“ Comme individu, à part une probité littéraire incontestable et incontestée, Casimir Delavigne était un homme de relations douces, polies, affables même ; sa tête, beaucoup trop grosse pour son petit corps, frappait désagréablement la vue au premier aspect ; mais son front large, ses yeux intelligents, sa bouche bienveillante, faisaient bientôt oublier cette première impression. Quoique homme de beaucoup d’esprit, il était de ceux qui n’ont d’esprit que la plume à la main. ”
Casimir Delavigne
Définition et enjeux
Casimir Delavigne (1793-1843), poète et dramaturge français, est surtout connu pour ses œuvres patriotiques, notamment les Messéniennes, qui résonnèrent avec les émotions collectives après la défaite de Waterloo.
Son style, à la fois dynamique et instructif, suscita des réactions diverses : Victor Hugo souligne son « mouvement » et son manque de sensibilité en tant que tragédien, tandis qu’Alexandre Dumas met en avant son charme littéraire et son humilité. Ses pièces, comme Les Vêpres siciliennes, marquèrent profondément le théâtre de son époque, confirmant son rôle de poète de la concorde et de la résistance.
Citations sur “Casimir Delavigne”
“ Placé dans un salon, il n’attirait en rien le regard ; il fallait savoir que c’était Casimir Delavigne pour faire attention à lui. Il y a des hommes qui portent leur royauté en eux ; partout où vont ces hommes, au bout d’un instant, ils dominent ; au bout d’une heure, ils règnent. Casimir Delavigne n’était point de ceux-là : cette domination, si on la lui eût permise, il l’eût refusée ”
Ernest Legouvé,
Soixante ans de souvenirs
“ Certes, j’avais beaucoup admiré et aimé Casimir Delavigne ; mais son âge se rapprochait trop du mien ; son caractère, plein de charme, n’avait pas assez de force, pour que mon admiration, si vive qu’elle fût, allât plus loin qu’une admiration littéraire, et que mon affection très réelle dépassât la sympathie et la reconnaissance. Le culte veut davantage ; il ne va pas sans un léger tremblement devant le Seigneur. J’ai toujours, je ne dirai pas tremblé, mais tressailli devant M. Lemercier. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Casimir Delavigne avait donné de hautes preuves de son talent ; il désirait prendre place dans l’illustre assemblée qu’on a nommée le parlement de la littérature. Il avait consacré sa vie entière aux lettres, et il ne voulait demander qu’aux lettres les distinctions qui doivent être la récompense du talent. Plusieurs fois la ville du Havre lui offrit ses suffrages. Foy, Manuel, Laffitte, dont l’influence à la Chambre était considérable, voulurent l’avoir pour collègue ; mais Casimir s’en défendit toujours : « Non, non, disait-il, les lettres, comme la politique, exigent un homme tout entier. » ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ M. Casimir Delavigne, mieux que tout autre poète au monde, a sondé habilement les secrètes préférences de la foule et les tendances passagères d’un jour ; mieux que personne, il a su les prévenir d’avance, y céder à temps, leur complaire avec charme et s’en rendre l’interprète d’affection. Toujours il a pressenti quelle juste dose de gaieté ou de pathétique convient pour faire accepter à point une idée ou un sentiment perçu en commun ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Delphine. — Je suis sûre que Casimir Delavigne en parle différemment, mais c’est lui-même qu’il faudrait entendre, car on lui prête souvent des discours qui, quand nous l’avons vu, étaient fort peu conformes. Ainsi vous m’avez soutenu l’autre jour, et Horace Vernet l’a répété, que parce qu’on lui avait préféré Soumet à l’Académie, il ne s’y présenterait pas ; qu’on l’avait traîné dans la boue. Jamais Casimir Delavigne n’a pu se croire traîné dans la boue parce que Soumet était nommé à sa place ; il m’a parlé de Soumet, et il m’a parlé de lui avec admiration ; il a plus d’esprit que ses amis. ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ Nous savons maintenant que l’auteur de la Fille du Cid peut, avec un succès égal, marcher à la suite des génies les plus divers ; il lui reste encore à être lui-même, et à se révéler dans une voie qui n’ait pas été déjà sillonnée par d’ineffaçables empreintes. À vouloir juger M. Casimir Delavigne dans son ensemble et comme caractère de poète, on n’est pas en vérité sans quelque légitime embarras. Entre le haut piédestal que lui dresse la foule complaisante et le socle plus abaissé où le pose la critique austère, son rang bien précis ne se dessine pas nettement à l’œil. ”
