“ Les yeux fixes, en arrêt vers la salle lumineuse, le cœur battant, Favierres regardait, comme fasciné, les dames en toilette d'Opéra qui passaient et repassaient, se levaient, semblaient de loin chuchoter à leurs voisins de gais et amoureux secrets. Aucune n'était Mme Lahonce, bien que toutes d'abord, au départ, à l'entrée, parussent à Favierres lui ressembler, être elle-même. ”
Citations sur “Favierres”
“ En pénétrant dans le salon, Favierres jeta sur un divan son paletot, son chapeau; puis, après avoir allumé les appliques du piano, il se laissa choir dans un fauteuil, les jambes croisées, et à la lueur solitaire et funèbre des bougies, qui montrait l'obscurité des choses plus qu'elle ne l'éclairait, il se mit à examiner rêveusement cette pièce familière, comme le réclusionnaire inspecte la cellule inconnue où ses jours doivent passer, loin de tous, sans fin et dans la peine. ”
“ Il allait se lever, rentrer, et il allumait une cigarette. Tout à coup un murmure de marmonnement lui fit retourner la tête. C'était, derrière lui, une pauvresse à châle usé, à fantastique chapeau cabriolet, qui implorait l'aumône; et, au rougeoiement de la cigarette, il distingua la figure pâle et grassouillette de la miséreuse. Elle ressemblait traits pour traits à Mme Favierres; elle avait la même mélancolie dans le regard, le même tremblement dans ses mains maigres et violettes. Favierres tira une pièce au hasard, et la posa entre les doigts de la mendiante. ”
“ Une sorte de honte mêlée de pitié prit Favierres à la vue de tout ce labeur humain, de toute cette misère en guenilles ou en livrée, qui se bousculait, peinait, criait si violemment pour vivre. Mais aussitôt il se ressaisit, songeant à sa misère à lui, à ses privations muettes, à ses manœuvres discrètes et forcenées 105 afin de vivre aussi, de gagner sa vie réellement, la seule vie dont il pût vraiment vivre,—la vie avec Hélène, auprès d'elle et pour elle. ”
“ La lettre s'arrêtait là, brutalement interrompue par la survenue sans doute de on ou d'un des durs gardiens de Mme Lahonce.Dans un transport de tendresse et de soulagement, Favierres porta le papier à ses lèvres.«Comme elle est vaillante!... Comme je l'aime!» murmurait-il; et il sentait dans sa poitrine son cœur délié s'étirer, se détendre, comme sous l'onction d'un baume. ”
“ Donc, ces promesses, tout à l'heure, ces baisers, c'était de l'hypocrisie, de la comédie... Ah! mon garçon, tu veux revoir ton Favierres, ton excellent Favierres, ta canaille de Favierres... Parfait! tu le reverras... et tout le temps, et tu t'occuperas de musique tant qu'il te plaira... Tu vas décamper d'ici... Tu quitteras la maison... Et tu pourras aller habiter où tu voudras, chez ton Favierres, si tu veux, et lui demander à manger et de l'argent de poche, et de l'argent pour tes vêtements, et de l'argent pour tes livres... ”
“ Il reprit le trot, en pénétrant dans la rue Borghèse, gagna la rue de Chézy et sauta à terre en face de la grille de Favierres.La porte était entr'ouverte; il l'ouvrit tout à fait, tira Jim après lui et, refermant ensuite, il lâcha le poney qui détala en cabriolant à travers l'allée de l'entrée pour s'arrêter droit, avec des hennissements 166 de gaieté, devant le petit perron de pierre de la basse maisonnette.Au tapage, Mme Favierres, effrayée, était accourue. Elle s'exclama:—Ah! c'est vous, monsieur Charlie!... Eh bien, vous nous en avez fait une peur! ”
“ Dehors, Favierres fit quelques pas dans la rue de Lisbonne, puis, tournant à gauche, il remonta lentement le boulevard Malesherbes, se traînant, frôlant les maisons, comme par un besoin vertigineux de s'appuyer, de se dissimuler, de n'être pas seul et en vue sur le vaste trottoir blanchâtre que rayaient de larges taches noires les ombres projetées des arbres. ”
“ A l'arrivée de chacun, Favierres avait des palpitations galopantes, une ruée de sang qui lui battait à coups tumultueux les côtes, puis, le facteur parti, c'était une prostration brisante comme une chute, c'était un sombre étourdissement, la tête ballante, les yeux fixes, comme un ivrogne morne. ”
