Alfred Jarry,
Les Minutes de sable mémorial
(1894 et 1895)
“ Et j’entrai dans une morgue immense, où les morts dormaient en postures repliées, les bras croisés, le mollet droit au talon gauche, les têtes renversées sur les poitrines. Et des travailleurs — étaient-ce des morts aussi, le sais-je ? — les épongeaient, actifs, admirables. Leurs grosses éponges sont des cervelles où rampent des filets veineux. Et l’eau se fige sur les morts glacés comme un gras vernis, d’où émergent des cheveux herbus d’étangs ; et l’eau se fige sur les dalles sans fin, et l’eau ruisselle en murs transparents, et leur fait des vitrines. ”
