Émile Verhaeren

Émile Verhaeren

Résumé

Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Villes à pignons

Elle existe, vivant de peu, très à l’écart ;
Où monte son pignon, montait l’ancien rempart.
Les dimanches, à l’heure où l’on sonne les messes
Elle écoute, de loin, le lourd bourdon baller,
Et les cloches, une fois l’an, se quereller,
Toutes ensemble, à la kermesse.
Elle connaît l’huissier, le juge et le curé,
Et ceux qui vont à Deynze, et de Deynze à Courtrai,
Et ceux que le lundi pousse jusqu’à Termonde ;
Tous, ils rentrent, le soir, avant la nuit, chez eux,
Sans que jamais aucun ne laisse errer ses yeux
Au long des rails brûlants, qui vont au bout du monde.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Villes à pignons

Le premier réverbère, au bord du quai, s’allume.
La demoiselle en noir s’est lentement flétrie,
À recompter, dans son âme, les jours
Qui lui furent douceur et menterie,
Et qu’elle aime et déteste toujours.
Elle a beau se blottir dans son coin tiède,
L’ombre de ses regrets et de son deuil obsède
Même l’heure où le soleil glisse sur son front las.
Tel qui passe par la ville peut croire
Qu’elle guette, du haut d’un morne observatoire,
Depuis des ans, quelqu’un qui ne vient pas.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Villes à pignons

Tombent, là-bas, les buis, les ifs, les ormes,
Dans le jardin de l’évêché.
Le tablier du pont de pierre,
Arceaux fendus, est entraîné dans la rivière,
Et l’on entend des blocs entiers,
Que le courant sauvage
Roule jusqu’aux chantiers,
Battre, là-bas, les madriers
D’un colossal échafaudage.
Femmes, filles, vieillards, enfants,
Tremblent au fond de leurs mansardes ;
Le ciel ne se voit plus, rien n’y luisarde :
Si large et si touffue est la vigne du vent,
Avec ses grappes d’ouragan
Qui se gonflent de pluie, et soudain, crèvent.
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