“ La nuit était fort avancée quand Olénine quitta la cabane de Béletsky avec Marianna et Oustinka. Le mouchoir blanc de la jeune fille s’apercevait malgré l’obscurité. La lune disparaissait à l’horizon, un brouillard argenté enveloppait la stanitsa. Les lumières étaient éteintes, le silence régnait partout, on n’entendait que le pas léger des deux femmes qui s’éloignaient. Le cœur d’Olénine battait violemment ; l’air froid de la nuit ranima son visage brûlant. ”
Citations sur “stanitsa”
Friedrich Melchior Grimm,
Correspondance littéraire, philosophique et critique
“ Ainsi on se moque du P. Élisée, et, de carme qu’il est, on en fait un capucin, quand on lit dans cette oraison funèbre que Dieu voulait conduire Stanislas sur le trône par ces voies qui confondent notre prudence, et qui manifestent toute la profondeur de sa sagesse. Si ce n’était pas là une grande platitude, rien ne serait plus répréhensible que cette tournure et cet étrange abus de la parole. Rien n’est assurément moins merveilleux que la manière dont Stanislas fut fait roi de Pologne. Un philosophe qui connaît la nature humaine ne lui en fera pas un crime comme ferait un pédant ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Le roi Stanislas a fait ses piliers d'argent et son lit d'or, et son ciel d'écarlate, et le dedans garni d'amour par les artistes de Nancy. Venez, enfants de la Lorraine, venez, et regardez la place Stanislas, avec le diadème étince- lant dont son père l'a couronnée au jour de sa naissance, au jour de la joie de son cœur. Pose-moi comme un cachet sur ton cœur, comme un cachet sur ton bras. L'amour est fort comme la mort, et la jalousie est dure comme le sépulcre ; leurs embrassements sont des baisers de feu et une flamme ardente. ”
E. T. A. Hoffmann,
Contes nocturnes
“ Stanislas ! mon Stanislas ! cria-t-elle en s’élançant vers lui et tombant sans connaissance entre ses bras. L’officier stupéfait, cloué à la terre par la surprise, eut de la peine à retenir, avec le seul bras dont il pût se servir, Herménégilde, qui, grande et bien nourrie, était loin d’être un léger fardeau ; il la pressa contre son sein avec une force toujours croissante, et en sentant le cœur de la jeune fille battre près du sien il dut s’avouer que c’était la plus délicieuse aventure qui lui fût jamais arrivée. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Le bon roi Stanislas connaissait l'église Saint-Sébastien, l'œuvre si intéressante de Jennesson qu'on voudrait classer parmi les monuments historiques, et qui fait toujours l'admiration de l'ardent nancéiste-académicien Emile Gebhardt. Ce qui plut à Stanislas ce fut la beauté intérieure de l'édifice, cossu, trapu, bourgeois enrichi des Halles, avec sa haute coupole, ses toiles de maîtres lorrains et son tombeau de Girardet. ”
Les évasions célèbres : d'après les récits des historiens… (1907)
“ « Tu vois un de nos camarades, disent les chenapans : qu'a-t-il donc qui t'étonne? — Non, je ne me trompe pas, répond le paysan : c'est le roi Stanislas ! — Oui, mon ami, lui dit aussitôt Stanislas d'un air ferme et assuré, c'est moi-même; mais vous êtes trop honnête homme pour me refuser les secours dont j'ai besoin dans l'état où vous me voyez. » L'homme était honnête en effet ; il promit au roi de lui faire passer la Vistule, et il tint parole. ”
Adolphe Archier, Les captifs du czar, ou Les russes en Pologne… (1854)
“ Stanislas seul laissa échapper un sourire ironique qu'il réprima promptement devant le regard sévère de Rosa. — Puisse Dieu oublier nos fautes ou même nos crimes, ajouta le comte d'une voix grave, et puissions-nous les racheter au prix de notre sang. C'est la seule rançon que nous puissions lui offrir, car il est maintenant trop tard pour suivre vos sages conseils. Des résolutions, téméraires peut-être, — l'avenir le dira, — ont été prises par des milliers de citoyens dispersés aux quatre bouts du royaume; nous ne pouvons plus reculer, mais uniquement vaincre ou mourir. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Mais comment avez-vous pu réunir tout cela? ne cessait de répéter Stanislas. C'est tout simplement merveilleux ; c'est l'histoire du passé par l'art et les documents. Ah ! si J'avais su... Moi aussi, J'aurais créé des Musées dans Mes châteaux... et on ne les aurait pas détruits après Moi ! Continuez, Messieurs, continuez, conclut avec un royal sourire le roi de Pologne... vous êtes dans le vrai, et votre œuvre est excellente. On a dit que toute la Lorraine était aux Cordeliers, c'est peut-être vrai s'il s'agit des cendres de votre dynastie ducale... ”
