Résumé

Émile Vedel Revue des Deux Mondes

Il y a des ruines que la patine des siècles a embellies et comme fardées ; le temps n’a eu que des outrages pour la vieillesse d’Angkor-Wat, il l’a salie. Le thma-phoc est devenu verdâtre aux endroits où battent les pluies de la mousson du sud-ouest, violacé là où le soleil a cuit les façades, et, partout, la pierre a pris une couleur terne et triste.
La pagode n’est à son avantage qu’à l’heure du coucher du soleil, à l’instant fugitif où ses derniers rayons projettent sur le temple des flammes d’or bruni auxquelles s’opposent de grandes ombres bleues.
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« Naï, Naï (maître, maître) , Angkor-Wat ! » En même temps, une furieuse secousse fait franchir deux marches à ma charrette, qui vient s’arrêter sur une terrasse, en face d’un lion en pierre. Nous sommes au seuil de la pagode très sacrée.
À mes pieds, s’étend un large sillon tout sombre ; au fond, brillent des reflets d’étoiles ; — c’est un fossé rempli d’eau, large de trois cents mètres. Devant moi, un pont s’allonge dans l’obscurité. Je cherche vainement de l’autre côté, en l’air, l’entassement de constructions que doit présenter le temple.
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Et vainement l’imagination cherchait à faire revivre le souvenir des grandioses cérémonies et des resplendissans cortèges figurés sur les bas-reliefs : l’on ne rencontre guère parmi ces solitudes que de rares bonzes ou de pauvres Siamois qui viennent mettre le feu au pied des grands arbres « à huile » afin de recueillir la résine dont ils se servent pour enduire leurs barques et pour tremper leurs torches.
À la tombée du jour, on rentrait à la sala d’Angkor-Wat, heureux de respirer au milieu d’un peu d’étendue découverte, fermée, au fond, par la prodigieuse silhouette de la pagode royale.
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