“ Quelles que soient les réserves que l’on doive faire sur la valeur littéraire du poëme de Firdousi, ce poëme garde un intérêt sans égal pour la mythologie et la psychologie ethnographique. On y voit à découvert ce qui ailleurs est caché, les lois secrètes qui président à la confection des épopées. Le Livre des Rois n’a pas échappé au sort commun de ces sortes de poëmes. ”
Firdousi
Définition et enjeux
Citations sur “Firdousi”
Bibliothèque nationale, Firdousi : manuscrits à miniatures… (1934)
“ L'OEUVRE DE FIRDOUSI LE nom de Firdousi marque un moment décisif dans l'histoire du vieil Iran. Il y avait trois siècles que la dynastie sassanide s'était effondrée ; la Perse avait accepté l'Islam, et les derniers fidèles de Zoroastre avaient dû chercher ailleurs un refuge. Cependant les derniers souverains sassanides avaient déjà conçu le vaste projet dont Firdousi devait être l'héritier : présenter sous forme d'une immense chronique la suite des Histoires de la Perse, depuis les temps mythiques jusqu'à la dynastie d'Ardéchir. ”
Ferdowsi,
Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr
“ VIE DE FIRDOUSI ABOU’LKASIM MANSOUR, appelé Firdousi, naquit à Schadab, bourg des environs de Thous. Aucun auteur ne mentionne l’année de sa naissance, mais les passages du Livre des Rois où le poëte parle de son âge portent à croire qu’il serait né en 329 de l’hégire. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Firdousi ne sait guère que suivre les évènemens qu’il raconte ; il ne sait pas se transporter librement d’un point à un autre et donner au récit plusieurs centres indépendans. Enchaîné à ses personnages, il va là où ses personnages le mènent, il ne marche et n’arrive qu’avec eux. Homère, au contraire, se meut au sein de sa narration avec une pleine liberté. Il n’a pas besoin qu’un de ses personnages suive une certaine route pour faire le même chemin. Le poète persan ne parle du pays de Touran que lorsqu’un héros iranien y est conduit par une aventure ”
Jean-Jacques Ampère,
La science et les lettres en Orient
(1865)
“ L'union du guerrier persan et de la femme arabe se consomme, et de cette union nait Rustem, le héros par excellence, celui dont la vie se prolongera de siècle en siècle avec la glorieuse destinée de son pays, et couvrira la tradition chantée par Firdousi d'une immense auréole. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Rustem est le seul héros qui ait une physionomie bien tranchée. Ceci tient, en partie du moins, à la nature de l’ouvrage. Les personnages de Firdousi, à mesure que le temps les amène devant lui, passent pour ne plus revenir. Ceux d’Homère tournent autour d’une action centrale, et demeurent, pour ainsi dire, sous le regard de la poésie, tandis que la poésie n’a pas le temps de fixer les traits des premiers, comme le daguerréotype ne peut retracer les objets en mouvement. Les eaux qui fuient ne déposent point les cristaux, qui se forment dans les eaux tranquilles. ”
Bibliothèque nationale, Firdousi : manuscrits à miniatures… (1934)
“ Les rois de la maison d'Ardéchir sont les successeurs authentiques du premier roi terrestre Gayomarth; chacun porte un signe mystérieux qui est la marque de la gloire royale (Khvarnah) , et qui rend vaines les tentatives des usurpateurs. Ainsi un rigoureux sentiment de légitimisme parcourt toute l'oeuvre de Firdousi ; si ce sentiment semble étrange pour l'époque à laquelle il écrivit, il devait d'autant plus contribuer à la célébrité du poète, au fur et à mesure que la Perse reprenait une existence autonome. ”
Jean-Jacques Ampère,
La science et les lettres en Orient
(1865)
“ La solitude de la ville d'Ayodhya, privée de son héros, Rama, n'est pas exprimée par moins de vingt et une comparaisons. Auprès de cet excès, la poésie de Firdousi est, je le répète, sobre et tempérée; tout y est sur une échelle beaucoup moindre. Que sont les sept cents ans de la vie de Rustem à côté du règne de Dvilipa qui dure trente mille années? Qu'est-ce que Kaweh, avec ses dix-neuf fils, à côté de l'épouse du roi Sagara, qui met au monde, en une fois, quatre-vingt mille enfants? ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Ce Danischwer appartenait, dit Firdousi, à une famille de Dihkans, c’est-à-dire, comme l’a montré M. Mohl avec beaucoup de sagacité, il appartenait à l’aristocratie territoriale qui possédait le sol avant la conquête musulmane. « Les familles qui la composaient, dit M. Mohl, devaient rechercher curieusement les traditions de leurs localités et de leurs aïeux ; car une grande partie d’entre elles se rattachaient aux anciennes maisons royales ou princières de l’empire persan, dont les hauts faits formaient la matière de ces traditions. » ”