Gaston Maugras, Dernières Années de la Cour de Lunéville
“ Un jour un de ses courtisans lui dit ironiquement: «Sire, je crois que vous avez épuisé la série des fondations, sauf une seule, où votre perspicacité est en défaut.»—«Laquelle? fit le monarque vivement.»—«C'est de fonder des carrosses pour les pauvres.»—«Dieu merci», riposta Stanislas, «j'ai bien assez de mes mendiants en carrosse, sans en accroître le nombre.» Et le bon roi de rire de son excellente plaisanterie.Non seulement Stanislas s'occupait des malheureux, mais en toutes circonstances il laissait voir la bonté de son âme et la générosité de son cœur. ”
Gilbert-Félix de Grandmaison-y-Bruno, solitaire et l'orphelin (1829)
“ Ils parcourent les différens quartiers de la ville; et partout où ils apprennent que gémissent des prisonniers de leur parti, ils enfoncent les portes et les mettent en liberté : c'est ainsi que Stanislas se retrouvant parmi les siens, prit des armes dont les rues étaient jonchées, et marchant sous les étendards de ses chefs, se lança dans la mêlée où il fit des prodiges de valeur. Lorsque le jour vint éclairer ce sanglant spectacle , Stanislas se fit reconnaître à ses compagnons d'armes. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ On sentira que Stanislas n'avait pas ces idées larges et grandioses que développe le sentiment énergique d'une nationalité; qu'il a voulu faire un grand effet avec un assemblage de petites choses ; qu'il n'a donné ni à l'aire de sa place ni aux bâtiments qui lui font-ceinture, les dimensions et l'ampleur nécessaires à une perspective hors ligne ; en un mot, qu'il a produit un aspect théâtral plutôt que majestueux. ”
Centenaire du collège Stanislas… (1905)
“ STANISLAS par le gouvernement, rejoignait à l'étranger ses supérieurs et ses frères. La fin du mois de juillet amena la date fatale pour tous les membres de la Société de Marie qui étaient restés dans la maison. L'abbé Pautonnier les réunit une dernière fois, le soir de la distribution des prix, dans un repas d'adieu. La table était dressée dans le réfectoire du petit collège. Le jour s'éteignait; une indicible mélancolie planait sur ces étranges agapes. Les vaillants religieux, calmes et résolus, échangeaient d'affectueuses paroles avec leurs successeurs, nouveaux venus inquiets et effarés. ”
“ J’admire l’unité de style de tout ce qui est bâtiment. Une seule chose y déroge, c’est la statue même de ce bon roi Stanislas, qui a tout fait ici, et qui par conséquent est l’auteur de cette unité. On l’a représenté dans un costume qui rappelle les troubadours de l’Empire, avec des bottes molles et appuyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut rien voir de plus ridicule. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ En effet, çà y fut très vite... en quelques coups d'ébauchoir, Victor Huel avait croqué le roi Stanislas en un fort joli médaillon Louis XV, qui restera l'une des meilleures créations du vaillant artiste. « — Çà fait toujours plaisir, s'exclama Stanislas. » Et Il tendit sa main à l'artiste nancéien, cette royale main qui avait répandu jadis tant de libéralités. Hélas ! hélas ! les temps sont bien changés, et l'or de l'élite, pas plus que l'argent des foules, ivres de « panem et circenses » ne vient remplir l'escarcelle des laborieux. ”
Gaston Maugras, La Cour de Lunéville au XVIIIe siècle
“ Si Stanislas était pour ses courtisans le roi le meilleur et le plus facile, il n'était pas moins bon, accessible, familier pour ses sujets. Il se faisait adorer d'eux par sa bonhomie, sa simplicité, par la confiance même qu'il leur témoignait. «Il avait coutume de se promener par tout le pays dans une calèche: il n'avait qu'un seul page avec lui dans ses courses, et il se plaisait à fumer dans une grande pipe à la turque de six pieds de long. Comme on lui représentait à ce sujet qu'il exposait sa personne: «Eh! qu'ai-je à craindre, dit-il, ne suis-je pas au milieu de mes enfants?» ”
Gaston Maugras, Dernières Années de la Cour de Lunéville
