“ Elle vous donne l’avant-goût des pays vers lesquels vous allez vous envoler, en vous offrant des fruits exotiques, toute la bimbeloterie de l’Orient, les tapis aux tons chauds, les cuivres martelés des lampes et des aiguières, et les indigènes variés de tous les rivages de l’Afrique et de l’Asie. Quand le paquebot majestueux quitte la rade, Marseille lui envoie le dernier baiser de la France et la dernière bénédiction de la Vierge qui la domine. Plus on s’éloigne et plus la ville paraît s’étendre voluptueusement sur son rivage, comme Amphitrite sortie des eaux, pour tordre sa blonde chevelure. ”
Résumé
“Maktoub”, est une œuvre de Marga d’Andurain. Des thèmes tels que Soleiman, Palmyre ou Djeddah y sont abordés.
Citations de Maktoub (Marga d’Andurain)
“ Nous tirons alors, mais il est mal placé et nous lui cassons l’autre patte. Il tombe, tourne sur lui-même deux fois. Revenu à lui, il repart et cette fois sur deux tronçons, il ne court plus que par bonds et par chutes. Enfin, se voyant seul dans l’immensité du désert, espérant que ses femelles sont en sécurité, il lève vers le ciel ses grands yeux noirs, s’affaisse et se livre à la mort. Nous nous précipitons pour lui couper le cou. L’excitation est trop grande pour ressentir l’horreur de ce massacre et nous sommes tous joyeux en ramassant nos victimes échelonnées sur la route sanglante. ”
“ La ville antique captive notre regard ; elle présente un enchevêtrement de colonnes, de parois monumentales, que deux mille ans et le soleil du désert ont revêtues d’une patine extraordinaire d’ocre rouillé. La tache vert sombre de l’étroite oasis, sur la montagne la silhouette d’un château qui semble imaginé par Gustave Doré, au-dessous de nous, issue du flanc de la montagne, la source, le filet d’eau auquel l’oasis doit son existence et, au bord de cette eau, des chameaux, des Bédouins accroupis et quelques soldats préparant leur repas du soir. ”
“ Soleiman, au contraire, semble inquiet de s’être mis dans une situation anormale. L’affaire a été si vite conclue qu’il a eu à peine le temps d’en peser toutes les conséquences. Les représailles de son roi ou de sa tribu, si la supercherie est découverte, deviennent pour lui un tel cauchemar, qu’il en est physiquement malade, et à un tel point que je suis obligée de faire arrêter la voiture pour lui donner un cachet de Kalmine et endormir son anxiété. Je le soigne comme je peux, j’essaye de le remonter, il est mon passeport et j’en ai absolument besoin. ”
“ Mon amie opinait pour Bagdad. À part les ruines, vous ne trouverez rien à Palmyre, disait-elle. C’est une oasis habité par un millier d’Arabes, entouré de rares palmiers et fréquenté par les nomades. Mais j’ai choisi Palmyre, le fil de ma destinée m’entraînait dans cette cité ancienne, perdue au milieu des sables, où je devais passer quatre ans de ma vie. ”
“ Derrière la source, l’oasis et les ruines qui couvrent une trentaine d’hectares, partout le désert sans limites où ondulent, très loin, quelques lignes de collines. Parmi le sable qui poudroie, nous apercevons à l’horizon une nappe d’eau qui n’est pas un mirage : c’est une lagune d’où Palmyre tire son sel. ”
“ Personnellement, je considère n’avoir rien à me reprocher et avoir simplement voulu réaliser une exploration dont tout autre pays aurait été fier, c’est-à-dire effectuer la traversée d’un pays qu’aucun Européen n’a encore foulé ; sans les odieuses machinations dont j’ai été victime, l’aventure aurait parfaitement bien réussi ; j’aurais divorcé de Soleiman à mon retour et personne n’aurait même soupçonné ce mariage de circonstance. ”