“ Elle clignait de l'œil d'un air d'indulgence, comme pour calmer son mari, éviter à Charlie une scène de reproches.—Certainement! fit Favierres, ripostant par un regard vexé, un impérieux regard d'injonction au silence.Mais la petite femme se détournait, affectant de ne pas saisir, et sitôt qu'on se fut assis, elle repartit en une série de nouvelles condoléances, tellement diverses et abondantes, proférées d'une voix tellement dolente et candide, qu'il était impossible de discerner si elle parlait tant par malice narquoise ou par tristesse vraie. ”
“ Favierres se leva en jurant, en maudissant Mme Lahonce, son invention de voyage, puis cet infâme, cet effroyable pays où les hôtels flageolaient comme des maisons de cartes.Et il demeura à marcher, en l'obscurité, les ongles nerveusement fichés dans la paume de ses mains,—à marcher, à marcher sans trêve, avec des soupirs de bête, d'inintelligibles éclats de voix, des larmes qui lui coulaient, par instants, le long des joues,—affolé, butant aux meubles, ayant des envies de mordre, de briser tout, de crier des cris de mort ou même de repartir. ”
“ «Ah! oui... je ne suis guère chic... Je suis un drôle de cœur... Rien pour l'une, tout pour l'autre... Mais quoi!... Si c'est ma nature!... Si je ne puis être bon qu'en passion, qu'en amour!...»Et toute la nuit, il rêva de Mme Favierres, il la revit en des cauchemars, comme au jour du départ, appuyée au bras de la domestique qui la soutenait sanglotante.Le lendemain matin, au réveil, il eut une sensation de terreur en regardant sa montre. ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Sitôt après la remise des billets à Chomel, Favras fut arrêté. Sans doute, le comte de Luxembourg était fort avant dans les confidences de MONSIEUR et faisait également partie de la petite société La Fayette-Gouverneur Morris. Il s'était lié, comme La Châtre et Lé vis, avec Favras. La Fayette fit à Luxembourg des reproches amicaux en lui conseillant de s'abstenir et Morris ajouta : « Si MONSIEUR n'est pas pendu, c'est vous qui le serez, comme étant de la maison la plus considérable après les princes du sang. » ”
comte de Auguste Villiers de L'Isle-Adam, Le secret de l'échafaud
“ Et que leurs mânes outragés pénètrent, de leur esprit, cette pierre ! Que son talisman vous conduise et qu’il soit un jour, pour vous, en quelque heure sacrée, le témoin de leur présence ! Favre a déclaré souvent avoir attribué, alors, à quelque exaltation produite par une trop lourde continuité d’épreuves, cette phrase qui lui parut longtemps inintelligible — mais à l’injonction de laquelle il obéit, toutefois, par respect, en passant à l’annulaire de sa main droite, l’Anneau prescrit. Depuis ce soir-là, Jules Favre avait gardé la bague de ce « Louis XVII » à ce doigt de sa main droite. ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Mme de Favras met au monde en 1782 un fils, Charles, et, en 1787, une fille, Caroline. C'est seulement en 1787 que Favras reçut la croix de Saint-Louis. M. de Valon, dans une très remarquable étude publiée en 1851 par la Revue des Deux Mondes, décrit ainsi Favras, d'après un portrait gravé par Mayliand : profil sévère et beau, l'oeil fier, les sourcils noirs, le front élevé, un grand air de hardiesse et de résolution. Tel il était quand il séduisit la jeune princesse. Des années passent, les difficultés viennent, non dans la vie privée de Favras qui est très heureuse, mais dans sa fortune. ”
Jean-Prosper Maugère, Vie de M. Pierre Favrel, vicaire général de Monseigneur Parisis (1880)
“ Un jour M. l'abbé Bailly reçut en cadeau une jeune perdrix. Toujours plein d'attention pour les autres, il voulut en faire don à l'un de ses confrères voisins, M. l'abbé Provanchère, curé de Culmont, qui se plaisait à élever des oiseaux. Pierre Favrel est chargé d'aller offrir ce gracieux présent. Il part donc, le panier à la main. Or, chemin faisant, la fantaisie lui prend de contempler cette charmante créature du bon Dieu. Il ouvre légèrement le panier. Malheur! la jeune perdrix, qui soupirait après sa liberté, s'échappe, et prend joyeusement son essor dans les airs. ”