“ Eh bien, disons-le, poëte intermédiaire entre la vieille école et l’école nouvelle, Casimir Delavigne avait, dans son talent, un peu de cette faiblesse de complexion qu’il avait dans sa personne ; dans une œuvre de Casimir, — œuvre ne dépassant jamais les limites fixées par l’ancien théâtre, c’est-à-dire un, trois ou cinq actes, — il y a toujours un peu de faiblesse et d’essoufflement ; les pièces sont haletantes comme l’homme, l’œuvre est poitrinaire comme le poëte. ”
Alfred Nettement,
Histoire de la littérature française sous la restauration 1814-1830
“ Ce poëte fut M. Casimir Delavigne : né en 1793, il avait alors vingt-deux ans. Les premières Messéniennes ne furent point l’œuvre de l’esprit de parti ; c’était le gémissement de la France qui retentissait dans les vers d’un de ses plus jeunes enfants. M. Delavigne était alors dans un âge où les émotions sont vives et les impressions profondes ; il peignait ce qu’il voyait, il éprouvait ce qu’il exprimait. C’est là le grand secret de l’inspiration. Elle trouve surtout son aliment dans les sentiments naturels, elle périt au contact des sentiments factices. ”
Eugène Grelé, Jules Barbey d'Aurevilly : sa vie et son oeuvre d'après sa correspondance inédite et autres… (1902-1904)
“ Notre jeune élégiaque inscrit donc en tête de sa lamentation versifiée cette dédicace touchante : « A Monsieur Casimir Delavigne, comme un tribut d'admiration », et adresse le tout à celui qu'il appelle déjà son maître. Néanmoins le rusé Normand de Saint-Sauveur, n'étant pas sûr. dès l'abord de la bienveillance de Delavigne, croit bien faire de plaider lui-même sa propre cause et de solliciter un indulgent accueil. On n'est jamais mieux défendu que par soi, n'est-ce pas ? ”
“ Tout ce que nous venons de dire est dit, on le comprend bien, au point de vue d’une critique sévère, et n’empêche pas que Casimir Delavigne n’ait reçu du ciel des qualités réelles. Ces qualités sont : une grande facilité de versification qui rarement monte jusqu’à la poésie, il est vrai, mais qui jamais ne tombe jusqu’au vers flasque et détendu ; et, en effet, depuis le premier hémistiche jusqu’au dernier, depuis le commencement jusqu’à la fin, son œuvre, quelle qu’elle soit, est soignée, propre et surtout pleine de probité ”
“ Je ne puis donc faire dans ce moment-ci ce que fait M. Casimir Delavigne. Mais, enfin, M. Oudard, écoutez bien ce que je vais vous dire, dût ce que je vais vous dire vous paraître bien étrange ; si je croyais ne pas faire dans l’avenir autre chose que ce que fait M. Casimir Delavigne, eh bien, monsieur, j’irais au-devant de vos désirs et de ceux de M. de Broval, et, à l’instant même, je vous offrirais la promesse sacrée, le serment solennel de ne plus faire de littérature. ”
“ Monsieur, répondis-je, je n’ai point l’âge de M. Casimir Delavigne, poète lauréat de 1811 : je n’ai pas reçu l’éducation de M. Casimir Delavigne, qui a été élevé dans un des meilleurs collèges de Paris. Non, j’ai vingt-deux ans ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ Mais du reste, ici comme toujours, M. Casimir Delavigne, fidèle à sa nature, a jeté sur ses plus téméraires saillies l’uniforme vernis, et, pour ainsi dire, le manteau de son style. Tout s’y trouve anobli jusqu’aux moindres détails. C’est un soin perpétuel de coquetterie et d’extrême élégance qui aboutit souvent à la périphrase, malgré quelques rares brisures. On devine qu’il s’agit pour le poète d’une part de tradition toute spéciale, qu’il garde par goût autant que par religion, et que pour rien il ne voudrait sacrifier sur les autels plus infidèles du romantisme. ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ On ne sait trop que dire de la Popularité, cet infructueux essor de M. Casimir Delavigne dans la comédie politique, terrain vierge pourtant, et le seul peut-être qui soit à exploiter de nos jours. Si je ne me trompe, le poète a fait défaut au genre, moins par insuffisance de talent que par une allure naturelle trop peu appropriée. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ La tête de Casimir Delavigne, entre les mains les plus habiles, ne pouvait devenir belle; aussi je ne m’étonne pas que dans la statue qui nous occupe, elle manque de grandeur et d’harmonie. Le front, bien qu’élevé, ne laisse pas deviner une intelligence très vive; les yeux sont tristes plutôt que pensifs, les pommettes saillantes. Avec de telles données, qu’il fallait respecter, le statuaire ne pouvait composer un visage imposant. C’est un portrait fidèle, très digne d’éloges assurément, mais qui ne se recommande que par l’habileté de l’exécution. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Si ces détails de biographie dont il sait tirer, comme critique et comme moraliste, de si ingénieuses lumières ont un peu fait défaut ici à M. Sainte-Beuve, le sagace appréciateur a trouvé sa revanche dans l’énumération analytique des œuvres de M. Casimir Delavigne. Il a l’air à dessein de s’effacer, de n’être qu’un rapporteur bienveillant et impartial ; mais laissez-le faire, laissez-le s’envelopper de réserve : son opinion ne se fait que mieux sentir par les termes assortis dont il use. La pensée réelle se découvre sous la délicate ténuité de l’expression. ”
Armand de Pontmartin,
Revue des Deux Mondes
“ Son Don Juan d’Autriche, repris l’autre soir au Théâtre-Français, révèle cet art ingénieux de combiner dans une exacte mesure la témérité et la sagesse. Fidèle à une poétique que le public ratifie toujours, parce qu’elle place à son niveau les personnages et les proportions d’un drame historique, Casimir Delavigne rapetisse volontiers ses héros ; nous sommes, hélas ! bien loin de cette immense poésie qui, avec un petit prince danois et une légende fantastique, trouve moyen de créer un monde où s’agitent tous les problèmes de la destinée humaine. ”
Ernest Legouvé,
Soixante ans de souvenirs
“ Aujourd’hui l’école du Dédain transcendant, c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même, le traite comme Béranger, comme Chateaubriand, comme Scribe, comme Lamennais, comme Lamartine ; elle le jette avec les autres à l’oubli. Je me trompe ; elle n’oublie pas ! Elle ressuscite de temps en temps ceux qu’elle a enterrés, pour accoler à leur nom quelque épithète méprisante. Qu’importe ? Casimir Delavigne n’en reste pas moins un des esprits les plus brillants de la Restauration et de la monarchie de Juillet. ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ Pour être un poète d’une valeur plus puissamment active et aussi plus durable, il a manqué à M. Casimir Delavigne deux importantes facultés, l’initiative et la passion, l’une qu’il n’a jamais osé prendre, et l’autre qu’on ne saurait acquérir. Il n’a certes point la spontanéité ni l’imprévu qui toujours marquent de leur double empreinte l’artiste vraiment créateur. ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ On eût dit qu’à l’exemple de son héros Édouard Lindsay, lui aussi avait voulu s’arrêter en cours de sacrifices populaires, et le personnage était ici un peu comme le symbole du poète. — Quoi qu’il arrive, et alors même qu’il s’est le plus mépris au fond, on peut être assuré que M. Casimir Delavigne aura gardé quelque chose de son privilége inaliénable dans le détail. À tout prendre, nul plus que lui ne parle naturellement en vers, et n’y laisse voir une allure plus aisée. Le langage poétique est comme un souple vêtement qui ne gêne en rien son geste et sa démarche. ”
Victor Hugo,
Actes et paroles
(1937-1940)
“ Cette première loi de la scène, M. Casimir Delavigne l'avait comprise ou, pour mieux dire, il l'avait trouvée en lui-même. Nous devenons artistes ou poëtes par les choses que nous trouvons en nous. M. Delavigne était du nombre de ces hommes vrais et probes, qui savent que leur pensée peut faire le mal ou le bien, qui sont fiers parce qu'ils se sentent libres, et sérieux parce qu'ils se sentent responsables. Partout, dans les treize pièces qu'il a données au théâtre, on sent le respect profond de son art et le sentiment profond de sa mission. ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ Si M. Casimir Delavigne ne se fût point distingué par son rôle littéraire, à coup sûr son ame loyale et sa vie d’honnête homme l’eussent encore marqué à part dans la mêlée confuse des écrivains. Venant après la distinction de l’esprit, ce lustre moral est comme un trait achevé et comme un dernier coup de pinceau qui complètent sa physionomie individuelle ; en un siècle où la vertu est sans contredit plus rare que le talent, on doit tenir compte à l’écrivain de cette alliance peu commune et qui suppose un accroissement de mérite [7] . ”
