujours sa pipe à la bouche, tenant par l’anse une grosse marmite fumante. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Mais, dites-moi donc, Cardoc, vous continuez toujours à ne jamais vous produire, jamais envoyer dans aucune exposition ? Quel drôle de garçon vous faites ! — Si... une fois j’ai envoyé deux toiles à la Nationale. Mais on me les a refusées. Alors, je me suis dit : c’est plus la peine de se faire des frais ; puisque ça ne leur plaît pas... ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ « Mileska ? mais elle n’est plus à Paris ; et puis, il s’en fichait complètement, je crois. — N’importe ; il a pris ce prétexte-là, à ce qu’il paraît, pour lui dire qu’il en avait assez ; cette femme qui lui fait des scènes toute la journée ; qui lui permet à peine de dîner dehors sans elle... — Et qui n’est pas du tout faite pour comprendre un artiste comme Barral... » Je gagne le vestiaire d’un pas léger. J’en ai assez entendu ce soir... À peine rentrée dans ma chambre, je vais ouvrir la vieille malle de moleskine noire qui sent toujours le camphre. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ La cuisinière et la femme de chambre nous plaquent ; c’est une vraie calamité, les bonnes, en ce moment ; alors, ma femme en profite pour fermer la maison, et Colette va demeurer dans votre pension, qui est d’ailleurs plus rapprochée de son École des Chartes. Vous la verrez demain ; elle vous renouvellera mes regrets de n’avoir pas pu vous revoir... Enfin, vous reviendrez peut-être un jour à Paris... — Oh ! non, je ne crois pas... Adieu, Barral. ”
Hector de Callias,
Le divorce de Marguerite ; Comment on se sépare…
(1876)
“ Serait-ce un homme à ne pas voir? J'ai voyagé depuis quelques années, et je n'ai plus le pied bien parisien. — Ne va pas si vite, interrompit Toto. Tu peux voir Barsault, je le vois bien, moi! Je ne lui en veux pas de cette spéculation qui me donne du tracas, mais dont il est plus ennuyé que moi, au fond. Tu trouveras peut-être des gens qui te diront du mal de lui, parce qu'il est un peu léger d'allures. qu'il ne fait pas avec sa femme un ménage parfait. C'est une union qui a des nuages, et même un nuage perpétuel. ”
Suzanne de Callias, La Malle au camphre
“ Il est debout devant une table à toilette, que surmonte la Victoire de Samothrace en plâtre, sur un petit support ; il a défait sa chemise et ses bretelles, et, armé d’une serviette-éponge, se frotte vigoureusement les aisselles. Il ne se dérange pas à notre aspect. Nous traversons la cour, provoquant des fuites effarouchées de poules et de poussins ; et nous grimpons un escalier extérieur de chalet savoyard qui nous conduit au dernier étage de l’étrange bâtisse. Barral frappe à une porte, donnant sur un palier où deux autres lui font face ”