Pierre Jules de Bourrousse de Laffore, Généalogies des maisons de Fabri et d'Ayrenx (1884)
“ DE FABRY DE GAYANS, qui est en bas âge en 1785 (correspondance qui se trouve au château d'Augé) ; mort sans postérité; 2° N... DE GABRY DE FAYANS, née en 1775. XIII. Branche formée par noble LOUIS DE FABRY, frère de PIERRE III, SEIGNEUR DE SAINT-GERVAIS, et de GUILLAUME FABRY, Capitaines. XIV. Noble LOUIS DE FABRY, marié avec damoiselle JEANNE DUBOIS, est nommé comme ne vivant plus dans le testament de sa mère, damoiselle Françoise Petit, daté du 18 septembre 1593, et dans celui de son père, Jean Fabry, lieutenant de régent de Bagnols, daté du 12 juillet 1603. (Voir p. 57 et 58.) ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Ces fiefs s'échelonnaient autour de Blois, dans un rayon de 10 à 12 kilomètres. Les fils, pour se distinguer, ajoutèrent les noms des fiefs, avec le titre de baron que portait leur père. Et comme on ne voit nulle part naître de marquisat, il se peut que « marquis de Favras » ne soit, comme on l'a dit, que « Mahy de Favras » inexactement prononcé. Le père de ces Mahy, Guillaume, avait pour fief la terre de Corméré, érigée en baronnie par lettres patentes d'août 1747. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Derniers Contes
“ Bientôt remué, saisi, convaincu (à tort ou à raison, qu’importe !) , Jules Favre avait pris à cœur cette cause — qu’il devait étudier pendant trente années et plaider un jour, avec toute l’énergie et les accents d’une foi vive. Et, d’année en année, ses relations avec l’inquiétant proscrit étaient devenues plus amies, si bien qu’un jour, en Angleterre, où le défenseur était venu visiter son extraordinaire client, celui-ci, se sentant près de la mort lui avait fait présent (en signe d’alliance et de reconnaissance profondes) d’un vieil anneau fleurdelisé dont il tut la provenance originelle. ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Le comte de Saint-Priest, dans ses Souvenirs, ayant rappelé le rôle de Favras dans la journée du 5 octobre, ajoute : « Ce « même marquis se trouva accusé de complot avec un « quidam qui avait tenté d'assaillir La Fayette mon-« tant en voiture. Ce dernier fit arrêter Favras et « le traduisit au tribunal criminel. » Rien du vaste « complot » où MONSIEUR était intéressé. Tout se réduit au soi-disant projet d'assassinat contre La Fayette et Bailly. Or, M. de Saint-Priest avait été cité comme témoin dans l'affaire, sur l'indication de La Fayette, et il déposa au Châtelet... ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Le 23 janvier, comme un sergent de la prison vient prendre le courrier, Caroline — qui est là avec son frère — vole vers lui : « Voilà pour mon papa ! » Le brave sergent est tout ému : il embrasse Charles pour son papa et conte la scène à Favras, qui écrit à sa femme, en parlant de sa fille : « Il m'en a fait un portrait charmant ; je me réjouis de voir s'épanouir cette jeune plante. » Les amis, qui avaient recueilli Caroline, étaient le chevalier de Godernau et sa famille. ”
Amédée Achard,
Salomé, Scènes de la Forêt-Noire
“ C’est alors que M. de Faverges, qui s’était égaré, sortit du milieu de la forêt ; il vit l’enfant et le péril où il était ; s’élança d’un bond dans la rivière, le saisit entre ses bras et sauta sur le bord au moment où l’écume bouillonnait autour de lui et montait jusqu’à sa ceinture. Un effort suprême le mit hors des atteintes du flot, mais une pièce de bois lancée par la violence des eaux ricocha contre un pan de roches et le frappa au flanc. Il ouvrit les bras et tomba évanoui auprès de Zacharie. Quand il revint à lui, il était dans la maison de Jacob, à la Herrenwiese. ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Caroline de Favras était restée en France chez les religieuses de Saint-Gervais. Il semble que les recherches de la municipalité, déçue par le départ de Mme de Favras, se soient reportées (2) Lettre de Mme de Favras à son mari, le 20 janvier 1790. Sa cousine, Mme de Mahy, est venue la voir à l'Abbaye, lui amenant Caroline : « Comme elle caressait ton portrait qu'elle a parfaitement reconnu !... Nos amis en raffolent. Que nous leur avons d'obligation d'avoir retiré chez eux cette malheureuse petite créature ! Que serait-elle devenue? » ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ La Châtre supplie MONSIEUR de ne le pas mêler à cette transaction et, devant lui, le prince écrit à son trésorier de venir prendre ses ordres le lendemain matin 17 décembre. Le trésorier (1) vient, voit le prince qui l'envoie chez La Châtre, au palais du Luxembourg, où il trouve Favras. On ne parle pas de l'affaire, mais Favras et le trésorier prennent rendez-vous. Ainsi, l'affaire se présente très banale : Favras n'agit que de l'aveu formel du comte de Provence. La déposition de M. de La Châtre ne laisse sur ce point aucun doute. ”
Edmond Révérend Du Mesnil,
Le président Favre, Vaugelas et leur famille…
(1870)
“ LES FAVRE DE SAVOIE. Ils portaient pour armoiries, d'après Guichenon, qui leur a consacré un long article en son Histoire de Bresse et Bugey : d'argent au chevron d'azur, accompagné de trois têtes de Maures, liées ou tortillées d'argent, deux en chef et une en pointe. Devise : FERMETÉ. Ces armoiries sont parlantes, avec le nom de Favre, qui dérive du latin Faber, ouvrier, spécialement (1) celui qui travaille les métaux, c'est-à-dire forgeron. ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Tels sont les éléments du projet de révision de l'affaire Favras. Les lettres adressées par Mme de Stillfried et les « papiers » confiés par elle à Mme de Mahy, sa parente, nous apporteraient-ils autre chose ? Les « papiers » durent être remis, comme le pouvoir de M. de Fitte, à Mme de Favras. C'est apparemment ceux que le colonel baron de Stillfried a bien voulu nous communiquer et d'où sont extraites les lettres ci-dessus publiées. Ce dossier contient la copie des pièces du procès (1) et des récits connus, tels que ceux d'Augeard, de Gouverneur Morris, du général Thiébault. ”
Victor Hugo,
Revue des Deux Mondes
“ Dans les mauvais jours, rien ne le rebutait, ni le froid, ni le chaud, ni la fatigue, ni la faim ; il commençait par lui les privations. Les palikares disaient : Quand le soldat mange de l’herbe cuite, Fabvier mange de l’herbe crue. Je savais son histoire, mais je ne connaissais pas sa personne quand, en 1846, le général Fabvier fut nommé pair de France. Un jour le chancelier dit : — M. le baron Fabvier a la parole, et le général monta à la tribune. J’attendais un lion, je vis une vieille femme. ”
George Sand,
Histoire de ma vie
“ On avait des faits, on voulait les dire, et, selon moi, la véritable cause était là. On était assez fort pour plaider la cause du peuple trahi et mutilé, on ne l'était pas assez pour proclamer celle du genre humain affranchi.J'étais donc dans les idées de M. Jules Favre, qui se trouvait posé dans les conciliabules en adversaire d'Éverard, et qui était un adversaire digne de lui. Je ne connaissais pas Jules Favre, je ne l'avais jamais vu, jamais entendu; mais lorsque Éverard, après avoir combattu ses argumens avec véhémence, venait me les rapporter, je leur donnais raison. ”
Jean-Henri Fabre,
Les Auxiliaires
“ Jules. — La fauvette n’a pas peur de son nourrisson goulu, capable de l’avaler ? Paul. — Quoique mère de hasard, elle est tout entière aux saintes affections de la maternité. Elle arrive joyeuse, avec une chenille au bout du bec. Le coucou bâille au bord du nid, laid comme un petit monstre. Sans crainte aucune, la fauvette donne la becquée en engageant sa tête dans le gouffre béant. ”
Edmond Cléray, L'affaire Favras, 1789-1790 (d'après des documents inédits… (1932)
“ Le reçu est signé par Corméré et par Chitenay, ses frères. Tout était bien en règle. MONSIEUR, qui attendait au Luxembourg, anxieusement, les nouvelles, put s'endormir tranquille. On a dit que, détaché du gibet, étendu à terre, dans le cercle resserré de la populace qui voulait « voir », Favras rouvrit les yeux, poussa un soupir et retomba mort. Selon Philippe Lebas, dans son Dictionnaire encyclopédique de la France, les frères de Favras, en recevant le corps, remarquèrent qu'il était encore chaud, bien que deux heures se fussent écoulées depuis l'exécution. Un médecin pratiqua une saignée. ”
