“ Deux autres soldats de l’escouade, Chouteau et Pache, le premier étalé sur le dos, en fainéant qui aimait ses aises, l’autre accroupi, très occupé à recoudre soigneusement une déchirure de sa culotte, éclatèrent, égayés par l’affreuse grimace de cette brute de Lapoulle. — Tourne-toi, souffle de l’autre côté, ça ira mieux ! cria Chouteau. Jean les laissa rire. On n’allait peut-être plus en trouver si souvent l’occasion ”
Chouteau
Définition et enjeux
Citations sur “Chouteau”
“ La fatigue fut extrême, les hommes n'avançaient plus, épuisés. Et, pour comble d'ennui, des averses brusques se mirent à tomber, d'une violence terrible. L'artillerie, embourbée, faillit rester en route.Chouteau, qui portait le riz de l'escouade, hors d'haleine, furieux de la charge dont il était écrasé, jeta le paquet, croyant n'être vu de personne. Loubet l'avait aperçu.— T'as tort, c'est pas à faire, ces coups-là, parce qu'ensuite les camarades se brossent le ventre.— Ah! ouiche! répondit Chouteau, puisqu'on a de tout, on nous en donnera d'autre, à l'étape. ”
“ Depuis la dure leçon donnée par le caporal à l'engagé volontaire, qu'il avait forcé à reprendre son fusil, si celui-ci gardait quelque rancune contre son chef, c'était bien le cas de jeter les deux hommes l'un sur l'autre.— C'est comme j'en connais qui ont parlé de nous faire fusiller, reprit Chouteau menaçant. Des salauds qui nous traitent pire que des bêtes, qui ne comprennent pas que, lorsqu'on a assez du sac et du flingot, aïe donc! ”
“ Chouteau et Loubet s’étaient jetés en travers de ses jambes, tâchaient de le maintenir, criaient aux autres de les aider. Il hennissait d’une voix presque humaine, éperdue et douloureuse, se débattait, les aurait cassés comme verre, s’il n’avait pas été déjà à demi mort d’inanition. Cependant, sa tête remuait trop, les coups ne portaient plus, Lapoulle ne pouvait le finir. — Nom de Dieu ! qu’il a les os durs !... Tenez-le donc, que je le crève ! Jean et Maurice, glacés, n’entendaient pas les appels de Chouteau, restaient les bras ballants, sans se décider à intervenir. ”
“ C’étaient Chouteau et Loubet, partis le matin, en même temps qu’eux, de la presqu’île d’Iges, et qu’ils avaient évités jusque-là. Maintenant, les deux gaillards marchaient sur leurs talons. Chouteau devait avoir entendu les paroles de Maurice, son plan de fuite au travers d’un taillis, car il le reprenait pour son compte. Il murmurait dans leur cou : — Dites donc, nous en sommes. C’est une riche idée, de foutre le camp. Déjà, des camarades sont partis, nous n’allons bien sûr pas nous laisser traîner comme des chiens jusque dans le pays à ces cochons... Hein ? ”
Maxime Du Camp,
Revue des Deux Mondes
“ Les fédérés jurèrent et se mirent à crier : « Nos camarades ! nos camarades ! Viard ! Chouteau ! Chouteau ! » Lullier les apaisa d’un geste, entra au greffe, suivi de quelques-uns de ses officiers, se fit présenter le registre d’écrou et donna l’ordre de mettre immédiatement en liberté : Prudhomme (Alexandre-Antoine) , Viard (Pompée-Auguste) , Chouteau (Henri-Louis) , amenés le matin même au dépôt sur mandat du capitaine rapporteur du IXe secteur pour cause d’excitation à la guerre civile. ”
“ Une histoire lui revint, qu’on lui avait contée : ce Chouteau installé au palais de la Légion d’honneur, vivant là en compagnie d’une maîtresse dans une bombance continuelle, s’allongeant avec ses bottes au milieu des grands lits somptueux, cassant les glaces à coups de revolver, pour rire. Même on assurait que sa maîtresse, sous le prétexte d’aller faire son marché aux Halles, partait chaque matin en voiture de gala, déménageant des ballots de linge volé, des pendules et jusqu’à des meubles. ”
“ Tout le wagon riait, amusé, conquis, et Lapoulle, sans savoir qui était Badinguet, incapable de dire même s’il se battait pour un empereur ou pour un roi, répétait, de son air de colosse enfant : — Bien sûr, à coups de poing, et on trinque après ! Mais Chouteau avait tourné la tête vers Pache, qu’il entreprenait à son tour. — C’est comme toi qui crois au bon Dieu... Il a défendu de se battre, ton bon Dieu. Alors, espèce de serin, pourquoi es-tu ici ? ”