Alfred Rambaud,
Une épopée byzantine au Xe siècle - Les exploits de Dignéis Akritas
“ Les races étrangères, les nations ennemies ont appris du peuple grec à le connaître. Firdousi, l’auteur de l’épopée persane, ne nomme qu’un seul des généraux romains : c’est le pehlevan ou gardien des frontières Farfourious, dont la valeur arrête un moment les succès des Persans. Les Ottomans, dont le premier domaine fut précisément la province qui avait été le théâtre des exploits d’Akritas, se souviennent d’un certain Akratès, général de l’empereur Heraclius, qui lutta corps à corps avec leur héros national, Sadji Batthal. ”
Ferdowsi,
Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr
“ On l’enterra dans un jardin ; mais Abou’lkasim Gonrgani, principal scheikh de Thous, refusa de lire les prières sur sa tombe, en alléguant que le poëte avait abandonné la bonne voie et consacré son temps à parler des mécréants et des adorateurs du feu. La nuit suivante, il eut pourtant un rêve dans lequel il vit Firdousi au Paradis, vêtu d'une robe verte et portant sur la tête une couronne d’émeraudes. Il en demanda la raison à l’ange Rithwan et l’ange lui récita un tétrastique du Livre des Rois qui avait fait admettre le poëte. ”
Ferdowsi,
Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr
“ C’est l’année même où Mahmoud succéda à son père (387 de l’hégire) ; mais le poëte ne le connaissait pas encore car il ne prononce pas le nom de Mahmoud à cette occasion. On assigne au voyage de Firdousi à la cour de Ghaznin différentes raisons : selon les uns, le roi l’y aurait invité ; selon d’autres, Arslan Khan, successeur d’Abou-Mansour dans le gouvernement de Thous, l’y aurait déterminé avec beaucoup de peine ; selon d’autres encore, les avanies que lui aurait fait subir le receveur des finances de Thous le forcèrent de porter en personne ses plaintes à Ghaznin. ”
Ferdowsi,
Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr
“ On porta les présents du sultan chez la fille du défunt qui les refusa, en disant : « J’ai ce qui suffit à mes besoins et ne désire point ces richesses. » Mais Firdousi laissait une sœur qui se rappela le désir que celui-ci avait manifesté de bâtir en pierre la digue de la rivière de Thous, pour laisser un souvenir de sa vie. La digue fut construite en conséquence, et quatre siècles après on en voyait encore les restes. ”
Ferdowsi,
Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr
“ Ses amis le défendaient, et, après une de ces discussions, le sultan et ses familiers convinrent de lui donner un épisode qu’il mettrait en vers le jour même, de façon à ce qu’on pût voir, par la comparaison de sa composition avec l’original, ce qui appartenait au mérite de l’exécution. On choisit l’histoire du combat de Rustem avec Aschkebous Keschani. Firdousi rédigea, le jour même, sa version poétique, telle qu’on la trouve dans le Livre des Rois, la lut devant le sultan, et excita l’étonnement et l’admiration de tous. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ « Sachez qu’il a une bonne étoile, celui qui ne possède pas de fille, et que celui qui en a ne connaîtra pas le bonheur. » Voici une réflexion de Firdousi au sujet des machinations perverses de la belle-mère de Siavesch : « Telle est la femme. Aussi le schah Keikobad dit : Que les femmes et les dragons soient maudits ! la terre est meilleure que cette engeance. Si tu loues les femmes, loue plutôt les chiens ; ils le méritent mieux que ces impures. » ”
Ferdowsi,
Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr
“ Ayaz rapporta les paroles du poëte à Mahmoud qui reprocha à Hasan de lui avoir fait commettre une injustice. Hasan répondit que tout présent du roi, que ce fut une pièce d’argent ou cent mille, devait être également bien reçu ; et que s’il donnait une poignée de poussière, on devrait la placer sur ses yeux comme un collyre. Il réussit à détourner sur Firdousi la colère du sultan, de sorte que Mahmoud déclara que le lendemain matin il ferait jeter le poëte sous les pieds des éléphants. ”