“ Le prochain courrier quitte Djeddah demain, mais mon départ est encore différé, le grand tortionnaire de la Mecque, Maadi Bey, devant s’embarquer ce jour-là à destination de Suez, cet homme ayant quelques regrets de ne pas m’avoir suppliciée, il est peut-être préférable d’éviter ce rapprochement. Presque tous les soirs, on joue au poker ou au bridge au Consulat ; la chaleur est accablante, on s’éponge le front avec des mouchoirs déjà humides tandis que, d’une main distraite, on s’évente, et l’on apprécie beaucoup les grands verres de whisky que nous sert notre hôte. ”
“ Le goût de l’argent devenu plus vif à mesure qu’il commençait à nous manquer, me posséda soudain, impérieusement, comme une passion nouvelle. Non pas que je sois devenue avare et que j’aie pris le parti de thésauriser. Je désirais l’argent pour nous donner les satisfactions qu’il procure, pour ne pas mener une existence médiocre et, en réalité, pour la dépenser à pleines mains. Un jour, par hasard, mon frère me parla d’un Suisse qui se livrait à la fabrication des perles artificielles et qui cherchait à la fois un commanditaire et un local. ”
“ Soleiman semble d’abord un peu interloqué par cette combinaison directe et inattendue. Son impassibilité d’arabe reprend vite le dessus, il répond avec un sourire doucereux : — Que dira ton mari ? — Mon mari, que veux-tu qu’il dise, il ne s’opposera nullement à ce voyage. Tu comprends que je ne t’épouserai pas en tant qu’homme, je ne t’appartiendrai pas, tu me serviras uniquement de passeport. Je paierai tout le voyage pour nous deux, bien entendu et, au retour, je te donnerai comme batchach (cadeau) , le double de ce que nous aurons dépensé. ”
“ Ha, ha, ha, Ghazellan (gazelle) . Sortant de la torpeur où le soleil nous avait plongés, nous regardons, cherchant de la main nos fusils dans le désordre inextricable de l’auto. Chacun scrute l’horizon en chargeant ses armes. Sattam défait sa cartouchière pour en tirer plus facilement les balles. Et l’auto, marchant à 110 à l’heure, nous amène près du troupeau affolé de farouches gazelles. Bêtes de sang et de race, d’une finesse et d’une grâce délicieuses, elles fuient sur leurs pattes grêles à une allure vertigineuse. ”
“ Au petit matin je trouve tous mes amis arabes qui m’attendent pour me souhaiter un bon voyage. Personne ne se doute, à l’exception d’Ahmed et d’Ali, de ma vraie destination. Ils sont sur la terrasse et me font des signes de la main, tandis que l’auto démarre vers le village où je vais retrouver Soleiman qui m’attend en se promenant sur la place de Palmyre, pour ne pas se faire remarquer. ”
“ Bien que cette scène ressemble au prologue d’un vaudeville à grand spectacle, elle est empreinte du caractère sérieux que lui confère le serment de Soleiman. Mais que vaudra la parole de Soleiman ? À ceux qui m’objecteront ma crédulité trop facile, je répondrai que le sentiment de l’honneur est plus développé chez les nomades du désert que chez beaucoup d’Européens appartenant aux classes supérieures. Notre civilisation voit disparaître l’esprit chevaleresque, mais les Musulmans ne l’ont pas abandonné. ”
“ Il connaît à la perfection tous les usages arabes et musulmans et m’explique en détail le protocole que je dois accomplir avec les frères de Soleiman. Tant que cette question ne sera pas réglée, moi-même ou ceux de mon sang, c’est-à-dire mes fils, seront en danger de mort. Il me promet d’aller l’expliquer à son arrivée à Beyrouth à M. Ponsot, haut commissaire, puisqu’il m’a été interdit de rentrer en Syrie. Il m’explique ainsi que l’Arabe fait toujours payer dans le cas d’assassinat la « Dia », c’est-à-dire l’impôt du sang. ”