“ Jean, muet, en vieux soldat d’Italie, rompu à la discipline, regardait Maurice, que la blague mauvaise et emportée de Chouteau semblait amuser ; et il s’étonnait, comment un monsieur, un garçon qui avait reçu tant d’instruction, pouvait-il approuver des choses, peut-être vraies tout de même, mais qui n’étaient pas à dire ? Si chaque soldat se mettait à blâmer les chefs et à donner son avis, on n’irait pas loin, pour sûr. Enfin, après une heure encore d’attente, le 106e reçut l’ordre d’avancer. ”
“ La nuit tombait déjà, lorsque le 106e, à la lisière de ce bois, put enfin s’installer, tellement il y avait eu de confusion dans le choix et dans la désignation des emplacements. — Zut ! dit furieusement Chouteau, je ne mange pas, je dors ! C’était le cri de tous les hommes. Beaucoup n’avaient pas la force de dresser leurs tentes, s’endormaient où ils tombaient, comme des masses. D’ailleurs, pour manger, il aurait fallu une distribution de l’intendance ; et l’intendance, qui attendait le 7e corps à la Besace, n’était pas à Oches. ”
“ Mais Chouteau n’accepta pas la réprimande. — Ah ! tu sais, espèce de vieux toqué, il n’y a plus de lieutenant, il n’y a que des hommes libres... Les Prussiens ne t’en ont donc pas fichu assez, que tu veux t’en faire coller encore ? Il fallut retenir Rochas, qui parlait de lui casser la tête. D’ailleurs, Loubet lui-même, avec ses bouteilles dans les bras, s’efforçait de mettre la paix. — Laissez donc ! faut pas se manger, on est tous frères ! Et, avisant Lapoulle et Pache, les deux camarades de l’escouade : — Faites pas les serins, entrez, vous autres, qu’on vous rince le gosier ! ”
“ Le soleil était accablant, il faisait très chaud ; et le sac, alourdi par la tente et le matériel compliqué qui le gonflait, pesait terriblement aux épaules. Beaucoup n’avaient point l’habitude de le porter, gênés déjà dans l’épaisse capote de campagne, pareille à une chape de plomb. Brusquement, un petit soldat pâle, les yeux emplis d’eau, s’arrêta, jeta son sac dans un fossé, avec un grand soupir, le souffle fort de l’homme à l’agonie qui se reprend à l’existence. — En voilà un qui est dans le vrai, murmura Chouteau. ”
L'armée française devant l'invasion et les erreurs de "la Débâcle"… (1895)
“ Maurice cependant se fâche un peu, mais Chouteau l'insulte et s'avance menaçant. Alors le caporal dit gravement : « Silence ! Je porte au rapport le premier qui bouge. » Cette menace burlesque, étant donnés le lieu et le moment où elle est faite, provoque les ricanements de Chouteau, qui hue le caporal et finit par l'accuser d'avoir volé l'argent de l'escouade et de l'avoir « boulotté »; c'est pour cela que les hommes crèvent de faim. Le lieutenant Rochas auquel on explique ce qui vient de se passer n'est pas éloigné « dans son crâne étroit » de croire à la trahison ”
Procès de manoeuvres à l'intérieur et de société secrète… (1868)
“ Dans l'instruction, M. Chouteau, qui ne pouvait avoir connaissance de l'interrogatoire de Verlière, a. fait les mêmes déclarations; Godichet également. Hayot, le dénonciateur, interrogé à son tour, Hayot qui ne pouvait connaître: le système de ces messieurs, étant, à la Conciergerie et eux à Mazas, Hayot dit : « A une réunion chez Chouteau, il a été donné lecture des statuts. J'ai- refusé de les signer, et j'ai engagé Chouteau à les détruire. Dans une autre réunion à laquelle assistait;Veïfière, celui-ci a parlé avec énergie dans le mème sens que moi.» ”
M. le baron E. de N****, La Chouette
“ Dit le garde en entrant, et puis attablons-nous, Nous l’avons bien gagné, ma foi, qu’en dites-vous ? Et posant son fusil contre l’espagnolette : Voudriez-vous, l’abbé, garder cette chouette ? Dit-il au bon curé, donnez-la à l’enfant, Demain avec son arc il tirera au blanc. — Il tirera au blanc, dites-vous ? vous, son père ! Au lieu de lui donner une leçon sévère, Vous l’excitez vous-même à ce jeu si cruel. Si Dieu nous a donné sur un être mortel Le droit d’en disposer pour notre subsistance, Sachez que de nous faire un jeu de sa souffrance, Est un crime commis envers l’humanité. ”
M. le baron E. de N****, La Chouette