James Darmesteter,
Les origines de la poésie persane
(1887)
“ L'Emir Nuh fit appel au poète le plus en renom de l'époque, Mohammed, que l'on avait surnommé Daqîqi ou le Subtil, à cause des raffinements de sa poésie. « En ce temps-là, dit Firdousi, les chanteurs chantaient à tout venant maint récit de ce livre et le monde se prit d'amour pour ces histoires. Vint un jeune homme à la langue déliée, qui dit : « Je « mettrai ce livre en vers », et le cœur des hommes se réjouit en l'entendant. Mais la mort fondit soudain sur lui et lui mit sur la tête son casque noir. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Causeries du lundi
“ Dans sa ville natale de Thous, Ferdousi enfant, fils d’un jardinier, assis au bord du canal d’irrigation qui coulait devant la maison de son père, s’était dit souvent qu’il serait beau de laisser un souvenir de lui dans ce monde qui passe. Il voyait que le monde s’était repris d’amour pour les histoires des anciens héros. Tous les hommes intelligents et tous les hommes de cœur s’y attachaient. ”
Anonyme, La Saga de Fridthjof le Fort
“ Les rois répondirent : « C’est tenir un langage bien présomptueux que de supposer que nous la donnerions à un homme de condition inégale [27] ; aussi, nous nous y opposons absolument [28] ». Fridthjof reprit : « Dans ce cas l’affaire est vite terminée ; mais je prendrai ma revanche, et à l’avenir je ne vous accorderai jamais aucun secours, si nécessaire qu’il vous soit ». Ils déclarèrent que c’était là le moindre de leurs soucis. Là-dessus Fridthjof regagna sa demeure et retrouva sa bonne humeur d’autrefois. III.le roi hring declare la guerre aux fils de beli. ”
Coraly Pirmez, Histoires et légendes, par Coraly Pirmez… (1893)
“ Page ! dit-il, avec un éclair de haine dans les yeux, demain, avant le lever du soleil, tu iras aux fours à chaux de Bélem. Tu demanderas au directeur s'il a exécuté les ordres du roi. – Sire, répondit Fridolin, je m'empresserai de faire le message dont Votre Majesté daigne me charger. Mais le page avait surpris le regard du roi. – Qu'ai-je fait ? qu'ai-je pu faire pour déplaire à Sa Majesté ? soupira-t-il. Et le soir, Fridolin examina sa conscience, car il était pieux le jeune page. Ne se trouvant coupable en rien, il éleva son coeur à Dieu et s'endormit tranquillement. ”
“ Ce que j'ai, Frida? J'ai que je commence à devenir roi, et cela est terrible... Ah! Frida, si vous saviez! Je suis bien sûr pourtant que ce que je veux est juste. Même je me suis mis tout de suite à ma tâche et j'ai fait tantôt, devant Moellnitz, les gestes de la confiance... Mais déjà je ne suis plus tranquille, et j'ai déjà l'angoisse de ma responsabilité... Oh! n'être pas obligé de découvrir et d'inventer son devoir! n'être qu'une tête dans la foule! ou n'avoir qu'une consigne très claire et très étroite, comme le garde-chasse de notre petite maison d'Orsova! Songez donc! ”
Lucie Félix-Faure-Goyau,
La vie et la mort des fées
“ La belle Fiordelisa possède quatre couronnes de roses. Ceux qui en ceindront leur tête verront s’évanouir leur funeste illusion. Fiordelisa accompagne ses messagers, le preux Roger, Gradasso et Brandimarte, dans la forêt légendaire, pour libérer Roland et ses compagnons. Elle est très habile à déjouer les manèges féeriques. Roger pénètre d’abord dans le bosquet merveilleux. Un laurier lui barre le chemin. Il le coupe de son épée, et ce laurier se transforme en une belle et séduisante jeune fille qui l’entraîne à jurer qu’il ne l’abandonnera jamais. ”
Pierre-Charles Laurent de Villedeuil, Légende d'Alexandre le Grand au XIIe siècle… (1853)
“ XIII. grand poëte persan Firdouzi, dans le SchaNaméh, tout en prenant Rustem pour son héros, n'a pas pensé qu'il lui fût permis d'oublier le grand Iskander; seulement, pour concilier la tradition populaire avec les sottises de l'amour-propre national, il lui attribue une étroite parenté avec Darab (Darius) (1) . Selon Firdouzi, Iskander aurait été le frère de Darab; selon d'autres poëtes, également soigneux des susceptibilités de leurs concitoyens, Iskander, fils du roi de Roum, Faïlakous, aurait épousé Rouschnac, fille de Darab, légitimant ainsi la conquête par une sainte alliance. ”