“ J’attendais, avec une amie qui venait m’aider en Égypte, mon mari parti à la recherche des bagages. C’était l’heure du départ. Bien que nous fussions à la fin d’octobre, le soleil était radieux : debout sur le quai, nous assistions au va-et-vient tumultueux des embarquements. La cloche avait sonné déjà et la sirène avait fait entendre une dernière fois son appel retentissant. On se préparait à ramener la passerelle ; les retardataires se précipitaient à bord ; des gens se livraient à de ridicules et suprêmes effusions. Cependant, mon mari et nos bagages n’arrivaient pas. ”
“ Soleiman entrevoit la bonne affaire et il perd cet air méfiant qu’il manifestait depuis le début de notre conversation. Il ne semble pas humilié par cette prostitution éventuelle de sa nationalité, ni particulièrement étonné à l’idée de devenir une pièce d’identité vivante. L’argent, toujours l’argent, ici comme partout, emporte toutes les décisions. ”
“ Les menzouls classent leurs propriétaires au sommet de la hiérarchie sociale, tout au moins de celle de l’argent. Tous les représentants des fonctions officielles sont obligés d’en avoir un. Nous pourrions appeler cette hospitalité, une invitation permanente à un café particulier, mais ce n’est même pas une invitation, c’est un dû ; celui qui tient ouvert un menzoul s’oblige tacitement à y recevoir toutes ses connaissances, relations, amis de ses amis, domestiques de ses amis et même l’étranger de passage. ”
“ Victimes de la nature, elles portent sur elles leur condamnation : une cible. Une cible vivante formée par le haut de leurs fesses blanches et le bout de leur queue noire... elles fuient et sont ainsi placées le mieux possible pour le tir. Sans égard pour la beauté et la douceur de ces petites bêtes, nous tirons sans arrêter. Les chargeurs vides s’amoncellent dans l’auto, les gazelles mortes jonchent la route, les blessées, de chute en chute, s’éloignent difficilement. L’énorme troupeau rencontré est dispersé, seul un vieux mâle blessé court encore. ”
“ Adorant les perles, je ne voulais fabriquer qu’une belle qualité, afin que notre œuvre soit attirante et séduisante. Bientôt je rompis le contrat qui me liait et je pris le parti de travailler seule, suivant mes goûts. Un chimiste connu et expérimenté devient alors mon précieux auxiliaire. Nous créons une perle parfaite, d’un orient impeccable. ”
“ Le pauvre animal continue à fuir à cinquante à l’heure, sa patte voltige lamentablement en tous sens. Le vieux mâle s’appuie sur ce moignon, blessé aux deux cuisses, sur le flanc et à la tête où une de ses cornes est mutilée. Voyant cela, nous cessons le tir et attendons sa chute... mais avec une énergie indomptable, il galope, espérant ainsi nous éloigner de la poursuite de ses femelles. Hélas ! elles sont presque toutes tuées. Maintenant qu’on ne tire plus, qu’on ne ressent plus la griserie du bruit et de la poudre, la pitié me serre le cœur. ”
“ Quand on l’a traversé, on n’a plus devant soi que le désert : une immense étendue, où poussent uniquement, par places, des gouffes clairsemées. Après la brève saison des pluies, il produit une herbe fine toute émaillée de fleurs, qui fait de cette région un immense pâturage temporaire pour les chameaux ou les gazelles. ”
“ Je me retrouve seule dans ma chambre, les larmes aux yeux, et moi, qui naïvement, m’imaginais un retour presque triomphal, choyée, consolée, légion d’honneur, etc... Il fait que je me rende à l’évidence. Mes ennemis de Syrie, tous les petits Stavisky, contre lesquels j’ai lutté, ont profité de mon absence et l’ont emporté sur le Haut Commissaire jusque là si juste et si bon. ”
“ Or, à la Mecque, le gouvernement a pensé que Soleiman, se vantant beaucoup de son brillant mariage, avait peut-être été tué pour être volé. Mais on a trouvé sur lui tous les chèques. En effet, le nombre des indigènes qui ignorent leur signification est beaucoup plus grand que ceux qui connaissent la réelle valeur de ces bouts de papier, malgré tout, l’hypothèse du vol a été abandonnée. ”
