Résumé

Portrait de Voltaire Voltaire Correspondance, IX (1760-1761)

Vous vantez, monsieur, et avec raison, l’extrême abondance de votre langue ; mais permettez-nous de n’être pas dans la disette. Il n’est, à la vérité, aucun idiome au monde qui peigne toutes les nuances des choses. Toutes les langues sont pauvres à cet égard ; aucune ne peut exprimer, par exemple, en un seul mot, l’amour fondé sur l’estime, ou sur la beauté seule, ou sur la convenance des caractères, ou sur le besoin d’aimer. Il en est ainsi de toutes les passions, de toutes les qualités de notre âme. Ce que l’on sent le mieux est souvent ce qui manque de terme.
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Portrait de Voltaire Voltaire Correspondance, IX (1760-1761)

Les raisonneurs sans génie, et qui dissertent aujourd’hui sur le siècle du génie, répètent souvent cette antithèse de La Bruyère, que Racine a peint les hommes tels qu’ils sont, et Corneille tels qu’ils devraient être. Ils répètent une insigne fausseté, car jamais ni Bajazet, ni Xipharès, ni Britannicus, ni Hippolyte, ne firent l’amour comme ils le font galamment dans les tragédies de Racine ; et jamais César n’a dû dire dans le Pompée de Corneille, à Cléopâtre, qu’il n’avait combattu à Pharsale que pour mériter son amour avant de l’avoir vue.
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Portrait de Voltaire Voltaire Correspondance, IX (1760-1761)

Vous souvenez-vous de Cinna ? C’est le chef-d’œuvre de l’esprit humain ; mais je persiste toujours non-seulement à croire, mais à sentir vivement, qu’il fallait que Cinna eût des remords immédiatement après la belle délibération d’Auguste [1] . J’étais indigné, dès l’âge de vingt ans, de voir Cinna confier à Maxime qu’il avait conseillé à Auguste de retenir l’empire pour avoir une raison de plus de l’assassiner. Non, il n’est pas dans le cœur humain qu’on ait des remords après s’être affermi dans cette horrible hypocrisie.
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