Anonyme, La Saga de Fridthjof le Fort
“ C’est d’autant plus vraisemblable que l’histoire de Fridthjof — comme nous le montrerons plus loin — a des attaches très étroites avec la poésie populaire ; elle a conservé de son origine poétique un caractère et une allure épiques qui ne se retrouvent guère que dans les sagas mythologiques ou héroïques. La tradition primitive a créé une œuvre dont les contours sont bien achevés et dont les épisodes sont enchaînés d’une manière qui semble très naturelle ”
Hugues Rebell,
Les nuits chaudes du Cap français
“ C’est moi qui ai conseillé à Figeroux de réunir ses amis, tout en sachant fort bien que Goring allait les exaspérer, et que les noirs esclaves chasseraient les affranchis. Ceux-là seuls sont à craindre parce que vous leur avez appris à penser... Je m’en garde le plus possible et si j’ai l’air de protéger Figeroux, croyez-le, ce n’est qu’en apparence... Ah ! si vous vouliez, comme il serait facile de le faire disparaître, aux Ingas, dans la montagne. Mais je vois que cela ne vous sourit pas... Du moins veillez sur Antoinette, chère madame, et sur votre plantation. ”
Anonyme, La Saga de Fridthjof le Fort
“ Pour cette raison ceux-ci lui vouèrent de la haine et de l’inimitié ; ils supportaient mal qu’on le proclamât supérieur à eux-mêmes. D’autre part, ils croyaient remarquer que Ingibjörg, leur sœur, et Fridthjof éprouvaient de la sympathie l’un pour l’autre. Le jour arriva où les rois furent conviés à un festin chez Fridthjof à Framnes. Celui-ci, selon son habitude, régala tous ses invités mieux qu’ils ne le méritaient. Ingibjörg y était aussi et s’entretint longuement avec Fridthjof. La fille du roi lui dit : « Tu as un superbe anneau d’or ». « C’est vrai », répondit Fridthjof [24] . ”
Anonyme, La Saga de Fridthjof le Fort
“ « Je promets formellement », répondit Fridthjof, « que je n’implorerai point le roi Helgi de m’accorder la paix ». Là-dessus il s’embarqua sur Ellidi, et ils gagnèrent la mer en traversant le fjord de Sogn. Quand Fridthjof eut quitté sa patrie, le roi Halfdan dit à Helgi, son frère : « Notre autorité se trouverait étendue et consolidée, si Fridthjof subissait quelque châtiment pour son crime. Nous allons brûler sa ferme et susciter, à lui et à ses compagnons, une telle tempête qu’ils y laisseront la vie ». ”
Anonyme, La Saga de Fridthjof le Fort
“ Le roi reprit : « Nous allons maintenant nous régaler tous ensemble ». C’est ce qu’ils firent. Après qu’ils eurent bu pendant quelque temps, le roi Hring dit : « Je voudrais te voir rester ici, Fridthjof ; mes fils n’ont pas dépassé l’âge de l’enfance ; quant à moi, je suis vieux et je ne me sens pas à même de défendre le pays, si quelqu’un porte la guerre dans mon royaume ». Fridthjof dit : « Je vais partir bientôt, seigneur », et il dit cette strophe : 32. ”
Major Fridolin, Une Histoire de Chasse, dernière partie
“ Le baron interrompit ces paroles hypocrites par un éclat de rire nerveux, saccadé, effrayant: — Te calomnier près de moi; mais est-ce donc possible? Tu ne sais donc pas que je remercie Dieu chaque jour de m’avoir repris mon fils... Une misérable comme toi ne pouvait porter dans ses flancs un honnête homme. En entendant ces paroles d’anathème, horribles dans la bouche d’un père, l’empoisonneuse sentit tout espoir se briser dans son cœur. Une torpeur hébétée succéda à son effroi désespéré : son menton inerte retomba sur sa poitrine, de grosses larmes coulèrent le long de ses joues ”
Juliette Figuier, Nouvelles languedociennes, par Mme Louis Figuier… (1860)
“ « Ces bouquets se faneront, dit-elle, mais garde-les toujours; le parfum des plantes de la garrigue ne passe jamais, et en le respirant, tu te croiras encore parmi nous. Conserve aussi ces rubans; ce sont ceux dont j'aimais à me parer lorsque tu me conduisais au chemin de Montbazin. Je te jure de ne plus orner mes coiffes, de ne plus me promener à Juffet tant que tu seras soldat. » Une larme roula dans les yeux de Brunélou; Frigoulette était bien pâle, on voyait qu'un douloureux combat se livrait en son âme ”