“ Ayant par trop choyé la vigne du Seigneur. Les voyant approcher la chouette se dresse, Et vous leur fait des yeux tout brillans de tendresse Mais de ces deux flambeaux la sinistre lueur, Perçant l’obscurité, fit une telle peur Au jeune jouvenceau, que saisissant son père, Regardez, lui dit-il, au mur du cimetière ; C’est le diable, je crois ! oh, sauvons-nous d’ici ; Le père se retourne en disant : qu’est ceci ? Qu’y a-t-il ? Eh ! parbleu, que tu es femmelette, Ne vois tu pas, nigaud, que c’est une chouette ? ”
Édouard Gorges, Le Marquis de Fayolle, par Gérard de Nerval… (1856)
“ Pendant que les chouans furieux se jetaient sur l' abbé Huguet ,– Jean le Chouan , pâle et immobile , se tenait à l' écart , les deux mains appuyées sur le canon de son fusil planté devant lui . Le cri de douleur et d' agonie que poussa le prêtre en tombant , le remua profondément ; cet homme , que ses amis assassinaient ,– il le connaissait depuis trente ans , – il avait eu pour lui une admiration , un dévoûment sans bornes . Il l' avait vu au château d' Épinay , aimé et estimé .. il connaissait la vénération dont il était l' objet à Vitré et dans les environs . ”
Édouard Gorges, Le Marquis de Fayolle, par Gérard de Nerval… (1856)
“ Les chouans , en joyeuse humeur , accouraient par bandes nombreuses , criant , gambadant , tirant des coups de fusil en Pair et chantant à pleine poitrine . Un d' eux reconnaît Huguet et , avant qu' il ait pu dire une parole , il est maltraité , frappé , jeté à terre au milieu des cris : à mort l' apostat ! à mort l' intrus ?.. tuez-le ! Un des gars prend les bras du malheureux vieillard , les lie avec une corde et attache l' autre bout à la queue d' un cheval qui part au galop au milieu des cris , des rires et des huées des chouans ... ”
Hippolyte Audeval, La dame guerrière (1878)
“ Non. La chouette a chanté?. Mauvais signe! Jamais un pareil cri n'a épouvanté les oreilles humaines. Mais bah!. Est-ce que tu crois à cela, toi? Ne plaisantons pas, mon major. Je ne crois ni à Dieu ni à diable, ni au paradis, ni à l'enfer, mais je crois au cri de la chouette, et c'est une chose bien connue que ce cri est plus ou moins perçant selon le rang de la personne dont il annonce le trépas. - Que dis-tu là? - La vérité. Je me souviens que, la nuit qui précéda la bataille de Lutzen, j'étais de garde avec le régiment des trabans de Finlande auprès de latente du roi Gustave. ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
“ À la bonne heure ! — ajouta la Chouette en voyant le brigand prendre Fleur-de-Marie entre ses bras comme on prend un enfant endormi. — Vite au fiacre... vite ! – Mais qui est-ce qui va me conduire... moi ? — demanda le Maître d’école d’une voix sourde, en étreignant son souple et léger fardeau dans ses bras d’Hercule. – Vieux têtard ! il pense à tout — dit la Chouette. ”
M. le baron E. de N****, La Chouette
“ Était d’elle connu. — Ah çà ! mais à la fin, Que voulez-vous de moi ? vous m’ennuyez, j’ai faim ! — Nous voulons qu’on lui tue aussitôt sa chouette ; — Et que ne parliez-vous, la chose serait faite ! — Allez donc ! par après nous ne craindrons plus rien, Car la chouette a tout son esprit dans le sien, C’est connu. — C’est connu ? ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ La chouette jeta un cri aigu et tomba sanglante aux pieds de son maître, qui lui répondit par un rugissement, et resta immobile de surprise et de fureur pendant quelques secondes. Puis, tout à coup prenant la victime palpitante par les pieds, il l’enleva de terre, et venant à notre rencontre : « Lequel de vous, malheureux, s’écria-t-il d’une voix tonnante, a lancé cette pierre ? » ”
Prosper Mérimée,
Lettres à une inconnue
(1873)
“ Outre nos perfections morales, nous avons l’avantage d’être le peuple le plus rabougri et le plus laid de l’Europe. Je vous envoie un bout de plume de chouette que j’ai trouvée dans un trou de l’église abbatiale de la Madeleine de Vézelay. L’ex-propriétaire de la plume et moi, nous nous sommes trouvés un instant nez à nez, presque aussi inquiets l’un que l’autre de notre rencontre imprévue. La chouette a été moins brave que moi et s’est envolée. ”
