Fort de Vaux

Définition et enjeux

Portrait de Henry Bordeaux Henry Bordeaux Revue des Deux Mondes

La canonnade fait rage. Le 124e doit attaquer tout à l’heure sur les pentes de Vaux en avant de R1. Tout mon monde est à son poste de combat. La colline qui domine le fort de Vaux allonge sa ligne sombre sous le disque à demi rouge de la lune. Il vient se refléter au bas, immobile, dans les marais, au pied de nos tranchées. Une brume argentée enveloppe l’horizon, le fort, le ravin et le lointain profond où s’enfonce la Woëvre.
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Tout un jour, les morts de Vaux ont été les maîtres, non pas les leurs que leur défaite abandonne et recouvre d’un peu plus de terre, mais les nôtres, délivrés sous une terre qui est redevenue française. C’est aux morts que le fort a été rendu. L’ennemi ne les voyait pas, et ils attendaient, ils guettaient sa fuite pour célébrer leur fête. Alors, dans les couloirs, dans les casemates, dans les chambres débarrassées de tout ennemi vivant, ils se sont rassemblés comme une mystérieuse garnison.
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Qui dit la vérité est le seul qui ne se coupe jamais. Trois mois plus tard, — mesurez ces trois mois plus tard : exactement quatre-vingt-huit jours, soit tout l’intervalle qui sépare de l’annonce du 9 mars la chute réelle du fort, le 7 juin au petit matin, quatre-vingt-huit jours de froid ou de chaud, de fatigue, de soif et de manque de sommeil, de bombardemens et d’assauts, — trois mois plus tard, le fort de Vaux est réellement pris. Le haut commandement allemand sait ce qu’il lui en coûte.
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