“ Le cérémonial des voyages royaux est immuable. Les compagnons de route de Stanislas sont toujours les mêmes, M. de la Galaizière, M. de Thianges, M. de Lucé, Tressan ou le prince de Chimay. Le Roi voyage dans un vis-à-vis avec un de ses courtisans; les autres suivent dans une seconde voiture.Stanislas est toujours précédé d'un officier de la bouche et d'un surtout, qui marchent en poste devant lui. Chaque jour il dit à quel endroit il veut dîner le lendemain ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Je vous attends dans cinquante ans, avec votre basilique Saint- Epvre... les restaurateurs m'en diront des nouvelles. Jolie poupée, certes, à côté de vos temples nationaux de Metz, Toul et Saint-Nicolas ! » MgrTrouillet revêtu de ses splendides ornements liturgiques que « les rats » n'avaient pas encore grignoté pour les raccourcir à des tailles de pygmées, voulut accompagner le roi Stanislas jusques au parvis des Cordeliers, au-delà du Palais des anciens ducs de Lorraine. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Jeunes gens qui M'écoutez, le vieux roi Stanislas a lu tout à l'heure, sur les murs de votre réfectoire deux sentences admirables, qu'il vous conseille de toujours méditer : « L'homme jeté fatalement en dehors de sa vocation est rarement heureux ! » Et surtout : « Le travail élève l'homme et conduit à Dieu ! » On reconduisit avec le cérémonial accoutumé le roi de Pologne jusqu'à l'automobile qu'un ancien élève, M. Kronberg avait bien voulu mettre à Sa disposition... ”
Gustave Droz,
(Entre nous) (2e édition)
(1867)
“ S'il ne descend pas des croisades, ce qui ne sera jamais prouvé, ce sont les circonstances seules qu'il faut accuser : il a fait ce qu'il a pu. D'ailleurs, on l'estime fort, et les nobles du pays, dont presque tous les aïeux furent proches parents de ceux de M. de Saint-Paon, l'appellent Stanislas, — il est des leurs. — Il est froid et guindé; sa démarche est réservée, un peu gauche. — On sent qu'il s'observe et qu'il songe aux personnages cuirassés qui sont dans son salon. Son front est malheureusement étroit et fuyant; mais son nez, qui s'avance hardiment, sauve tout et semble protester. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ On s'en revint en bon ordre sur la place Stanislas où des centaines d'artistes lorrains étaient rassemblés : architectes du vieux ou du moderne style, peintres et sculpteurs, musiciens de tout cuivre et de toute corde — voire les infernales pianistes, bonnes à vouer à tous les diables et qui sont la terreur des écrivains et des gens paisibles aimant se coucher tôt et dormir de même. ”
Gaston Maugras, Dernières Années de la Cour de Lunéville
“ D'ordinaire, Stanislas couche à Jarry, maison de campagne de l'évêque de Châlons, et le second jour à Luzancy, chez son cher ami le comte de Bercheny.A Versailles, il s'installe à Trianon, qu'on lui a une fois pour toutes réservé; mais dans la journée il reste près de sa fille, qu'il quitte le moins possible; il occupe dans le château l'appartement du prince de Clermont. C'est la Reine qui lui donne à dîner. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Il parlait à des maîtres d'élite, à des conservateurs renommés ; Il y parcourait des salles où les plus curieuses collections sont amoureusement rassemblées et méthodiquement classées, et Il avait pour gardes d'honneur, le bon roi polonais, les élégants forestiers au si gracieux costume. Au Jardin Botanique tout voisin, Stanislas voulut se reposer un peu, bercé par une répétition de musique en un coin de la caserne Sainte-Catherine. ”
Michel Masson,
Les Enfants célèbres, ou Histoire des enfants de tous les siècles et de tous les pays…
(1881)
“ Quelques souverains de l' Europe envièrent à Stanislas le bonheur qu' il avait de posséder un tel favori ; on tenta même de le lui dérober . Un émissaire de l' impératrice de Russie fut découvert au moment où il glissait Bébé dans une poche de son manteau ; Stanislas , craignant qu' une pareille tentative d' enlèvement ne se renouvelât , donna des pages à Bébé et il l' obligea à rester prisonnier dans le palais . Le nain s' y ennuya tant , qu' il fut atteint d' une secrète mélancolie , ce qui obligea son maître à lui fournir des moyens de distraction . ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Le roi Stanislas haussait les épaules devant toutes ces propositions. En quittant l'Hôtel de Ville pour retourner à Bonsecours, le roi de Pologne voulut repasser devant la statue de la sainte héroïne : « — Mais elle est admirablement placée dans ce cadre idéal, en plein centre de Nancy, dans un emplacement historique. Elle y est, qu'elle y reste. Seulement, avec les 100.000 francs de cet Osiris, embellissez le square, faites un arc de triomphe à la statue, imaginez une décoration somptueuse, et ne cherchez rien d'autre... est-ce net ? » ”