M. le baron E. de N****, La Chouette
“ La chouette ayant fait un cri en cet instant, Ce cri, ce cri fatal de notre infortunée, Décida de la vie et de la destinée ; À l’instant en effet la détente partit, Le coup répercuté dans les airs retentit, Et la nuit succédant à ce feu peu durable, L’obscurité devint bien plus impénétrable. Lors le garde incertain du succès de son coup, Croyait n’avoir rien fait qu’effrayer le hibou. Quand soudain une plume effilée, légère, Se balançant au vent lui frôla la visière ”
M. le baron E. de N****, La Chouette
“ Il n’était que trop vrai, la chouette modèle, Atteinte d’un gros plomb qui vint lui briser l’aile, Étourdie à ce coup culbuta tout d’abord Depuis le haut du toit jusques à la gouttière, Puis machinalement à l’aide de l’essor De son autre aile intacte, elle glissa par terre, Là, confuse, abattue et prévoyant son sort, Tremblante, consternée, elle attendait la mort. La pauvrette bien que trouvant la vie amère Frémissait en pensant à la porte-cochère, Connaissant des humains l’impitoyable cœur, Elle tremblait d’avance et songeait à sa sœur ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Le chevalier Des Touches
(1864)
“ « La chouette a sifflé du côté de Touffedelys ! » ajouta Juste Le Breton, et le soir même, à la tombée, nous vîmes arriver au château, sous des déguisements divers de colporteurs, de mendiants, de rémouleurs et de marchands de parapluies, – car cette guerre de chouans était nocturne et masquée, – une grande quantité de nos gens, qui, au premier bruit de la prise de Des Touches, s'étaient juré de le délivrer ou d'y périr. ”
Jean Féron,
L’étrange musicien
“ Et vivement la Chouette déroule le châle de laine bleue, fébrilement tant elle a hâte d’embrasser son enfant sur ses petites paupières, ses petites joues rouges, ses petites lèvres roses... Oh ! mais... ces paupières demeurent closes, ces joues sont froides, ces lèvres livides... Seigneur ! est-ce bien possible ?... Tout le petit corps est rigide et froid... La chouette se relève d’un bond, et debout, frémissante, le sein haletant au point d’éclater, elle considère un moment le petit corps inerte de regards effrayants. Puis elle se penche un peu vers l’enfant, elle le remue... ”
M. le baron E. de N****, La Chouette
“ Le garde avait parlé, on entendait sa voix, Riant avec ses fils, ils remontaient tous trois. — Cà, que se passe-t-il ? cria-t-il en colère ; Et que faites-vous donc ? eh, la fille ! eh, la mère ! Mes boudins sont-ils cuits ; où est mon saucisson ? Morbleu ! nous faisons là un joli réveillon ! Sans souper vous plaît-il que ce soir je me couche ? Sa fille lui posa la main devant la bouche : — Mon père, écoute-moi, écoute jusqu’au bout : La maudite sorcière est la cause de tout ; C’est elle en envoyant sa vilaine chouette... ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
“ Ici le Maître d’école fit une pause... La Chouette jeta un cri si horrible, que Tortillard épouvanté bondit sur sa marche de pierre, et se leva debout. Les cris effroyables de la Chouette parurent mettre le comble au vertige furieux du Maître d’école. — Chante... — disait-il à voix basse — chante... la Chouette... chante... ton chant de mort... Tu es heureuse... tu ne vois plus les trois fantômes de nos assassinés... le petit vieillard de la rue du Roule... la femme noyée... le marchand de bestiaux... Moi je les vois... ils approchent... ils me touchent... Oh ! qu’ils ont froid... ah !... ”
Paul Féval, Oeuvres de Paul Féval soigneusement revues et corrigées… (1879)
“ Prétendre que les chouans comprirent parfaitement cette distinction serait un peu hasardé peut-être : toujours est-il qu'ils portèrent religieusement la main à leur chapeau au nom de Sa Majesté, et qu'ils accueillirent la conclusion avec une grave et silencieuse déférence. — Nous irons donc seuls, nous cinq, continua le Marquis ; toi Huber, tu prendras ton fusil. — Tiens pardié ! - Silence! Tu prendras ton fusil. Vous, Jean, Joson, Michel, je vous donnerai des couteaux ; vous n'aurez point d'autre arme. — Oh !. firent les gars étonnés. ”