“ Vers le milieu du iiie siècle, de 235 à 273 de notre ère, l’empire romain traverse la sombre période dite de l’anarchie militaire ; des empereurs proclamés par des soldats dans tous les coins de l’empire se combattent, se succèdent avec une rapidité vertigineuse. ”
“ L’empire est la proie des guerres civiles ; les ennemis extérieurs, barbares de la Germanie et de la Dacie, Perses en Orient, profitent de ces désordres. C’est ainsi qu’en 260 l’armée Perse s’avance jusqu’au milieu de l’Anatolie. Elle revenait chargée de butin, le long de l’Euphrate, lorsqu’elle fut attaquée par des troupes romaines et des troupes assyriennes. Les palmyriens étaient commandés par Odénath. Le chef des troupes romaines, Macrianus, profite de cette victoire pour faire proclamer empereurs ses deux fils. Gallien, alors empereur à Rome, envoie contre eux une armée ”
“ Êtes-vous prisonnière dans Djeddah ou définitivement libre ? — J’ignore. Enfin je suis livre, il ne me reste plus qu’à attendre la communication officielle de mon jugement. Je passe la journée à savourer les joies de la civilisation européenne que procure le confort du consulat. Pour éviter tout incident, le consul me conseille de ne pas sortir dans les souks. Mais le soir et à l’entrée de la nuit, nous allons nous promener en voiture découverte le long de la mer. ”
“ Le grand tortionnaire de la Mecque est un homme qui semble d’un certain âge, bien que, par la suite, il m’ait avoué n’avoir que 40 ans, mince et sec, avec des yeux perçants, mais ne manquant pas de prestige. ”
“ La passion que m’inspire le soleil avait, de nouveau, envahi tout mon être. Cook prit nos meubles et, en une semaine, tout fut réglé. Ma belle-mère qui nous appelle les « Instantanés », a trouvé le qualificatif le plus juste pour désigner notre couple. ⁂ Marseille, la porte d’azur et d’or de l’Orient. Un embarquement dans les brumes du Havre ou sous les averses si fréquents à Bordeaux est souvent triste et maussade, quand on n’a pas l’enthousiasme du voyage dans le cœur. À Marseille, le départ est presque toujours un enchantement. ”
“ De la terrasse, j’aperçois deux autos mitrailleuses revenant vers Palmyre ; c’est l’escorte du colonel : on recherche évidemment l’insoumise. Je leur fais un pied de nez et, en avant sur la piste de Damas, enfin libre. J’emmène un passager arabe qui veut se rendre à Damas, ce qui rend mon départ moins louche, ma voiture étant souvent remplie d’indigènes en temps ordinaire. J’ordonne au chauffeur d’accélérer, il ne comprend rien à ma nervosité. ”
“ L’auto suit la vallée des tombeaux, sur la route, mon mari semble se promener comme à l’ordinaire. Nous nous arrêtons pour le prendre, tandis qu’il me chuchote à l’oreille, pour ne pas donner l’éveil à l’Arabe qui est dans la voiture, que Soleiman est caché dans une tour funéraire. ”
“ Dans cette atmosphère du soleil, la seule où je puisse vivre, je travaillerai pour les Égyptiennes et les riches hivernantes, femmes de luxe qui aiment les bijoux, les parures, les ornements, tout ce qui brille au soleil, comme le soleil, et tout ce qui le fête. ”
“ Combien d’autres ravissantes bêtes, douces et jolies sont allées, blessées, mourir en quelques coins où, la nuit, les renards, les hyènes et les chacals viendront les dévorer, peut-être les achever ? Mais, que pouvons-nous reprocher à ces bêtes féroces, elles chassent pour vivre, tandis que nous, nous chassons pour la joie du meurtre. ”
“ À peine arrivée chez un cheik, je m’accroupis comme tous les hommes présents, autour du feu, où sont alignées les cafetières au long bec et les théières. Le service ne chôme pas ; il est vrai que le nombre d’hommes oisifs qui vous entourent est impressionnant. ”
Termes fréquents
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