Eugénie Foa,
Petits princes et petites princesses…
(1864)
“ Penses-tu que l'orage empêchera Stanislas d'aller demain à l'abbaye de Graventhal? demanda un de ces hommes à l'autre. — D'abord l'orage ne durera pas jusqu'à demain, répondit le second officier; puis Stanislas est très-pieux, sa femme aussi; on dit même qu'ils élèvent leur enfant, la princesse Marie, dans des sentiments de piété, de religion, de charité, outrés. ”
Gaston Maugras, La Cour de Lunéville au XVIIIe siècle
“ Chaque jour, le roi se rend de Trianon à Versailles et il passe la journée avec la reine, dans l'appartement du comte de Clermont que l'on a mis à sa disposition.Stanislas adorait sa fille et il lui témoignait sa tendresse de mille façons touchantes. Il vivait avec elle sur un pied de bonhomie et de familiarité qui excluait tout cérémonial. Quand ils étaient seuls, il n'y avait qu'un père et une fille tendrement unis. ”
George Sand,
Histoire de ma vie
“ On n’avait pas la liberté de poser un livre sur le piano ou sur la table du salon, d’accrocher son chapeau à un arbre, de mettre un râteau contre un mur, ou un bougeoir sur l’escalier, sans qu’au retour, fût-ce au bout de cinq minutes, l’objet n’eût disparu pour ne jamais reparaître, tandis qu’il vous épiait, riant en sa barbe et se frottant le menton. « Ne cherchez pas, disait Mme Angèle, ou pénétrez, si vous pouvez, dans le magasin du père Stanislas. » Or, c’était la chose impossible. Le père Stanislas se renfermait au verrou quand il entrait chez lui et emportait sa clé quand il en sortait. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Votre Majesté veut badiner, je présume... Quand Elle verra comment L'a portraicturée en bronze le sieur Jacquot, Elle ne demandera plus un cheval... nous avons assez de l'embonpoint du monarque. Mais çà, Sire, c'est du nanan pour bientôt, à notre première visite à la place, la place Royale dont Vous fûtes avant moi L'amoureux, et que nous appelons de Votre glorieux nom : la Place Stanislas. ”
Gaston Maugras, Dernières Années de la Cour de Lunéville
“ Stanislas, charmé, ne trouve pas sur le moment de meilleure récompense que d'embrasser le jeune poète et le couvrir d'éloges. Mais n'était-ce pas insuffisant et n'y avait-il pas d'autre moyen d'encourager ce talent qui donnait de si belles promesses?Mais si, assurément. Il y a une Académie à Nancy, et quand on tourne si bien le couplet, on est digne d'en faire partie. L'abbé est bien un peu jeune, il n'a que vingt ans, mais Stanislas connaît ses classiques, et il sait qu' Aux âmes bien nées,La valeur n'attend pas le nombre des années. ”
Émile Badel, Le roi Stanislas à Nancy en 1907… (1907)
“ Le roi Stanislas admira Saint-Epvre comme il convenait, du parvis à l'abside, et du transept aux roses hardies à la tribune trop élevée de l'orgue. Le roi me fit part, sotto voce, de tout son déplaisir à la vue de ces meubles pseudo-gothiques en pain d'épice de foire ; de ces autels qu'il eût été préférable de construire en pierre blanche, de ces objets de clinquant qui n'avaient aucune prétention à remplacer les fresques, les tombeaux, les statues, les inscriptions si naïves de la vieille église à la tour plusieurs fois séculaire. ”
Alfred de Bréhat, Les Maîtresses du diable, par Alfred de Bréhat (1870)
“ Beau garçon, du reste, comme on les aime au village, c'està-dire assez grand, gros, large de carrure, rouge, chevelu et barbu, fumant, buvant et tapant dur, et chantant volontiers la gaudriole. Au moment où le quadrille finissait, Stanislas voulut, suivant l'expression du pays, régaler sa danseuse. Il débuta par offrir un verre de liqueur : c'est l'usage dans nos campagnes. La jeune fille refusa. Il la conduisit alors devant la boutique où l'on vendait des macarons et des fruits. Cette fois, Rose Kervel ne put se dispenser d'accepter la part de pardon du beau Stanislas. ”