Émile Zola,
Le Naturalisme au théâtre
“ Le théâtre de la Porte-Saint-Martin, auquel appartient la propriété du répertoire de Casimir Delavigne, paraît user de cette propriété avec la plus grande prudence. Il attend l'été, les lourdes chaleurs, qui vident toutes les salles, pour hasarder un drame en vers, bien convaincu que les recettes sont compromises à l'avance et que la prose elle-même devient d'une digestion impossible. Casimir Delavigne est simplement là pour boucher un trou, entre une pièce à spectacle, comme le Tour du monde en 80 jours, et un mélodrame populaire, comme les Deux orphelines. ”
Casimir Delavigne,
Oeuvres complètes de Casimir Delavigne…
(1846)
“ Il laisse un vide affreux dans mon coeur, dans ma tête. . Qu'on cherche le dauphin. COMMINE. J'y cours. LOUIS. Restez ici : Il me croirait perdu s'il me voyait ainsi. Je me sens défaillir sous un poids qui m'oppresse ; Il m'étouffe : ô douleur!... ce n'est qu'une faiblesse, Mais ce n'est pas la mort. Sauve-moi, bon Coitier!... De l'air! ah! pour de l'air mon trésor tout entier! Prends, prends, mais sauve-moi. Le dauphin, qu'on l'appelle! Non, ce n'est pas la mort... ô Dieu! ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ Les plus jeunes et les plus intrépides même, ceux qui par tâche et entraînement sont voués à poursuivre, sous les palmes académiques, la vie littéraire militante, y semblent laisser quelque chose de leur première veine. Le jour où il mettait pied dans l’Académie, la veille du triomphe romantique, M. Casimir Delavigne posait une barrière que sa renommée, sa popularité, son talent même, ne devaient plus franchir. ”
“ Ses Messéniennes, ses Vêpres siciliennes, ses Comédiens et le Paria, — et, peut-être plus que tout cela encore, le besoin qu’avait l’opposition de se faire un poëte libéral pour l’opposer à Lamartine et à Hugo, poètes royalistes à cette époque, — avaient créé à l’auteur de l’École des Vieillards une telle popularité, que, devant cette popularité, toutes les difficultés s’étaient aplanies, et même un peu trop peut-être ; car, semblable à Richelieu dans sa litière, Casimir Delavigne rentrait au Théâtre-Français, non point par la porte, mais par une brèche. ”
Casimir Delavigne,
Oeuvres
(1863-1864)
“ Tout le monde connaît ses ouvrages remplis d'une gaieté naïve, d'observations vraies, d'aperçus pleins de finesse. Mais cet homme excellent était aussi cher à ses amis par la bonté de son coeur qu'il était remarquable aux yeux de tous par ses talents. Casimir lui avait été présenté par Andrieux, et il lui avait témoigné dès le premier abord une affection paternelle. Un incendie dévora son théâtre. Ce malheureux événement non-seulement compromettait sa petite fortune, mais plongeait dans la détresse les nombreuses familles qui tiraient leurs moyens d'existence de l'exploitation de l'Odéon. ”
Dessalles-Régis, Revue des Deux Mondes
“ Malaisément on se le figure vieux, refroidi par l’âge, d’un sang moins bouillant, d’un bras moins prompt, d’une valeur plus prudente et plus réfléchie. Pour Chimène, on la cherchera toujours avec regret dans sa poétique auréole, à côté de son Cid bien-aimé dont l’imagination ne la sépare pas. Cependant l’hypothèse de M. Casimir Delavigne une fois admise, on ne saurait nier qu’il ait exploité avec une grande intelligence et un rare sentiment les deux mines fécondes ouvertes sous sa main, c’est-à-dire les romances espagnoles et la tragédie de Corneille. ”
Ernest Legouvé,
Soixante ans de souvenirs
“ Casimir Delavigne était alors le Dieu de la jeunesse. Le triomphe des Vêpres siciliennes, l’éclatant succès des Comédiens, la popularité des Messéniennes, lui mettaient sur le front, pour nons rhétoriciens, la triple couronne de poète tragique, de poète comique et de poète lyrique. ”
Casimir Delavigne,
Théâtre de Casimir Delavigne. Série 3
(1852)
“ L'heureux Cid, qui jadis pour vaincre se parait, Depuis qu'en l'attendant sa Chimène sommeille, Ne porte plus l'azur avec la croix vermeille; Il revêt des couleurs sombres comme la nuit, Et noir est le harnais du coursier qu'il conduit. Pauvre Babièça, qui jamais ne murmure. Si chaud que soit l'été, du poids de mon armure, Dont je n'ai jamais vu les flancs battre d'effroi, Force est qu'un jour ou l'autre il revienne sans moi ”
