Morgue

Définition et enjeux

Portrait de Alfred Jarry Alfred Jarry,  Les Minutes de sable mémorial (1894 et 1895)

“ Et j’entrai dans une morgue immense, où les morts dormaient en postures repliées, les bras croisés, le mollet droit au talon gauche, les têtes renversées sur les poitrines. Et des travailleurs — étaient-ce des morts aussi, le sais-je ? — les épongeaient, actifs, admirables. Leurs grosses éponges sont des cervelles où rampent des filets veineux. Et l’eau se fige sur les morts glacés comme un gras vernis, d’où émergent des cheveux herbus d’étangs ; et l’eau se fige sur les dalles sans fin, et l’eau ruisselle en murs transparents, et leur fait des vitrines. ”
Source : Wikisource

Fagus,  Les éphémères. Numéro 10 (1925)

“ Sortant de Notre-Dame, à la Morgue je descendis. Descendis, je le répète, bien qu'égal le pavé s 'y poursuive : en conformité de l'émoi de nos pères, approchant de l'aile des anges l'Hôtel-Dieu pour toutes les misères du corps, la Morgue, où se délivrent les misères de la vie. La Morgue, jadis au Marché-Pallu, sous le Petit-Pont, avant de gésir au chevet de la Cathédrale ; la Morgue, reléguée je ne sais où, laïcisée en Dépositoire, Institut médico-légal : que sais-je ? Savoir qu'on mourra du moins sous Ses yeux, ou reposera, un instant du moins, à Ses pieds ! ”
Source : Gallica

Portrait de Alfred Jarry Alfred Jarry,  Les Minutes de sable mémorial (1894 et 1895)

“ Et, descendu, l’escalier aux marches de lentille m’aveugla de son éclair jaune.
Et un employé poli qui lavait les morts me dit : « Ne vous plaignez plus, il y a cent ans que nous n’existons plus ; suivez le corridor en face, en comptant les années. Trente ans plus loin vous trouverez une morgue où les poètes ronflent, où des téléphones causent aux morts à travers les parois de glace ; où par des guichets spéciaux les assassins reconnaissent. »
”
Source : Wikisource

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